SAINTE GENEVIEVE
I suspendre ses foudres prêts à tomber sur nos têtes ; nous obtenant, après tant de désordres, un pardon que nous n^eussions par osé demander par nousmêmes, et dont l'énormité de nos crimes nous rendait mdignes; nous ouvrant tous les trésors de la divine miséricorde, et la forçant , en quelque sorte , à nous combler de ses richesses. Je dis, pour humilier les plus fières puissances de la terre : le fameux et barbare Attila en fut un exemple mémorable. Ce prince, accoutumé au sang et au carnage, marchait à la tête de la plus nombreuse armée; déjà l'Allemagne avait éprouvé les tristes effets de sa fureur; déjà notre France était inondée de ce torrent impétueux, qui répandait partout devant soi la terreur, et portait le ravage et la désolation. Que lui opposer , et par où conjurer cette affreuse tem* pête dont tant de provinces étaient menacées? Serace par les supplications et les remontrances des plus grands hommes qui, tour à tour, font sans cesse de nouvelles tentatives auprès de ce redoutable conquérant pour le gagner? Mais, enflé de ses succès, il n'en devient que plus audacieux et plus intraitable. Sera-ce par les menaces et par les promesses? Mais ses forces, jusque-là invincibles, le mettent en état de ne rien craindre ; et les plus belles promesses ne répondent point encore à son attente', et ne peuvent contenter son insatiable ambition. Sera-ce par la multitude et la valeur des combattants? Mais tout plie en sa présence, et sur son passage il ne trouve nul obstacle qui l'arrête. Ahl chrétiens, l'heure néanmoins approche où ce cruel tyran doit être abattu , et toutes ses forces détruites I ce tison fumant, pour user de cette expression dlsaie, sera éteint : et comment? C'est assez pour cela de quelques larmes qui couleront des yeux de Geneviève, et qu'elle versera au pied de l'aulel. Oui, ces larmes suffisent : l'ennemi se trouble , une subite frayeur le saisit, cette formidable armée est en déroute , et l'orage , comme une fumée , se dissipe. Eàfin , je dis , pour confondre toutes les puissances de l'enfer : avec quel empire a-t-elle commandé aux démons mêmes? avec quel respect ces esprits de ténèbres ont-ils écouté sa voix, et lui onMls obéi? avec quelle honte ont-ils vu leur domination renversée, et sont-ils sortis des corps, au premier ordre qu'ils en ont reçu ? Cest de quoi nous avons les preuves certaines , et ce qui me fait reprendre avec le Docteur des nations : /infirma mundi elegUDeus ut coi0mdaiJorHa.
Cest pour cela même aussi, mes chers auditeurs, vous le savez, que la sage piété de nos pères n'a pas cru pouvoir mieux défendre et conserver cette ville capitale où nous vivons, qu'en la confiant aux soins , et la mettant sous la protection de là toutepm'ssante et glorieuse Geneviève : ceci vous regarde, et demande une réflexion particulière. Dès le temps
POUR LA FÊTE DE SAim FBANQCHS DK SALES.
oent, par leur présence et par leur sounriiBkm, la eonsaet^; et sa douceur opère ee qtfon ik'eât pu espérer dé la vlolenoe. Seigneur ^ disait David^ TOUS m'avez donné un bouclier de salut, d^fptum $aluH$ (2. Reg. , S3) (e^était après avoir édnppé à mille périls ); cet esprit d^^nnaire et doux que TOUS
m'avez inspiré, ne m'a pas seulement préservé àe mes ennemis , il a même multiplié le nomM de mes •tjets : MansuetudorttuIttpUcavUme. (Ibid.) N'est* ce pas François de Sales qui parle , mes cbers audi* teurs, ou ne pouvaiMI pas parler de la sorte, lors* qu'un parti lui ayant dressé des embûches sur le. chemin des Alinges, il en dressa lui-même d'autres à ses assassins, mais bien différentes? Ils venaient pour lui êter vie, et ils la reçurent de lui; sa douceur les désarma , les entrakia, et sur l'heure même les arracha à l'hérésie ^ les éclaira. Je passe tant d'autres exemples où la douceur de notre saint évéque fiit toujours victorieuse : douceur, non-seulement patiente et souffrante, mais entrepv'enante et agissante.
Il l'a bien fallu, dirétiens, pour porter les af* faires de la religion au point où il les a conduites. Un sage profane s'étonnait autrefois que nos anciens prophètes se fussent trouvés si souvent dans les cours des princes, traitant el convo'sant avec eux. Pour des hommes du ciel, di^t-il, c'était avoir beaucoup de commerce avec la terre. Oui, répond saint JérAme; mais ils n'en avaient que pour les affaires de Dieu; et s'il les eussent aban* données, qui en eût pris soin? L'évêqne de Ce* nève a paru dans les palais des grands; mais oom* ment? comme un Êlie , pour y soutenir les intérêts du Seigneur et de la vraie foi. Je puis même ajouter qu'il y a plus fait par sa douceur, que ce prophète avec son esprit de feu. On n'eût jamais pensé que ce qu'il proposa au conseil de Savoie pour l'extirpation de l'hérésie, dût être agréé : la prudence hu* maine s'y opposait, et le projet était trop confonde aux maximes de Dieu pour s'accorder avec la politique des hommes. Mais laissez agir François de Sales. Tandis qu'on tient conseil en la présence du duc, il en tient un autre avec Dieu même, et c'est assez; le sentiment du saint apAtre l'emportai, Tinterdit de la nouvelle secte sera publié, les ministres seront bannis, les catholiques maintenus; ceux de Genève exclus de leurs demandes; tous ces articles arrêtés, ratifiés, exécutés. N'en soyons point sur^ pris : c'est que Dieu, qui tenait en sa main le coeur du prince, l'a remis en celle de François; et François , par l'impression de sa douceur, lui fait pren* dre tous les mouvements de son zèle.
Mais, d Providence! que faites-vous? pendant que la paix entre les couronnes de France et dé Sa* voie favorise la guerre que cet apôtre a fiit à Thé* résie, vous laissez une autre guerre s'allumer entre
ces deux Éuts, et o^te guorre, portée jusque dant le sein de son Église, va donner la paix aux rebelles. Avez-vous donc entrepris de troiMer vos propres desseins ? Ncto , chrétiens ; mais elle veut £ûre part à la France du bien que la Savoie possédait, el parce que ce bienheureux prélat est attadié snissi fortement à Genève, qu'une inteUigenoe à l'astre qu'elle remue. Il faut que les hitéréts de ce diocèse l'en surent, afin qu'il puisse dire avec le Sauveur éà monde, en quittant son troupeau : Il est à propos pour vous que je vous quitte : ExpedU vobis vi ego vadam, (Joah., 16.) Ce coup sans doute fut un des plus favorables pour la France. Notre invincible héros, Henri le Grand, fit bien des conquêtes sur la Savoie; mais une des plus avantageuses, fut d'attirer à sa cour cet homme de Dieu. If y est conduit par le même esprit qui conduisit Jésos- Qirist au désert : l'opinion de sa sainteté, le bruit de ses merveilles préviennent les cœurs en sauveur ; les peuples le comblent d'honneurs , et Henri , c'està-dire le plus grand roi qui portât alors la courcmne, n'épargne rien pour lui donner toutes les marques d'une singulière estime. Cet auguste monarque, qoi ne prisait que le mérite, et dont le discernement était admirable pour le connaître , découvrit d'abord dans le saint prélat d'éminentes qualités; et s'en expliquant un jour : Non dit-il , je ne connais pomt d'homme, dans tout mon royaume, plus capable de soutenir les intérêts de la religion et ceux de l'État. Gomme la ressemblance forme les liaisons , ce prince, également belliqueux et débonnaire, aima François, en qui il voyait tant de courage à combattre les ennemis de l'Église, et au même temps une douceur si engageante; il l'aima, dis-je, jusqu'à l'honorer de sa plus intime familiarité, n'estimant pas qu'il y eût de la disproportion, quand la majesté se trouvait d'une part et la sainteté de l'autre. Les belles espérances de fortune, dira peut- Are ici quelque mondain! si ce prélat eût su profiter de son crédit, il pouvait parvenir au plus haut rang. Ge n'étaient pas seidement des espérances, mes diers auditeurs, c'étaient de la part d'Henri des prauves effectives d'une bienveillance et d'œie magnificence toute royale. Déjà , par son ambassadeur auprès du souverain pontife, il demandait pout François le chapeau de cardind ; déjà il lui assurait des évêchés de son rc^aume, le premier vacant; d^, pour l'attacher de plus près à sa personne^ il hu t»ffinit le siège de Paris , sous le titre de coadjuteur* La fortune ne lui a donc pas manqué : mais cet homme évangéique se crut obligé, pour l'intérêt de Dieu, de manquer à une si éclatante fortune; et Quelque jugement qu'en puisse faire la sagesse du siède, si Françds de Sales eût usé de sa favmir auivanl les. vues du monde , jamais il n'eût eu dans l'estime de Henri la place qu'il y occtfj^, et nous
POtm LA FÊTE SK SjUNT FBANÇOIS DE SALES.
ne fe^wu pai sujourd'hni son éloge : c'eût été sa grand cardioal , et Don un grind saint ; on eût parlé de lui tandis qu'il vivait encore gui la terre, mnii maintenant son nom seiait dana l'oabli; au lien que par un renoncement si généreux et si rare; il l'a rendu immortel.
Ce fut, après tout, un langage bien nouveau 1 la cour, que celui de François de Sales. Que ré> pondit-il à notre glorieux monarque, et qœ lai représenta-t-il? qu'il était à la mite de laoour.DOn point pour ses propres afiaires, mais pour celles de son diocèse; qu'il serait bien condamnable s'il négligeait les unes pour avancer les autres ; que l'Ëglise de Genève était sou épouse, et qu'il lui serait d'autant plus fidèle, que c'était une épouse afOigée, dont il devait être la consolation et lesoutieu : que Dieu l'avait appelé à la conversion de sa patrie, et qu'il mourrait dans la poursuite de ù6 dessein ; que pour cela il avait besoin de toutes les bontés de sa majesté, et qu'il n'en attendait nulle autre grlae. Voilà, pour m'exprimer de la sorte, comment les ■lùnts font leur cour, voilà comment les Athaoase l'ont faite auprès de ConsUntin, les Reml auprès deClovîs, les Thomas auprès de Henri, roi d'Angleterre , toujours pour la gloire de Dieu et la cause de l'Église. Grand roi , ajouta François, Dieu tous demande trois d»se«, le rétabli sgement de la religion catholique dans le pays de Gex, mainlevée de tous les bénéfices usurpés par l'hérésie, et aûreté pour les églises qu'il lui a plu édifier par mes soins. Tous ces chefs étaient importants, chrétiens, et je me suis trompé quand j'aidit que François deSales n'avait point usé de son crédit ; il en eût moins fallu pour s'élever aux plus grandes dignités; niais possédant le cœur de Henri , que ne pouvait-il pas se promettre et obtenir? On lui dépêche toutes les expéditions nécessaires : de là il se transporte à Dijon; a
toute n »
soient I :
elles le ^
cuter ai le
est déc' . le
de TÉglise, et il triomphe de voir tout le pays de Gex reconquis à Jésus-Christ. Or , encore une fois , qui fit tout cela? La doueeur agissante de notre apâtre. Tel fiit le moyen qu'il mit en œuvre pour se rendre maître de tant d'esprits. Est-ce par sa doctrine qu'il persuadait? il est vrai, c'était un des plus savants prélats de son siècle : sa profonde capacité fut admirée par les premiers hommes du monde , j'entends les cardinaux Baroniua et Beliarmio; le saint-siége te consulta sur les points les t>lns difficiles de notre religion; il a donné cent fois le défi aux ministres de l'hérésie , et leur fuite n'était pas tant une marque de leur peu de capacité
et d'érudition, puisqu'ils passaient pour les plus habiles qui fussent dans leur secte , qu'une preuve de la haute sufilsaiMd de François. Mais vous savez la belle parole du grand Cardinal du Perron r disaiMl, assez de seiencepourconvaincre les hérétiques, mais l'évéque de Genève a la grSce pour les convertir. Quoi donc? était-ce une grâce de mirscles, comme celle d'an saint Grigoin? n eir a fait, chrétims, et de telsqne les plus sévères ffiformationg n'ont servi qu'à les autoriser. Quand il n'y en aurait point d'autre, celui-d serait le plus aodientiqite de tous, d'avoir converti tant d'hélétiques tans miracles. Hais disons toujours, et reconnaissons que c'est sa douceur qui le rendit si habile dans fart tout divin de gagner les Smes; c'est elle qui lui concilia les esprits les plus indociles et les plus farouches , pour les ramener à Dieu ; c'est par elle que les hérétiques méfiut, comme Théodore deBèze, ont été si fortement combattus, que, sans les intérêts humains qui les dominaient , elle les edt soumis ; c'est elle qui tant de fois a engagé les plus obstinés hérétiques à le choisir pour arbitre de leurs différends : en sorte qu'on peut dire de hii ce qite l'Ëcrituv a dît de Moïse, que ce fut le plus affable, le plus prévenant, le pins condescendant de tons les hommes qui rivaient sur la terre : fir mitUsbnut ttqxr omnet himiitet §wt morabantur in terra. (Mim. , II. } A quoi nous pouvons ajouter que ce fat par là même le plus efficace et le plus heureux dans les saintes entreprises, qu'il a dompté Pharaon ; ou ptoUJt , qu'il a dompté l'hérésie , plus intraitable encore que Pbaraon , et qrfil a ddhrré le peuple de Dieu de la servitude, en le réduisant sous l'obéissance de son légitime pasteur.
Delà,mes(d>eraauditenrs,double instruction pour BOUS : l'une , par rapport à ta vraie foi , que Fnnç(»s a prêcbée et rétablie; et Pautre , par rapport à la manière dont il t'a prêcbée, et au moyen dont il s'nt servi pâor la détiiMtre et la rétablir. Car appreiwm d'abôcd à estimer notre foi pour laquelle ce digne ministre du Dieu vivant a si glorieusement combattu. Cnltivens-la dans nous-mêmes , comme H l'a CDltirée dans les autres : gardons surtout cette importante muime, qu'il recommandait si souvent, de bire pardtre notre foi dans les moindres obiervances de notre tel^iOB, et particnlièrenMnt' en celles dont l'hérésie a tâungné pins de mépris et plus d'horreur : «ar wt pratiques , disait^l , suppmé les principes de notre eréanee , sont saintes et vénérables ; il ftal donc , autant qu'il nous est possible, les maintenir, et d'autant plus leirespeoter en les observant , que I'htcut s'est ptoi attadiée à les décrier en les rejetant. Pfau elles sont petitei , phii elles servent d'exerdee à notre soumlnion M à notre foi : c'est bien aai traraiUec k la aonverBion dM bérétigaeB,qned'eatrer.danatetir< sentiments, sous
POUR LA FÊTE DE SAINT FRANÇOIS DE SALES
prétexte de ne reteair que les choses essentielles. Enfin , ajoutail-ii » je n'ai jamais vu personne respecter et observer les points les plus légers de la discipline de rÉglise , qui ne demeurât ferme dans la foi ; mais j*en ai bien vu de ceux qui les négligeaient , se démentir peu à peu, et tomber malheureusement dans rincrédulité. Voilà pourquoi il faisait état de ces confréries saintement instituées dans FÉglise , en ayant lui-même établi une sous le titre de la Croix. Plus les novateurs s'efforçaient de décréditer la pratique des vœux , plus il s'appliquait à la relever , s'étant lui-même engagé par vœu à réciter le chapelet tous les jours de sa vie. Plus ils raillaient des jeûnes et des austérités corporelles , plus il en exaltait Tusage. Plus ils se déchaînaient avec fureur contre les ordres religieux , plus il portait leurs intérêts et s'en déclarait le protecteur.
' Mais, d'ailleurs, quelle autre leçon, que cette douceur dont il assaisonnât toutes ses paroles, tous ses discours, et dont il ne se départit jamais dans toutes les occasions où il eut à traiter avec le prochain! En cela imitant Dieu même, qui, selon le beau mot du Sage, nous gouverne d'autant plus efficacement qu'il nous conduit doucement : At- Ungit a fine usque ad finem fortUer ^ et disponU omnia suaviter! {Sap. , 8.) Car pour développer ce fonds de morale si étendu et si nécessaire dans tous les états, prenez garde, s'il vous plaît, ce n'est point par la souveraineté de son empire que notre Dieu gagne nos cœurs. Il nous fait par là dépendre de lui ; mais par là il ne nous attire pas à lui. Ce n'est point par la sagesse de son entendement divin ; il peut bien nous éclairer par là , mais non pas nous toucher. Si donc il s'insinue dans nos âmes , et s'il s'en rend le maître, c'est par la douceur de son esprit et de sa grâce. Ainsi, chrétiens, ce n'est point par la hauteur et par la domination, beaucoup moins par la fierté et l'arrogance, que nous nous concilierons les cœurs de ceux avec qui nous avons à vivre, ou dont la Providence nous a chargés; ce n'est point par nos belles qualités , ni par tous les avantages de notre esprit, mais par la douceur de notre charité. I<^ous avons des monstres à combattre , aussi bien que François de Sales » Placanii monstra ( Eccles., 45 ) ^ les uns dans nous-mêmes, et les autres dans le prodiain. Dans nous-mêmes, ce sont nos vices qui nous corrompent, nos pas* sions qui nous dominent, l'esprit du monde, Tamour du plaisir, le libertinage, l'impiété, l'avarice, l'orgueil, l'ambition. Or, ces monstres domestiques , j'en conviens, c'est par la sévérité que nous devons les exterminer de notre cœur et les détruire. Soyons sévères alors , et ne nous épargnons point, ne nous flattons point; notre douceur nous serait jpemideuse , et bien loin d'ét(N]£fer nos passions , die ae servirait qu'à les nourrir et à les fortifier. Bfais
il y a d'antres monstres que naos devons attaquer dans le prochain, surtout dans ceox avec qui noof avons eenaias rapports de supériorité, de proximité, d'amitié; et oes monstres, par exemple, œ sont la colère de l'un , ses emportements et ses violences ; la haine de l'autre , ses anîmosités et ses ressentiments ; l'humeur de edui-là , ses bizarreries et ses caprices; les désordres de eelui-ci, ses habitudes criminelles et ses dâ>auelies : voilà souvent la matike de nos combats. Or je prétends que dans eef combats vous ne pouvez espètèx de vaincre que par la douceur; vousaurezbeau diereher d'autres voies, il en £Btudra toujours revenir à celle que FÉvangilâ nous a enseignée : BeaH mUes, quoniam ipH poS" skMnmtterram ( Mâtth. , 5 ) : Heureux ceux qui sont doux et pacifiques , parce qu'ils posséderont la terre; c'est-à-dire, parce quils se rendront maîtres des cœurs , et qu'ils les tourneront où il leur plaira. Non , tout autre moyen ne nous réussira pas ; autorité, rigueur du droit, raison, adresse de Tesprit : car les autres ne déféreront pas à nos belles pensées , et ils croiront Juger des choses aussi sainement que nous. Nous dirons bien des raisons ; mais on ne prendra pas toujours pour règle notre raison : nous ferons valoir notre autorité; mais ce ne sera souvent que pour causer de plus grandes révoltes. D'y procéder par la rigueurdu droit , c'est s'engager dans des contestations étemelles , dsms des examens infinis , et susciter des guerres qui ne s'éteindront jamais. Il ne reste donc que la douceur , qui gagne peu à peu , qui persuade sans dispute et qui entraîne sans eÂbrt. Apprenez de moi ^ disait le Sauveur du monde , que je suis doux et humble de cœur ; soyez-le comme moi, et vous entretiendrez le bon ordre et la paix : Diicite a me qtda mitis sum et humilis corde, et invenletU requiem animabus vestris. (Mâtth. ,11.) Je sais que pour cela il faudra prendre sur soi , compatir, excuser, dissimuler, céder, condescendre, se soumettre et sliumilier ; et de plus, je sais que tout cela est difficile. Mais voilà pourquoi je vous disais , il y a quelque temps , que la grande sévérité du christianisme consistait dans la pratique dé la charité , et que c'était une illusion de la vouloir chercher hors de là, ou de prétendre la trouver sans cela. Saint François de Sales s'est adonné à un continuel exercice de la douceur pour l'intérêt de la foi, et nous devons nous y attacher pour l'intérêt de la diarité : car la charité ne nous doit pas être moins précieuse que la foi, et nous ne devons pas moins faire pour Tune que pour l'autre. C'est par la force de sa douceur que François a triomphé de rhérésie; et c'est par l'onction de sa douceur qu'il a rétabli la piété dans l'Église. Renouvelez, s'il vous platt , votre attention pour cette seconde partie.
POUR LA FÊTE BE SAINT FRANÇOIS DE SALES