‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 190 sur 225 · ASO · texte numérisé non relu

ASO

YCiir du monde s'est tant élevé, et qu'il a si bien marqués dans l'Évangile, en disant que tout leur zèle se terminait à charger leurs frères de fardeaux lourds et accablants , tandis qu'ils ne voulaient pas même les toudier du doigt.

Cependant une vertu sans lumière et sans connaissance ne sufOt pas à un homme apostolique : il doit être éclairé, puisqu'il doit instruire les autres ; jci si son zèle n'est conduit par la science, fût-il d'ailleurs le plus pur et le plus ardent , c'est un zèle dangereux , et qui peut donner en mille écueils. Que fera donc Ignace, et désormais est-il en état d'entreprendre des études plus sortables à son âge , et de s'avancer dans les sciences dont il ignore jusques aux premiers éléments ? Ah! chrétiens , laissons agir sa fidélité : elle est humble, elle est généreuse et constante, c'est assez; tout lui conviendra. Elle fera passer cet homme de trente-trois ans par tous les degrés ; elle le réduira dans la poussière d'une classe au rang des enfants; elle le soumettra à la discipline d'un maître ; elle lui donnera toute la patience et toute la fermeté qu'il faut pour dévorer les premières épines de la grammaire, et pour en supporter tous lesdrgoOts. Que je consulte là-dessus certains esprits forts du siècle; que sera-ce à les entendre parler et selon leurs idées mondaines, qu'une telle résolution? ce sera faiblesse, ce sera bassesse d'âme, ce sera folie. Mais moi , je prétends que jamais I<xnace ne fit rien pour Dieu de plus héroïque et de plus grand : pourquoi? parce que jamais il n'eut plus de violence à se faire , pour réprimer tous les sentiments humains , et pour vaincre toutes les répugnances de la nature; ici bien différent de son adorable Maître, lors même qu'il travaillait à pouvoir un jour l'imiter. Jésus-Christ encore enfant s'assit au milieu des docteurs dans le temple de Jérusalem : et Ignace, cet homme déjà formé, est assis parmi des enfants dans une école publique. Jésus-Christ s'éleva au-dessus de son âge pour enseigner, et Ignace s'abaisse au-dessous du sien pour recevoir des enseignements. Jésus-Christ dans sa douzième année fit la fonction de docteur, et Ignace à trente-trois ans prend la qualité de disciple. Les scribes et les pharisiens furent dans l'étonnement de voir la sainte assurance de Jésus-Christ; et tout ce qu'il y a dans Barcelone de gens sensés et raisonnables, est ravi d'admiration en voyant la docilité d'Ignace. Quelle différence, mes chers auditeurs, et tout ensemble quel rapport entre l'un et l'autre , puisque l'un et l'autre n'eurent en vue que de s'employer aux affaires de Dieu et de lui témoigner leur fidélité! Nesciebatis quia in his qux Pat ris met sunt, opartet me t?*5e?(Luc., 2.)

Ce fut cette même fidélité qui attira Ignace dans Paris , pour y reprendre avec une ardeur toute nouvelle le cours de ses études ; qui lui en fit essuyer

tous les ennuis , toutes les fatigues , toutes les humiliations ; et qui dans l'extrême et volontaire paur vreté qu'il avait choisie comme son plus cher héritage , et dont il ressentait toutes les incommodités, l'engagea à se retirer dans un hôpital , à mendier lui-même son pain de porte en porte, à se dégradait selon le monde, et à se mettre dans la vile condition de valet, SHivantl'exemple de son Sauveur rjpormaw servi accipiens. (Philip., 2.) Quel état pour aa homme jusque-là distingué, et par sa naissance, et par ses emplois! Mais que nous importe), dit-il, à quelle condition nous nous trouvions réduits, quand c'est pour l'avancement de la gloire de Dieu, et pour l'accomplissement de ses éternelles et suprêmes volontés? Soyons pauvres, soyons dépendants, soyons esclaves, soyons dans le rang le plus a bject et le plus bas , pourvu que Dieu soit par là honoré et le prochain sanctifié. Et pourquoi ne m'en coûterait-il pas autant pour me former à la milice du ciel , qu'il m'en a coûté pour me signaler dans celle de la terre ? Rien ne m'a rebuté, lorsqu'il a été question d'aequérir la science des armes ; en dois-je moins faire pour acquérir la seienee du salut? Touché de ces sentiments, il redouble ses soins et son attention : la moindre négligence qui lui échappe est pour lui un crime qu'il se reproche amèrement, et dont il se punit rigoureusement. Dieu te soutient , le bénit ; et voici la merveille que nous ne pouvons assez admûrer. C'est que ce zélé disciple, tout disciple qu'il est, commence à devenir maître. Déjà inspiré d'en haut et dirigé par l'esprit de Dieu , il jette les premiers fondements de cette compagnie dont il devait être l'instituteur et le père. Déjà dans l'unlvetsité de Paris il s'associe neuf compagnons illustres par les talents de leur esprit et par leur savoir, mais plus illustres encore par leur piété et par leur zèle. Dans le sein de notre France et dans la capitale de ce royaume, Ignace lève déjà ces troupes auxiliaires que Dieu réservait à son Église, et qui d'année en année croissant toujours , et grossies de toutes parts, devaient se répandre dans toutes les parties du monde. Car permettez-moi de le remarici , c'est à notre France que le monde chrétien est redevable de ce secours ; c'est là qu'Ignace s'est instruit ; là que sa sainteté s'est élevée , s'est perfectionnée, s'est consommée; là qu'il s'est tracé le plan de sa compagnie , et qu'il a trouvé de dignes sujets pour le seconder et la faire naître; là que de concert, et portés du même zèle , ils se sont tous dévoués à la gloire du Seigneur et au service des âmes ; delà enfin qu'ils sont sortis pour aller se présenter au souverain pontife, et pour mettre la main à l'œuvre de Dieu qu'ils avaient méditée. Aussi le glorieux fondateur de la compagnie de Jésus reconnut-îl toujours dans la suite qu'il devait tout à la France, la regardant comme son berceau , ou, pour mieux dire,

POUR LA FÊTE DE SALNT IGNACE DE LOYOLA

la regardant comme sa mère , et s'appliquant à lui envoyer des ouvriers qui pussent l'acquitter envers elle , et lui rendre en quelque sorte ce qu'il en avait reçu.

Mais revenons , et disons que si saint Ignace a fait paraître une pleine fidélité en se préparant à son ministère, il n*a pas moins dignement rempli Tautre devoir d'an*parfaît dispensateur, en travaillant sous les ordres du maître qui Favait appelé , et selon la forme que Jésus-Christ même lui avait tracée. Vous savez, chrétiens, que la gloire est un bien propre de Dieu, et qui n'appartient qu'à Dieu. Il nous abandonne toutes les autres choses, jusqu'à sa grâce, dit saint Augustin; mais pour la gloire, c'est son fonds, et un fonds inaliénable : il ne la cède à personne , et s'il y a quelque bien qu'il puisse attendre de la part des hommes , et en particulier de ses ministres, c'est celui-là. Voilà pourquoi le Fils de Dieu disait de lui-même, qu'il était venu sur la terre pour y chercher, non pas sa gloire, mais celle de son Père ; que c'était l'unique fin de sa mission et l'unique fin de la mission de ses apôtres : Non qusero gloriam meam. (Joàn., 8.) Et parce que cette gloire de Dieu consiste en partie à être connu des hommes , à en être adoré et aimé , c'est pour cela que ce même Sauveur ajoutait qu'il était venu pour la conversion des pécheurs et la réparation du monde', Non sum missus y nisi ad oves qtiœ perierunf (Màtth., 15); et qu'il n'avait choisi ses apôtres que pour être les coopérateurs de ce grand ouvrage : PosuivosuteaiiSf etfructumafferatis. (Joan., 15.)

Or, ceci posé, mes chers auditeurs, voulez-vous juger de la fidélité d'Ignace dans l'exécution des desseins de Dieu sur lui ? voyez quelle fut l'ardeur et l'étendue de son zèle pour la gloire divine et pour le salut des âmes. Quel vaste champ s'ouvre devant moi , et ce qui me reste de temps peut-il suffire à une si abondante matière? Puis-je vous marquer mille traits particuliers? puis-je vous dire tout ce qu'Ignace a entrepris , tout ce qu'il a fait , tout ce qu'il a souffert, non-seulement pour la gloire de Dieu], mais pour la plus grande gloire de Dieu , et non-seulement pour le salut de ses frères , mais pour leur plus haute perfection ? Je ne vous le représenterai point dans cet étang à demi glacé, où il se plongea lui -même jusqu'au cou ; s'estimant heureux de pouvoir par cet étrange stratagème, arrêter un seul péché, et retenir parce spectacle un malheureux que son libertinage portait vers l'objet criminel de sa passion. Je ne vous parlerai ni de ses ferventes prédications et des fruits merveilleux qu'elles produisirent , ni de ses soins auprès des malades , pour sauver leurs âmes , encore plus que pour soulager leurs corps, ni de ses pénibles voyages, tantôt pour courir au secours d'un fugitif qu'il eût pu poursuivre selon les lois d'une rigoureuse justice, et qu'il

assista selon l'esprit de la plus pure charité , tantôt pour visiter les saints lieux, et pour réparer la gloire de son maître là où elle avait été et où elle était tous les jours si outrageusement blessée, tantôt pour parcourir les villes et les bourgades , et pour r^^an dre partout la bonne odeur de Jésus-Christ. Je ne vous dirai rien des saints établissements qu'il institua, et des maisons qu'il bâtit pour être consacrées à la pénitence , se souvenant que son Sauveur n'avait pas exclu de son royaume céleste les fenunes perdues , et qu'elles pouvaient autant glorifier Dieu dans leur retraite qu'elles l'avaient déshonoré dans leur péché. Tout cela , et bien d'autres preuves de sa fidélité et de son zèle, je les laisse; car ce détail serait infini. Je m'attache à un fait plus général, mais aussi plus éclatant, et par où je conclus ce discours.

Cest, chrétiens, cette institution d'une compagnie dont l'unique fin est la gloire de Dieu et le salut du prochain; dont tous les sujets ne doivent servir qu'à la gloire de Dieu et au salut du prochain ; dont toutes les vues, tous les intérêts, toutes les fonctions, tous les travaux ne doivent tendre qu'à la gloire de Dieu et au salut du prochain : d'une compagnie qui, sans se renfermer dans Venceinte d'une province ou d'un empire, doit annoncer la gloire de Dieu et son saint nom dans tout l'univers, Euntes inmundum universum (Marc, 16) , doit prêcher l'Évangile à tous les peuples sans distinction d'âge, depuis les enfants jusques aux plus avancés, sans distinction de qu'alités et d'états, depuis les plus pauvres et les plus petits jusques aux plus riches et aux plus grands, FrœdiccUe evangeltum omni crecUurœ : d'une compagnie qui , sans se borner à un moyen plutôt qu'à l'autre, fait profession d'embrasser tous les moyens de glorifier Dieu et de sanctifier les âmes : les écoles publiques et l'instruction de la jeunesse , la connaissance des lettres et divines et humaines, le ministère de la sainte parole , la direction des consciences , les assemblées de piété, les missions et les retraites : d'une compagnie qui, pour se dégager de tout autre intérêt que celui de Dieu et des âmes qu'il a rachetées de son sang, renonce solennellement à tout salaire et à toute dignité ; qui , pour être plus étroitement liée au service de l'Église de Dieu , s'engage par vœu exprès à s'employer partout où les ordres du souverain pontife et du vicaire de Jésus-Christ la destineront, fallût-il pour cela s'exposer à toutes les misères de la pauvreté, à toutes les rigueurs de la captivité , à toutes les horreurs de la mort : d'une compagniequi,par la miséricorde du Seigneur et par la force toute-puissante de son bras, perpétuée de siècle en siècle et toujours animée du même esprit, à la place des ouvriers qu'elle perd, en doit substituer d'autres pour leur succéder, pour hériter de leur

POUR LA FÊTE DE SALVT IGNACE DE LOYOLA

zèle , pour cultiver les mêmes moissons, pour soutenir les mêmes fatigues , pour essuyer les mêmes périls , pour combattre les mêmes ennemis et avec les mêmes armes , pour remporter les mêmes victoires, ou pour faire, de leur réputation, de leur repos, de leur vie, les mêmes sacrifices. Aidé de la grâce, et en suivant toute l'impression, après avoir conçu et médité le dessein de cette compagnie, l'avoir ensuite conduit avec autant de sagesse que de constance et de force, l'avoir exécuté avec succès et porté enfin à toute sa perfection, dites-moi, chrétiens, si ce n'est pas avoir été fidèle à Dieu, nonseulement comme ce bon serviteur de FÉvangile, en de petites choses. In modico JideUs (Luc, 19), mais dans une des plus difGciles et des plus grandes entreprises ?

Or, voilà ce qu'a fait saint Ignace de Loyola. Je pe dis pas , voilà ce qu'il s'est proposé, voilà ce qu'il a ébauché , voilà ce qu'il a commencé; mais je dis : Voilà ce qu'il a lui-même achevé , et ce qu'il a luimême consommé , et à quoi lui-même il a mis la dernière main. C'est lui qui , par la ferveur de ses prières , par l'abondance des lumières divines , par l'élévation et la vaste étendue d'un génie supérieur, par la droiture et la profondeur de ses réflexions , par l'invincible fermeté et la grandeur de son courage , a formé l'idée de cet institut, en a dicté toutes les règles, en a marqué toutes les fonctions, en a levé toutes les difficultés, en a réuni toutes les parties, en a composé tout le corps. Fa nourri , l'a fortifié, l'a fait agir jusqu'aux extrémités de la terre. Dire donc d'Ignace qu'il a été le fondateur de la compagnie de Jésus , c'est faire en un mot l'éloge complet de sa fidélité envers Dieu et par conséquent envers le prochain : car c'est vous donner à entendre que non content de glorifier Bieu par lui-même , il l'a glorifié par tant de missionnaires envoyés au delà des mers et aux nations les plus reculées , pour y publier l'Évangile et y détruire l'infidélité ; qu'il Ta glorifié par tant de prédicateurs employés auprès des fidèles pour leur enseigner leurs devoirs et les retirer de leurs désordres; qu'il l'a glorifié par de savants hommes consumés de veilles et d'études , pour confondre l'hérésie et pour défendre la religion ; qu'il Ta glorifié par tant de martyrs exposés aux glaives , aux feux , aux croix , aux tourments les plus cruels pour l'honneur de la foi , et pour signer de leur sang le témoignage qu'ils lui rendaient; qu'il l'a glorifié d'un pôle du monde à l'autre, où il a eu la consolation de voir les membres de sa compagnie s'étendre pour la conquête des âmes'et l'accroissement du royaume de Jésus-Christ.

\ Ce n'est pas assez : et pourquoi n'ajouterais-je pas qu'il le glorifie encore, non-seulement dans le ciel où Dieu a couronné ses travaux ; mais dans toute TeDceinte de cet univers, où ses enfants, sous sa

BOOBbàtOUE. — T. n.

' conduite et par son esprit, travaillent à maintenir l'ouvrage de leur père , et y consacrent tous leurs soins ? Car ce que saint Paul a dit en parlant d'Abel , et de l'offrande qu'il présenta à Dieu pour l'honorer, je puis bien ioi l'appliquer au saint instituteur dont je fais l'éloge , et à la compagnie qu'il a laissée après lui, comme la dépositaire de ses sentiments , et l'héritière des grâces dont il fut si abondamment pourvu : Etper illam defunctus adhuc loquitur. {Hebr., 11 .) Oui , mes chers auditeurs, c'est par elle qu'Ignace , tout mort qu'il est , parle encore , et fait retentir sa voix dans toute la terre; c'est par elle qu'il distribue le pain d'une saine doctrine aux enfants de la maison du Père céleste ; c'est par elle qu'il va à travers les tempêtes et les orages , au milieu des bois et dans le fond des déserts , chercher les brebis égarées d'Israël et les appeler ; c'est par elle qu'il dirige tant drames saintes, qu'il touche tant de pécheurs, qu'il convainc tant d'hérétiques, et qu'il éclaire tant d'idolâtres. Pardonnez-moi, chrétiens, et permettez-moi de rendre aujourd'hui ce témoignage à une compagnie dont je reconnais avoir tout reçu , et à qui je crois devoir tout : témoignage fondé sur une connaissance certaine de la droiture de ses intentions et de la pureté de son zèle , malgré tout ce que la calomnie a prétendu lui imputer, et les noires couleurs dont elle a tâché de la défigurer et de la ternir. Au reste , quand je m'explique de la sorte , ce n'est point à l'avantage des enfants que je le fais, ni pour les relever, mais uniquement pour relever le père , ou plutôt pour relever la gloire de Dieu , à qui les enfants, comme le père, doivent tout rapporter. Non , messieurs , vous ne nous devez rien , si vous le voulez; et si vous nous deviez quelque chose , je vous dirais tout le contraire de ce que disait saint Ambroise après la mort du grand Théodose, dont il faisait l'éloge funèbre. Il montrait \ts deux héritiers de l'empereur, présents à cette cérémonie, et s'adressant au peuple, il s'écriait : Readiiefiliis qiiod dehetis patri (Ambh.); Rendez aux enfants ce que vous devez au père. Je renverserais la proposition ; et , vous présentant Ignace , je m'écrierais : Reddite patri quod dehetis fiUis; Ce que vous croyez devoir aux enfants, rendez-le au père. Car c'est au père que tout est dû, puisque les enfants n'agissent que par les règles que le père leur a prescrites , que par l'esprit qu'il leur a inspiré, qu'avec les moyens qu'il leur a fournis. Je dirais encore mieux : Tout ce que vous pouvez devoir, soit au père, soit aux enfants, rendez-le à Dieu; car c'est à Dieu , et à Dieu seul le principe de tout, que tout honneur appartient.

Ainsi vous parlerais-je : mais j'ai quelque chose à vous dire qui vous touche de plus près, et à quoi il vous est encore plus important de faire une sérieuse attention. Car ce qui a fait, mon cher au-

POUR LA FÊTE DE NOTRE-DAME DES ANGES

diteur, toate la sainteté d*Ignace, et ee qui l'a élevé à une si haute perfection , c'est d'avoir été fidèle à Dieu. Pourquoi n'étes-vous pas saint comme lui, et pourquoi même n'étes-vous rien moins que saint? Examinons quelle est la cause de cette différence. D'où vient qu'Ignace fut un homme de Dieu, et que vous êtes un homme du monde; qu'il n'eut de pensées que pour Dieu , et que vous n'en avez que pour le monde; qu'il ne cessa point de glorifier Dieu , et que vous ne cessez point de l'outrager? Remontons à la source. Est-ce que Dieu ne veut pas tirer de vous sa gloire? es^ce qu'il ne vous appelle pas à la sainteté de votre état? est-ce qu'il vous refuse les grâces et les moyens nécessaires pour y parvenir ? Peut-être vous le persuadez-vous , et peut-être aimez-vous à vous entretenir dans cette fausse persuasion , pour avoir lieu de vous autoriser dans le relâchement et dans le dérèglement ou vous vivez. Mais c'est une erreur dont il faut aujourdliui vous détromper. Je vous Fai dft et je le répète : dans quelque état que vous vous trouviez par les ordres de la Providence, voua devez et vous pouvez vous y sanctifier; vous le devez, puisque c'est votre vocation; et vous le pouvez, puisqu'on conséquence de cette vocation, Dieu vous o£&e son secours et est toujours prêt à vous le donner. Mais si Dieu vous est fidèle comme il le fut h Ignace, étes-vous, comme Ignace, fidèle à Dieu? Vous voulez que Dieu fasse tout, et qu'il ne vous en coûte rien. Mais saint Ignace s'est fondé sur une maxime bien opposée, savoir* que ne pouvant rien faire sans Dieu, il n'était pas d'une moindre nécessité pour lui de faire tout avec Dieu. Voici le principe qui l'a fait agir , et le mal est que vous prenez tout une autre règle. Ce grand saint a su distinguer entre la grâce et l'action, la grâce qui nous prévient de la part de Dieu , et l'action qui la suit de notre part; et il a conclu que ce n'était pas la première, mais la seconde qui nous sanctifiait, et que la première sans la seconde était même le sujet de notre condamnation : au lieu que vous confondez l'une et l'autre , au lieu que vous attendez tout de l'une sans prendre soin d'y ajouter l'autre, croyant volontiers que la grâce de Dieu suffit, et vous mettant peu en peine d'y répondre. Ah! chrétiens, n'oubliez jamais cette importante vérité , qu'on ne peut trop 'vous imprimer daps l'esprit : je veux dire, que comme vous ne pouvez vous sauver sans Dieu, Dieu jamais ne vous sauvera sans vous ; que comme vous ne pouvez vous sanctifier sans Dieu , jamais Dieu ne vous sanctifiera sans vous; et que de même qu'il y a une fidélité de Dieu envers l'homme à quoi Dieu ne manque jamais, il y a une fidélité de Phonème euvers Dieu à quoi vous ne devez jamais manquer., afin que vous puissiez un jour entendre de la bouche de votre juge celte consolante parole : Venez, bon

serviteur, serviteur fidèle; parce que vous m'are» été fidèle, entrez dans la joie du Seigneur et danv son royaume étemel, où nous conduise, etc.

SERMON

poim

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