‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 22 sur 225 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

A considérer en elle-même et selon les vu<es dn monde la condition du pauvre , nous y trouvons trois désavantages bien remarquables , et trois grandes disgrâces. La première est cette inégalité de biens qui le distingue du riche ; en sorte que l'un , dans l'opulence et dans la fortune, se voit abondamment pourvu de toutes choses, tandis que l'autre , sans revenus et sans héritages , a les mains vides et ne possède rien , ni ne peut disposer de rien. La seconde est la nécessité oî^ le pauvre languit et les besoins qu'il souffre , en conséquence de cette même inégalité qui se rencontre entre lui et le riche , tellement qu'il endure toutes les misères de, l'indigence, pendant que le riche goûte toutes les douceurs d'une vie aisée et commode. Enfin la troisième est l'état de dépendance où la disette réduit le pauvre, et les mépris qu'il est souvent obligé d'essuyer dans le rang inférieur où le met sa pau* vreté ; au lieu que tous les honneurs et toutes les grandeurs du siècle sont pour le riche. Or voilà , mes ciiers auditeurs, à quoi la providence de notre Dieu a suppléé par la loi de la charité, et en particulier par le précepte de l'aumône : et c'est ce qui me la fait regarder dans ce divin commandement comme une providence miséricordieuse et bienfaisante à l'égard des pauvres. J'en donne le$ preuves, et vous en allez être pleinement convaincus.

Je l'ai dit , et vous le voyez, le malheur du pauvre, j'entends son malheur temporel, c'est d'abord ce partage si inégal de facultés et de biens qui le dépouille de tout, et qui comble au contraire le ri« che de trésors. Selon la première loi de la nature, remarque saint Ambroise, tous les biens devaient

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tin communs. Comme tous les hoDimes sont également hommes, l'un pai lui-même et de son fonds n'apasdcsdroitsmieux établis que ceux de l'autre, ni plus étendus. Ainsi il paraissait nature) que Dieu les ayant créés, et voulant après le bienfait de la création , leur fournil à tous , par r«lui de la conservation, l'entretien et la subsistance nécessaire, leur abandonnât les biens de la terre pour en recueillir les fruits chacun selon ses nécessitïa présentes, et selon que les diiférentes conjonctures le demanderaient. Mais cette communauté de biens, ci conforme d'une part à la nature et à ta droite raison, ne pouvait d'ailleurs, par la corruption du cœur de Itorame, longtemps subsister. Chacun, «mporté par sa conToitise et maître de s'attribuer telle portion qu'il lui eût plu, n'eût pensé qu'à se remplir aux dépens des antres, et de là les divisions et les guerres. Nul qui volontairement et de gié se fiU assujetti à certains ministères pénibles et humiliants; nul qui eût voulu obéir, qui eilt voulu servir, qui eût voulu travailler et agir, parce que nul a'y ,eflt été forcé par le besoin. D'où vous jugez auez qoel renversement eût suivi dans le monde, livré par là, si j'ose ainsi m'exprimer, à un pillage universel , et à tous les maux que la licence ne manque point de traîner après soi.

. 11 fallait donc qu'il y eût une diversité de conditions, et sartont il fallait qu'il y eût des pauvres-, ailn qu'il y eût dans la société humaine de la subordination et de l'ordre. Cest une infortune, il est vrai, pour les pauvresque cette variété d'états où ils se trouvent si mal partagés et qui les prive des avantages accordés aux riches. Mais , providence de mon Dieu, que vous êtes aimable et bienfaisante , jors même que Tonssemblez plus rigoureuseet plus sévère ; et que vous savez bien rendre par vos soins paternels ce que vousdtez selon les conseils. de votre adorable sagesse! En effet, chrétiens, qu'a. fait Dieu en feveur du pauvre? Il a établi le précepte de l'aumône; Il a dit an riche ce que saint Paul, son interprète et son apâtre, disait aux premiers fidèles : Vous ferez part de vos biens h vos frères; car, dès que ee sont vos frères, vous devez vous intéresser pour eux, et je vous l'ordonne. Pion pas <(up je vous oblige de leur donner tout ou la meilleure partie de ce que vous avez reçu de moi. Je n'entends pas que vous alliez jusqu'à vous appauvrir vous-mêmes pour les enrichir, ni qu'ils soient par vos larf;esses dans l'abondance et vous dans la peine , Non ut alils sil remissio, vobis aalem tribu/al!o{î. Cor., 8);mais vous mesurerez les choses de telle manière qu'il y ait entre eux et vous une espèce d'égalité , sed ex a-qualltafe. { Ibid. ) Comme riche , vous avez non-seulement ce qu'il vous faut , mais au delà de ce qu'il vous faut, et le pauvre n'a p.M même le nécessaire. Or, pour le pourvoir

de ce nécessaire qu'il n'a pas, vous emploierez « superflu que vous avez ; si bien que l'un soit te supplément de l'autre : l'estra abyndantia lllorum inopiam suppléât. ( 2. Cor., 8. ) Par cette compensation tout sera égal. Le riche, quoique riclie , ne vivra point dans une somptuosité et ujie niollessa aussi pernicieuse pour lui-même que dommageable aupauvrei ni le pauvre, quoique pauvre, ne périra point dans un triste abandon. Chacun aura ce qui lui convleal-.UtJiatxqualUas.siciilscriptimi est; Qui mullum, non abundavit; et gui tnodkum , non minoravil. (Ibid.)

Voilà, dis-je, riches du monde, la règle inviolable que Dieu vous a prescrite dans le commandement de l'aumâne. Ce père commun s'est souvenu qu'il avait d'autres enfants que vous, dont sa providence était chargée. Si pour de solides considérations ils ne les a pas traités aussi favorablement que vous , ce n'est pas qu'il ait prétendu les délaisser; et si vous avez enle partage des aînés, si vous êtes les déposiuires de ses trésors , c'est pour les répandre et les dispenser avec équité , et non pour les retenir et vous les réserver par une avare cupi'» dite. Comme ils sont â lui , puisque tout lui 3ppar-< tient, il lesdonneàquiilluiplalt, qu'il lui plaît. Or c'est ainsi qu'il I donner aux pauvres , et qu'il les leui là, conclut saint Cbrysosldme, qui l'aumône, qu'il ne se flatte point ei lité : car oette aumône, c'est un s'acquitte, c'est la légitime du pau peut refuser ^ns iiijustice. Je le veux, il honor« Dieu par son aumône i mais il l'honore comme un vassal qui reconnaît le domaine de son souverain, et lui rend l'obéissance qui lui est due. Il l'honore comme un fidèle économe, qui administre sagement les biens qu'on lui a confiés, et les distribue, non point eu son nom ,,mnis an nom du maître : Fide- Us dispensalor et prudens, quem constUuit Dth mlnut super familiani suam, ut del ilUs in tentpore tritiei mensuram, ( Lnc, 1 J. ) Prenez garde à ces paroles, dont vous n'avez peut-être jamais pénétré tout le sens. Cest un dispensateur; mais Dieu est le Seigneur, Jidelis sercia. Il a l'intendance sur toute la maison; il la conduit et (1 la gouverne; mais c'est le Seigneur qui Ta constitué pour cela , quem consiilulf Dominus super famillam siiam. Les pauvres font partie de cette mai.son de Dieu, et. il y a assez de biens pour tous les membres qui la composent ; il doit donc dans une juste compensaliott les leur communiquer à tous , vt del ilUs. Mais du reste tous les besoins u'étanl pas les mêmes, il est de sa prudence d'y faire attention et d'ex.-t miner l'état de chacun , aCn de lui donner une mesure proportionnée , uf (fef illis tritli-.i mensuram. Et parce qu'il y a des temps où les uns sont plus près

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tés et les autres moins , c'est encore un devoir pour lui d*y avoir égard et d*y veiller, augmentant ou diminuant les secours selon les divers changements qui arrivent et dont il est instruit, ut det illis in tempore tritici mensuram. Voilà le secret de cette égalité que Dieu, dans la loi quMI a portée pour le soulagement des pauvres , a eu en vue de remettre parmi les hommes ; voilà ce qui justifie sa providence. Car quand les biens, selon Tintention et Tordre de Dieu, seront ainsi appliqués , il n'y aura plus proprement ni riches ni pauvres, mais toutes les conditions deviendront à peu près semblables. Le pauvre qui n'a rien aura néanmoins de quoi subsister, parce que le riche le lui fournira, Tanquam nihil habentes y et omttia possidenies ( 2. Cor., 6 ) ; et le riche qui a tout n'aura pourtant rien au delà du pauvre , parce qu'il lui sera tributaire de tout ce qu'il se trouvera avoir de trop , et qu'en effet il s'en privera , Ut et qtd habentj tanquam non habentes sin(. (1. Cor., 7.)

Mais allons plus avant, et admirons toujours les charitables desseins de cette providence dont je parle, et le soin qu'elle a pris des pauvres dans le précepte de l'aumône. Un malheur attire un autre malheur; et du premier désavantage du pauvre, qui est l'inégalité des biens, laquelle le rabaisse audessous du riche, s'ensuit conséquemment un second, je veux dire l'état de souffrances et les désolantes extrémités où expose la pauvreté. Vous en êtes témoins, mes chers auditeurs, et je puis bien là-dessus en appeler à vos propres connaissances. Tous savez ce que soufûrent tant de misérables qui se présentent tous les jours à vos yeux ; et si vous vouliez l'ignorer, leurs seules figures malgré vous TOUS l'apprendraient ; leurs visages exténués , leurs corps décharnés , vous le donneraient à connaître ; leurs plaintes, leurs cris, leurs gémissements, et souvent leurs désespoirs , vous le feraient assez en- «tendre. Et que serait-ce si je pouvais, outre ce que vous voyez , vous découvrir encore tant de calamités secrètes qui vous sont cachées ? Que serait-ce si tant de malades sans assistance, si tant de prisonniers sans consolation, si tant de familles obérées, ruinées sans ressource et tombées dans la dernière mendicité, dont elles ressentent toutes les suites, et quelles suites ! si, dis-je , tous et tout à coup ils venaient s'offrir à votre vue, et vous tracer l'affreuse peinture des maux dont ils sont accablés?

Pï'est-ce pas là , mon Dieu , à en juger selon les premières idées que fait naître dans l'esprit un si pitoyable et si douloureux spectacle, n'est-ce pas le scandale le plus apparent de votre providence? Hé ! Seigneur, les avez- vous donc formés , ces hommes sortis de votre sein , et leur avez-vous donné l'être pour les abandonner à leur infortune, et pour les laisser périr de faim, de soif, de froid , d'infirmités, de

chagrins? Qu'ont-ils fait, et par où se sont-ils rendus devant vous assez coupables pour mériter une telle destinée ? Je sais, mon Dieu , que vous ne leur devez rien : mais après tout je sais que vous êtes père, et que comme vous ne haïssez rien de tout ce que vous avez créé, surtout entre les créatures raisonnables , vous n'avez rien aussi créé pour le perdre, même temporellement. Non sans doute, répond à cette difficulté saint Chrysostôme , la providence d'un Dieu si sage et si bon n'a point prétendu manquer à tant d'hommes qui tiennent de lui la vie; et si nos pauvres périssent dans la nécessité et le besoin, ce n'est point à lui qu'il s'en faut prendre, mais à ceux qu'il a mis en pouvoir de les assister, et à qui il a commandé sous des peines si grièvesd'en être par leurs charités, après lui , les conservateurs. Parce qu'en conséquence de l'inégalité de qualités et 'de fortune qu'il a autorisée pour le règlement du monde , il était infaillible que plusieurs dans leurs conditions se trouveraient destitués de tous moyens pour se sustenter et pour subsister, il a bien su , en le prévoyant , y pourvoir; par où ? par son précepte : et quiconque comprendra toute la force et toute l'étendue de ce commandement sera forcé de rendre gloire à la miséricorde et à la vigilance du maître qui l'a porté. Car, pour en venir à un détail qui contient de si importantes leçons pour vous , mes chers auditeurs, faisons, s'il vous plaît, ensemble quelques réflexions sur ce commandement si peu connu de la plupart des chrétiens, et de là si mal pratiqué. Prenez garde : Dieu, touché de zèle pour le pauvre, en qui il voit sa ressemblance et qu'il aime comme l'ouvrage de ses mains, ne conseille pas seulement au riche de l'entretenir et de le nounir, ne l'y exhorte pas seulement, mais le lui enjoint, et lui en fait un devoir rigoureux. Il use pour cela de toute son autorité; et afin de donner encore plus de poids à sa loi , il transporte au pauvre tous ses droits sur les biens du riche : il te choisit , si j'ose le dire, pour être comme son trésorier, et c'est à lui qu'il assigne toutes les contributions qu'il peut exiger légitimement, et que le riche est indispensablement tenu de lui payer. Ce n'est pas assez : mais joignant à I\)rdre la menace, et la plus terrible menace, il annonce au riche qu'il y va de son âme, de sa damnation , de son salut ; que celui qui dans le temps n'aura point exercé la miséricorde n'a point de miséricorde à espérer dans l'éternité; qu'il sera le vengeur du pauvre, le vengeur de la veuve et de l'orphelin, s'ils ont été négligés, et qu'il n'emploiera point d'autre titre pour condamner tant de riches et pour les frapper de toute sa malédiction. Cela même encore ne lui suffit pas pour assurer aux pauvres le soutien qu'il leur a ménagé ; mais vou- * *3nt prévenir les fausses interprétations qui pour-

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ffeient lerfir de prétexte et de retranchement à IV ▼arice, et ne bornant point Tobligation de son précepte à certaines nécessités extrêmes et rares, il rétend aux besoins communs, aux besoins présents : tant il est sensible aux intérêts de ses pauvres , et tant il paraît avoir à cceur qu'ils soient aidés et secourus!

C'est donc ici qu'usant des paroles du Saint-Esprit, je dois m'écrier : Tto, Pater, pnwidentia gubemat. {Sap., 14.) Oui, Seigneur, quelque sévère que scànble d'ailleurs votre conduite envers le pauvre, il est évident qu'il y a dans le cid une providence qui pense à lui, qui veille sur lui, qui travaille pour lui, et si les soins de cette providence demeurent inutiles et sans effet, ah! mes firères, c'est ce qui doit vous faire trembler, parce que c'est votre crime, et que ce sera le sujet de votre réprobation. Car, dit saint Ambroise , si c'est incontestablement un crime digne de la haine de Dieu et de ses vengeances étemelles, que d'enlever au riche ce qu'il possède, ce n'est pas une moindre injustice devant Dieu de refuser au pauvre ce qu'il attend de vous et ce que vous pouvez lui procurer.

Quoi qu'il en soit de cette comparaison, et sans examiner le plus ou le moins, ce que j'avance avec une certitude entière, et ce que vous ne devez jamais oublier, c'est qu'au jugement de Dieu vous rendrez compte de l'un aussi bien que de Fautre. Et qu'aurez-vous à répondre, mon cher auditeur, quand Dieu, vous montrant cette foule de misérables dont sa providence vous avait chargé, et dont les voix plaintives retentissaient à vos oreilles sans pénétrer jusqu'à votre cœur, il vous reprochera cette inflexible dureté que rien n'a pu amollir, et qu'il vous en demandera raison ? quand il vous dira : Je voulais que celui-là fAt vêtu; et vous avez sans humanité et sans compassion retenu la robe qui le devait couvrir: je voulais.que celui-ci fât nourri; et vous avez déteumé le pain qui devait être son aliment : je voulais que ce débiteur insolvable par le désordre de ses affoires, et languissant dans une obaeure prison , fût encouragé , fût consolé , fût délivré, et vous n'avez ni fiât un pas pour le visiter, ni ouvert une fois la main pour le racheter : je voulais leur adoucir à tous leur état; et vous leur en avez laissé ressentir toutes les disgrâces et tous les malheurs. Or est-ce là ce que je vous avais prescrit ? Est-ce ainsi que je l'avais arrêté dans mes décrets et que je favais marqué dans ma loi? Mais surtout est-ce ainsi que je vous avais traité vous-même ; et puisque vous jouissiez si abondammentde mes dons, et que favais été si libéral pour vous , comment étiezvous si resserré et si insensible pourvos frères? Nonne oporiuU H ie mitereri conservi Mf{M.ATTK., 18. ) Je le répète, chrétiens , et je vous le demande , que répondrez- vous à ces reproches ? qu'alléguerez-

MIMUBlALOQB. — T. O

vous pour votre excuse ? et qui vous liiettra à couvert de ce foudroyant arrêt : Retirez-vous de moi , mmu dits ; DiscedUea me, maledictif (Mattr., 3&.)

Ce n'est pas là néanmoins encore tout le bienfait du Seigneur; et je prétends que par le précepte de l'aumône il a pleinement remédié à une dernière disgrâce du pauvre, qui sont les rebuts et les mépris où l'expose ordinairement sa condition, vile par elle-même et abjecte. Cest l'injustice du monde de n'estimer les hommes que par un certain extérieur qui brille, que par le faste et la splendeur, que par l'équipage et le train, que par la richesse des ornements et la magnificence des édifices, que par les trésors et les dépenses. Tout cela répand sur les opulents et les grands de la terre je ne sais quel éclat dont le vulgaire est ébloui , et dont ils ne se laissent que trop éblouir eux-mêmes. De là qu'arrive-t-il? Accoutumés à ces honneurs qu'ils reçoivent partout et à cette pompe qui les environne, quand ils voient les pauvres dans l'abaissement et l'humiliation, de quel œil les regardent-ils, ou , pour mieux dire, les daignent-ils même regarder? Il semble que ce ne soient pas des hommes comme eux; et si quelquefois ils les gratifient d'une légère et courte aumône, il faut que ce secours leur soit porté par des mains étrangères, parce qu'il n'est pas permis au pauvre de les approcher, parce que la personne du pauvre leur inspirerait du dégoût, parce qu'ils se feraient ou une peine ou une confusion de traiter avec le pauvre et de converser avec lui. Divin Maître que nous adorons. Sauveur des hommes, vous êtes né pauvre, vous avez vécu pauvre, vous êtes mort pauvre ; et voilà , parmi des chrétiens, c'est-à-dire parmi vos disciples , où en est ré* duite cette pauvreté que vous avez consacrée.

Mais , sans recourir à l'exemple de cet Homme- Dieu, sa loi doit aujourd'hui me suffire pour confondre tous les jugements humains sur le sujet des pauvres, et pour nous apprendre à les respecter. Car puisque c'est par l'estime de Dieu que nous devons régler la nôtre , des hommes si chers à Dieu, des hommes qu'il a estimés jusqu'à faire dépendre d'eux et de leur soulagement le salut du riche , jusqu'à récompenser d'un royaume étemel la moindre assistence qu'ils auront reçue de nous , comment et avec quels sentimente la foi que nous professons et qui nous les représente sous de si hautes idées nous oblige-t-elle de les envisager? Le mondain orgueilleux, et aveuglé par son orgueil, rougirait de leur appartenir; mais le Fils même de Dieu ne rougit point , en nous les recommandant, de les appeler ses frères, et de les reconnaître pour les membres de son corps mystique. Il ne rougit point d'être spécialement à eux et dans eux, d'y être par rétroite liaison qui les unit à lui comme à leur chef, d'y être comme dans ses images vivantes qui le rt-

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tracent à dus jeux ayec ses caractères les ^lus marqués; il ae rougira point, à la face de l'uuivers, d'en faire la déclaration publique , et de se substituer en leur place, quand il dira tui réprouvés : J'ai eufaiin, £jurfi)l(M&TTH-,35); J'étais presse de la soif, Sitivii J'éais sans demeure, exposé aux injures de l'air, nu, inGrme etsouffraol, /foï/w» eram, nudus, infirmus, (Id.) Mais, Seigneur, en quel temps et où vous avons-nous vu dans tous ces états P Vous m'jravez vu lorsque vous y avez vu ce pauvre, parce que, fout pauvre qu'il était, Je le regardais comme une portion de moi-même, ou plutôt comme un autre moi-même : Quanditt non/eci- Ms unide minoriims his, nec mihi/ecUlU.lld. ) br voilà tout ce qui est exprimé dans le précepte de Jésus-Christ , et l'undes plus solides fondements dans le christianisme sur quoi il est appuyé.

Après cela, chrétiens, je ne suis plus surpris que l'esprit de rÈvaogile nous fasse considérer 1^ pauvresavectaut de vénération ;je ne m'étonne plus de la règle que nous donne saint Chrysostâme, d'écouter la voix des pauvres comme la voii de Jésus- Christ même, de les honorer comme Jésus-Christ, de les recevoir comme Jésus-Christ ; je n'ai plus de peine k eoniprendre une. autre parole de ce saint docteur, savoir, que les mains des pauvres sont aussi respectables , et en quelque sorte plus respectables pour nous que les autels , parce que sur lesautelson sacrifie Jésus-Christ, et que dans les mains des pauvres on soulage Jésus-Cbrist. J'entre aisément dans les vues toutes saintes de la religion, lorsqu'elle a tant de fois hupîlié et qu'elle humilié encore aux pieds des pauvres les monarques et les potentats, hous en voyons renouveler chaque année la pieusecérémonie.Toutelagrandeur du siècle rend homm^edans^leurspersonnes à Jésus-Christ, jedis à Jésus-Clirist pauvre, et ijpa point A Jésus-Christ glorieux et triomphant. Les têtes couronnées s'inclinent profondément en leur présence, et des mains royales sont employées à les servir. En On je conçois comipent les saints ont toujours témoigné tant de

SCE LAtJMOINK.

oepooTOÛdefure leinâl,e^estla«eo0ode. Enlki cette af&ease difQcukévouv pdur me servir do terme de rÉvangile, cette impossibilité morale oiù sont les riches de se sauver, e'est la troisième. Car, malgré les inréventions do mondé, et malgré les avantages que peut procurer aux hommes là jouissance des biens temporels, sHls veulent raisonner selon les principes dn christiMiisme , il n^est pas possible qu'un état si différent de l'état du Dieu-Homme qui les a sauvés, et qu'ils regardent comme le modèle de leur prédestination ; qu'un état exposé et comme livré à tout ce qu'il y a snr la tmrre de pins contagieux et de plus contraire au salut; qu'un état qui de lui-même conduit à une étemelle damnation; il n'est pas , dis-je , possible qu'un tel état, bien loin de les enfler d'une vnine complaisance , ne les saisisse defirayeur, ne les trouble , ne les désole, et du moins ne les oblige à prendre toutes les précautions nécessaires pour marcher sûrement dans la voie de Dieu.

Il était, ajoute saint Gbrjsosttfme, de la providence et de la bonté de Dieu dé donner aux riches du siècle quelque consolation dans cet état; et c'est ce qu'il a prétendu, lorsque , par une conduite bienfaisante , U les a mis en pouvoir de pratiquer la mlséncorde chrétienne par le soulagement des pauvres, et qu'il leur a imposé fo précepte de l'aumône. Car s! le riche peut dans sa condition nonseulement diminuer, mais entièrement corriger l'opposition de son état avec celui de la pauvreté de Jésus-Christ ; si le riche peut réparer tant dç péchés et tant de désordres où le plonge l'usage du monde, surtout Tusage des biens du monde; et s! le riche , par conséquent , peut se promettre quelque sûreté pour le salut et contre une malheureuse réprobation, toutceladûit être le fruit de sachante, et <f est le seul fondemeùt solide qui reste à son espérance.

La première vérité est évidente ; car du moment, chrétiens , que vous partagez vos biens avec Jésus- Christ dans la personne des pauvi^es , dès là vos biens , sanctifiés par ce partage, n'ont plus de contrariété avecla pauvreté de cette Homme-Dieu, puisque cet Homme-Dieu entre par la comme en société de biens avec vouS; et voilà l'admirable secret , ou plutût Tartifice innocent dont le riche miséricordieux se sert pour mettre Jésus-Christ dans ses intérêts \ et pour en faire dhm juge redoutable un protecteur ; voilà par où il se garantît de ces anathèmes fulminés dans l'Évangile contre les riches. En effet, remarque saint Chrysostôme, Jésus- Christ est trop fidèle pour donner sa malédiction à des richesses dont il reçoit lui-même sa subsistance, et qui contribuent à le nourrir en nourrissant ceux qui le représentent en ce monde. Cette seule considération ne devrait-elle pas nous suffire ; et que ' quelle providence du Seigneur, et combien est-elle

sa

fbudrait-il davantage poUr noiis rempliir d'une sainte ardeur dans l'accomplissement du précepte de Faumône.

Mais la seconde n'est pas moins touchante, et c'est que Dieu , par le iteoyen de faumône, a pourvu les riches d'un remède général et souverain contre tous les péchés où les expose leur condition, et dont il est si rare qu'ils se préservent. Car n'est-ce pas une chose bien surprenante, poursuit toujours Péloqueut avocat des pauvres, dont j'emprunte si souvent dans ce discours les pensées et les paroles , n'est-il pas bien étonnant de voir en quels termes PÉcriture s'exprime quand elle parle du pouvoir dç l'aumône , et de sa vertu pqur effacer le péché? Jamais elle n'a rien dit de plus fort, ni de Pefficace des sacrements de la loi nouvelle^ ni du sang même du Rédempteur, qui en est la source; et nous ne lisons rien de plus décisif en faveur du baptême que ce qui est écrit au chapitre onziènie de saint Luc à Pavantage de Paumône : Daté eelemosynam , et ecce omnia munda sunt vobis (Luc, 11 ) : Faites l'aumône, et tout , sans exception , vous est remis. D'inférer de là que Taumône autorise donc la liberté de pécher, et que de satisfaire à ce seul devoir est une espèce d'impunité à l'égard de tout le reste , c'est la maligne conséquence que voudraient tirer quelques mondains peu instruits de leur religion. Mais non , mes frères , répond tà-dessus saint Augustin dans le livre de la Cité de Dieu, il n'en est pas ainsi , et cette doctrine que toutes les Écritures nous prêchent ne favorise en nulle manière la licence des mœurs ; pourquoi ? parce que si l'aumône remet le piéché, ce n'est qu'en disposant Dieu à écouter vos prières, qu'il aurait autrement rejetées ; à accepter vos sacrifices , dont il n'eût tenu nul compte et qu'il aurait rebutés ; à être touché de vos larmes, qui ne Pauraient point fléchi. Ce n'est qu'en vous attirant les grâces de la pénitence et d'une véritable conversion , que vous n'auriez sans cela jamais obtenues. Ce n'est qu'en satisfaisant à la justice divine, qui se fût endurcie contre vous et rendue inexorable. Propter hoc ergo eleemosynœ faciendx, td de prsUerUis compungamuTy non ut in eis perseveranies mole vivencH licenliam tomparemus. ( Aue.) C'est pour cela et par là que Paumône est toute-puissante, et que le pécheur peut sans témérité iiire fona stir elle, parce que c'est par efle qu'il trouve grâce devant Dieu pour mériter le pardon de son péché , pour le pleurer, pour l'expier, et non pas pour avoir droit d^ persévérer.

Or, supt^osé cette vertu de Panmôme dans le sens que je viens de l'expliquer, admirez avec moi , chrétiens, la douceur de la Providence envers le riche , et reconnaissez-la en trois points, dont je me contente de vous donner une simple idée. Premièrement ,

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aimable , d'avoir établi pour les riches pécheurs un moyen de justification si conforme à leur état, si proportionné à leur faiblesse, si aisé par rapport à eux dans la pratique, et néanmoins si infaillible? Car voilà sans doute un des plus beaux traits , nonseulement de la miséricorde, mais de la sagesse de Dieu. Comme chaque condition a ses péchés qui lui sont propres , aussi Dieu a-t-il voulu que chaque condition eût ses ressources particulières pour la pénitence. Le pauvre satisfait Dieu par ses souffrances , et le riche par ses charités. La satisfaction du riche paratt plus douce que celle du pauvre : ainsi a-t-il plu au Seigneur, qui , d'ailleurs , dans Tordre de la grâce , avait assez privilégié le pauvre au-dessus du riche. A peine aurait-on pu espérer du riche qu*il se fût soumis aux autres remèdes plus violents ordonnés contre le péché. Hé bien ! lui dit Dieu, en Toici un que j^ai choisi pour vous. Vous n'aurez nul prétexte pour vous en défendre, car il dépendra toujours de vous. Ni la délicatesse de votre complexion, ni vos infirmités ne vous en dispenseront jamais; car il ne consistera point en des exercices pénibles et incommodes; il ne vous exposera point à la censure du monde, puisque le monde, tout perverti qu'il est, ne pourra vous refuser ses éloges quand il vous le verra mettre en œuvre ; il TOUS coûtera peu , mais avec ce peu , il n'y aura rien que vous ne gagniez. Divina res eleemosyna, s'écrie saint Cyprien, resposUa in potestate facientis, res grandis et/acilis sinepericulo persecuUonis, (GYPBiiiir.)

Pourquoi pensez-vous que Daniel, suivant l'inspiration qu'il avait reçue d'en haut , et déclarant au roi de Babylone que le ciel était irrité contre lui , et qu'il était temps qu'il pensât à l'apaiser , ne lui proposa point d'abord de prendre le sac et le cilice , de se couvrir de cendres , de jeûner et de macérer son corps , mais seulement de racheter ses crimes par l'aumône : Quamobrenif rex, consUium nieum placeal Hbi, etpeccatu tua eleenwsynis redime, et iniqidtates tuas misericordiis pauperumf (DjLN., 4.) Ahl chrétiens, il en usa de la sorte par une prudence qui ne fut ni humaine ni lâche, et qui ne ressentit point le courtisan , mais le prophète. Car il ne voulut plaire à son prince qu'autant qu'il le pouvait sans blesser les intérêts de sou Dieu ; et il ne voulut faciliter la satisfaction qui était due à son Dieu qu'autant que le permettait la fidélité qu'il devait à son prince. Il jugea donc, et avec raison , que l'aumône était de toutes les œuvres satisfactoires celle qui serait plus au goût de ce prince déjà touché , mais non encore converti ; et il savait que cellelà serait suivie de toutes les autres , et de sa conversion même. D'où vient qu'il se contente de lui dire : Agréez, seigneur, le conseil que je vous donne , et rachetez vos pédiés par vos largesses envers

les pauvres. Sur quoi saint Ambfoise fait une ob« servation aussi vraie qu'elle est ingénieuse, quand il dit que cette fiKsilité qu'a le riche d'expier ainsi les désordres de sa vie nous est excellemment figurée par le miracle qu'opéra le Fils de Dieu dans la personne d'un malade dont parle saint Luc. Il était paralytique d'une main, et Jésus-Christ ne fit autre chose que de lui commander d'étendre cette main, qui dans le moment même se trouva saine: Extende manumtuam^etresUhUa est, (Màtth., 12.) Le remède était aisé; mais ce qui fut alors un effet visible de la puissance du Sauveur, est ce qui se passe tous les jours spirituellement et intérieurement dans la personne du riche; car Dieu lui dit : Extende manum tuam, étendez, par un effet de charité, cette main si longtemps resserrée par une criminelle avarice , et vous sentirez la vertu de Dieu qui agira en vous. Ëtendez-la ; et cette seule action sera le principe de la guérison de votre âme : Bene dicitur, extende, ce sont les paroles de saint Ambroise , quia nihil ad curandumplus proficU quant eleemih synmlargiias, (Ambr.)

Autre trait de la Providence, j'entends toujours d'une providence favorable au riche dans l'établissement de l'aumône. Les richesses qui avaient été l'instrument du péché deviennent la matière de la réparation du péché même , pour nous faire comprendre ce que dit saint Paul , que tout contribue au bien de ceux qui cherchent Dieu, ou qui retournent à Dieu. Nous voyons des plantes dont le suc est pour l'homme un poison mortel ; mais nous admirons au même temps l'auteur de la nature , en ce qu'elles ne croissent jamais qu'accompagnées d'une autre plante qui leur sert de contre-poison. L'aumône fait quelque chose de plus ; car elle trouve le remède du mal dans la cause même du mal. Ce sont vos richesses qui vous ont perdu, continue saint Ambroise parlant à un riche avare, et ce sont vos richesses qui vous sauveront iPecuniatuavenumdatus es, redime te pecunia tua, (Id.)

Ajoutons encore un nouveau trait de cette conduite de Dieu si bienfaisante à l'égard du riche ; le voici : Qu'est-ce que le riche dans l'état du péché? c'est un sujet disgracié de Dieu , qui ne peut point par luimême avoir d'accès auprès de Dieu, dont les actions les plus louables ne sont de nul mérite devant Dieu, à qui la porte delà miséricorde de Dieu semble être fermée , et qui , livré à sa justice rigoureuse, n'aurait plus d'autre parti à prendre que celui du désespoir. Mais que fait Dieu? en lui donnant de quoi être charitable, il lui donne de quoi se ménager de puissants intercesseurs , qui par reconnaissance, qui par devoir, qui par intérêt soient obligés à solliciter et à demander grâce pour lui ; et ces intercesseurs , ce sont les pauvres; ces pauvres, amis de Jésus-Christ, et , selon l'Évangile, devenus les siens : FacUe v(h

SUR L'AUMONE

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bis amicos de mammona imquUatis (Luc. , 16) ; ces pauvres dont les vœux s'élèvent jusqu*au trône de Dieu et que Dieu exauce : Ute palper clamavit, et Dominus exaudivU eum (PscUm. 33) ; ces pauvres (circonstance bien remarquable) , ces pauvres , dont le crédit auprès de Dieu ne dépend ni de leur mérite ni de leur innocence; car ils intercèdent pour ceux qui les soulagent, sans parler, sans agir, sans y penser, et même sans le vouloir. Cest assez qu'ils paraissent revêtus de vos aumônes, afin que Dieu les entende, et qu'en leur considération il s'adoucisse pour vous. Pourquoi cela? la raison en est belle, et c'est la réflexion de saint Augustin ; parce que, dans le langage de TÉcriture , ce n'est pas proprement le pauvre, mais l'aumône faite au pauvre, qui intercède pour le riche. Conchide eieemosynam in corde pauperUy et hxc pro te exorabU ( Eccles,, 26 ) : Mettez votre aumône dans le sein du pauvre, et elle priera pour vous. Le Saint-Esprit ne dit pas : Et ipse exorabitpro te; comme si c'était ce pauvre que avez secouru qui fùx devant Dieu votre patron; il dit que l'aumône, indépendamment de lui , parle en votre faveur, plaide votre cause, mais d'une voix si éloquente et si forte, que Dieu , quoique indigné et courroucé, ne peut néanmoins lui résister : Et hxc pro te exorabit.

Voilà ce que la foi nous apprend , et de là s'ensuit cette dernière et consolante vérité, que si le riche peut avoir quelque assurance de sa prédestination éternelle, et quelque préservatif contre cette malheureuse réprobation dont il est menacé, c'est par Taumône. Ah I mes chers auditeurs , combien de riches sont heureusement parvenus au port du salut , après avoir marché bien des années dans les voies corrompues du monde I A voir les égarements où ils se laissaient emporter en certains temps de leur vie , qui jamais eût espéré pour eux une telle fin? Qu'ont-ils dit à Dieu lorsqu'ils sont entrés dans sa gloire? et, conservant le souvenir de leurs désordres passés , combien ont-ils béni et béniront-ils éternellement ce père des miséricordes, qui les a éclairés, qui les a touchés, qui les a ramenés , qui les a sanctifiés , qui les a couronnés! Mais que leur a-t-il répondu, etqueleur répondra-t-il pendant toute Téternité, oh Ils auront sans cesse devant les yeux ce mystère de grâce? Eleemosyn» tum ascenderunt in conspectu Dei, Il est vrai, vous méritiez mes châtiments les plus sévères, et ma Justice en mille rencontres devait éclater contre vous ; mais vous lui avez opposé une barrière qui l'a arrêtée : ce sont vos aumônes. Au milieu de vos dérèglements, vous aviez toujours un cœur libéral et compatissant pour les pauvres, et c'est ce qui m'a désarmé. Tout le bien que vous avec fait à vos frères , j'étais engagé à vous le rendre : je l'avais promis, et je l'ai exécuté. Ma providence a eu pour cela de secrets ressorts qu'elle

a fait agir, et qui vous ont fait agir vous-mêmes, afin que ma parole s'accomplît : Donnez, et on vous donnera : Datey et dabitur voHs. (Luc, 6.)

Mais du reste, chrétiens , ne vous y trompez pas , et ne pensez pas compter sur vos aumônes, si elles n'ont toute l'étendue et toute la mesure nécessaire. Et quelle est pour vous cette mesure? observez ceci , et imprimez-le fortement dans vos esprits. Quand un riche du siècle serait exempt devant Dieu de tout péchéetdetoutesatisfactlon, le superflu de ses biens, ainsi que je l'ai dit, devrait toujours être employé pour les pauvres comme leur patrimoine et lem* partage : or de là concluez quelle est donc l'obligation d'un riche pécheur, d'un riche criminel. Je prétends qu'alors le nécessaire même de l'état , ou du moins qu'une partie de ce nécessaire, n'y doit pas être épargnée; et je me fonde sur l'autorité des Pères, qui tant de fois ont obligé les riches pénitents à diminuer la dépense de leur maison , à se vêtir avec plus de modestie , à vivre avec plus de frugalité, à rabattre non-seulement de leur luxe immodéré, mais de l'éclat honnête et raisonnable où selon leur condition ils auraient pu d'ailleurs paraître, et à convertir en aumônes, pour l'acquit de leurs dettes auprès de Dieu , et pour l'expiation de leurs péchés, ce qu'ils retranchaient à leurs aises et à leurs conmiodités. Aussi est-il juste qu'il en coûte davantage à celui qui se trouve plus redevable; et c'est un renversement bien étrange dans le christianisme, que ce soient les plus innocents et les plus saints qui fassent les aumônes les plus abondantes; et , au contraire, les plus grands pécheurs qui se dispensent plus aisément d'un devoir si essentiel, ou qui l'accomplissent plus imparfaitement. Profitez, mes frères, du talent que vous avez dans les mains : c'est votre^' rançon ; et si vous ne vous en servez pas, à quoi vous exposez-vous? Tous vivrez dans l'esclavage du péché et vous y mourrez, pour en ressentir éternellement le regret et la peine. Gomme pécheurs, vous êtes ennemis de Dieu , et il faut vous réconcilier avec lui. Ce n'est pas une petite affaire à traiter entre lui et vous que cette réconciliation; mais, tout importante qu'elle esf , vous pouvez la terminer en peu de temps et à peu de frais : présentez à Dieu le sacrifice de vos aumônes , et il fera descendre sur vous les trésors de sa grâce. Hâtez-vous , et ne différez pas ; car le Seigneur n'est pas loin , et son bras peut-être va bientôt s'appesantir sur vous.H le tient encore suspendu ; mais s'il vient enfin à frapper, le coup sera sans remède. Plaise au ciel que cet avertissement vous soit salutaire, et que par la charité du prochain vous fassiez revivre dans vos cœurs la charité de Dieu , afin de le retrouver dans cette vie, et de le posséder dans l'éternité bienheureuse, que je vous souhaite, etc.

SUR LES REMORDS DE LA CONSCIENCE

SERMON

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