‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 38 sur 225 · MONDE · texte numérisé non relu

MONDE

Dixit Jesu» ditcipulit suis : Nemo potesl duobus dominU servvre; aut enim unum odio kabebit, et alierum diliget; aut unum sustinebit, et alterum contemnet.

Jésus dit à ses disdpleB : Mol ne peat servir deux maîtres , car oa il hairt l*an et aimera Tautre , on Q s'attachera à celuilà et méprisera oelai^i. Saint Matthieu» cbap. s.

C'est Toracle de la vérité éternelle^ et sans recourir à la foi , la raison seule nous fait assez com-

SUR L'ÉLOIGNEMENT ET LA FUITE DU MOiNDE.

prendre qu'il u'est pas possible d'allier ensemble le service de deux maîtres ennemis Tun de Tautre, et qui n*ont pas seulement des intérêts différents, mais des intérêts et des sentiments tout .'opposés. Car, comme disait Tapdtre aux Corinthiens, qu'y a -t-il de commun entre la justice et l'iniquité ? quel rapport de la lumière avec les ténèbres? enfin, q uelle société peut unir et concilier Jésus-Clurist et Bélial? Cest aussi de là que les serviteurs de Dieu ont conclu qu'ils devaient renoncer au monde, et ( ue plusieurs en effet se sont conflues dans les dérerts, et ont passé toute leur vie dans un éloignement entier du monde. Ce n'est pas que le monde n'eût de quoi les flatter et de quoi les attacher. Combien d'entf ceux , avant leur retraite, occupaient dans le monde les premières places , ou se trouvaient en état d'y parvenir ? combien vivaient dans l'abondance et jouissaient de toutes les ^douceurs d'une opulente fortune? Mais, déterminés à servir Dieu , et voyant qu'ils ne pouvaient en même temps servir le monde, ils ont généreusement sacrifié tous les intérêts, tous les plaisirs , toutes les grandeurs du monde , et se sont dévoués au culte de Dieu dans le silence et l'obscurité de la solitude. Ce qui les y a portés encore plus fortement, c'est qu'en regardant le monde comme l'ennemi de leur Dieu , ils l'ont regardé comme leur propre ennemi, parce qu'ils savaient qu'en les détachant de Dieu et leur faisant perdre la grâce de Dieu , il les exposait à toutes les yengeances divines, et mettait un obstacle invincible à leur salut. Or ce sont, mes chers auditeurs, ces mêmes motifs qui doivent nous engager à la fuite du monde; et ce point est d'une telle conséquence pour la sanctification de notre vie, que j'en veux faire aujourd'hui tout le sujet de cet entretien. Esprit saint , vous qui tant de fois , par les lumières et la force de votre grâce, avez triomphé du monde, opérez dans nos cœurs les mêmes miracles, et faites-nous remporter par votre secours les mêmes victoires. Nous employons, pour l'obtenir, la médiation de cette Vierge que nous honorons comme votre épouse , et nous lui disons : ^oe.

Prêcher la fuite du monde aux religieux et aux solitaires , c'est-à-dire à ceux qui , par l'engagement de leur état, sont déjà séparés du monde, c'est un sujet, chrétiens, qui, par rapporta leur profession, pourrait n'être pas inutile, mais dont le fruit, comparé à celui que je me propose, n'aurait rien que de médiocre et de borné. C'est aux hommes du siècle, dit saint Ambroise, qu'il faut adresser cette morale , parce qu'elle est pour eux d'une utilité infinie, on plutôt d'une souveraine nécessité : c'est, dis-je, à ceux qui, par l'ordre de la Providence divine, sont appelés à vivre dans le monde; c'est à ceux qui , contre les desseins de Dieu, s'engagent d'eux-mêmes trop avant dans le monde. Aux pre-

miers, parce que la même grâce de vocation qui semble les attacher au monde est celle qui les oblige de temps en temps à s'en éloigner; aux seconds, parce qu'étant de la manière que je le dis , dans le monde , il n'y a point pour eux d'autre grâce que celle qui les en éloigne , ou s'il m'est permis d'user de ce terme, que celle qui a la force et la vertu de les en arracher : aux uns et aux autres , parce qu'à proportion qu'ils sont du monde, c'est cet esprit de retraite et de séparation du monde qui les doit sauver. Et voilà , mes chers auditeurs, tout le plan du discours que j'ai à vous faire. Appliquez-vous, s'il vous plaît, à deux propositions que j'avance, et qui, sans rien confondre dans les devoirs de l'homme du monde et de l'homme chrétien , vont établir deux vérités importantes pour vous. Le monde au milieu duquel vous vivez a deux pernicieux effets : il nous dissipe et il nous corrompt. Il nous dissipe par la multitude et la superflu! té des soins qu'il nous attire ; et il nous corrompt par les occasions et les engagements du péché où il nous jette. Nous devons donc prendre, pour nous garantir de ces deux désordres , le plus excellent moyen , qui est une sainte retraite , pratiquée et fidèlement observée dans chaque condition selon les règles de la prudence chrétienne , parce que c'est ainsi que nous éviterons et ta dissipation du monde et la corruption du monde : la dissipation du monde qui nous empêche de vaquer à Dieu , et la corruption du monde qui nous fait perdre l'esprit de Dieu. Quel remède plus efficace contre l'un et l'autre, que de se retirer du monde et de le fuir? Jedisde s'en retirer à certains temps , et autant qu'il est nécessaire pour nous recueillhret pour s'adonner aux exercices du salut ; et je dis même de le fuir absolument et de n'y plus retourner, dès qu'il nous devient on sujet de scandale, et qu'il nous égare de la voie du salut. De s'en retirer à certains temps comme chrétiens , et de le fuir absolument comme pécheurs : de s'en retirer à certains temps comme chrétiens , afin qu'il ne nous fasse pas négliger les pratiques du christianisme en nous dissipant; et de le fuir absolument comme pécheurs, afin qu'il ne nous conduise pas à la perdition en nous corrompant. Mais que faisons-nous? A djpux obligations si essentielles nous opposons , pour les éluder, deux prétextes : l'un fondé sur les soins temporels, et l'autre sur les engagements de péché , que nous prétendons être inséparables de notre condition. Je m'explique. Parce qu'on vit dans une condition occupée des affaires du monde, et continuellement exposée aux tentations du monde, on se figure cette retraite et cette faite du monde, à quoi je viens vous exhorter, comme une chose impraticable, gémissant d'une part sous le joug du monde qui nous domine , et ne faisant d'ailleurs nul effort pour s'en délivrer. Or je vous soutiens q !€

SUR L'ÊLOIGNEMENT ET LA FUITE DU MONDE

ces deux prétextes n'ont nul fondement solide; et dans la première partie , je veux vous montrer que les occupations et les soins du monde ne peuvent jamais dispenser un homme chrétien de s'éloigner quelquefois du monde qui le distrait, et d'avoir dans la vie des temps spécialement consacrés à Taffaire de son salut. Dans la seconde , je vous ferai voir que tous les engagements du monde ne justiûeront jamais devant Dieu un homme pécheur de n'avoir pas fui même absolument le monde, qui le pervertissait, et de n'y avoir pas renoncé pour jamais , aQn de mettre en assurance l'affaire de son salut. La matière demande toute votre attention.

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