POUR LE DIX-HUITIÈME DIMANCHE
APRÈS LA PENTECOTE.
SUR LA RECHUTE DANS LE PÉCHÉ
El videtts Jésus Jidem illorum, dixit paralytico : Cof{fid€p flli; remittuntur tibi peccata tua.
Jésus voyant leur foi , dit au paralyUque : Mon fils , prenei confiance; yos pécliés vous sont remis. Saint MàtthiiO« chap. 9.
Il n'est point de mal plus pernicieux à l'homme que le péché; et si ce fut une grâce que le Sauveur du monde fit à ce malade de notre évangile, de lui donner la santé du corps et de le guérir de sa paralysie, ce fut encore une faveur lout autrement précieuse et mille fois plus estimable, de lui donner la santé de l'âme et de lui accorder la rémission de ses péchés. Tel est, mes chers auditeurs , l'avantage que nous recevons nous-mêmes dans le sacrement de la pénitence , et que nous ne pouvons conserver avec trop de soin. En vain le paralytique perclus de tous ses membres se fût-il trouvé tout à coup, par un miracle de la vertu divine, en état d'agir ; en vain eût-il entendu de la bouche de Jésus-Christ cette parole toute- puissante, Surge et ambula (Matth., 9) , levez-vous et marchez, si, par une rechute aussi prompte que l'avait été sa guérison, il eût perdu tout de nouveau le mouvement, et qu'il fût retombé dans sa première infirmité. Disons mieux, chrétiens y et ne sortons point de notre sujet ; en vain ses péchés lui eussent-ils été pardonnes, si la passion, reprenant bientôt un nouvel empire sur son cœur, l'eût rengagé dans ses mêmes habitudes: et en vain eût-il été réconcilié dans un moment avec Dieu, s'il fût au bout de quelques jours rentré dans ses voies criminelles, et qu'il se fût rendu plus que jamais ennemi de Dieu. C'est pour cela que le Sauveur, après avoir guéri auprès de la piscine cet autre paralytique dont il est parlé dans l'évangile de saint Jean , l'avertit expressément de ne pécher plus, et de ne pas retourner à ses désordres passés, de peur qu'il ne s'attirât de la part du ciel un châtiment encore plus rigoureux que celui qu'il avait déjà ressenti. Ecce sanus fadus es :jam noli peccare, ne deterius tibi aliquîd contingat. (Joa.n., 5.) Souffrez donc, mes chers auditeurs, que je vous fasse aujourd'hui la même leçon ; et comme le concile de Trente, parmi les caractères de la vraie pénitence, par oii nous obtenons le pardon de nos péchés, nous marque la fermeté et la persévérance du pécheur pénitent, permettezmoi de vous entretenir d'une matière que je n'ai l point encore traitée jusques à présent dans cette
SUR LA. RECHUTE DAI» LE PÉCHÉ
chaire, et qui demande tout mon zèleet toute votre attention : c'est la rechutedans le péché. Je veux vous jbire voir ce qu'on doit penser de ces conversions suivies de rechutes ordinaires et habituelles. Le sujet est terrible ; et s*il est vrai , dans le sentiment de saint Augustin, qu'on ne doit pas se réjouir, ni même entendre parler des grâces que Dieu nous fait, sans avoir au même temps le cœur rempli d'une crainte salutaire, selon le mot du prophète, ExuUaie ei cum tremore {Ps. 2) , à combien plus forte raison devons-nous trembler au récit des tristes malheurs que j'ai à vous représenter dans ce discours, après que nous aurons imploré l'assistance du Saint-Esprit par l'intercession de Marie : yéve.
Les théologiens distinguent divers états de péché et de grâce; mais de tous cet états, il n'y en a que deux plus communs en cette vie présente où nous sommes : l'un est de se relever de la chute du péché par la grâce de la pénitence , et l'autre de déchoir de la grâce de la pénitence par la rechute dans le péché. Or le premier état, dit saint Grégoire, fait sur la terre notre véritable bonheur, et nous donne quelque communication de tous les autres états de sainteté; car la pénitence nous remet absolument dans l'état de la grâce pour pouvoir ne plus pécher; elle nous rétablit dans les plus beaux droits de la grâce comme si nous n'avions jamais péché; elle nous tient lieu, tant qu'elle subsiste en nous, d'une grâce confirmée, pour vous préserver du péché; et elle nous fait mériter l'état de la gloire , où nous ne pourrons plus pécher. De là il s'ensuit, par un raisonnement tout contraire , que le second état, qui est celui de la rechute dans le péché , doit être pour l'homme le plus grand de tous les malheurs, puisqu'il détruit tous ces avantages de la pénitence, que nous pouvons encore réduire surtout à deux : savoir, par rapport au passé, d'effacer les péchés commis; et par rapport à l'avenir, de nous fortiOer pour ne les plus commettre. Car remarquez bien , s'il vous platt , deux propositions que j'avance. Je dis que la rechute ordinaire et habituelle dans le péché rend la pénitence passée infiniment suspecte; et j'ajoute que la même rechute dans le péché rend la pénitence à venir non-seulement difficile , mais , selon le langage de FÉcriture et des Pères de TÉglise, moralement impossible. Que fait donc le pécheur de rechute ? deux choses. Il nous donne lieu de douter si sa pénitence passée a été sincère et véritable : c'est la première partie ; et il se jette dans une extrême difficulté, pour ne pas dire dans une espèce d'impossibilité, de retourner jamais à Dieu par une nouvelle et solide pénitence; c'est la seconde partie. De sorte qu'il ne peut raisonnablement ni s'assurer du passé ni compter sur l'avenir. Eu deux mots, rechute dans le péché, marque d'une fausse péniteuce à l'égard du passé, obstacle à la vraie pé-
nitence dans l'avenir; voilà de quoi je vais vous convaincre, si vouç voulez m'éeouter avec attention.