‹ Œuvres de ChamfortChapitre 7 sur 32 · SCÈNE II HASSAN, ZAYDE · texte numérisé non relu

SCÈNE II HASSAN, ZAYDE

HASSAR. — Vous êtes descendue bien tard, ma chère Zayde? r

ZATDE. — Je mé suis amusée à voir, du haut de mon pavillon, les vaisseaux rentrer dans le port. J'ai cru remarquer plus de tumulte qu'à l'ordinaire. Serait-ceque nos corsaires auraient fait quelque prise?

HASSAN. — Il y a longtemps qu'ils n'en ont fait; et, en vérité, je n'en suis pas fâché. Depuis qu'un chrétien m'a délivré d'esclavage, etm'a rendu à ma chère Zayde, il m'est impossible de les haïr.

ZATDE. — Et pourquoi les haïr? parce qu'ils ne connaissent pas notre saint prophète? Ne sont-ils pas assez à plaindre? D'ailleurs, je les aime, moi ; il faut que ce soient de bonnes gens : ils n'ont qu'une femme : je trouve cela très-bien.

HASSAN, souriant. — Oui; mais, en récompense...

ZAYDE. — Quoi?

HASSAN. — Rien. {A part.) Pourquoi lui dire cela? c'est

LE MARGffÂN%De SMYRNE. i5i

détruire une idée agréable. (Haut) J'ai fait vœù d'en délivrer un tous les ans. Si nos gerts avaient fait quelques esclaves aujourd'hui, qui est précisément Tanniversaire de mon mariage, je croirais que lé ciel bénit ma reconnaissance.

ZATDE. — Que j*aime votre libérateur, sans le connaître! Je ne le verrai jamais... je ne le souhaite pas au moins.

HASSAN. — Son image est à jamais gravée dans mon cœur. QueUe âme!... Si vous aviez vu... On rachetait quelques-uns de nos compagnons; j'étais couché à terre; je songeais à vous et je soupirais : un chrétien s'avance et me demande la cause de mes larmes. « J'ai été arraché, lui dis-je, à une maîtresse que j'adore; j'étais près Aé l'épouser, et je mourrai loin d'elle, faute de dê&x cents sequins. » A peine eus-je dit ces mots, des pleurs roulèrent dans ses yeux. « Tu es séparé de ce que tu aimes, dit-il ; tiens, mon ami, voiià deux cents sequins, retourne chez toi, sois heureux, et ne hais pas les chrétiens. » Je me lève avec transport : je tombe à ses pieds, je les embrasse; je prononce votre nom avec des sanglots ; je lui demande le sien pour hii faire remettre son argent à mon retour^ « Mon ami, me dit-il en me prenant par la main, j'ignorais que tu pusses me le rendre; j'ai cru faire une action honnête : permets qu'elle ne dégénère pas en simple prêt et en échange d'argent. Tu ignoreras mon nom. » Je restai confondu ; et il m'accompagna jusqu'à la chaloupe, où nous ftoûs séparâmes les larmes aux yeux.

zwDE. — Puisse le ciel le bénir à jamais ! Il sera heureux sans doute, avec une âme si sensible!

HASSAN. — Il était près d'épouser une jeune personne qu'il «levait aller chercher à Malte.

XAYDE. — Comme elle doit l'aimer!

ISS CHAMPOitT.

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