PREFACE
DE LA PREMIÈRE ÉDITION du Voyage aux Indes
Il y a 'a peine quiftze ans, on ignorait, en Canada, l'existence du manuscrit do fît nous donnons aujourd''hui la première édition française. Dans tme lettre en date du 15 décembre 1855, M. de Puibusque racontait a feu le Commandeur Viger, comment il avait découvert, a Dieppe, cet écrit de Champlain, dont il n avait jamais entendu parler auparava?it.
" Ce manuscrit, ajoute-t-il, est la propriété de M. Féret, le plus honnête républicain de Fra?ice, ex-maire de 1848, antiquaire et poète, qui occupait, il y a un aîi a peine, la place de bibliothécaire de la ville, Quoique d'un abord assez froid et trés-rése?'vé avec les étrangers, comme le sont en général les Normands, M. Féret s'est montré d'ime obligea?tce extrême; il fn a confé soti manuscrit, eti m' autorisant a le copier, et a faire de ma copie tel usage que je voudrais. Informé par luimême qu'un français et un américain avaient déjà joui d'un privilège semblable, j' aurais pu, sans indiscrétion, en user aussi ; il m' a paru de fnci Heur goût de
m'' imposer la l'estr^iction qu on ne m' imposait pas ; je me suis borne a résumer la relation inédite^ 7ie citant ça et là le texte de divers passages^ que pour caractériser plus Jideleme7ît la pensée et le style de Champlain. "
C^ est ce résume qui fut envoyé alors au Commandeur Viger. M. r abbé Ver r eau ^ devenu propriétaire de ce travail^ Fa libéralement laissé à ?iotre disposition tout le temps que nous avons voulu.
Plein de sympathie pour tout ce qui était canadien^ Af. de Puibusque avait eu un iftstant F espérance de faire F acquisitio7t du maftuscrit de Dieppe^ pour procurer à la ville de Québec un souvenir et co?nme une relique de son fondateur, ^'fai senti ^ dit-il en cette même lettre^ qu'il y avait là uîîe conquête inappréciable à faire pour le Canada^ et j'ai osé F entreprendre. D'abord, M. Féret semblait assez disposé à céder so?i manuscrit, qui 7i' a réellement aucun intérêt, pour sa ville natale ; je F ai prié d' e7i fixer le prix, en m' engageant à le payer iinmédiatement de mes propres deniers, ou, s'il le préférait, à le 7nettre directement e7t rapport avec M. Faribault. Je pro7îiis en outre que, si ?no7i offre était agréée, je ferais cession gratuite de mo7î acquisition à la ville de Québec. A 7non grand étonnement, M, Féret, qui s'était avancé, recula ; ses réponses évasives me firent soupçonner U7t obstacle caché ; je ne me trompais pas " ...
L'analyse de M. de Puibusque était sans doute pré-
cietise par elle-même ; mais nous avons trop bien connu M, Viger pour croire qu il approuvât cofnpletement le motif de délicatesse qui ne lui valut qic^un résume. Sous ce rapport, nous nous sentons l'âme un peu faite comme celle du Commandeur ; nous aillions singulièrement les œuvres complètes et les reproductions i?itegrales. Il nous en eût coûte beaucoup de 7ie publier quu?i compte-rendu, si bie?t fait qu'il puisse être, du premier voyage de Champlain, le seul peut-être qui ait échappe a la main d'un retoucheur,