OEUVRES
Aussi quand Dieu vit sur la Terre et TOnde
Tout par Tenvie en désolation,
Enfin touché de la compassion
Qui dans son sein pour nous toujours abonde,
11 résolut que , pour calmer le Monde,
Il y falloit une ssûnte umon.
Dans ce dessein sa bonté paternelle
En tous lieux roule et sur tous les pays
Sa clairvoyante et lointaine prunelle,
Dont la princesse il découvre à Paris ,
Où, contemplsMit U royale pucelle :
« Non , le Ciei n*a, dit-il , dans son pourpris
Rien de si beau , rien de si noble qu'elle. »
Lors il voulut descendre dan& son eœur.
Et de nofi lys y trouvant llnnocence,
H la jugea la^|^e i*é<ciômpense
Qu'au jeune roi devoit le roi vainqueur,
Et ne crut pas sa sage Providence [heur.
Mieux pouvoir rendre aux chrétiens leur bon-
D'un seul clin d'<eil, dont fe p61e chancelle,
11 fût venir un de ses purs esprits.
Lui parle ainsi : « Va joindre à tire d'aile
Des Espagnols le monarque, et lui dis :
Dieu foffre en France une épouse, mus telle,
Que de Goa n'«st jusques i Cadix
Rien de si beau, rien de si noble qu'elle.
» Son 4me aspire à cette piété Dont ta maison croit tenir sa puissance ; Sur 8oa front prend sa chaste résidence Un air d'auguste et douce majesté.
Diverses. a37
Qui n'appartient qu'au sang royal de France Et dont son père a si fort éclaté.
Elle a de hii quelque vive étincelle .< ; .
De ce qui brille en ses faits inouis ; Elle prendra pour tes armes un zèJle ■.
A méconnaître et Philippe et Louis.
Par quoi, laissant leur haine naturelle.
Diront les tiens , étonnés , éblouis :
Rien de si beau, rien de si noble qu'elle.
» De la vertu le s(^de mérite , Qu'elle préfère à ses divins appas , Du moindre mal et l'horreur et la fuite Qui vers le bien guident toujours ses pas , Sont les trésors dont ta juste poursuite Va t'enrichir, toi, prince, et tes états.
Pour la beauté sache même qu'Apelle Rien de p^eil ne produisit jadis.
Le grand Mignaird confesse et point ne cèle Qu'à pas un d'eux la peindre n'est permis.
En la voyant, tous ses portraits rappelle, Et tu diras que dans eux tu ne vis Rien de si beau, rien de si noble qu'elle. »
Envoi.
Roi des François, que ta valeur a mis
Trop au dessus de tous tes ennemis ,
Pour craindre encor quelque guerre nouvelle ;^
Roi très chrétien, qui jamais ne la fis
Que pour fonder une paix, étemelle.
Qui puisse un jour dans la vaste Memphis
338 Œuvres biybbses.
Et dans ByzBDce slarmer l'inRdMe, Par un préseot bien cher tu t'établu, Puisque, excepté ton magnaatme fils, Tu a'eni jamaiB duu l'empire des Ij»
Rien de si beau, rien de si noble qu'elle.
LETTRE Â MoNSiBUB LB Marquis d'Effiat.
,ous mander qu*on est accueilli Et traité des mieux à SuUi, La chose tous est trop notoire, Illustre marquis de Chilli.
Puis la chanson rôti , bouilli,
En est preuve si péremptoire,
Que Ton peut, sans avoir failli
Contre les maîtres de Sulli ,
N*en rafraîchir point la mémoire.
Aussi nous ne vous écrivons Et ne prenons notre écritoire Que pour, ainsi que nous devons, Vous souhaiter prompte victoire , Vous mandant qu*à vous nous buvons Tout aussi frais qu^on sauroit boire ; Et, suivant Tantique grimoire, Prions Dieu qu^ûnsi soit de vous , Chose assez difficile à croire.
C'est pourquoi nous pensons bien tous Que bien mieux seriez sur la Loire Que sur ie Rhin; aveoque nous
2lo OEUTRES
Qu*<avec tous ces friands de coups , Et de louanges dans lliistoire , Mais qui , pour être fous de gloire, N*en sont, par ma foi, pas moins fous.
Ainsi que Tavez ordonné ,
La belle, sage et trop prudente
Madame de Yalentiné
A lu votre lettre, et contente
De cette manière obligeante
Dont il vous a plu me gronder»
A jugé devoir seconder
Votre bonne amitié grondante;
Et si bien encor m'a grondé , . .
Que, si grondeuise aussi touchante
Qui vous a si bien secondé
N'est sur mon cœur assez puiss^^ •.
Pour vaincre son foible et sa pente, .
L'ami Ménil est bien fondé
De dire qu'il en perd Tattente ,
Mais non pas ce dévergondé
Qui va perdre en un coup de dé.
Plus qu'il n'a de fonds et:de rente. -.
Mus vous connoissez .trop moi} cœur Et moi trop cette bienveillance Dont vous. procurez mon bonbe^ur . ; En tous lieux , en toute, occuf^iy^f ^ ; , Pour ni moi ni vous avoir :peur.
Que je manque de déférçwçjei ..,;,, ;; .
Pour si not£j)le remontra^^Qe!,. ,..;.; ^. ,- Et que même je crois , soi^ur, ,.:><(
Diverses. 241
De telle et si grande importance, .
Que je prétends m'en faire honneur.
Sur moi vous avez un empire Qui seul de moi s'est pu saisir ; Je sens dans mon cœur introduire Cet honnête et sage désir Pour la campagne et son loisir.
Dieu veuille encor qu'il me retire Des lieux où je verrois moisir Le peu d'esprit qu'on a cru luire Dans quelques brouillons qu'à vrai dire Personne ne m'a vu choisir Ni pour réciter ni pour lire.
Et que le vin et le plaisir M'ont à peine permis d'écrire (1).
Mais si jamais , bien desy vré
Et parfaitement délivré
De la Croix Blanche et de la Sphère ,
Même d'un brelandier outré
Et tout à fait désespéré
Qu'on devroit remettre en galère ,
Je suis, cet hiver, retiré
Dans votre beau château , j'espère
Pour lors enfin vous pouvoir faire
Peu de chose , mais à mon gré ,
Et qui soit digne de vous plaire
(1) Voilà quelques vers qui confirment pleinement ce que nous avons dit dans la notice, que Chanelle devint auteur sans le savoir et sans le vouloir.
IG
24a ϝvRBS
Autant que, môme avec colère.
Vous Tavez toujours désiré.
En quoi je ne vous saurois taire Combien vous m'avez honoré.
Vous pouvez donc bien , cher marquis , Me croire et tenir pour acquis Plus que jamais ne fut personne.
Aussi vous tiens-je un don exquis Du ciel , qui dans vous seul me donne Le tout dont je Tavois requis.
Hsds sur quelques vers que je fis Dans rage où le sang nous bouillonne , Et qu'à rage aussi Ton pardonne, Auriez-vous bien cru qu'on m'eût mis Entre ces Messieurs qu'on a pris Et qu'à bon droit on pensionne Pour bien savoir donner le prix Aux grands progrès de là couronne (i).
Que j'aime la douce incurie Où je laisse couler mes jours !
Qu'ai-je affaire de l'industrie.
De l'intrigue et des faux détours,
(i) Il résulte de ce qu'on lit ici que Louis XIY pensionna Chapelle. L'éditeur de 173» semble croire que ce fut à roccasion des stances qui suivenl ; mais Saint- Marc, après avoir remarqué que ces stances ne sauroient guère se rapporter qu'aux événements de 1 année 1668. époque à laquelle notre auteur étoit âgé de quarante-deux ans, et qu'il neponvoil par conséquent
Diverses. ^43
Dont usent , même avec furie , Ces rimailleurs suivant les cours ,
Et ceux encor que crie,
Et que renchérie
Aide de tous ses beaux atours?
Quelques contes d'hôtellerie , Des lettres de galanterie , Du vin et de folles amours , Ont fait jusques ici toujours Ma plus heureuse rêverie ; Et bientôt ma veine tarie , Se sentant des fins de ma vie , En saura bien borner le cours.
Mais , bien que votre bienveillance Aille pour moi jusqu'à déchoir De cette fine intelligence Qui vous fait pénétrer et voir Tout, hormis mon insuffisance.
Lettre n'est pas de conséquence ; Il faut subir votre vouloir.
Et qu'importe ce que j'avance , Si ce n'est que pour émouvoir Les Muses à résipiscence ?
pas citer comme celle de sa grande jeanesse, eu conclut assez judicieusement qu'on doit plutôt penser que la réputation d*homme de talent que Chapelle dut à ses premiers essais, notamment h son Voyage, l'ayoit tout naturellement fait comprendre plusieurs années auparavant parmi les beaui esprits k qui le roi donnoit des pensions.
244 Œuvres
Filles de la reconnoissance
Et du roi du tonnant manoir.
Qui de cette haute naissance
N'avez eu pour toute chevance
Que parler en votre pouvoir.
Qu'en faites- vous, quand pour la France
Tout parle et passe notre espoir?
Quel ingrat, quel honteux silence!
Quoi ! ces auteurs par excellence
Doivent-ils mettre à noncfaaloir
Cette mémorable occurrence.
Et peuvent-ils en conscience
Vous dire bonjour et bonsoir
Sans implorer votre assistance ?
Dites , Muses , en confidence ,
Est-ce qu'entre gens de savoir
Rien qu'à se louer on ne pense?
Quant à moi , que ma négligence ,
Tout comme un auteur d'impCNrtance ,
Porte assez à ne rien valoir.
De grâce, force remontrance,
Et faites-moi bien concevoir
Que toujours quelque extravagance
M'arrache à mon juste devoir.
Vous savez trop bien que je dois Le peu que j'ai d'art et de voix A ce grand frère qui seconde Si dignement les fiers exploits D'un roi qui sur la terre et l'onde Vient d'étendre le nom firançois Si loin, que pour eux tout le monde
Diverses. a45
Oubliera la tige féconde
Qui nous donne soixante rois.
De cette éclatante origine ,
Du ciel et des dieux si voisine ,
Qui des plus hardis potentats
Sut mieux qu'eux , dans les fâcheux pas ,
Pour peu que Thonneur y domine ,
Descendre aux emplois les plus bas ?
Qui, sans horreur, les imagine.
Moindres que leurs moindres soldats ,
Des périls faire leurs ébats
A la tranchée , à la fascine ,
Et sûrs aux plus sanglants combats?
Confessons donc que ce n*est pas
Sans quelque assistance divine
Qulls sont rendus à leurs états.
Revenez, princes généreux ,
Dont les hauts faits , tous merveilleux ,
N'eurent et n'auront point d'exemples.
Partagez-vous entre nos vœux
Et le laurier qui ceint vos temples (i).
Un peuple fidèle et nombreux
Eclaire nos places de feux
Et d'encens obscurcit nos temples.
Contentez-vous que jamais ceux
Qu'y mirent leurs exploits fameux
N'ont laissé des sujets plus amples
 faire parler leurs neveux.
(i ] Mauvaise location de l'époque , pour tempes.
a46 Œuvres
Rendez-vous donc à votre France , Qui , grand roi , par votre vaillance Voit tous les jours plus de François.
Croyez la Meuse en assurance , Qui mit sa plus ferme défense Dans rhonneur d'être sous vos lois.
Regardez la triple alliance Sur ses fins et comme aux abois ; L'Espagne dans une indigence Qui ne pourra pas de vingt mois Remandier une puissance Qui pour une dernière fois Mérite encor votre présence.
Et vous , suivez Tauguste frère , Pour qui désormais nos autels Fumeront d'encens éternels Sur Tun et sur l'autre hémisphère , Qui n'en virent jamais de tels.
Soyez , moins par vaincre et tant faire Que par gagner les cœurs et plaire , L'honneur et l'amour des mortels.
Dauphin , qui , ne faisant que nattre , Trouvâtes l'univers soumis , Qui depuis avez fait paroltre Tant de qualités dignes d'être Au rang où le Ciel vous a mis , Les destins vous ont tout promis ; Mais il faut prier notre maître Qu*il vous laisse des ennemis.
J'étois auprès d'un prince aimable
DlTEKSES.
Pour Atre autant brave que bon (i).
Ce qui se trouva inséparable De l'augusle sang de Bourbon, Quand d'ennui ma muse opprimée , Par soD bon accueil ranimée, H'mspira ceci près ces bains Que , pour fuir un peuple profane Et se donner tout à Diane, BftUrent de royales maios (a).
Et pour vous expliquer plus net, lUustre marquis , où j'ût fait Ces vers, qui bienlùt à la BaUe Passeront de mon cabinet.
Si votre bonté les étale.
C'est dans cette mùson rojal« Où d'aois , où de serpolet , De thym, marjolaine et genAt, Une si douce odeur a'eihale Qu'elle en a pria le nom d'Anet.
[i] Le duc
[i) Henri II , qui fil bâtir Anet pour Diane de Poitiers, ducheue de Valentinois.
STANCES AU ROI Sue son diêpart pour l*âbmèc.
s-tu d^accord avec les cieux ,
Dans ces mois si capricieux ,
Pour qu'ainsi toujours la victoire
Te suive en tout temps, en tous lieux , Prince à coup sûr victorieux? I
Ou plutôt ne dois-je pas croire, Quand je te vois laborieux Plus qu'aucun dont parle Thistoire , Qu'entre les rois tu sais le mieux A quel prix ont voulu les dieux Qu'un héros achetât sa gloire ?
En effet, c'est toi tous les ans
Qui , devant que le dieu des vents
Chasse la bise et la resserre , ^
Dès l'hiver ouvres le printemps
Par cent mille coups de tonnerre;
C'est toi qui viens de battre* aux champs
Pour des faits si fiers et si grands ,
Qu'ils finiront presque la guerre ,
Même avant que les fers tranchants
Du laboureur fendent la terre. I
- ■»- Ml 1 1 ^ ■ .- -^-^-tm
OEUYRES DIVERSES. a49
Hélas ! que n*ai-je assez de voix
Pour faire, autant que je voudrois, .
Voir la parfaite ressemblance
Qu*a cette ardente diligence
Qui donne Tàme à tes exploits ,
Et ton adorable clémence ,
Qui fait si bien goûter les lois ,
Avec les vertus qu^autrefois
Fit éclater par excellence
Un Romain (i), pour qui la vengeance
De nos vieux ancêtres gaulois
Sur Rome et sur son insolence
Fonda cette vaste puissance ,
Que sut si bien rendre aux François
Et partager avec Bizance
Charles (a], que jusqu*à toi la France
A cru le plus grand de nos rois.
Eh bien, Muses! et toi, Phébus!
Que ne les as-tu donc prévus , Avec ton trépied , tes çracles , Ces coups jusqu'à nous inconnus !
De tous ces vieux faits de bibus Falloit il faire des miracles, Et, les vrais miracles venus, Demeurer supris et confus , Rencontrer partout des obstacles, Et confesser n'en pouvoir. plus?
Allez, allez, sœurs indiscrètes,
(i) César.
(9) Charlemagne.
aSo Œuvres biverses.
Vendre ailleurs vos vieilles fleurettes ;
Cherchez ces lourdes nations
Qu'aux abois et presque sujettes
On charme encor d'illusions ;
Et là de toutes vos sornettes
Aidez leurs menteuses gazettes
A déguiser nos actions.
Pour celles que mon prince a faites ,
Plus, plus de vos inventions,
Plus de muses , plus de poètes !
Eh ! quel besoin de fictions ,
Quand , au seul bruit de nos trompettes.
Tombent partout les bastions !
Non, non, pour mettre en sûreté
Dans la foi de Téternité
Ces miracles que la mémoire
Consacre à l'immortalité ,
Il faudra de nécessité
Qu'une simple et modeste histoire
Rende un compte exact de ta gloire
A toute la postérité;
Encore en sera-t -il douté :
Car, grand roi. Ton a peine à croire
Ce qui ne peut être imité.
LETTRE LATINE De Chapelle (i).
Domino Petro Gassendo , sœculi praesentis philosophorum principi , G. E. L. Capella. x*^,'^^^'
uod insolito te affari velim idiomate tum nascentis anni audentem facit origo, tum observantia erga te mea summa, recordatio imprimis incomparabilis anîmi tui , cujus aeternas opes dum considero , insusurrare illud ad Janum venit in mentem.
tu principium simulque finis Lapsu continue fluentis anni , Myï sancte parens , bifronsque Jane , Cui Tates duplicem dedere vultum , Ut posses duplici videre vultu Et quse praeteritis fuere sœclis Et quaa sunt aliis futura in annis ; Dicas, Janepater, rogamus omnes, Dicas te rogat universus orbis
(i) Cette lettre est imprimée à la page 5a i du t. vi de Tédition in-fol. des œuvres de Gassendi.
953 (Kdtrbs DIVESSSS.
Vidamntae parem patres sepulti, Videtùtne parem futurs proies Gasseodo, pbfticœ ioclito pstrono Verarumqae patri scieutiarum ï
Hiec qute paucula musa dédit carmina suscipilo, et amare perg* quem loi gravare dignatus es bcneficiia. Vale. Dabam Monspelii kal. janua-
FlN DES CCUTKES DE CHAPELLE.