‹ Œuvres de Chapelle et de BachaumontChapitre 25 sur 67 · LE DIVORCE · texte numérisé non relu

LE DIVORCE

DE l*Amour bt de L'HTHéiréE (l).

|Ous, qui des lois de THyménée Savez si bien tous les malheurs , I Et qui souvent parmi vos pleurs ' Avez maudit la destinée

Qui vous fit choisir un époux ,

Malgré TAmour et malgré vous ;

Belle Iris, les malheurs des autres

Doivent vous consoler des vôtres u

C'est un destin commun à tous.

Amour et THymeo, en querelle.

Depuis long-temps sont séparés.

(i) J'ai rétabli le moins mal que j'ai pu ce petit poème, dont je n'ai tu qu'une seule édition, très défectueuse. Beaucoup de vers y sont transposés; il en manque même quelques uns. (S.-ifarc.)

Ce morceau est tiré d'une assez singulière édition du Voyage de Chapelle , édition imprimée saus date, avec de simples faux-titres, et citée dans les catalogaes comme une sorte de rareté

Saint-Marc a rétabli, en effet, des transpositions choqaantes. Quant aux vers dont il lui a plu de rem-

Pièces de Baghâumont. 269

Lisez -en dans cette nouvelle Lliistoire, que vous ignorez.

Jadis TAmour et l'Hyménée Etoient frères et bons amis.

Trop heureux dans leur destinée Ceux à qui le ciel a permis De voir la saison fortunée Où, parmi les nœuds les plus doux, Une ardeur toujours mutuelle , Toujours tendre et toujours fidèle, Confondoit l'amant et Tépoux !

Sitôt que TAmour dans une âme À voit fait naître quelque flamme.

Hymen venoit la couronner.

Ces dieux, ainsi d'intelligence, Eux deux seuls y faisoient régner La paix, la joie et llnnocenc» ; Mais l'union des deux enfants , Egaux en attrûts, en puissance , Ne devoit pas durer long-temps.

Ce fut aux noces d'Elizène , Qu'épousoit l'amoureux Ismène ,

plir quelques lacunes , je crois devoir tes laisser subsister, contrairement à ce que j'ai fait ailleurs, d'àbord parceque cette pièce n'est pas assez certainemeut de Bachaumont pour que cela soit, comme dans le Voyage y une espèce de sacrilège; ensuite et surtout parceque je n'ai pas , ainsi que je l'avois alors , le véritable texte à 7 substituer.

270 Pièges

Qu'on les vit la dernière fois Unir leur pouvoir et leurs droits.

Cette noce fut d'importance ; Deux rois , pères des deux amants , Pour montrer leur magnificence , Célébrèrent leur alliance Par mille divertissements.

Pour faire honneur à la couronne, L'Amour et l'Hymen en personne Vinrent pour serrer les beaux nœuds Qui lioient ces amants heureux.

Jamais leur amitié fidèle Ne parut tant que dans ce jour; Et jamais, la voyant si belle.

On n'eût cru qu'Hymen et l'Amour Pussent jamads être en querelle.

Lorsqu'on mena les deux époux Pour assister au sacrifice , Dont l'effet heureux et propice Au cœur des amants est si doux.

Ces jeunes dieux pleins d'allégresse Charmèrent par cent tours d'adresse Les yeux du peuple et de la cour.

Tantôt Hymen tenoit Ismène , Laissant Elyzène à l'Amour, Et tantôt lui-même, à son tour, Folàtroit avec Elyzène.

Quelquefois tous deux embrassés S'ofTroient aux yeux embarrassés (1).

(1) Il manqaoit un vers ea cet endroit* Celui-ci, quel qu'il soit, remplit an vide désa^^réable. {S,'Marc.)

DE Bàchàuvont. lyi

Vsàr enfantin, la tresse blonde , Changeant d'armes et de flambeau , Ils trompoient si bien tout le monde Par un spectacle si nouveau.

Que cent fois dans cette journée On prit TAmour pour THyménée, Et cent fois dans ce même jour On crut qu'Hymen étoit TAmour.

Le vieux roi père d'Elyzène, Ravi de voir sa fille reine.

Et que ces dieux si bien unis La combloient de biens infinis.

Songeant à sa dernière fille Psyché , l'honneur de sa famille.

Le soir, quand on fut au fesUn , Les prit toutes deux par la main , Et fit entre eux asseoir la belle , Croyant, par ce présage heureux.

Les obliger d'être pour elle Encore mieux unis tous deux.

Psyché brilloit de mille charmes; Tous les cœurs lui rendoient les armes , Et, la voyant en ce moment, Chacun devenoit son amant.

Amour, sujet au badinage , Folàtroit, parloit, la baisoit.

Hymen , plus discret et plus sage , La regardoit et se taisoit.

Leur flamme commengoit à peine.

a Pièges

Que Ton en remarqua Tardeur, Et , menant coucher Elyzène , On s'aperçut de leur frddeur.

L*Epou8e marchant la première , Ils regardoient toujours derrière Pour trouver les yeux de Psyché; Et , laissant la cérémonie , Si tôt que Tépoux fut couché , lis se faussèrent compagnie. Ainsi de deux frères amis La Beauté fit deux ennemis.

D'abord leur âme fut saisie Et de haine et de jalousie , Et , se voyant rivaux tous deux , Chacun songea, faisant mystère, Aux moyens de se rendre heureux Sans en dire mot à son frère.

Hymen , rempli de bonne foi , Crut, s'adressant au parentage.

Que , demandant Psyché , le roi Consentiroit au mariage ; Et TAmour, s'assurant du cœur, Fier de ses traits et de ses charmes , Crut aussi que tout son bonheur Ne dépendoit que de ses armes.

Hymen , rempli de sdn dessein , Voit le roi dès le lendemain , Et demande Psyché pour femme.

Le roi, le voyant sans TAmour, Et craignant leur rivale flamme,

DE BaGHAUVONT. 273

Le remit à la fia da jour, Afin qu'on oracle fidèle Terminât bientôt leur querelle.

Hymen, toujours sage et discret, Y consentit, mais à regret (1)..

Amour, averti de Taffaire ,

Chez Apollon se transporta;

Tant d'amitié lui protesta ,

Qu'il l'engagea dans le mystère ,

Et ce dieu , pour plaire, à ses vœux ,

Rendit cet oracle fameux 9

Que Psyché, cet objet ûmable.

Conduite en un endroit affreux ,

Attendroit un monstre effroyable

Que tous les dieux , dans leur courroux ,

Avoient choisi pour son époux.

Le roi , comme pieux et sage , Obéit, quoique outré de rage.

Psyché, dans la fleur de ses ans.

Fut conduite en triste équipage Dans les bras du dieu des amants.

Hymen, affligé de l'oracle.

Respectant le décret des dieux , La perdit sans y faire obstacle , La suivant les larmes aux yeux ;

(1) J*ajouteee vers et le précédent pour qu'une rime féminine ne soit pas suivie d^une autre rime féminine d'espèce différente, l'auteur me paroissant avoir eu dessein d'être exact au mélange des ripes. (S.-Jfarc.)

^74 Pièges <

Et TAmour, caché dans la presse , Rioit des pleurs et des soupirs Qu^Hymen donnoit à la princesse Qu^il alloit combler de plaisirs.

Ah ! que ce dieu trouva de charmes A voir rHymen plein de douleur Qui donnoit à Psyché des larmes Qull ne devoit qu^à son malheur !

La nuit vint. Psyché fut laissée,

Avec la cruelle pensée

Qu*un monstre Talloit dévorer.

Mais TAmour, en des lieux si sombres ,

Parmi le silence et les ombres ,

Prit le soin de la rassurer.

Dans une demeure enchantée ,

Au milieu de tous les plaisirs y

Sur Taile des jeunes zéphyrs

Elle fut doucement portée ;

Et c^est dans cet heureux séjour

Que sans parents, sans Hy menée»

Seule , contente et fortunée ,

Elle se rendit à TÂmonr.

Le dieu , dans ce lien solitaire

Goûtant le plaisir du mystère ,

S^aperçut de tout son pouvoir.

Et s^étonna de sa foiblesse

D^attacher toujours sa tendresse

Aux lois d'Hymen et du devoir.

La nuit, leur seule confidente.

Cacha leurs feux d'un soin discret.

DE BaGUACMOMT. 275

Mais Psyché , se voyant contente , Ne put pas garder le secret.

Voulant que sa sœur Elysène Fût témoin de tant de grandeur, Elle fait venir cette reine , Et lui déclare son bonheur, Ignorant encor son vainqueur.

Hyménée , à cette nouvelle , Commence de voir son erreur, Et , par un conseil plein d^horreur, Il fît tant , enfin , que par elle Il fut assuré que TÂmour Yoyoit Psyché dans son séjour.

D'abord il avertit sa mère Que son frère s'étoit caché.

Vénus , instruite de l'affaire , S'en prend à la seule Psyché.

Par plus d'un tourment effroyable Elle la veut faire mourir.

Le pauvre Amour, inconsolable, Gémissoit de la voir souffrir.

Et , plein d'une juste colère , Jura le Slyœ , serment des dieux.

Qu'il n'iroit plus avec son frère , Et qu'il la suivroit en tous lieux.

Quelque chose que l'on pût faire (1 ).

Dans cet état si dangereux ,

(1) Une raison pareille k celle de la note précédente m*a fait ajouter ce vers. (S.-Marc)

nyS Pièges

Sans décider lequel des deux Psyché devoit prendre pour elle , On lui déclara que la belle , Pour remettre la paix entre eux , Ne seroit à pas un des deux.

D*un autre côté, l'Hyménée,

Et plus modeste et plus discret »

Voyant sa triste destinée ,

N'en jura pas moins en secret,

Et se promit, pour sa vengeance,

De tourmenter et désunir

Tous ceux qu'Amour, par sa puissance ,

Prétendroit joindi*e à Tavenir.

Aussitôt la troupe immortelle , Instruite de cette querelle , Mariant TAmour à Psyché , Croyoit raccommoder Taffaire.

Mais leS' dieux ne le pouvoient faire; Le mot de Styx éioit lâché.

De ce serment inviolable Amour prétexta son courroux.

Et, demeurant inébranlable, 11 ne voulut pcûnt être époux.

Psyché demeura sa maîtresse.

Jamais époux, toujours amants , Unis par leur seule tendresse , Ils eurent de si doux moments , Qu'Amour, pour tenir sa promesse , N'eut plus besoin d'aucuns serments.

11 commença lors de connoitre

i>E Baghaumont. Q77

Le doux plaisir d*étre seul maître Et de régner seul dans les coeurs , Et, flatté de tant de puissance, Il ne goïita plus de douceurs Que celle de Tindépendance.

Hymen, d'abord, dans son courroux,

Crut se rendre bien redoutable

Donnant de sa main un époux

Pour rendre un amant misérable ;

Mais, quand il vit ses plus beaux jours

Marqués de soupirs et de larmes.

Et que TÀmour y«noit toujours

Y mêler de tristes alarmes ,

II connut que les plus doux nœuds ,

Lorsque TAmour ûUeurs engage ,

N'avoient au plus que Tavantage

De faire bien des malheureux.

N*osant leur montrer sa foiblesse,

Afin d'avoir toigours la presse

A ses tristes solennités.

Il fit inventer par adresse

Ces folles inégalités

De rang, d'éclat et de richesse,

Et mit encore à ses côtés

La Rûson , THonneur, la Sagesse.

Mais TAmour, malgré tant d'appui , Fut seul encor plus foi*i que lui.

Il rit de leurs folles intrigues, Dédûgnant THymen et ses brigues , Et , loin d'en être plus soumis ,

278 Pièces

U se flatte de pins de gloire A remporter seol la victoire Sur tant de puissants ennemis.

Voilà la source infortunée D'où naquit la division Qui rompit la belle union De FAmour et de THyménée.

Le temps n^a fait que l'augmenter.

Tous deux, appliqués à se nuire Et travaillant à se détruire , Se plaisent à se tourmenter.

On ne les voit jamais ensemble.

Les époux que THymen assemble Sont à peine unis un seul jour.

Amour les quitte et les sépare ; EtTHyménée, aussi barbare.

Sitôt qull peut avoir son tour, Sépare ce qu*unit FAmour.

Que d'ennuis, de maux et de plaintes , Que de tourments et de contraintes Leur querelle nous coûte à tous.

Et que ces dieux , par leurs caprices , Causent de rigoureux supplices Aux amants ainsi qu'aux époux !

Mais l'Hymen , quoi qu'il puisse faire , Est toujours le plus malheureux; Tout le monde maudit ses nœuds , Parceque Amour leur est contraire.

Sans ce Dieu, les plus doux moments Sont pleins de troubles et d'alarmes.

DE BaCBAUSONT. 379

Et l'Amour seul , avec ses charmes , Suffit au bODbeur des amants.

Profitez de cette querelle.

Vous que l'Hymen fit tant souffrir Que l'on vous tU prête à périr Sous sa loi péuible et cruelle.

Et, pour vous venger, dès ce jour Prenez le parti de l'Amour.

ii^U

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