COWPER
Cowper, célèbre chirurgien anglais, naquit en 1666. Il publia, en 1694, une myologie plus complète, plus exacte, que celles qui l’avaient précédée, où l’on trouve des détails et des observations nouvelles. Ses ouvrages contiennent des descriptions la plupart bien faites, et il a décrit plusieurs parties qui ne l’avaient pas été avant lui. Telles sont les glandes qui ont conservé son nom, et que d’autres anatomistes avaient déjà aperçues. On peut être étonné qu’on fasse un sujet d’éloge du mérite de décrire exactement ce qu’on a vu : mais si on songe au nombre, à la petitesse, à la complication des parties qu’il faut décrire , à la difficulté de conserver aux parties molles leurs dispositions et leurs formes, au peu de temps qu’on petit conserver chaque partie sans altération, à cette foule de petites différences qui se trouvent entre un individu
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PITCARNE. IO9
et un antre, on sentira combien il était difficile de porter à un certain degré de précision les détails délicats de l’anatomie; on sera aussi plus indulgent pour les fautes, on verra qu’il n’y a point de science peut-être où il soit plus difficile de distinguer une découverte d’une erreur, même de bien connaître ce que les autres ont déjà décrit, de deviner le secret de la nature, malgré l’obscurité dont elle semble avoir voulu l’envelopper, et que redoublent encore les opinions des hommes. Cowper souilla sa gloire par un plagiat, quoiqu’il n'eût aucun besoin de cette ressource avilissante. Il publia, comme de lui, des planches de Bidloo, dont il avait acheté un grand nombre d’épreuves , et auxquelles il avait ajouté une explication nouvelle. Accusé par Bidloo, convaincu devant la Société royale, Cowper ne répondit à l’anatomiste hollandais que par un libelle. Parmi ces planches, il y en a beaucoup de mauvaises, et Cowper releva avec raison plusieurs fautes de Bidloo : mais cela ne justifie pas Cowper, et ne sert qu’à rendre sa conduite aussi difficile à expliquer qu’à excuser.
Mort le 8 mars 1 709.
PITCARNE (1).
Pitcarne s’est rendu célèbre par des ouvrages qui traitent plutôt de l’économie animale que de l’anatomie. Il étudia sous du Verney, et Boèrhaave étudia
(i) Né en i6Sa.
I IO PITCAHKE.
sous lui. 11 s 'était d’abord appliqué à la théologie et à la jurisprudence. Des excès de travail altérèrent sa sauté; on lui conseilla l'air de Montpellier, et c’est là qu’il prit le goût de la médecine : sa réputation le fit appeler à Leyde, où il occupa une chaire de médecine, qu’il quitta peu de temps après pour retourner dans sa patrie.
M. de Fontenelle a rapporté, dans l’article du Verney, cette lettre singulière où Pitcarne promet à son maître une solution de ce problème:
Une maladie étant donnée , en trouver le remède. Sans doute que Pitcarne ajoutait, ou prouver qu’il n’y en a point.
Il tenta d’appliquer les mathématiques à l’économie animale et à la médecine. Nous avons déjà observé, en parlant de Bellini, que nous sommes encore trop ignorants en mathématiques, et surtout en anatomie , pour que cette application soit possible. Pitcarne prétendait que la digestion se faisait par trituration. Cette opinion , adoptée presque généralement dans le temps où le système de Descartes avait envahi toutes les sciences, et expliquait tous leurs phénomènes par des forces mécaniques, n’a plus de partisans aujourd’hui.
Le hasard a fait rencontrer des estomacs presque entièrement pétrifiés dans des animaux dont les fonctions n’en avaient point paru altérées. Des corps qui avaient séjourné longtemps dans d’autres estomacs, y avaient subi des altérations que le système de la trituration ne pouvait expliquer. Enfin, M. de Réaumur porta jusqu à la démonstration les preuves
PITCAHNE.
de cette erreur : il fit avaler à un oiseau de proie un tube de fer-blanc ouvert par les bouts; ces bouts étaient garnis de grilles , et il avait assujetti dans le milieu du tube un morceau de viande. L’anima) rendit le tube qui n’avait subi aucun changement de forme, non plus que les grilles, et cependant les sept huitièmes de la viande étaient réduits à une bouillie onctueuse au toucher, et d’un goût fade. Des os, soumis à la même épreuve, furent changés en une substance gélatineuse; mais les substances végétales n’éprouvèrent aucune altération. Il semble donc qu’il y a des espèces auxquelles la nature a imposé la loi cruelle de ne pouvoir subsister que par le meurtre , à moins qu’il ne faille attribuer cette impossibilité de digérer les végétaux, à la longue habitude de l’individu; habitude préparée par une longue suite de générations de la même espèce. Peut-être que chez des peuples accoutumés dès longtemps à ne se nourrir que d’aliments du règne animal , on trouverait que le suc gastrique de l’homme a contracté le même défaut. On ne sait pas jusqu’à quel point l’habitude peut altérer à la longue la constitution et peut-être même la forme des espèces. Nous n’observons que d’hier, et nous voulons prononcer sur les lois éternelles de la nature. N’accusons pas surtout ces lois, de ce qui n’est peut-être que l’ouvrage de notre voracité et de notre barbarie.
M. de Réaumur voulut connaître la nature de ce suc gastrique, auquel il attribuait les altérations que la viande avait subies dans l’estomac de l’oiseau ; il fit
lia PITCA RNE.
avalera cet oiseau des éponges sèches, et exprima ensuite la liqueur dont elles étaient imbibées; mais il n’en put ramasser qu’une petite quantité, et la seule expérience qu’il put tenter, fut de placer dans un lieu chaud deux morceaux de viande dont l’un seulement était imbibé de suc gastrique. Au bout de vingt-quatre heures, le morceau de viande où l’on mit du suc gastrique était changé en une espèce de bouillie, et n’avait qu’une odeur fade; l’autre était absolument putréfié.
Personne n’a répété, ni essayé de pousser plus loin ces expériences curieuses; mais M. Hunter a fait sur le suc gastrique une observation étrange. On sait que ce suc ne se trouve plus dans les cadavres, et M. Hunter a observé des altérations singulières sur la substance même de l’estomac, dans les cadavres de personnes qui avaient péri, soit de morts violentes, soit de dépôts à la tète. Ces altérations paraissent l’effet du suc gastrique qui s’épanche dans ce viscère , et qui alors agit sur lui comme sur une chair inanimée.
La vérité la plus importante qu’on trouve dans les œuvres de Pitcarne est l’anastomose des artères et des veines. Ce phénomène, l’un des plus curieux et des mieux prouvés de l’économie animale, était encore révoqué en doute par plusieurs savants du temps de Pitcarne.
Mort en 1713.
FLAMSTEAD.
FLAMSTEAD.
Flamstead naquit en 1641 , dans le comté de Derby. Il se fit connaître en 1669 par ses éphémérides pour 1770, qu’il adressa à la Société royale.
Il cherchait dès lors à vérifier, par ses observations, les théories de la lune adoptées de son temps, et le catalogue des lieux des étoiles fixes que Tycho-Brahé avait déterminées. Il trouva ces théories très-inexactes , et il observa des erreurs de trois ou quatre minutes dans les positions des fixes, que Tycho-Brahé n’avait déterminées qu’avec de simples pinnules.
On proposa à Charles II, en 1675, un moyen de déterminer la longitude en mer. Charles II soumit ce projet à une assemblée de savants, et le jeune Flamstead y fut appelé. La nouvelle méthode demandait que l’on connût exactement le mouvement de la lune et la position des fixes. Flamstead montra combien on était éloigné, sur ces deux objets, de l’exactitude qu’exigeait une détermination précise des longitudes. Mais il montra en même temps qu’on pouvait se flatter de parvenir à cette exactitude par une longue suite d’observations délicates, et à l’aide d’instruments plus parfaits que ceux qui avaient été employés jusqu’à cette époque; il établit encore que, lorsque l'astronomie serait parvenue à ce point, il serait possible d’employer utilement, à la recherche des longitudes, les tables de la lune et II. s
FLAMSTEAD.
l’observation des lieux de ce satellite, qu’on pourrait trouver exactement en le comparant à des fixes dont la position serait alors connue.
Charles II fut frappé de ces remarques de Flamstead. Il ordonna à Jouas Moore de prendre sur les fonds de l’artillerie, dont il était inspecteur général, de quoi construire un observatoire, où Flamstead pût, avec de nouveaux instruments, exécuter un travail qui devait être regardé comme si important à une nation qui ne pouvait être puissante que par sa marine, et riche que par son commerce.
Moore exécuta les ordres de Charles II , et se conduisit comme devrait le faire tout particulier riche chargé d'une dépense publique. Il suppléa à l’insuffisance des fonds qui lui étaient assignés. Il fit faire à ses frais , mais d’après les vues de Flamstead , les instruments nécessaires aux observations.
Dès ce moment, Flamstead regarda comme un devoir d’employer sa vie entière à observer la lune, et à dresser un catalogue d’étoiles fixes; et s’il se permit quelques distractions , ce fut pour observer le mouvement des planètes ou celui des comètes qui, de son temps, cessèrent de prédire la mort des rois, et d’être les présages de la colère céleste, pour n’être plus que des planètes de notre système , mues seulement dans des orbites plus allongées.
Flamstead observa donc sans relâche pendant près de quarante ans.
Les hommes d’une imagination vive sont portés à regarder comme des espèces de machines ces infatigables observateurs qui , contents de bien voir et de
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tenir un registre exact de ce qu’ils ont vu , laissent à d’autres le soin d’en tirer les conséquences. Pour se désabuser d’une opinion si injuste, il leur suffirait de lire l’histoire des observations de Flamstead, telle que lui-même l’a écrite. Ils y verraient tout ce qu’il lui a fallu de connaissances, d’attentions délicates, de recherches pénibles, pour être en état de répondre du degré d’exactitude de ses observations; combien il lui a fallu souvent de sagacité, pour choisir entre toutes les observations qui peuvent également servir à établir un élément important, celles où les erreurs sont le moins à craindre. Ils verraient enfin, en lisant Flamstead, qu’il eût pu, en astronomie, exécuter des travaux plus brillants qu’un catalogue d’étoiles; mais ils verraient en même temps que, pour faire si bien le catalogue, il fallait être en état de faire beaucoup mieux.
Il semble qu’il ne faille que des yeux pour recueillir des observations, mais souvent il a fallu du talent pour acquérir l’art d’observer. Aussi n’y a-t-il d’observateurs utiles que ceux qui se sont livrés à cette étude par goût et non par nécessité. Ces observateurs diffèrent des savants occupés de théories brillantes, non parce qu’ils ont moins de talent, mais parce qu’ils ont été plus touchés du plaisir de faire du bien, que transportés de l’amour de la gloire.
L’esseutiel est d’avoir été utile, et que, pendant ce court espace où l’homme vit et souffre sur la terre, il ait attaché son nom à quelque chose d’une utilité immortelle.
FLAMSTEAD.
Flamstead chercha longtemps à déterminer la parallaxe de l’orbite annuelle, et à connaître la distance des fixes. Cette recherche fut sans succès. Les astronomes du siècle dernier s’occupèrent beaucoup de cette question, et tout ce qu’ils ont trouvé, c’est que le temps de la résoudre n’est pas encore arrivé.
Cette découverte est réservée, comme tant d’autres, à nos descendants. Car depuis que cent ans d’expérience ont affermi nos pas dans l’art d’interroger la nature, depuis que l’invention de l’imprimerie a rendu le retour de la barbarie absolument impossible , chaque siècle ajoutera à la masse des connaissances humaines des découvertes nouvelles et de nouveaux instruments de découvertes. Ces mystères de la nature , qui confondent aujourd’hui notre intelligence, seront alors dévoilés, mais d’autres leur succéderont.
Ainsi, dans sa marche plus ou moins rapide, mais sûre et jamais rétrograde, l’esprit humain avancera toujours sans jamais trouver ni ses propres limites, ni les bornes de la nature. Plus il aura fait, plus il sera étonné de ce qui lui reste à faire; plus il sera grand, plus la nature lui paraîtra immense.
Ainsi, dans tous les temps, elle offrira à l’insatiable activité du génie une source inépuisable de découvertes, de jouissances et de remèdes contre les maux de l’humanité.
Flamstead mourut en 1719.
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LEUWENHOECK.
Né en Hollande en i63a, ce physicien célèbre doit toute sa réputation à l’art avec lequel il savait construire les loupes et les employer à des observations délicates. Il préférait de petites lentilles aux boules de verre que forme un fil mis en fusion. Ces lentilles grossissaient moins, mais M. Leuwenhoeck avait plus de lumière, et en voyant moins, il était plus sûr de ce qu’il voyait. C’est là surtout ce qui manque encore à présent aux observations microscopiques un peu délicates. Dans une classe de phénomènes où l’analogie ne guide pas encore, il faut, pour compter sur un fait, que plusieurs observateurs l’aient vu de la même manière, et c’est ce qui n’est presque jamais arrivé dans les observations microscopiques.
La méthode de faire en société ces expériences est la moins favorable aux progrès des sciences; les observateurs finissent naturellement par voir tout ce qu’a cru voir celui d’entre eux qui a le plus d’imagination.
On trouve dans les Transactions philosophiques et dans différents recueils, un grand nombre d’observations curieuses de Leuwenhoeck, sur la structure des plus petites parties du corps des animaux, sur les phénomènes que présentent leurs liqueurs, enfin sur les insectes.
Mais ses observations sur les animaux microscopiques forment la partie la plus brillante et la plus incertaine de ses ouvrages.
LEUWENHOECK.
La première découverte de ces animaux est due à Harsoeker, qui les vit dans la liqueur séminale des hommes; Leuwenhoeck vérifia le fait, et l’observa dans les liqueurs séminales d’un grand nombre d’animaux.
Ces observations de Leuwenhoeck excitèrent une curiosité générale. Il y a des objets que jamais l’on ne considère avec un sens bien calme; tels sont tous ceux qui appartiennent au grand phénomène de la reproduction des êtres. A l’intérêt de trouver dans les secrets de notre origine de quoi nous éclairer sur nos destins, se joint le plaisir toujours piquant de lever le voile, que, heureusement pour le genre humain, la décence a étendu sur les plaisirs de l’amour.
A la première annonce des animaux spermatiques, on crut que le mystère de la génération était découvert : chacun des petits animaux destinés à devenir hommes ou lapins, n’attendait que le moment de trouver le lieu et une nourriture dont il avait besoin pour croître. L’œuf des femelles ovipares , ou celui qu’on supposait aux vivipares, était destiné pour le développement du petit animal; une foule de ses frères qui avaient partagé son sort, périssaient pour n’avoir pu pénétrer jusqu’à un de ces œufs.
Cette profusion de germes inutiles n’était pas un défaut dans l’ordre éternel des choses; c’était une raison de plus d’admirer la magnificence de la nature. Déjà on avait agité de grandes questions sur l’âme des animalcules , sur le moment où le ver microscopique devenait assez grand pour mériter
LEUWENUOECK.
l’honneur d’être habité par une âme raisonnable; sur ce que devenait l’âme des auiroalcules destinés à mourir sans changer d’état. Cependant les physiciens les plus célèbres doutaient encore de l’existence de ces animaux. Tous convenaient, à la vérité, que l’on voyait dans les liqueurs spermatiques de petits globules terminés par des fils bien plus petits encore; que ces globules paraissaient souvent sortir en foule de gros filaments dont toute la liqueur semblait composée; mais ces globules, qu’on retrouvait d’ailleurs dans les infusions des plantes, sont-ils de véritables animaux? Sont-ils des molécules organisées, destinées à former des animaux en vertu d’une force attractive, en sorte qu’un animal ne soit qu’une sorte de cristallisation vivante? Enfin, ne sont-ce que des corpuscules animés, mis en mouvement par la fermentation qui agite toutes les liqueurs où on les aperçoit?
Ces animaux, communs aux infusions de plantes ou d’animaux et aux liqueurs spermatiques, sont-ils destinés à devenir des animaux de la même espèce , ou ne sont - ils que des animaux parasites qui trouvent dans les réservoirs de la semence leur asile et leur nourriture?
Toutes ces questions seront peut-être résolues un jour, quand l’art de faire ces observations sera perfectionné; quand les hommes, las enfin d’être la dupe des hypothèses les mieux combinées, ne les regarderont plus que comme des rêves brillants, et placeront sur la même tablette des systèmes de cosmologie et les contes de fées.
CHESELDEJV .
Mais, quel que soit un jour le sort des observations de Leuwenhoeck, il lui restera toujours la gloire d avoir ouvert aux observateurs l’entrée d'un univers nouveau, et on doit à ses lentilles microscopiques les premières connaissances exactes et détaillées sur la structure et l’histoire des insectes.
Mort le u6 août i^a3.
CHESELDEN (i).
11 ne doit pas être placé au nombre des grands anatomistes qui ont découvert des parties inconnues jusqu’à eux, ou qui ont répandu une lumière nouvelle sur la structure et les fonctions des parties déjà connues , mais on ne peut refuser à ce chirurgien célèbre une place distinguée parmi les savants qui ont fait servir à la perfection de la chirurgie , une connaissance profonde de l’anatomie.
Il fit, pour l’extraction de la pierre, un usage heureux de la méthode latérale. Cette méthode, qu’on croyait nouvelle alors et qu’il perfectionna, n’était dans le fond que la méthode de Celse, mais corrigée, et que des instruments ou nouveaux, ou meilleurs que ceux des anciens, rendaient moins meurtrière. L’opération de l’extraction de la pierre est une des plus étonnantes de la chirurgie, comme la maladie qui la rend nécessaire est une des plus étonnantes
(i) Né en 1688.
CHESELDKN.
dans le nombre immense de celles qui nous affligent. Cette opération était connue même du temps d’Hippocrate. Ce grand homme prescrit à ses disciples de ne point s’en charger, et veut qu’ils l'abandonnent à des empiriques, qui craignent moins, a-t-il dit, de compromettre leur gloire ou la vie de leurs malades.
L’opération de la taille était donc déjà vulgaire, et par conséquent déjà ancienne du temps d’Hippocrate. Cependant, puisqu’on ne disséquait pas alors de cadavres humains , comment aurait-on pu connaître, sans ce secours, la nécessité et la possibilité de l’extraction de la pierre ? Ne serait-il pas naturel de penser que peut-être l’opératiou de la pierre est plus ancienne même que le préjugé qui, chez des peuples encore un peu féroces, ferait regarder la dissection d’un cadavre comme un crime plus odieux que le meurtre? Les préjugés généraux 11e sont pas l’ouvrage de la nature, mais de la société assez perfectionnée pour qu’il y ait déjà des fourbes habiles. 11 a fallu plus de temps qu’on ne croit pour établir dans la tète des hommes, les erreurs même qui nous paraissent aujourd’hui les plus naturelles; et peutêtre qu’au point où en est l’espèce humaine, il coûtera à nos neveux moins de travaux et de temps pour la rendre raisonnable , qu’il n’en a coûté pour l’infecter de sottises.
L’opératiou par laquelle Cheselden rendit la vue à un aveugle-né, est peut-être ce qui l’immortalisera; elle prouve ce que Locke avait développé avec tant de sagacité, qu’il faut que l’homme apprenne à voir
PfcYSSOMNKL.
comme à marcher, et le nom de Cheselden est lié avec celui du philosophe qui a révélé à l’esprit humain le secret de ses opérations.
Il mourut en jy5a.
PEYSSüNNEL (i).
Les naturalistes doivent à M. Peysonnel les premières idéesjustesqu’ilsaienteuessur l’origine du corail et des substances qui lui sont analogues. On avait longtemps regardé le corail comme un minéral (il est en effet de la même nature que les pierres calcaires), et l’on était bien éloigné de soupçonner que la masse entière de ce genre de pierre n’était que d’immenses débris du règne animal.
La découverte de M. Peyssonnel fut d’abord contestée par tous les naturalistes. M. de Réaumur même la combattit ; mais il se rendit bientôt aux nouvelles observations de M. de Jussieu qui, en examinant des corps du même genre que des coraux , non-seulement y aperçut les mêmes animaux, mais parvint à saisir la manière dont ces animaux servent à la formation du corps pierreux auquel ils sont attachés.
Ceux qui ne veulent en physique que des faits, et ne se rendent même qu’aux faits qui ont été observés plus d’une fois, sont portés à se défier de tout ce
(i) Né le 17 décembre 1700.