‹ Œuvres de CondorcetChapitre 61 sur 90 · ÉLOGE DE M. DE COURTANVAUX · texte numérisé non relu

ÉLOGE DE M. DE COURTANVAUX

thcr marin, quoique plusieurs procédés, proposés pour y parvenir, eussent prouvé la possibilité de cette opération. La difficulté de réussir paraissait tenir à celle de pouvoir employer l’acide marin dans un assez grand degré de Concentration pour agir avec force sur l’esprit-de-vin. C’était à ce point que cette difficulté avait été réduite par MM. Rouelle, dont l’aîné avait été le maître en chimie de M. de Courtanvaux, et dont le cadet présidait avec lui aux travaux qu’il avait entrepris dans son laboratoire de Colombe. M. de Courtanvaux choisit, parmi les préparations d’acide marin, la liqueur fumante de Libavius, et cette expérience eut un succès complet. Depuis, on a trouvé d'autres méthodes; mais on sait combien, dans les sciences, une première méthode, une fois connue, rend facile la découverte des autres, même de celles qui paraissent s’en éloigner le plus.

Le vinaigre radical, c’est-à-dire le vinaigre privé d’eau autant qu’il est possible, a des propriétés singulières, qui furent observées à peu près dans le même temps par M. le marquis de Courtanvaux et par M. le comte de Lauraguais. Parvenu à un certain degré de concentration, le vinaigre devient susceptible de prendre, par le refroidissement, une forme concrète ; la température nécessaire pour produire ce phénomène est de quelques degrés audessus du terme de la glace : c’est une véritable cristallisation qui se forme alors; mais elle est si fusible, qu’une chaleur de bain-marie, très-faible, la résout en liqueur. Si on augmente la concentration

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du vinaigne radical, la cristallisation se fait à un moindre degré de froid, et ne se fond qu’à un plus grand degré de chaleur.

Le vinaigre radical, étant chauffé fortement, devient susceptible de prendre feu; plus il est concentré, plus il est inflammable. On sait que le vinaigre ne doit point son principe acide à celui qui est contenu immédiatement dans le vin, l’acide tartareux, mais à une nouvelle combinaison de principes de la partie spiritucuse du vin; ainsi, la substance à laquelle cette partie doit la propriété d’être inflammable n’est point détruite par la fermentation acide, et subsiste dans la combinaison nouvelle qui en est le produit. Ces deux mémoires, qui ont exigé des expériences très-coûteuses, et qui contiennent des faits nouveaux, présentés avec méthode et avec clarté, doivent faire regretter que le goût de M. de Courtanvaux pour la chimie n’ait pas été plus durable.

L’Académie avait proposé, en 1767, pour sujet d’un prix, la construction d’une montre marine. Il fallait éprouver à la mer celles qui avaient été présentées au concours. M. de Courtanvaux se chargea de cette épreuve; et accompagné de MM. Pingré et Messier de cette Académie, et de M. le Roi, auteur de deux de ces montres, ils parcoururent, pendant trois mois et demi, les côtes de France, de Flandre et de Hollande. Il eut le bonheur, car c’en était un à ses yeux dans cette circonstance, d’essuyer des coups de" vent assez violents pour être sur que les montres étaient à l’abri des dérangements que peut

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