ACTE I, SCÈNE VII. sa
ti Arrête, m'a-t-il dit d une voix formidable; tt Voici de te§ forfaits le terme redoutable : « Arrête, épouse indigne ; et frémis à ce sang €( Que le cruel Égisthe a tiré de mon flanc. » Ce sang, qui ruisseloit d'une large blessure, Sembloit , en s'écoulant , pousser un long murmure* A l'instant j ai cru voir aussi couler le mien : Mais , malheureuse ! à peine a-t41 touché le sien, ' Que j'en ai vu renaître ua monstre impitoyable Qui m'a lancé d'abord un regard effroyable. , Deux fois le Styx , frappé par ses mugissements , A long-temps ré|)ondu par des gémissements. : Vous êtes accouru; mais le mcoistre en furie '^ « . . D'un seul coup à mes pieds vous a jeté sans vie, Et m'a ravi la mienne avec le même effort.
Sans me donner le temps de sentir votre inôrt.
ÉGISTHX. >
Je conçois la douleur où la crainte vous plonge. Un présage si noir n'est cependant qu'un songe Que le sonuneil produit et nous offre au hasard , Oit, bien plus que les dieux , nos sens ont souvent part* Pourrois-je craindre un songe à vos yeux si funeste , Moi qui ne compte plus d'autre ennemi qu'Oreste 7 Au gré de sa fureur qu'il s'arme contre nous. Je saurai lui porter d'inévitables coups. , ^ . Ma baine à trop haut prix ■ vient de mettre sa tête , Pour redouter eocor les malheurs qu'il m'apprête. C'est en vain que Samos la défend contre moi : Qu'elle tremble, à son tour, pour elle et poui? son roi; Athènes désonnais , de ses pertes lassée^ I. i5
^20 ELECTRE
Nous menace bien moins quelle n'est menacée;
Et le roi de Corinthe, épris plus que jamais ^
Me demande aujourd'hui ma fille avec la paix.
Quel que soit son pouvoir, quoi qu'il en ose attendre,
Sans la tête d'Oreste il n'y faut point prétendre.
D'ailleurs , pour cet hymen le ciel m'offre une main
Dont j'attends pour moi-même un secours plus certain.
Ce bérois , défenseur de toute ma famille ,
Est celui qu'en secret je destine à ma fille.
Ainsi je ne crains plus qu'Electre et sa fierté ,
Ses reproches, ses pleurs, sa fatale lleauté,
Les transports de mon fils : mais, s'il peut la contraindre
A recevoir sa foi, je n'aurai rien à craindre.
Et la main que prétend employer mon courroux
Mettra bientôt le comble à mes vœux les plus doux»
Mais ma fille paroît. Madame, je vous laisse.
Et je vais travailler au repos de la Grèce.