‹ Œuvres de Crébillon (volume 2)Chapitre 134 sur 287 · MÉLITE · texte numérisé non relu

MÉLITE

A finir nos malheurs, quoi! lorMpie tout conspire, Qu'un roi jeune et puissant à votre hymen aspire. Votre cœur désolé se consume en regrets !

Quels sont vos déplaisirs? ou quels sont vos souhaits? Corinthe , avec la paix , vous demande pour reine : Ce grand jour doit former une si belle chaîne.

IPHIANASSE.

Plut aux dieux que ce jour, qui te paroît si beau/

Dût des miens à tes yeux éteindre le flambeau !

Maïs lorsque tii sauras mes mortelles alarmes ,

N'irrite point mes maux , et fais grâce à mes larme».

Il te souvient encor de ces temps où, sans toi,

Nous sortîmes d'Argos à la suite du roi.

Tout sembloit menacer le trône de Mycènes,

Tout cédoit aux deux rois de Corinthe et d'Athènes.

Pour retarder du moins un si cruel malheur,

Mon frère sans succès fit briller sa valeur;

Égisthe fut dèfait,.et trop heureux encore

De pouvoir se jeter dans les murs d'Épidaure.

Tu sais tout ce qu'alors fit pour nous ce héros

QuTtys avoit sauvé de la fureur des flots.

Peins-toi le dieu terrible adoré dans la Thrace;

Il en avoit du moins et les traits et l'audace.

Quels exploits ! Non , jamais avec plus de valeiir

Un mortel n'a fait voir ce que peut un grand cœur.

Je le vis; et le mien, illustrant sa victoire,

Vaincu, quoiqu'en secret, mit le comble à sa gloire.

Heureuse si mon âme , en proie à tant d'ardeur.

Du crime de ses feux faisoit tout son malheur !

Mais hier je revis ce vainqueur redoutable

A peine s'honorer d'un accueil favorable.

De mon coupable amour l'art déguisant la voix,

En vain sur sa valeur je le louai cent fois;

En vain , de mon amour flattant la violence ,

Je fis parler mes yeux et ma reconnoissance :

Il soupire, Mélite ; inquiet çt distrait.

Son cœur paroît frappé d'un déplaisir secret.

Sans doute il aime ailleurs ; et loin de se contraindre.*. .

Page 1