‹ Œuvres de Crébillon (volume 2)Chapitre 137 sur 287 · ACTE II, SCÈNE I. 23i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I. 23i

Le guerrier défenseur d'Égisthe et de Mycènes , N'est autre que Tydée.

ANTÉNOR

Et quel est votre espoir ?

TYDÉE

Avant que d'éclaircir ce que tu veux savoir , Dans ce fatal séjour dis-moi ce qui t'amène.

Que dit-on à Samos ? que fait l'heureux Thyrrhène ?

ANTÉNOR

Ce grand roi ', qui chérit Oreste avec transport ^ Depuis plus de six mois incertain de son sort , Alarmé chaque jour et du sien et du vôtr« , M'envoie en ces climats vous chercher l'un et l'autre. Mais puisque je vous vois , tous mes vœux sont comblés. Le filsd'Agamenmon.... Seigneur, vous vous troublez! Malgré tous les honneurs qu'ici l'on vous adresse , Vos yeux sen^lent voilés d'une sombre tristesse. De tout ce que je vois mon esprit éperdu...^

TYDÉE

Anténor, c'en est fait ! Tydée a tout perdu.

ANTÉNOR

Seigneur, éclaircissez ce terrible mystère.

tydÉb.

Oreste est mort....

ANTÉNOR

•Grands dieux î

TYDÉE

Et je n'ai plus de père.

232 ELECTRE

* ANTÉNOR

Palamède n'est plus ! Ah ! destins rigoureux !

Et qui vous Ta ravi ? Par quel malheur afireux,...

TYDÉE

Tu sais ce qu'en ces lieux nous venions entreprendre : Tu sais que Palamède , avant que de s y rendre , Ne voulut point tenter son retour dans Argos^ Qu'il n'eût interrogé l'oracle de Délos, A de si justes soins on souscrivit sans peine : Nous partîmes, comblés des bien&its de Thyrrhène. Tout nous favorisoit ; nous voguâmes long-temps Au gré de nos désirs bien plus qu'au" gré des vents : Mais, signalant bientôt toute son inconstance , La mer en un moment se mutine et s'élance ; L'air mugit , le jour fuit , une épaisse vapeur Couvre d'un voile affreux les vagues en fureur; La foudre , éclairant seule une nuit si profonde , A sillons redoublés ouvré le ciel et l'onde , Et comme un tourbillon embrassant nos vaisseaux , Semble en source de feu bouillonner sur les eaux. Les vagues, quelquefois nous portant sur leurs cimeSi Nous font rouler après sous de vastes abtmes , Où les éclairs pressés pénétrant avec nous Dans des gouflfres de feux sembloient nous plonger tons. Le pilote efirayé , que la flamme environne , ' Aux rochers qu'il fiiyoit lui-même s'abandonne, A travers les écueils notre vaisseau poussé , Se brise , et nage enfin sur les eaux dispersé. Dieux ! que ne fis-je point , dans ce moment funeste, Poilr sauver Palamède , et pour sauver Oreste !

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