ACTE.|II, SCÈNE V
Trop exposer des jours qu'ont respectes les dieux? N'est-ce point trop compter sur une longue absence ^ Que d'oser s'y montrer avec tant d'assurance?
PALAMEDE.
Mon fils, j'ai tout prévu ^ calmez ce vain effit>i: C'est à mes ennemis à trembler, non à moi.
Eh! comment en ces lieux craindrois-je de paroitre^ Moi que 'd'abord Arcas a paru méconnoître, Moi que devance ici le bruit de mon trépas.
Moi dont enfin le ciel semble guider les pas? D'ailleurs, un sang si cher m'appelle à sa défense. Que tout cède en mon cœur au soin de sa vengeance. La sœur d'Oreste, en proie à ses persécuteurs. Doit, ce jour, éprouver le comble des hcnreurs. Je viens, contre un tyran prêt à tout entreprendre, Reconnoître les lieux où je veux le surprendre. Puisqu'il faut l'immoler ou périr cette nuit. Qu'importe à mes desseins le péril qui me suit? Mon fils, si même ardeur eût guidé votre audace. Vous n'auriez pas pour moi ce souci qui vous glace. Comment dois-je expliquer vos regards interdits? Je ne trouve partout que des cceurs attiédis. Que des amis troublés , sans force et sans cxmrstge, Accoutumés au joug d'un honteux esclavage. •*
Par ma présence «i vain j'ai cru les rassembler ; Un guerrier les retient, et les fait tous trembler. Mais moi, seul au-dessus d'une crainte si vaine. Je prétend» immoW ce guerrier à mta Inine; * C'est par là que je yeux signaler noiCMi retour. Un défenseur d'Égisthe est indigne du. jour.
356 ÉLECTRp.
Parlez, connoissez-yous ce guerrier redoutable, Pour le tyran d'Argos rempart impénétrable?
Pourquoi sous vos efforts n'a-t-il pas succombé ? Parlez, mon fils; qui peut vous l'avoir dérobé? Votre haute valeur, .désormais ralentie.
Pour lui seul aujourd'hui s'est-elle démentie? Vous rougissez, Tydée! Ah! quel est mon effroi ! Je vous l'ordonne enfin, parlez, répondez-moi : D'un désordre si grand que faut-il que j^ pense ?
TYDÉE
Ne pénétrez-vous point un si triste silence?
PALAMEDE.
Qu entends-je? quel soupçon vient s'offrir à mon cœur!
Quoi! mon fils.... Dieux puissants, laissez-moi mon erreur,
Ah! Tydée, est-ce vous qui prenez la défense
De l'indigne ennemi que poursuit ma vengeance?
Puis-je croire qu'un fils ait prolongé les jours
Du cruel qui des miens cherche à trancher le cours?
Falloit-il vous revoir, pour vous voir si coupable ?
TYDÉE
N'irritez point, seigneur, la douleur qui m'accable. Votre vertu, toujours constante en ses projets. Ne fait que redoubler l'horreur de mes forfaits. 11 suffit qu'à vos yeux la honte m'en punisse; Jïe m'en souhaitez pas un plus cruel supplice. D'un malheureux amour ayez pitié , seigneur : Le ciel , qui m'en punit avec tant de rigueur , Sait les tourments affreux où mon âme est en proie. ' Mais vainemeijit sur imoi son courroux se déploie;