‹ Œuvres de Crébillon (volume 2)Chapitre 21 sur 287 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

Avant qu'un sang si ^er eût arrosé la terre , Le ciel avoit déjà fait groiïder son tonnerre. Ainsi , pour vous venget^ n'attendez rien cfes dieux , Si ce n'est dé TÀrtiour , qui peiit tout par vos yeux. Que 1er courroux du ciel de cent villes fameuses Fasse de longs déserts, des retraites affreuses; Que les onibres du Styx habitent ce séjour j Tout vous vengera moinsf qu'un téméraire amoiu*. Seul il a pu remplir vos vœux et votre attente : Je défis votre père , il vocrs livre Iddmsdï|e; Lorsque vous imploriez les traits d'un dieu vengeur, Tous les traits de l'Amour vous vengeoient dam mon cœur.

Quoi ! seigneur, vous m'aimez? ^

Jaiiiât^l'amou^', tnsidame, Dans le cœur des htimains n'alluma plus de flamme. Sans espoir, dans vos fers totijofurs pk» engagé..^.

lÉRixèiyr.

O mon père ! ton sang va éotic è€t^ tetïgé l

IDAMAWTE.

Si l'amour prè^ dé vous peut expier un crimes Je rends grâce à l'Amoui* du choix de la vicitime : Heureux même à ce prix que vous daigniez souffrir Les vœux qu'un tendre cœur brùloit de vous offrir î Je sais trop que vos pleurs condamnfent ma tendresse; Au sang que vous pleurer , hélas î tout m'intéresse.

iaixèiYS.

Que m'importent, cruel, les vains r^rets du cœur. Après que votre main a servi sa fiireur?

IDAMANT^

J'ai suivi mon devoir, madame; et sa défaite

Importoit à mes soins , importoit à la Crète.

La sûreté du prince ordonna ce trépas;

Et, pour comble de maux, j'ignorois vos appas.

Mérion a rendu sa perte légitime ;

Sa mort , sans mon amour, ne seroit pas un crime.

ERIXENE.

C'est-à-dire, seigneur, qu'il mérita son sort?

Sans voidoir démêler les causes de sa mort.

Si de ces tristes lieux le funeste héritage

Du superbe Minos dut être le partage ;

Si mon pèrC) sorti du sang de tant de rois,

D'Idoménée enfin a du subir les lois ;

Quel espoir a nourri cet amour qui m'outrage?

Et pourquoi m'en offrir un imprudent hommage?

Vainqueur de Mérion , fils de son assassin ,

La source de mes pleurs s'ouvrit par votre main :

Est-ce pour les tarir que vos feux se déclarent?

Songez-vous que ces pleurs pour jamais nous séparent?

Sous le poids de vos fers , je n'arrive en ces lieux

Que pour y recevoir les plus tristes adieux.

Mérion expiroit ; sa tremblante paupière

A peine lui laissoit un reste de lumière ;

Son sang coidoit encore , et couloit par vos coups :

Barbare î en cet état me parloit-il pour vous?

Qu'il m'est doux de vous voir brûler pour Érixène!

Conservez votre amour , il servira ma haine.

Adieu, seigneur : c'est trop vous permettre un discours

Dont ma seide vengeance a dû souflfrir le cours.

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