ACTE V, SCÈNE Y
Va le voir expirer dans les bras dlsménie ; Va partager le. prix de votre perfidie.
ARSAM£.
Quoi î seigneur, il est mort ! Après ce coup affreux , Frappez, n'épargnez plus votre fils malheureux.
(à part,) . ^ ^
Dieux , ne me rendiez-vous nion déplorable frère Que pour le voir périr par Jes mains de mon père ? Mitrane, soutiens-moi.
FHAAASMÀNE.
D'où vient donc que son cœur Est si touché du sort d'un cruel ravisseur ?
Le Romain dont ce fer vient de trancher la vie , Si j'en crois ses discours, fut l'époux d'Isménie; Et cependant mon fils, charmé de ses appas.
Quand son rival périt , gémit de son trépas ! . Qui peut lui rendre encor cette perte-si chère ? Des larmes de mon fils quel est donc le mystère ? Mais moi-même, d'où vient qu'après tant de fureur Je me sens malgré moi partager sa douleur?
Par quel charme , malgré le courroux qui m'enflamme, La pitié s'ouvre-t-elle un chemin dans mon âme? Quelle plaintive voix trouble en secret mes sens. Et peut former en moi de si tristes accents ? D'où vient^e je frissonne? et quel est donc mon crime? Me serois-je mépris au choix de la victime ?
Ou le sang des Romains est-il si précieux Qu'on n'en puisse ^rser sans offenser les dieux ? Par mon ambition , d'illustres destinées , Sans pitié, sans regret; ont été ternainées ;
354 RHADÀMISTHE ET ZÉNOBIE.
Et lorsque je punis qui m'avoit outragé , Mon foible cœur craint-il de s'être trop vengé? D'où peut naître le trouble où son trépas me jette ? Je ne sais; mais sa mort m'alarme el m'inquiète* Quand j'ai versé le sang de ce 'fier ennemi , Tout le mien s'est ému , j'ai tremblé^ jai frémi. Il m'a même paru que ce Romain terrible.
Devenu tout à coup à sa perte insensible , Avare de mon sang quand je versois le sien , Aux dépens de ses jours s'est abstenu du mien. Je rappelle en tremblant ce que m'a dit Arsame. Édaircissez le trouble où vous jetez rnon âme , Écoute^^noi, taon fils , et reprenez vos sens.
ARSAMC.
Que vous servent, hélas ! ces regrets impuissants? Puissiez-vous, à jamais ignorant ce mystère.
Oublier avec lui de qui vous fûtes père !
PHARASMANE.
Ah ! c'est trop m'alarmer; expliquez-vous, mon fils. De quel effroi nouveau frappez-vous mes esprits? Mais pour le redoubler dans mon âme éperdue , Dieux puissants, quel objet offrez-vous à ma vue !
ACTirv^ SCENE VI. 355