TREE
Où sont nies ennemis? Ciel ! que viens-je d'entendre? Thyeste est dans ces lieux, et l'on peut s'y méprendre! Vous deviez l'immoler à mon ressentiment :
Voijà mon ennenû , voilà votre serment.
PI4ISTHENE.
Quelle que soit la foi que je vous ai jurée , Taurois cru que la votre eût été plus sacrée j Qu'un fi'ère dans vos bras , à la face des dieux , M'eût assez acquitté d'un serment odieux.
D'un pareil souvenir ma vertu me dispense :
Je ne me souviens plus que de votre clémence. Mon devoir a ses droits ; mais ma gloire a les siens ; Et vos derniers serments m'ont dégagé des miens.
ATRIE
Sans vou^ir dégager un serment par un autre ,
Vqux-Iù que tous les deux nous remplissions le nôtre ?
Et tu verras bientôt , si j'explique le mien ,
Que ce dernier serment ajoute encore au tien.
' J'ai juré par lés cUeux , j'ai juré par Plisthène ,
Que ce jour ^i nous luit mettroit fin à ma haine.
17a ATHÉE ET THTESTE.
Fais conler tout le sang que j'exige de toi ; Ta main de mes serments aura rempli la foi.
Regarde qui de nous fait au oiel une injure^ Qui de nous deux enfin est ici' le parjure.
PLISTHÈNEW
Ah ! seigneur , puisse voir votre coeiir aujourd'hui Descendre à des détours si peu dignes de lui ? Non, par de feints serments je ne crois point qu'Atrée Ait pu braver des 9ieux la majesté sacrée.
Se jouer de la foi des crédules humains , Violer en un jour tous les droits les plus saints. Enchanté d'une paix si long-temps attendue, Je vous louois déjà de nous lavoir rendue; Et je m'applaudissois , dans des moments si doux , D'avoir pu d'un héros désarmer le courroux :
J'admiroi^ un grand cœur au milieu de l'offense , Qui , maître de punir , méprisoit la vengeance. Tbyeste est criminel ; voulez-vous l'être aussi ? . Sont-ce là vos serments ? pardonnez-vous ainsi ?
ATRÉE
Qui ? moi lui pardonner ! Les fières Euménîdes Du sang des malheureux sont cent fois moins avides, Et leur farouche aspect inspire moins d'horreur , Que Thyeste aujourd'hui n'en inspire à mon cœur. Quels que soient mes serments, trop de fUreur m'aaiime. Perfide , il te sied bien d'oser :m'en faire un crime ! Laisse là ces serments^; si j'ai pu les trahir, C'est au ciel d'iea.juger, à toi 'de m^obéir^ Dans un fils qui faisoit ma plus dière espëranee ^ Je ne vois qu'un ingrat qui trahit ma vengeance.
ACT«îtEI, SCÈNE m. 173
Plisthène e^tiiin héros , so» père est outragé ; Il a de la valcoir , ^jet ne* sim pas vengé ! Ah ! ne me force pdmt , dans ma fureur extrême , Que sais-je ? hélas I peut-être à t'immoler toi-même : Car enfin , puisqu'il £iut<ki sang à ma fureur , Malheun à qui trdbit le9 transports de mon cœur !
PLISTHÈNC.
Versez le sang d*uri fils, s'il peut vous satisfaire; Mais n'en attendez rien à sa vertu contraire. S'il faut voir votre affront par un crime effacé. Je ne me soiivietis plus qu'on vous ait offensé. Oui, seigneur; et ma main, loin d'être meurtrière, Défendra contre vous les jours de votre frère. Secondéi" vos fureurs , ce seroit vous trahir ; Votre gloire m'engage à vous désobéir.
ATRÉE
Enfin j'ouvre les yeux j ta lâcheté , perfide , Ne me fait que trop voir l'intérêt qui te guide ; Tu trahis pour Thyeste et les dieux et ta foi : Ce n'est pas d'ai^ourd'hui qu'il est connu de toi. Ose encor me jurer que pour Thépdamie Ton cœur ne brûle point d'une flamniç ennemie?
À^lt^ fi'^st là trahirmour devoir -et ma fei , Non ,, jaTiakai^oIx nû fut plus coupable que moi. Oui , seignew, il est vwi , ^ai princesse m'est chère : Jugez si c'est à laioitd'aisassiner son ipére. Vous connoissez le^ffeu-qui dévora mou seiii ; Et pour versçur son* aangt vous^ choisisses nu| main I
ATRSS.
Ce n'est pas la vertu , c'est donc l'amour, parjure. Qui te force au refu» de venger mon injure !
Voyons si cet amour, qui t'a feit me trahir, Servira maintenant à me faire obéir.
Tu n'auras pas en vain aimé Théodamîe ; Venge-moi dès ce jour, ou c'est fait de sa vie.
PLISTHENX.
Âh ! grands dieux !
ATREE.
Tu frémis ! Je t'en laisse le choix , Et te le laisse , ingrat , pour la dernière fois. .
PLiSTHèNE.
Âh ! mon choix est tout fait dans ce moment funeste ; C'est mon sang qu'il vous faut , non le sang de Thyeste.
ATRÉE
Quand l'amour, de mon fils , semble avoir fait le sien, Il ne m'importe plus de son sang ou du tien.
Obéis cependant, achève ma vengeance.
L'instant fatal approche , et Thyeste s'avance : S'il n'est mort lorsque enfin je reverrài ces lieux. J'immole sans pitié ton amante à tes yeux.
Rappelle tes esprits : avec lui je te laisse. Au secours de ta main appelle ta princesse ; Le soin de la sauver doit exciter ton bras.
PLIStHBNE.
Quoi ! vous l'immol^iez ! Je ne vous quitle pas. Je crois voir dans Tliyeste un dieu qui m*épouvante. Ah ! seigneur I