‹ Œuvres de CrébillonChapitre 117 sur 158 · ACTE I , SCENE VIII · texte numérisé non relu

ACTE I , SCENE VIII

JMEt Sentir entraîner dans Thorreur des ténèbres. Je suivais , malgré moi , de si lagabres cris. ; Je ne sais ^uels remords agitaient mes esprits. Mille fondres grondaient dans un épais nuage Qui semblait cependant céder à Ynon passage.

Sur mes pas chancelaus un gouffre s*est ouvert ; L'affreux séjour des morts à mes yeux s'est offert. A travers l'Achéron la malheureuse Electre , A grands pas, où j*étais semblait guider un spectre. Je fuyais ; il me suit. Ah Seigneur ! à ce nom Mon sang se glace : hélas ! c'était Agamemnon. « Arrête, mVt-il dit d'une voix. formidable; Voici de tes forfaits le terme redoutable:

Arrête , épouse indigue ; et frémis de ce sang Que le cruel Égisthe a tiré de mon flanc. »

Ce sang , qui ruisselait d'une large blessure , Semblait, en s'écoulant, pousser un long murmure. A l'instant j'ai cru voir aussi couler le mien : Mais, malheureuse ! à peine art-il touché le sien , Que j'en ai vu renattre un monstre impitoyable Qui m'a lancé d'abord un regard effroyable.

Deux fois le Styx , frappé par ses mugissemens, A long temps répondu par ^cs gémissemens. Vous êtes accouru : mais le monstre eu furie D'un seul coup à mes pieds vous a jeté sans vie , Et m'a ravi la mienne avec le même effort , Sans me donner le temps de sentir rotre mort*

ioxsTHK.

Je conçois la douleur où la crainte vous plonge.

Ui^ fmwage li «eir n'est ««pendant qa'oA Mng« Que le ioiBflMil prodnit et noiu offre an hasard t Où , bien plos qne les dienx » nos sens ontsonrent part. Ponrrais-je craindre nn songe à vos yeux si funeste. Moi qni ne compte plus d'antre enneaû qn*Oraete ? Au gré de sa fureur qu'il s*arn»e contre nous , Je saurai lui porter d'inéTÎtaMes coups.

Ma haine à trop haut prix yient de mettre sa tête. Pour redouter eneor les malheurs qu*il m*appr4te. C*est en raip que Samos la défend contre moi : Qu'elle tremble , à son tour, pour elle et pour son rei. Athènes désormais , de ses pertes lassée , Nous menace bien moins qu'elle n'est menaece ; £t4e roi de Corindie , épris plus qne jamais , Me demande aujourd'hui ma fille avec la paix. Quel que soit son pouvoir, quoi qn*il en ose attendre , Sans la tète d'Oreste il n'y faut point prétendre. D'ailleurs, pour cet hymen le ciel m*offre une main Dont j'attends pour moi-même un seeou replus certain. Ce héros , défenseur de toute ma famille , Est celui qu'en secret je destinée ma fille.

Ainsi je ne crains plus qu'Electre et sa fierté , Ses reproches , ses p)#urs , sa fatale beauté , Les transports de mon fils : mais , s'il peut la contraindra A recoToir sa foi , je n'aurai rien à craindre ; Et la main que prétend employer mou courroux Mettra bientôt le comble à mes vieux les plus doux. Mais ma fille parait. Madame , je tous laisse , Et je vais travailler au repos de la Grèce.

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