ACTE ï , SCENE III. io
Il*e8t plas ^*aîi titre 'Tain pour ce roi malheureux. Songez que rien ue peut mieux remplir votre envie Que le barbare soin de prolonger sa vie.
Accablé des malheurs qu*îl éprouve aujourd'hui , Le laisser vivre encor, c*e^ se venger de lui.
Que je l'épargne , moi ! lassé de le poursuivre ,
Pour me venger de lui que je le laisse vivre !
Ah ! quels que soient les maux queThyeste ait soufferts ^ /
Il n*aura contre moi d'asile qu'aux enfers :
Mon implacable cœur Vj poursuivrait encore ,
S'il pouvait s'j venger d'un trattre que j'abhorre.
Après l'indigne affront que m'a fait son amour.
Je serai sans honneur tant qu'il verra le jour.
Un ennemi qui peut pardonner une offense ,
Ou manque de courage , ou manque de puissance.
Rien ne peut arrêter mes transports furieux :
Je voudrais me venger, fût-ce même des dieux.
Du plus puissant de tous j'ai reçu la naissance ;
Je le sens au plaisir que me fait la vengeance ,
Enfin mon cceur se plaît dans cette inimitié ;
Et s'il a des vertus , ce n'est pas la pitié.
JXe m'oppose donc plus un sang que je déteste ;
Ma raison m'abandonne au seul nom de Thjéste :
Instruit par ses fureurs à ne rien ménager,
Dans les flots de son sang Je voudrais le plonger.
Qu'il n'accuse que lui du malheur qui l'accable;
Le sang qui nous unit me rend-il seul coupable ?
D'un criminel âtoonr le perfide enivré
io6 ATRÊE ET THYESTE.
À-t*il en quelque égard pour un nœud si Mcré ? Mon cœur, qui sans pitié lui déclare la guérite , Ne cherche à le punir qu*au défaut du tonnerre.
EUaiSTHèNE.
Depuis vingt ans entiers ce courroux afFaibli Semblait pourtant laisser Thyeste dans Toubli.
ATREE.
^ \ Dis plutôt qu*à punir mon ame ingénieuse I Méditait dès ce temps une vengeance affreuse :
Je n'épargnais l'ingrat que pour mieux Taccabler : i Cest un projet enfin à te faire trembler.
Instruit des noirs transports où mon ame est livrée. Lis mieux dans le secret et dans le cœur d*Atrëe : Je ne veux découvrir Tun et l'autre qu'à toi ; Et je te les cachais , sans soupçonner ta foi. Écoute. II te souvient de ce triste h3rménée Qui d'AErope à mon sort unit la destinée :
Cet hymen me mettait au comble de mes vœux ; Mais à peine aux autels j'en eus formé les nœuds , Qu'à ces mêmes autels , et par la main d'un frère , Je me vis enlever une épouse si chère.
Tes yeux furent témoins des transports de mon cœur : À peine mon amour égalait ma fureur ; Jamais amant trahi ne l'a plus signalée.
Mycèues , tu le sais , sans pitié désolée , Par le fer et le feu vit déchirer son sein ; Mon ainour outragé me rendit inhumain.
Enfin , par ma valeur AErope recouvrée , Après un an , revint entre les mains d'Atrée.