SUR L'ASSASSINAT DE LEPELLETIER
CONVENTION. — Séance du 21 Janvier 1793
Ce qui honore le plus les Français, c'est que dans des moments de vengeance, le peuple ait surtout respecté ses représentants. Que deviendrions-nous, si, au milieu des doutes que Ton jette sur une partie de cette assemblée, Fbomme qui a péri victime des assassins n'était pas un patriote! Lepelletier, ta mort servira la République; je Tenvie, ta mort. Vous demandez pour lui les honneurs du Panthéon; mais il a déjà recueilli les palmes du martyre de la Liberté. Le moyen d'honorer sa mémoire, c'est de jurer que nous ne nous quitterons pas sans avoir donné une Constitution à la République. Qu'il me sera doux de vous prouver que je suis étranger à toutes les passions l
Je ne suis point l'accusateur de Pétion; à mon sens il eut des torts. Pétion peut avoir été faible ; mais, je Tavoue avec douleur, bientôt la France ne saura plus sur qui reposer sa confiance. Quant aux attentats dont nous avons tous gémi, Ton aurait dû vous dire clairement que nulle puisssance n'aurait pu les arrêter Us étaient la suite de cette rage révolutionnaire qui animait tous les esprits. Les hommes qni connaissent le mieux ces événements terribles, furent convaincus que ces actes étaient la suite nécessaire de la fureur d'un peuple qui n'avait jamais obtenu justice» J'adjure tous ceux qui me connaissent de dire si je suis un ûuveur de sang, si je n'ai pas employé tous les moyens de
conserver la paix dans le conseil exécutif. Je prends à témoin Brissot lui-môme. N'ai-je pas montré une extrême déférence pour un vieillard dont le caractère est opiniâtre, 3t qui aurait dû au contraire épuiser tous les moyens de douceur pour rétablir le calme? Roland, dont je n'accuse pas les intentions, répute scélérats tous ceux qui ne partagent pas ses opinions. Je demande pour le bien de la République qu'il ne soit plus ministre; je désire le salut public, vous ne pouvez suspecter mes intentions. Roland ayant craint d'être frappé d'un mandat dans des temps trop fameux, voit partout des complots; il s'imagine que Paris veut s'attribuer une espèce d'autorité sur le» autres communes. C'est là sa grande erreur. Il a concouru à animer les départements contre Paris qui est la ville de tous. On a demandé une force départementale pour environner la Convention. Eh Men, cette garde n'aura pas ptes tôt séjourné dans Paris, qu'elle y prendra l'écrit du peuple. En doutez- vous maintenant? Je puis attester aan» aerimonie que j'ai acquis la conviction que Roland a fait circuler des écrits qui disent que Paris veut dominer la Républifoe.
Quant aux visites domiciliaires, je m'oppose à cette mesure dans son plein, dans un moment où la n^um s'élève avec force contre le bill rendu contre les étrangers; mais il vous faut un comité de sûreté générale qui jouisse de la plénitude de votre confiance; lersqae les <ieHX tiers des membres de ce conseil ti«idrant les filsd'ua coai^ot, qu'ils puissent se faire ouvrir les maisons.
Maintenant que le tyraa n'est plus, tournons toute notre énergie, toutes nos agitations vers la gueire. Faisons la guerre à l'Europe. Il faut pour épargi^r les sueurs et le sang de nos concitoyens, développer la prodigalité nationale. Vos armées ont fait des prodiges dans un moment dépiora- We, que ne feront-elles pas quand elles seront bien secondées? Chacun de nos soldats croit qu'il vaut deux cents esclaves. Si on leur disait d'aller à Vienne, ils iraient à
Vienne ou à la mort. Citoyens, prenez les rênes d'une grande nation, élevez-vous à sa hauteur, organisez le ministère, qu'il soit immédiatement nommé par le peuple.
Un autre ministère est entre les mains d'un bon citoyen, mais il passe ses forces ; je ne demande pas qu'on le ravisse à ses fonctions, mais qu'elles soient partagées.
Quant à moi, je ne suis pas fait pour venger des passions personnelles, je n'ai que celle de mourir pour mon pays; je voudrais, au prix de mon saug, rendre à la patrie le défenseur qu'elle a perdu.