Découverte de la polariMition elipomatique par
u — Les phénomènes de la polarisation chromatique ont été découverts par Arago en 1811, et communiqués par lui à l'Académie des sciences le 1 1 août de la même année ^^\
Dans l'expérience qui donna lieu à cette découverte, Arago regardait le ciel, par un temps serein, à travers un prisme de spath d'Islande : ayant par hasard placé une lame de mica en avant de ce prisme, il vit les deux images de la lame se teindre de couleurs Irès-vives. Comme il avait déjà eu occasion de remarquer que la lumière bleue du ciel est ordinairement polarisée, et qu'il n'obtint aucun effet avec la lumière diffuse des nuées, il fut naturellement conduit k attribuer les colorations qu'il avait observées à la polarisation de la lumière incidente. Il réussit en effet à reproduire ces colorations en faisant tomber sur la lame de mica des rayons de lumière polarisés par un procédé quelconque.
^'^ Mémoire sur une modiGcation reiiinrquaMo (|uVproiiveiit les rayuiis lumineux dans leur passage à travers cerlains corps. (Métn. de la prem. clasne de Vïnst.y XII, 98. — Œuvre* complètes^ I. \, p. 36.)
/i:2 POLAHISATIO.N CHHOMATIQUE.
La meilleure manière de répéter celle expérience fondamentale consisle ti faire lomber un faisceau de lumière polarisée sur un analyseur biréfringenl disposé de façon à éleindre complélement l'une des deux images : si alors on interpose sur le trajet du rayon polarisé avant son entrée dans l'analyseur une lame mince cristallisée, on voit l'image qui était éteinte reparaître en se colorant; l'autre image se colore aussi, et, si les deux images empiètent l'une sur l'autre, la partie commune est toujours blanche, ce qui prouve que leurs teintes sont complémentaires. La réapparition de l'image éteinte et sa coloration semblent indiquer que pour certaines couleurs la lame cristallisée détruit la polarisation des rayons incidents; de là le nom de dépolarisation donné au phénomène par Arago.
En faisant varier les conditions de l'expérience, Arago constata les faits suivants, consignés dans plusieurs mémoires lus à l'Académie des sciences dans le courant de l'année 1812^^^ :
1° Pour que les colorations se montrent, il est indispensable que la lumière soit polarisée avant son passage dans la lame cristallisée; la lumière naturelle ne produit aucun effet : on j)eut du reste em- ])loYer indiiréremment un polariscur quelconque, soit un prisme biréfringent, soit un miroir convenablement incliné, soit une pile de glaces.
2° Toute lame mince biréfrigente peut donner naissance aux colorations, mais elles n'apparaissent pas. du moins en général, lorsque la lame est formée d'un corps uuiréfringent. Arago conservait quelques doutes sur l'inefficacité des corps uniréfringenls, car il avait vu les couleurs se produire avec une plaque de flint-glass. Cette anomalie a|)parenle s'explique aujourd'hui par les phénomènes de la double réfraction accidentelle.
3" Il n'est pas nécessaire que fanalNseur sur lequel les rayons sont reçus au sortir de la lame soit un prisme biréfringent ; on ])eut employer tout aussi bien un miroir convenablement incliné, une pile de glaces, en un mot un appareil cpielronque exerçant une nrlion polarisante.
^'' MomoiiPs sur pliisioiir*. iininfaux p|i<''iinm<^nrs (roplifjiio ( ŒHtrrs mmpfrlrs , |. \, p. J^r», ç)R).
4" Lorsque l'analyseur est biréfringent, les deux images sont toujours teintes de couleurs complémentaires.
5** Les colorations de ces deux images varient lorsqu'on fait varier l'inclinaison de la lame cristallisée par rapport aux rayons incidents.
G*' Lorsqu'on fait tourner la lame cristallisée dans son plan, on trouve certaines positions pour lesquelles les deux images sont blanches ; on arrive au même résultat en laissant la lame immobile et en faisant tourner la section principale de l'analyseur. Pour certaines positions de cette section principale par rapport au plan primitif de polarisation, l'une des deux images incolores peut s'éteindre, ce qui annonce que la dépolarisation est nulle.
7° Les teintes des images dépendent de l'épaisseur de la lame et aussi de la direction suivant laquelle elle a été taillée dans le cristal. Lorsque la lame a atteint une certaine épaisseur, les colorations disparaissent : elles ne se montrent pas non plus avec des lames extrêmement minces.
Ce dernier résultat frappa vivement Arago et l'amena à penser que les corps biréfringents sont constitués par un assemblage de lamelles uniréfringentes, séparées par des intervalles vides ou remplis d'air, et à assimiler le phénomène de la production des couleurs par les lames cristallisées aux anneaux colorés des plaques minces, étudiés par Newton.
On voit, en résumé, que Irois conditions sont nécessaires pour l'apparition des couleurs :
1° La polarisation de la lumière incidente;
9° L'interposition d'une lame mince biréfringente sur le trajet de cette lumière;
3° L'action d'un analyseur sur la lumière au sortir de la lame.
Nous pouvons remarquer dès à présent qu'il n'est pas indispensable que le polariseur et l'analyseur qui agissent sur la lumière avant et après son passage dans la lame cristallisée soient des appareils capables de polariser complètement la lumière incidente^ jl suffit qu'ils agissent d'une manière différente sur deux rayons polarisés dans des plans rectangulaires; mais, plus la polarisation résultant de l'action du polariseur ou do l'analvsrur est iricoinplèfe, plus les teintes des imagos son! lavoos do blanc.
hU POLARISATION CHROMATIQUE.
En se servant d'une lame de quartz taillée perpendiculairement à Taxe, Arago observa des phénomènes particuliers qui le conduisirent à la découverte de la polarisation rotatoire. Nous laisserons de côté, pour le moment, ces phénomènes, et nous supposerons, dans tout ce qui va suivre, que les lames cristallisées sur lesquelles tombe la lumière polarisée ne soient pas taillées dans du quartz ou dans un cristal présentant des propriétés analogues.
MU, liols •xpériineiitales établies par Blot* — Les phénomènes de la polarisation chromatique furent étudiés avec le plus grand soin, immédiatement après la publication de la découverte d'Arago, par Biot, qui réussit à en établir les lois expérimentales au moyen d'un grand nombre de recherches, pendant les années 1812, t8i3eti8i4,et qui essaya d'en donner une explication dans l'hypothèse de l'émission ^^K
Nous allons faire connaître les lois trouvées par Biot et auxquelles toute théorie de la polarisation chromatique doit satisfaire.
i** Constance des couleurs. — Lorsqu'on fait tomber normalement sur une lame cristallisée et biréfringente un faisceau de lumière polarisée et qu'on soumet la lumière, au sortir de la lame, à l'action d'un analyseur biréfringent, on obtient deux images teintes de couleurs complémentaires. Pour une même lame, quelles que soient les positions de la section principale de la lame mince et de celle de l'analyseur par rapport au plan de polarisation primitif, les teintes des deux images restent toujours les mêmes; lorsqu'on fait tourner la lame cristallisée ou l'analyseur, ces teintes ne font que varier d'intensité en se lavant plus ou moins de blanc et s'échanger l'une contre l'autre en passant par le blanc, sans qu'il apparaisse jamais de nouvelles teintes. Ainsi, si l'une des images est rouge et l'autre verte, on ne verra jamais que du rouge et du vert; mais chacune des images pourra être rouge ou verte suivant la position de la lame mince et de l'analyseur, et le passage de l'une des
('^ Mém, de laprem.clasiedeVIntt.^i. XIl, p. i35; t. XIII, impartie, p. i; a' partie, p. i,3i. — Mém.deVAcad.des 8c.,LUy,^, 177. — A/^w. </M rrtipi/, III, iSa. — Recherchée expé'imentalfs et mathémaliqurs nur !px mouvement» des molécule» de la lumière autour de leur» rentre» de frravité, Paris, 1 8 j A.
teintes à l'autre s'effectuera par rintermédiaire du blanc. (Cette loi n'est vraie que pour les cristaux qui ne sont pas doués d'un pouvoir rotatoire; ainsi elle ne serait pas applicable à une lame de quartz perpendiculaire à l'axe.)
2** Images incolores. — Les deux images sont incolores lorsque la section principale de la lame mince est parallèle ou perpendiculaire au plan de polarisation primitif, et aussi lorsque la section principale de l'analyseur est parallèle ou perpendiculaire à celle de la lame mince.
II existe donc en général quatre positions de la lame mince et de l'analyseur par rapport au plan de polarisation primitif pour lesquelles les deux images ne sont pas colorées. Si la section principale de Fanalyseur est parallèle ou perpendiculaire au plan de polarisation primitif, ces quatre positions se réduisent à deux; dans chacune de ces deux positions l'une des images disparait et l'image ' unique qui subsiste est blanche.
Si, la section principale de la lame mince étant parallèle ou perpendiculaire au plan de polarisation primitif^ la section principale de l'analyseur fait un angle de 45 degrés avec ce même plan, les deux images blanches ont même intensité.
3° Influence de répaisseur. — Si l'on fait varier l'épaisseur de la lame cristallisée^ sans changer ni la direction suivant laquelle la lame est taillée dans le cristal, ni les positions de l'analyseur et de la section principale de la lame par rapport au plan de polarisation primitif, les teintes des deux images se modifient suivant les mêmes lois que celles des anneaux colorés de Newton, c'est-à-dire que les épaisseurs des lames cristallisées qui donnent naissance aux différentes teintes sont proportionnelles à celles des lames d'air qui produisent les mêmes teintes par réflexion ou par transmission.
Si la section principale de Tanalyseur fait un angle de 90 degrés avec le plan de polarisation primitif, et la section principale de la lame cristallisée un angle de 45 degrés avec le même plan, les teintes de l'image ordinaire correspondent aux couleurs des anneaux vus par transmission, et celles de l'image extraordinaire aux couleurs des anneaux vus par réflexion.
Il rsl à remarquer d'ailleurs que l'épaisseur de la lame cristal-
/iO POLABISATION CHKOMATIQLi:.
lisëe (|ui donne une certaine teinte est tonjours beaucou|) nlus considérable que celle de la lame d'air ^jui produirait la même teinte : pour le mica, le rapport des deux épaisseurs est celui de tilio h i; pour le spath d'Islande, celui de i 3 à i ; en général, ce rapport est d'autant plus grand que la lame est moins biréfringente.
Le premier procédé dont (it usage Biot pour étudier rinfluence de l'épaisseur est assez singulier, en ce que la lame cristallisée sert à la fois de |)olariseur et de lame mince. Il plaçait sur un drap noir un grand nombre de lamelles de mica dVpaisseurs différentes et faisait tomber sur ces lamelles im faisceau de rayons solaires sous une incidence égale à l'angle de polarisation totale : il observait à l'aide d'un analyseur biréfringent la lumière réfléchie par les lames et obtenait ainsi des images colorées.
Dans cette expérience, les rayons incidents, en pénétrant dans la lame cristallisée, se polarisent en partie dans un plan perpendiculaire au plan d'incidence. A la seconde surface de la lame les rayons ainsi polarisés ne peuvent (^trc réfléchis, puisque l'angle d'incidenc(î est égal à l'angle de polarisation totale; mais les rayons qui ont échappé à la polarisation par réfraction se réfléchissent sur cette surface en se polarisant totalement dans le plan d'incidence, traversent la lame cristallisée à l'état de rayons polarisés et émergent à la première surface : ce sont ces rayons qui, soumis à l'action de l'analyseur, donnent les images colorées. Quant aux rayons qui ont été réfléchis à la première surface de la lame, ils sont totalement polarisés dans le plan d'incidence et on peut les éliminer complètement en disposant la section principale de l'analyseur parallèlement au plan d'incidence et en n'observant que l'image extraordinaire : d'ailleurs ces rayons ne sont jamais colorés et, dans tous les cas, ils ne peuvent que laver de blanc les teintes des images sans en changer la nature.
L'avantage de cette méthode est de placer dans le champ visuel un grand nombre de lames d'épaisseurs difl*érentes et de faciliter ainsi la comparaison des teintes qu'elles produisent avec celles des anneaux de Newton. Pour faire celte comparaison d'une manière exacte, il faut que les plus minces parmi les lames aient des épaisseurs sullisamment petites pour donner les couleurs des [)remiers
LOIS E\PER[HENTALKS KT PIIISCIPES DE l-A THEORIE. /i7 aiiiieauv. Dans les expériences de Bîol, les épaisseurs des lames étaient mesurées au spliéromèlre.
Au lieu d'em|)loj'er un jjrand nombre de lames d'épai-sseurs différentes, il suffit d'avoir une lame unique d'épaisseur fégulièreracnt variable. Le moyen le plus simple pour se procurer une pareille lame consiste à tailler dans le cristal un prisme rectangulaire et à diviser ce prisme en deux prismes triangulaires à l'aide d'un pian passant par deux aréles opposées. Si ces deux prismes triangulaires ABC, DFjV (lig. i) sont montés sur deux supports indépendants et peuvent glisser l'un sur l'autre, ils forment, en se superjiosant, une
lame dont l'épaisseur est constante dans loule son étendue, et, en faisant mouvoir les deux prismes, on peut à volonté augmenter on diminuer l'épaisseur de cette partie commune (fig. q). Comme il faut toujours conserver un certain cbamp, il est im|)ossible, quand on se sert de ce procédé, de donner ii la lame une épaisseur evlrémement petite, même lorsque le biseau formé par chacun des prismes est très-aigu.
Si l'épaisseur de la lame cristallisée dépasse une certaine limite, les phénomènes de coloration finissent par disparaître complètement : une lame épaisse transforme le faisceau de lumière polarisée qui l;i traverse en deux faisceaux polarisés l'un dans le plan de la section principale* et l'autre dans un plan perpendiculaire. Si l'épaisseur de la lame n'est pas assez considérable pour séparer oiitièremenl ces deux faisceaux polarisés à angle droit, ils oITfironl dans leur partie commune, en supposant leurs intensités égales, c'est-à-dire la section principale de la lame rrîstallisée faisant nn angle de lia degrés avec le plan de polarisation primitif, des propriétés analogues à relies de la lumière naturelle , et celte partie commune donnera dans l'ana-
lyseur deux images blanches de même intensité : tout se passera donc dans ce cas comme si la lame dépolarisait entièrement la lumière incidente. Ces phénomènes ont fait croire à Biot que le mode d'action des lames cristallisées épaisses sur la lumière polarisée diffère essentiellement de celui des lames minces.
L'épaisseur qu'on doit donner à la lame pour faire disparaître les colorations est d'ailleurs d'autiint moins considérable que la lame est plus biréfringente.
4** Influence de ïxnclinaison. — Lorsqu'on incline la lame cristallisée sur la direction des rayons incidents, les teintes des images se modifient, et l'effet équivaut suivant les cas à une augmentation ou à une diminution d'épaisseur. Si, par exemple, la lame est a un axe et taillée parallèlement à l'axe et qu'on la fasse tourner autour de l'axe en augmentant progressivement son inclinaison par rapport aux rayons incidents , les teintes montent , c'est-à-dire correspondent à des anneaux d'un ordre de plus en plus élevé , comme si l'épaisseur de la lame allait en augmentant. Si l'on fait tourner cette lame autour d'une droite perpendiculaire à l'axe , les teintes descendent à mesure que l'inclinaison augmente.
5° Injluence de la direction suivant laquelle la lame est taillée. — L'épaisseur restant constante ainsi que toutes les autres conditions de l'expérience, les leinles des images dépendent de la direction suivant laquelle la lame a été taillée dans le cristal. S'il s'agit d'un cristal à un axe, les teintes sont d'autant moins élevées, c'est-à-dire correspondent à des anneaux d'autant plus rapprochés du centre, que la lame se rapproche plus d'être perpendiculaire à l'axe. Lorsque la lame est exactement perpendiculaire à Taxe, les couleurs disparaissent complètement. On sait, en effet, qu'un cristal à un axe se comporte, vis-à-vis des rayons qui le traversent dans la direction de l'axe, comme un corps uniréfringent.
6° Superposition de deux lames cristallisées. — Si Ton superpose deux lames cristallisées de même nature, dont les sections principales sont parallèles ou perpendiculaires l'une à l'autre, elles agissent sur la lumière polarisée comme une lame unique ayant pour épaisseur la somme des épaisseurs des deux lames, si leurs sections principales sont parallèles; la différence de ces épaisseurs, si les sections
LOIS EXPÉRIMENTALES ET PRINCIPES DE LA THÉORIE. /i9
principales sont perpendiculaires l'une à l'autre. Dans ce dernier cas, on peut obtenir des couleurs avec des lames qui sont trop épaisses pour en donner lorsqu'elles agissent isolément, pourvu que la différence d'épaisseur des deux lames soit suffisamment petite, ce qui montre bien que, contrairement à l'opinion de Biol, il n'y a aucune différence spécifique entre les modes d'action des lames épaisses et des lames minces sur la lumière polarisée.
Si les deux lames sont de nature différente, il y a deux cas à distinguer : lorsque les cristaux dans lesquels les lames ont été taillées sont de même signe, c'est-à-dire tous deux attractifs ou tous deux répulsifs, les choses se passent comme avec deux lames de même nature: si au contraire ces cristaux sont de signes différents, c'est-àdire l'un attractif et l'autre répulsif, les deux lames agissent par la différence de leurs épaisseurs, quand leurs sections principales sont parallèles; par la somme de ces épaisseurs, quand ces sections principales sont croisées.
175. PolarlMitloii et dépolarisatlon par les lames minées eristalllsées. — De ce fait que les teintes des images dans l'analyseur varient suivant les mêmes lois que les couleurs des anneaux de Newton , lorsqu'on augmente progressivement l'épaisseur de la lame cristallisée , Biot déduisit des conséquences importantes relativement à l'état de polarisation ou de dépolarisation de la lumière au sortir de la lame. Supposons en effet que la section principale de l'analyseur fasse avec le plan de polarisation primitif un angle de 90 degrés, et que la section principale de la lame mince fasse avec le même plan un angle de &5 degrés : les teintes de l'image ordinaire correspondent alors aux couleurs des anneaux transmis, et celles de l'image extraordinaire aux couleurs des anneaux réfléchis. 11 est évident, d'ailleurs, que lorsqu'une couleur présente dans ces conditions son maximum d'éclat dans l'image extraordinaire et manque dans l'image ordinaire, c'est que les rayons de cette couleur sont polarisés dans le plan primitif; lorsqu'au contraire une couleur présente son maximum d'éclat dans l'image ordinaire et manque dans l'image extraordinaire, c'est que les rayons de celte couleur sont polarisés perpendiculairement au
VriOET, VI. — Optique , H. h
plan primitif; enfin, si une couleur offre la même intensité dans les deux images, les rayons de cette couleur sont entièrement dépolarisés par leur passage à travers la lame. Les couleurs de l'image extraordinaire variant comme celles des anneaux réfléchis, on voit que, toutes les fois que l'épaisseur de la lame sera un multiple entier d'une certaine épaisseur e qui varie suivant la couleur, les rayons d'une couleur déterminée seront polarisés dans le plan primitif; de même, les teintes de l'image ordinaire variant comme celles des anneaux transmis , les rayons de cette couleur seront polarisés perpendiculairement au plan primitif toutes les fois que l'épaisseur de
ia lame sera un multiple impair de -; enfin, quand cette épaisseur
«era un multiple impair de - » la couleur considérée aura la même
intensité dans les deux images, et, par suite, les rayons de cette couleur seront complètement dépolarisés.
Biot fut ainsi conduit à vérifier directement, en opérant avec de la lumière homogène, l'existence de ces alternatives de polarisation et de dépolarisation, et alors les résultats prirent une grande netteté. Pour énoncer ces résultats dans toute leur généralité, supposons que la section principale de la lame cristallisée fasse avec le plan de polarisation primitif un angle quelconque, et désignons cet angle par t; en faisant varier l'épaisseur de la lame on arrive alors aux conclusions suivantes :
t" Il existe une séçie d'épaisseurs pour lesquelles la lumière homogène au sortir de la lame est totalement polarisée dans le plan primitif, et ces épaisseurs sont toutes des multiples entiers d'une même épaisseur «^ qui dépend de la couleur de la lumière et qui va en diminuant à mesure que la réfrangibilité augmente.
3* Lorsque l'épaisseur de la lame est un multiple impair de 7 »
la lumière émergente est encore totalement polarisée, mais cette fois. dans un plan symétrique du plan de polarisation primitif par rapport à la section principale de la lame, ou, comme on dit pour abréger, dans l'azimut ai.
3* Lorsque l'épaisseur de la lame est égale à un multiple impair
de -^ et que de plus la section principale de la lame est à 45 de-
grés du pLm de polarisation immitif, la lumière au sortir de la lame ne semble conserver aucune trace de polarisation; car dans l'analyseur elle donne toujours deux images de même intensité, quelle que soit l'orientation de la section principale de cet analyseur. Ce n'est cependant pas de la lumière naturelle, car, d'après ce que nous avons dit sur l'effet produit par la superposition de deux lames ^ il suffira de faire passer cette lumière à travers une seconde lame
d*ëpaisseur égale à -pour la polariser totalement, soit dans le plan
primitif, soit dans l'azirnut ai, ce qui n'aurait pas lieu si l'on faisait tomber sur cette seconde lame de la lumière naturelle. Aussi Biot a-t-il donné à la lumière ainsi modifiée un nom spécial, celui de lumière totalement dépolarisée.
h"* Lorsque l'épaisseur de la lame n'est pas un multiple entier
de -n ou lorsque, cette épaisseur étant un multiple impair de -» la
section principale de la lame n'est pas à 45 degrés du plan primitif de polarisation, la lumière au sortir de la lame se comporte dans un analyseur comme de la lumière partiellement polarisée, c'est-àdire donne deux images dont les intensités sont inégales, mais ne peuvent dans aucun cas se réduire à zéro. Ce n'est cependant pas de la lumière partiellement polarisée , car» si on fait passer cette lumière au sortir de la première lame à travers une seconde lame dont l'épaisseur ajoutée à celle de la première donne une somme
égale à un multiple pair ou impair de —» elle se transforme en lumière totalement polarisée, ce qui n'arriverait pas si on faisait tomber sur la seconde lame de la lumière partiellement polarisée. Biot l'appelait lumière partiellement dépolarisée.
Biot, ayant remarqué que les alternatives de polarisation et de dépolarisation disparaissent lorsque l'épaisseur de la lame est un peu considérable, fut confirmé dans l'idée que les lames épaisses n'agissent pas sur la lumière polarisée de la même manière que les lames minces. Il y a là , comme nous le verrons plus loin , une erreur (|u'il faut attribuer à ce que la lumière dont il se servait était loin d'être complètement homogène, erreur du même genre que celle qui a fait croire à Fresnei qu'il ne peut y avoir interférence entre
deux rayons dès que la différence de marche s'élève à quelques centaines de longueurs d'ondulation.
176. Tliéorlc de la poliMrIsatlon mobile. — Dans la (hëorie de l'émission on esl obligé d'admettre, pour expliquer les phénomènes de polarisation, que les molécules lumineuses sont des polyèdres symétriques autour d'un axe qui est l'axe de polarisation; que dans un rayon de lumière naturelle les axes des molécules successives sont orientés de toutes les manières possibles, mais toujours perpendiculairement à la direction des rayons, et que dans un rayon totalement polarisé ces axes sont au contraire tous orientés dans le même plan.
Pour rendre compte des phénomènes de la polarisation chromatique, Biot imagina l'hypothèse connue sous le nom de th^nie Je In polarisation mobile. Il suppose que , lorsqu'un rayon de lumière polarisée pénètre dans un cristal biréfringent, les axes des molécules, avant de s'orienter d'une manière fixe dans le plan de la section principale et dans un plan perpendiculaire, commencent par affecter un mouvement oscillatoire entre leur position initiale et une position symétrique par rapport à la position définitive. Ainsi, en comptant les azimuts à partir du plan de polarisation primitif et en désignant par t l'angle que fait ce plan avec la section principale du cristal, les molécules du rayon ordinaire oscilleraient entre l'azimut zéro et l'azimut fàt, les molécules du rayon extraordinaire entre les azimuts zéro et 180®— qi.
Si l'on prend pour plan de figure (fig. 3 , p. 6 1) un plan perpendiculaire à la direction du rayon, et si PP' et SS'sonl les traces sur ce plan du plan de polarisation primitif et de la section principale de la lame, QQ' une droite symétrique de PP' par rapport à SS', les axes des molécules ordinaires oscilleraient, suivant la théorie de Biot, dans l'angle POQ, et ceux des molécules extraordinaires dans l'angle POQ'. Biot admet de plus que la période des oscillations reste constante pour les molécules d'une même couleur et change d'une couleur à l'autre, et qu'à une certaine profondeur ces oscillations s'arrêtent et font place à une répartition des axes de polarisation entre deux plans perpendiculaires l'un à Tautre.
Pour expliquer à l'aide de cette théorie les alternatives de polarisation et de dépoiarisation , Biot remarque que, si l'épaisseur de la lame est telle que les axes de polarisation exécutent, pendant le temps que met le rayon à traverser cette lame, un nombre entier d'oscillations, les axes de toutes les molécules sont dirigés dans le pian PF, et par suite le rayon est polarisé dans le plan primitif. Si l'épaisseur correspond à un nombre impair de demi -oscillalions, tous les axes de polarisation sont dirigés dans le plan QQ\ et le rayon émergent est polarisé dans l'azimut 9t. Si l'épaisseur correspond à un nombre impair de quarts d'oscillation , les axes sont dirigés les uns dans le plan de la section principale, les autres dans le pian perpendiculaire; si de plus l'angle t est égal à &5 degrés, les molécuies se répartissent également entre le rayon ordinaire et ie rayon extraordinaire, et il est facile de voir que la lumière, au sortir du cristal , doit alors se comporter dans un analyseur comme de la lumière naturelle. Pour toute autre épaisseur, les axes de polarisation sont, au sortir de la lame, répartis entre deux plans formant avec ie plan de polarisation primitif des angles qui sont entre eux dans ie rapport de ta ^o^' — i, et la lumière ainsi constituée doit présenter, lorsqu'elle est soumise à l'action de l'analyseur, les mêmes propriétés que la lumière partiellement polarisée. Quant à la coloration des images lorsqu'on opère avec la lumière blanche, elle ne présente aucune difficulté : la période des oscillations n'étant pas la même pour les rayons des différentes couleurs simples , ces rayons se trouvent, au sortir de la lame, dans des états différents de polarisation; les intensités de ces rayons dans chacune des images que donne l'analyseur ne doivent donc pas, en général, être proportionnelles à ce qu'elles sont dans la lumière blanche, d'où la coloration des images.
Le principal défaut de cette théorie, outre la complexité des hypothèses qu'elle nécessite, est de ne pas montrer comment se fait la transition entre l'état oscillatoire et l'état fixe, et pourquoi les oscillations, au lieu de diminuer graduellement d'amplitude lorsque l'épaisseur de la lame augmente, conservent une amplitude constante jusqu'à une certaine limite, pour s'arrêter ensuite brusquement.
5/k POLARISATION CHROMATIQUE.
177. Idées tliéoriques de Ifouns* — Young est le premier qui ait cherché à expliquer les phénomènes de la polarisation chromatique dans le système des ondulations et à les rattacher aux lois générales de l'interférence ^^^ En comparant les résultats numériques obtenus par Biot avec les épaisseurs des lames d'air qui transmettent les anneaux des différents ordres, il fit cette remarque capitale, que l'épaisseur d'une lame cristallisée et l'épaisseur d'une lame d'air qui transmettent la même couleur dans les expériences de polarisation chromatique et dans l'expérience des anneaux de Newton sont précisément telles, que la différence des durées de propagation du rayon ordinaire et du rayon extraordinaire dans la lame cristallisée soit égale à la différence des durées de propagation du rayon transmis directement par la lame d'air et du rayon transmis après deux réflexions intérieures. Cette remarque montre immédiatement pourquoi les épaisseurs des lames cristallisées sont beaucoup plus considérables que celles des lames d'air qui donnent les mêmes teintes, et aussi pourquoi l'épaisseur de la lame qui donne une certaine teinte est d'autant plus grande que cette lame est moins biréfringente. Young fut ainsi conduit à attribuer les phénomènes observés par Arago et par Biot à l'interférence du rayon ordinaire et du rayon extraordinaire qui prennent naissance dans la lame cristallisée : ces rayons, lorsque la lame est mince, suivent, il est vrai, des chemins à peu près identiques; mais, comme ils ont des vitesses différentes, ils présentent au sortir de la lame une différence de phase qui doit les rendre capables d'interférer si les lois ordinaires des interférences sont applicables à deux rayons polarisés dans des plans différents; de plus, cette différence de phase étant variable avec la couleur, les conditions d'interférence doivent aussi changer d'une couleur à l'autre, ce qui permet de rendre compte, jusqu'à un certain point, de la coloration des images dans l'analyseur.
Il manquait bien des choses, et Young le reconnaît lui-même, à cette généralisation pour constituer une véritable théorie. Pourquoi était-il nécessaire au développement des couleurs, dans ce modo particulier d'interférence, que les deux rayons fussent issus d'un rayon déjà polarisé et non d'un rayon naturel? Ponn|uoi les con-
^'^ Quartprhj Review, avril i8i/i.
leurs n'apparaissaienl-eiies qu'à la condition d'une seconde action polarisante consécutive au passage de la lumière dans la lame? Et lorsque celte action polarisante était le résultat d'une double réfraction, pourquoi apparaissait-il dans les deux faisceaux ainsi engendrés des couleurs complémentaires? A ces diverses questions le principe des interférences, tel que Young l'avait conçu et démonlro, n'apportait aucune réponse.