L-'ans le ciel pâlissant le jour venait de naître
Tout sommeillait encor : j'entr'ouvris ma fenêtre.
Un flot d'air frais et pur m'effleura doucement,
Et je vis s'éveiller cet Alger si charmant,
Sous son beau ciel, au bord de son golfe aux eaux calmes,
Près de moi, les dattiers, froissant leurs larges palmes.
Et les frêles bambous sur leurs tiges tremblants.
Frissonnaient; à deux pas, la mosquée aux murs blancs.
Avec son muezzin suspendu dans l'espace ;
Puis le duc d'Orléans, seul, veillant sur la place.
Et derrière le port et les phares éteints,
La mer, la vaste mer roulant ses flots lointains
Vers la France... Quel cadre unique ! et, pour le clore
Les sommets de l'Atlas, que rougissait l'aurore.
2y8 KAYUXS d'hiver
Tel est cet horizon sublime qu'un ciel pur S'apprêtait au zénith à couronner d'azur. Longtemps je contemplai les jeux de la lumière Qui sont l'enchantement de cette heure première; Et, tout en regardant le soleil se lever, Je me mis à penser — ou plutôt à rêver. Je me disais tout bas : Quel magnifique empire Que ce pays d'Afrique où le bonheur respire, Qui commence à Marseille au nord, et qui se perd Dans le monde inconnu des sables du désert! Et cet étrange Alger, ce vieux nid de pirates. Qui contient aujourd'hui deux mondes disparates, Où se mêlent sans choc deux peuples sans liens, Arabes et Français, musulmans et chrétiens ! Oui, cet empire est grand, jeune et plein d'espérance; C'est le plus beau fleuron de notre vieille France. Mais à qui devons-nous ce trésor d'avenir? Le présent n'est pas tout ; sachons nous souvenir ! A quoi sert d'être ingrats? L'ingratitude est vile. Sotte même, et provient au fond d'un cœur servile. Honneur à vous. Français! matelots et soldats. Princes et généraux, chefs des premiers combats ! Vous aussi, paysans qui veniez sur leurs traces. Et fécondiez ce sol de vos labeurs tenaces ! Longtemps vous avez cru tous ces eflForts trahis; Mais tous vous avez bien mérité du pays : Les vieux chefs, Cavaignac, Bugeaud, Lamoricière, Les jeunes d'Orléans et leur ardeur princière, Les soldats libérés qui se faisaient colons,