‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 2)Chapitre 42 sur 51 · ÉPOQUE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

ÉPOQUE PREMIÈRE

Dans la longue énumération que Tacite fait des peuples d'Allemagne, il s'est trompé sur le mot d' Ingcvoner, qui signifie habitants; et sur celui de Germanier, qui veut dire gens de guerre, que l'ignorance de la langue lui fait prendre pour des nations particulières : la quantité de ces guerriers dont l'Allemagne était remplie, lui donna le nom de Germanie.

Les premiers habitants de la Marche furent des Teutons, et après eux les Semnons, dont Tacite dit que c'étaient les plus nobles d'entre les Suèves.

Dans ces temps reculés, l'Allemagne était tout à fait barbare; les peuples, grossiers et à moitié sauvages, habitaient les forêts; de mauvaises cabanes leur servaient de demeiues; ils se mariaient jeunes, et peuplaient d'autant plus que les femmes étaient rarement stériles. La nation allait toujours en se multipliant; et

DES ANCIENS GERMAINS JUSQU'A HENRI I er . 217

comme les enfants se bornaient à cultiver les champs de leurs pères, au lieu de défricher des terres nouvelles, il s'ensuivait que ces petits héritages ne fournissant pas, dans les meilleures années mêmes, à l'entretien d'un peuple aussi nombreux, les obligeaient à s'expatrier pour trouver ailleurs leur subsistance : de lk ces glands débordements de barbares qui inondèrent les Gaules, l'Afrique et même l'empire romain.

Les Germains étaient chasseurs par nécessité, et guerriers par instinct; leur pauvreté rendait les guerres intestines qu'ils se faisaient, courtes, car l'intérêt ne s'en mêlait jamais. Leurs généraux, qui depuis devinrent leurs princes, s'appelaient Fiirsten, ce qui est une dérivation du mot de conducteur. Ils étaient renommés par leur taille haute, et pour avoir des corps robustes et endurcis aux travaux les plus pénibles. Leurs vertus principales étaient la valeur, et la fidélité avec laquelle ils observaient leurs engagements; ils célébraient ces vertus par des hymnes, qu'ils apprenaient à leurs enfants pour les transmettre à leur postérité.

Les auteurs latins rendent eux-mêmes un illustre témoignage à la valeur des Germains, en nous apprenant la défaite de Varus et de quelques autres chefs des minées romaines. Si l'on applaudit au courage d'une nation qui, toutes ehoses égales, est victorieuse d'une autre, combien plus ne doit -on pas admirer la bravoure de ces Germains qui, n'ayant pour eux que la confiance en leur propre force, et une inflexible opiniâtreté à ne point céder la victoire, triomphèrent de la discipline romaine, et de ces légions qui avaient à peine achevé de subjuguer la moitié du monde connu ?

Quoi qu'en aient dit la plupart des historiens, il n'en est pas moins vraisemblable que les Romains passèrent l'Elbe malgré les Suèves; car on a découvert auprès de Zossen,*» 2 dans un champ carré de huit cents pas, quantité d'urnes pleines de médailles de l'empereur Antoinn, de l'impératrice Faustiuc, et de quelques afliquets dont se paraient les dames romaines. Ce n'est pas assurément un champ de bataille, car les Suèves n'auraient pas enfoui sous terre l'argent de leurs ennemis, pour honorer leurs

5a A six milles de Berlin.

funérailles; on peut en conjecturer, ce me semble, avec certitude, que ce Heu servit de camp à quelques cohortes détachées, auxquelles les Romains avaient fait passer l'Elbe pour être avertis des mouvements et de l'approche des barbares.

Brandebourg est la plus ancienne ville de la Marche : les Annales <><* ILxent sa fondation à l'an du monde 3588,» ce qui serait 4i6 ans avant l'ère vulgaire. On dit qu'elle fut bâtie et reçut son nom du même Brennus qui saccagea Rome. On entrevoit, dans l'obscurité, les noms de quelques rois vandales, *»4 qui furent apparemment plus ambitieux et plus inquiets que les autres. On trouve de plus, dans les Annales, que Witikind, roi des Saxons, llcrmanfried , roi de Thuringc, et Richimirc, roi des Francs, s'allièrent, domptèrent les Semuons, et entourèrent les premiers de murailles ces villes conquises, pour contenu* le pays dans l'obéissance.

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