ANGLAISE
O miss! vous pensez donc à moi? Cet instrument d'agriculture Dont vos bontés m'ont fait l'envoi Désigne trop à quel emploi Vous allez mettre ma figure ; Tout autrement organisé, Par vos mains métamorphosé, Je m'en vais donc changer d'espèce.
Vous savez quelle fut Circé; Vous lûtes dans votre jeunesse De quel effroi parut glacé Le sage, le prudent Ulysse, Lorsque Circé, par artifice, Transforma tous ses courtisans En autant d'animaux broutants.
Dans votre généalogie Circé, dit -on, tient le haut bout; Et vous lui ressemblez en tout, Autant en beauté qu'en magie.
» Peut - cire nivladv (.hudlcigli. qui avait et* à Berlin en 17G.1.
9 a VERS POUR MADEMOISELLE SCHIDLEY.
Mais pourquoi voulez - vous sur moi Eprouver l'effet de vos charmes?
Vous savez que de bonne foi, Vous voyant, je rendis les armes.
Désormais leur pouvoir fatal Va charger ma tête chenue Du joug pesant de la charrue, Et me change en cet animal Dont le pas lourd trace avec peine Un léger sillon dans la plaine.
Certain Nahuchodonosor Eut autrefois un pareil sort; « Jupiter prit bien l'enveloppe D'un jeune et ravissant taureau Pour enlever la belle Europe.
Quand l'Amour leur ceint son bandeau , On a vu les nymphes, les belles, Vers les dieux faisant les cruelles, S'adoucir pour les animaux.
Ces traits ne nous sont pas nouveaux :
Léda soupira pour un cygne; L'or même fut l'amant indigne Qui triompha de Danaé ; Vous savez de Pasiphaé Le goût bizarre et le caprice ; Mais le sexe est plein de malice.
Si pour gagner votre faveur 11 faut passer par telle chose.
Je risque la métamorphose, Afin de fléchir votre cœur.
Quelle qu'enfin soit la figure Où vous voudrez me transformer.
Je la prendrai, je vous le jure, Si vous promettez de m'aimer.
» Voyez t. X, p. 71.
A VOLTAIRE
la fin des beaux jours dont vous fîtes l'histoire,» Si brillants pour les arts, où tout tendait au grand, Des Français un seul homme a soutenu la gloire. Il sut embrasser tout : son génie agissant A la fois remplaça Bossuet et Racine , Et maniant la lyre ainsi que le compas , D transmit les accords de la muse latine Qui du fils de Vénus célébra les combats.
De l'immortel Newton il saisit le génie , Fit connaître au Français ce qu'est l'attraction ; Il terrassa l'erreur, la superstition :
Ce grand homme lui seul vaut une académie.
• Ce* vers, du 6 décembre 177a, font allusion à ceux par lesquels mence la lettre de Voltaire an Roi, du 18 novembre de la même année.
A VOLTAIRE
Combien Thieriot* a desprit, Depuis que le trépas en a fait un squelette!
Mais lorsqu'il végétait dans ce monde maudit, Du Parnasse français composant la gazette,
Il n'eut ni gloire ni crédit.
Maintenant il parait, par les vers qu'il écrit, Un philosophe, un sage, autant qu'un grand poëte. Aux bords de l'Achéron, où son destin le jette,
Il a trouvé tous les talents
Qu'une fatalité bizarre Lui dénia toujours lorsqu'il en était temps, Pour les lui prodiguer au fin fond du Ténare. Enfin les trépassés et tous nos sots vivants Pourront donc aspirer à briller comme à plaire, S'ils sont assez adroits, avisés et prudents
De choisir pour leur secrétaire Virgile, Orphée, ou mieux Voltaire.
» Nicolas -Claude Thicriot, qui avait été depuis 1736 l'agent littéraire du Roi, mourut à Paris le a3 novembre 177a. C'est sous son nom que Voltaire composa une pièce en vingt -six vers qu'il intercala dans sa lettre à Frédéric, du aa décembre suivant. La réponse du Roi est du 3 janvier 1773. Voyez les Œuvres complètes de Voltaire, édit de Kehl, 1785, t, LXVI, p. 71 et 7a. Dans les Œuvres posthumes de Frédéric //. A Berlin, 1788, t. IX , p. 1 81 — 1 85, cette réponse du Roi est datée du a6 janvier 1773, et les dix -sept ver» destinés à servir d'introduction à la lettre y sont omis.
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A VOLTAIRE
Non, plus je ne veux à Paris
Avoir de courtier littéraire;
Je n'y vois plus ces beaux esprits
Dont nombre d'immortels écrits,
En m'instruisant, savaient me plaire.
Je ne veux de correspondants
Que sur les contins de la Suisse , Province qui jadis était très -fort novice
En arts, en esprit, en talents,
Mais qui contient des bons vieux temps
Le seul auteur qui me ravisse Par l'art harmonieux de modeler ses chants.
Ces Grecs, vos favoris, cherchèrent en Asie
Les sciences, la vérité; Platon jusqu'en Egypte avait même tenté
D'éclairer sa philosophie.
Désormais nos cantons, charmés de ses attraits, Sans chercher pour l'esprit des aliments dans l'Inde, Trouvent le dieu du goût comme le dieu du Pinde
Tous deux réunis dans Ferney.
Vous m'enverriez votre extrait baptistaire, que je n'en croirais pas davantage à votre curé.
On juge mal, on est déçu
En se fiant à l'apparence;
Je suis très -sûr et convaincu
A VOLTAIRE
Que Voltaire en secret a bu
De la fontaine de Jouvence.
Jamais aucun héros n'approcha de son sort, Immortel par sa vie ainsi qu'après sa mort.
A Potsdam, le 29 février 1773. (L'année 1773 n'était pas une année bissextile. Néanmoins la réponse de Voltaire, du 19 mars, rappelle la date du 29 février.)
Dans ce vaste univers, le globe où nous vivons Lui sert, à mon avis, de Petites- Maisons; De fous, d'extravagants la bizarre cohue De Lisbonne à Pékin offre en grand à ma vue Un pré de mille fleurs richement émaillé.
Sur cette ample pâture, un esprit éveillé Saisit malignement la fleur du ridicule, L'extrait et l'assaisonne au fond de sa cellule.
Un quaker me dira d'un air sombre et chagrin Qu'il faut toujours couvrir les défauts du prochain. Mais lorsqu'un fat abonde en traits de balourdise, Loin d'en verser des pleurs, je ris de sa sottise. J'aime à rire, il est vrai, même aux dépens des rois; Je hais le misanthrope et les fronts trop sournois. Je préfère à ce fou que l'on nomme Héraclite Ce fou plus gai que lui, l'enjoué Démocrite; Sans se fâcher de rien , il s'amusait de tout , De nos frivolités il avait vu le bout.
Et qu'importe en effet qu'un esprit sot et louche D'un flux de pauvretés jaillissant de sa bouche M'étourdisse un moment, bavardant sans esprit?
* Dan» la traduction allemande des Œuvres posthumes ( Nouvelle édition. A Berlin, 1789, t. VII, p. 194), cette pièce est intitulée Der Schwâtxer (Le Babillard ).