‹ Œuvres de Frédéric le GrandChapitre 14 sur 18 · DE L'ABRÉGÉ DE FLEURY · texte numérisé non relu

DE L'ABRÉGÉ DE FLEURY

logie, que personne ne peut lire. Toutefois de grands hommes parurent en chaque parti, et des chaires que la fainéantise et l'ignorance avaient remplies, furent occupées par des docteurs d'un mérite éminent

Tel fut le bien que produisit la réforme. Si nous le comparons aux maux qu'elle causa , il faut convenir que le bénéfice qui nous en revient, a été chèrement acheté. Dans toute l'Europe, les esprits étaient en fermentation : les laïques examinaient ce qu'ils avaient adoré , les évêques et les abbés craignaient la perte de leurs revenus , les papes, celle de leur autorité, et tout le monde prit feu. Rien de plus acharné ni de plus impitoyable que la haine théologique : cette haine, se mêlant à la politique des souverains, occasionna ces guerres qui ravagèrent tant d'empires; des torrents de sang inondèrent l'Allemagne, la France et les Pays-Bas; ce ne fut qu'après des succès longtemps balancés, après toutes les horreurs que la méchanceté des hommes, abandonnée à ellemême et jointe au fanatisme, peut commettre, qu'au milieu des débris fumants de leur patrie, l'Allemagne et la Hollande acquirent ce bien inestimable, la liberté de penser. Depuis, tout le Nord suivit leur exemple.

Qui ne voit pas, en parcourant cette histoire de l'Église, que c'est l'ouvrage des hommes? Quel pitoyable rôle font -ils jouer à Dieu! Il envoie son fils unique dans le monde; ce fils est Dieu; il s'immole à lui-même pour se réconcilier avec sa créature; il se fait homme pour corriger le genre humain perverti. Que résulte- t-il d'un aussi grand sacrifice? Le monde reste aussi corrompu qu'il était avant son avènement Ce Dieu qui dit, «Que la lumière soit,» et la lumière fut, se servira-t-il de moyens insuffisants pour parvenir à ses fins adorables? Un simple acte de sa volonté suffit pour bannir le mal moral et physique de l'univers , pour inspirer telle croyance qu'il lui plaît aux nations , et pour les rendre heureuses par des voies que lui fournit sa toute -puissance. Il n'y a que des esprits étroits et bornés qui osent attribuer à Dieu une conduite si indigne de sa providence adorable, en lui faisant entreprendre, par la voie des plus grands miracles, un ouvrage qui ne lui réussit pas. Ces mêmes hommes qui ont de l'Etre suprême des idées si incohérentes, introduisent à chaque

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concile de nouveaux articles de foi; on les verra tous énoncés dans cet Abrégé chronologique, tiré de la grande Histoire de M. de Fleury, auteur non suspect. Le propre des ouvrages de Dieu est d'être stables; le propre de ceux des hommes est d'être assujettis aux vicissitudes. Quelle possibilité reste- 1- il donc de croire divines des opinions qui s'établissent successivement, auxquelles on ajoute, qu'on diminue, et qui changent selon la volonté et l'intérêt des prêtres? Comment croire à l'infaillibilité de ceux qui se disent vicaires de Jésus-Christ, quand, parleurs mœurs, on les prendrait pour les vicaires de ces êtres malfaisants qui peuplent, dit -on, des gouffres de supplices et de ténèbres?

Nous voyons des papes s'excommunier; nous en voyons qui se rétractent; des conciles qui changent la doctrine des conciles précédents, sous le prétexte spécieux d'expliquer les dogmes. D faut donc conclure que les uns ou les autres ont pu se tromper. De plus , pourquoi employer le fer, le feu et les persécutions pour convertir les nations, comme Charlemagne en usa en Germanie, comme firent les Espagnols après l'expulsion des Maures, et comme ils le pratiquèrent encore en Amérique? Ne vient -il pas dans l'esprit de chaque lecteur que si la religion est vraie, il suffit de son évidence pour convaincre, et que si elle est fausse, pour convertir il faut persécuter? Nous ne voulons pas même appuyer sur les miracles si fréquents dans les siècles d'ignorance, et si rares dans des temps plus éclairés. En un mot, l'histoire de l'Eglise nous présente l'ouvrage de la politique, de l'ambition et de l'intérêt des prêtres; au lieu d'y trouver le caractère de la Divinité, on n'y remarque qu'un abus sacrilège du nom de l'Être suprême, dont des imposteurs révérés se servent comme d'un voile pour couvrir leurs passions criminelles. On se gardera bien de rien ajouter à ce tableau : on croit en avoir assez dit pour quiconque pense , et l'on ne prétend point épeler pour des automates.

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