‹ Œuvres de Georges Chastellain (volume 2)Chapitre 25 sur 45 · LES PAEOLES DE TROIS PUISSANTS PRINCES · texte numérisé non relu

LES PAEOLES DE TROIS PUISSANTS PRINCES

Mais pour tous tolt ensemble entre-dôfaire, Me joindre à Tun pour Tautre courir seure.

PHILIPPB, DUO DB BOUBOONONB.

S*amour tenoit la voie de son eure, Là où bon sang luy monstre son repaire. Un cœur, un corps demourroit une paire. Auquel nul nuir ne pourroit une meure '.

CHABLB8, BOT DB FBA19CB.

Boute où tu veux, feu en paille ou en feure. Bien peu je crains ton fier bras sagittaire, Mais je vivrai roi régnant solitaire, S*il plaist à Dieu qu*en vain je ne labeure.

HBNBY, BOY d'aNGLBTBBBB.

Secrète envie ensemble vous desveure.

Grand gloire à Tun, à Tautre est traversaire : Par quoy, moy neutre, à tous deux adversaire. Toujours m*attends moy ravoir ma demeure.

> Variante : Auquel un tiers ne pourroit une meure, c'eai-à-dire : auquel on ne pourrait ftdie le moindre tort, pas indme enlever une mûre.

-.JiJ^tC^'-^

Puisque d'amour, ne de léal racine, Là dont honneur très-humble se présente. Ne se peut traire aujourdliui fruit, ne signe En quoi Tamant s'aperçoive ou consigne D'aucun espoir d'utilité présente.

Bien il faut donc délaisser cette sente Et non en perte humilier sa face, Et qu'au surplus on quière qui le face.

Aimer servir tout humble et léal offre Que noble sang produit de sa nature, Tout désormais faut rebouter au coffre.

Là où le cœur qui aime et se paroffre. Mettra en Dieu sa seule nourriture, Et ne fera plus si large ouverture De sa chierté dont il a plénitude.

Sans fin cognoistre en longue ingratitude.

■ Pnblié d'après le ms. 11101 de la Bibliothèque de Boargogne et le ms. 120 de la Bibliothèque Laurentienne de Florence. On en trouve un fragment dans le ms. IBQ de La Haye.

Tirahs jadis , horribles infidèles, Trouve-on attraits par humblesse à démence. Et comme cire en Tardeur des chandèles, Estre amollis en leurs fureurs crudèles. Souvent, envers le povre humain semence : Par quoy , qui aime en haut lieu et sème en ce , Et sert et prie, et faveure et honneure , Si fruit n'en trait, c'est &me de maie heure.

Tigres, griffons, lyons, dragons horribles, Ours et lupars , leu-cervés et panthères ,- En leurs manoirs et spélonques terribles. Peut-on , par temps et par douceurs sensibles , Dompter en leurs natures très-austères, Et tirer fruit et vertueux mistères De leur fierté en douceur convertie.

Lorsque loy telle en l'homme est pervertie.

Dieu offensé, piteux se pacifie Par douoeiur humble et par ami courage. Donc, qui d'un doigt le haulce et glorifie , Par cent fois double il sourt et fructifie Le plus povret de tout humain parage '. Chascun reçoit en prix de son ouvrage ; Ghascun il paye en poids * de sa value : Â ce l'astraint sa justice impolue.

< Var : Linage, ma. de Florence.

' Var : BnfrU^ ma. de Florence.

Un temps transquil, un vent doux et paisible, Fléchit Vorgueil de la mer furieuse.

Et le chéoir de la goutte visible Souvent et dru sur le marbre insensible, T gagne .enfin fosse mystérieuse.

Toute rien dure, haute et laborieuse ; Où efifbrt n'a puissance que flaistrie , Douceur d'engin le convaint et maistrie.

Nature et loy traient toute rien née

En amitié aucune à son semblable;

Et ont leur voie en ce point ordonnée

Qu'entr'aimer font par faveur enclinée.

Le bon le bon , le mauvais le blâmable.

Expérience est preuve véritable

De ce secret en toute créature.

Donc, si loy fault, jamais n'y fault nature.

Des dieux jadis, les nations gentiles Quirent l'amour par humbles sacrifices.

Lesquels, posé que ne fussent utiles.

Furent nientmoins rendables et fertiles De maint grant fruit et de haulx bénéfices, Monstrans par fait que d'amour les offices Et d'honneur humble, impartis où qu'ils soient, Pour percer ciel et enfer suffîsoient.

Honneur semont toute noble nature D'aimer tout ce qui noble est en son estre*

Noblesse aussi y adjoint sa droiture.

Sy fait Raison en toute créature, Qu'entre un et autre amour doit lien estre; Et si discord aucun y pouvoit naistre , Qu*extirpé soit par vertu triomphant.

Ou gloire dlionune est moindre que d'enfant

Ciel, firmament, toute rentier fabrique

Des mains de Dieu, dont l'œuvre est excellente,

Thrônes, vertus et puissance angéliqus ,

Tout s'entretient et pardure en publique

Par amitié et union patente.

Et est l'ouvrier qui tout duit et régente.

Si en amour conjoint avec son œuvre

Que riens, fors paix, ne s'y trouve en recœuvreV

Mais là où est le droit milieu et centre De son très-haut et glorieux ouvrage, Qui est la terre où toute douleur entre , Là est le sacq, le droit gouffre et le ventre De tout discort et d'envieux orage ; Car sont îceux de si pervers courage, Qui en ont pris la haute seigneurie, Qu'en leurs mains gît félicité périe.

Là où foy une , un fons et un baptême, Un bers, un sang, un lien doit estraindre

Var : Ne l'y trouve et reeceuvre, ma. de Bruxelles.

Et traire tout ensemble à une remme *, Là vient malheur qui les régnans achemme' Et fait leurs cœurs enfroidir et refraindre'. Et sans honneur, ne Dieu, ne autre craindre, S'entre-grongnier\ pour plus gloire assouvie. Par feu maudit de vieil hayne * et d'envie.

xin.

Pardonnez-moy, François , de ce prologue , Dont la sentence est d'assez loing quérue *; S'il y a riens qui point, ne qui dérogue, Vous avez clercs, mettez-le en dyalogue. Le clerc se trouve en raison débattue; Mais toutesfois, sans que je désvertue Vostre honneur viel, ne charge de poussière, Vous et vos faits m'en sont cause foncière.

Vous et nous tous, jadis fûmes ensemble Un corps uni sous un divin gouverne ; Mais venue est celle heure, ce nous semble, Qui vous de nous distrait et désassemble Par vieil venin et envie moderne\ En quoy chascun qui entend et discerne Et du sentier du vrai droit ne desvoie , S'aperçoit clair de vostre oblique voie.

■ Bemme (flamand : riem), courroie, corde. - DacaDge donne au verbe : achesmer^ la signification de orner, parer, qui ne paratt pas convenir ici.

* Var : Bestraindre^ me. de Florence.

* Vap : 8*entre<our<^ier, ms. de Florence. ^ Var : De hayne ainsi, ms. de Florence.

* Var : Qui de si loing prenisa couleur vesfue, ms. de Florence. 1 Var : Par vieil venin d'ennemieté moderne, xns. de Florence.

Si dur malheur et fortune ennemie Nous ont jadis entrebrouillés en guerre, La souvenance en doit estre endormie Par le reoort que nostre main amie Vous a esté moult joyeuse en Vautre erre, Et qu'en salut et gloire reconquerre De tout ce, peu et grant, que y avez. Ingrats ou non, de nous le recevez.

Je souffre en paix les vieilles origines. Ne qui a droit ou tort en ceste essource; Mais par pité de vos propres ruines, Laissans querelle et honnestes racines.

Nos mains vous ont pourvéus* de ressource. Qui veut s'en rie, et à qui plaist s*en cource, La vérité est claire, et sy est telle , Tesmoing tout sang' de bonne parentelle.

Biens toutesvoies , je ne dis par repreuve, Quand tout vostre heur à nous est propre gloire; Mais si par nous aucun bienfait se trouve, N'est pas pourtant ' qu'un vain orgueil nous meuve A fol vanter pour le mettre en mémoire. Non certes , non. Ce fait le répertoire Qui nos bontés et amitiés passées Monstre en vos yeux mortes et effacées.

* Var : Prévenus, ms. de Florence.

* Var : Tesmoing mon sang, ms. de Florence.

* Var : N'est point pour ce, ms. de Florence.

LE DIT m VÉRITÉ. 2i5

Dieu et amour nous furent forme et titre D'entrer o * vous en paix et en concorde, Là où jamais n'y eut forain arbitre Qui avisast ne homme, ne chapitre, D'en riens descendre, à ce que j'en recorde, Sinon d'un cœur seule miséricorde Que Dieu lassus ne souffrira perdue', Lorsque par vous ne sera point rendue.

En lieu d'amours tant de fois exhibées, De tant dlionneurs et d'humbles révérences. Vous, jà essours en vos hautes montées Vous nous niquez ou nous faites les bées*, Monstrans vos yeux plus agus que sérences *, Et semble , à bien juger vos apparences , Que sobre y est l'amour qui fructifie, Sous un tel œil qui rit et mortifie.

Ce ne sont pas bien honnestes rendanges ,

Ne justes fruits tirés d'humble service;

Car quand seriez dieux immortels ou anges ,

Et nous meschans bons-hommeaus en nos granges,

Sy n'en pourroit plus prendre nostre office

Que ce qui est monstre par bénéfice

Et nous redonde en despiteux mespris,

L& où l'ingrat n'acquiert guères de pris.

« o, avec.

» Var : {Que Dieu lassus ne eovffreestre perdue ï) ms. de Florence.

* La hée, la moue.

♦ Sérences, séran, instrument de fer avec lequel on peigne le lin,

TO». Ti. io

as u Dtr SB ¥tiiiÉ.

XSL

An fort, par 110II8 mettre en DOS devoînjosIsB

Envers honneur et là où 3 ooneeOIe ,

Tant pins seront nos fortunes robustes,

Ftos clairs nos noms , nos CBiiYres plus angosies.

Contre nn chascun qui mordant nous esmlle :

Et n*y a pas de perte une Termeille '

Qui devoir fait et de vertu se ccEUTre :

Si cœur ing^t ne prend en g;r6 bonne œuvre.

xxn.

Hommes et Dieu cognoîssent bien nos vies. Bien ne se peut ne oéler, ne estordre. Hais en possès de vos hauteurs pleinries*. L'on y perçoit si claires vos envies Que tout le monde y peut reprendre et mordre. Donc, s*il vous vient de fiiute de bon ordre. Ce poise-nous de vos vices extrêmes'; Mais le venin en redonde en vous-mesmes.

Si vous régnez en triomphe amirable.

Et qu*en vos bras gît fortune endormie. Régnez si bien que ce vous soit durable Et qu'en régnant la fin ne soit plorable. Car quant à nous, ce ne nous grieve mie; Mais d'autre lez, si fortune est amie

' Vermeille, c'est le nom d*une fleur.

* Pleinries, complètes, parfaites. On lit dans le ms. de Florence : Ik tos hautes pletties.

* On Ut dans le ms. de Florence :2>tf«off9^ei eo^/r^ÉMi^ ce qui est éridumment une £&ute.

LE DIT DS YBRITÉ. tt?

Vers noQS, aoas} n*y prenez pomi xancQW, Car point de vous ne nous vi^nt oeste lune '•

Nous avons gloire, honneur, resplendissance. Qui Fair parvole et les hauts cieux fait fendre ; Mais ce n'est pas dehors de oongnoissanoe. Ains tenons tout de la haute puissanpe De Dieu là sus, qui nostre est pour deffendre. Lequel aussi, si vous craigniez l'oifendie. Vous vous tiendriez à sa grftce impartie Et souffrerie? de la nostre partie,

Bien congnoissons que vous avez un thronne Par dessus nous plein de gloire ancienne. Et qu*en vos mains tenez sceptre et couronne Où tout lliopneur du siècle s*Qvironne Si cours avoit vertu cotidienne; Mais vanité de gloire terrienne Vous a les coeurs si pus * de son buyrage Que la hantise en est fière et sauvage.

Vostre orgueil garant et hautaines manières , Vos cœurs essours en nouvelle fortune, Avec mespris de nos povres tannières

Que vous pensez fouler de vos bannières « ■ Ceste lune, estte inflaenee hearense. On dit eQoere aiiJoard*hui fiunUièrement : une bonne lune,

' pus (participe passé du verbe paUt^e), nourris. On. Ut : PrUt dans lems. de Florence.

Si Dieu gardoit pour nous telle infortune: Tous ces points-cy nous sont cause opportune D'entrer droit-cy en ceste parole aigre. Que plust & Dieu que cause y eust plus maigre!

Orgueil jadis par maintes fois diverses

Vous a punis et procuré misère.

Et a fait faire & malheur ses trayerses

Parmi vos osts piteuses et adverses.

Dont Fautrui gloire en est vostre impropère;

Ce poise-moy que ce ne vous appère

A plus grand heur, mais ce fait advertance

Pour y pourvoir par ferme résistance.

Ne vous, ne nous n'avons de propre force. Ne de bras fier, certaineté, ne taille. Car là haut gît la main et tranchant force Qui d'un chascun affoiblit et renforce Le bras armé, de quoy il couppe et taille. Donc, si gloire ist' au vainqueur en bataille, Ne lui vient point de vertu seule humaine. Mais de celui là sus qui l'œuvre maine.

Puissance humaine est une povre chose, Qui est fondée en vanité légère.

Millions gens , et cent fois plus par glose. Là où péché d'orgueil se contre-opposé,

' lit (du verbe Uiir, sortir), arrive. On Ht : A/ dans le ms. de Florence.

Tout n*e6t en pris qa*un vorre^ de fougière '• Emprès la main de Dieu avantagère Qui Tient au faible et à lliumble en aide > Lorsqu'au plus fort baille fraeur et hide.

Quans a-Fon vu de sifaits' hauts mystères, De tels divins hauts jugemens sans nombre , Là où les fiers humains persecutères De leurs grands osts ont rempli cymitères Soubs un petit fiayel* tout humble et sombre. Et ont esté esteints, ainsi qu'une ombre Qui passe au vent et jamais ne retourne , Par leur orgueil qui ainsi les atoume !

Ne se confie un roy en ses cohortes,

En ses maintes puissances redoublées

Parce que là où Dieu n'est de ses sortes S

Toutes fiertés humaines y sont mortes

Et en l'instant ravies et emblées ;

Car veut monstrer en toutes assemblées

Qu'en luy seul gtt plus qu'en cinq cens mille âmes

La paix des rois et salut des royames.

Proposemens souffre assez dire et faire, Grans apparaux machiner et esmeuvre ;

« Voirre jpoxajbuerre, paille.

* On lit dans le ms. de Florence : Tout n'est en prie qu'un voirre de Jléquière.

> Sijàits on sifaiis en un mot, semblables.

* Yar : Prapel, ms. de Florence.

* N'est de ses sortes, n^est de son parti, n'est avec loi.

Si Dieu gardoit pour nous telle infortune : Tous ces points-cy nous sont cause opportune D*entrer droit-cy en caste parole aigre. Que plust à Dieu que cause y eust plus maigre!

xxvn.

Orgueil jadis par maintes fois diverses

Vous a punis et procuré misère.

Et a fait faire à malheur ses traverses

Parmi vos osts piteuses et adverses.

Dont Fautrui gloire en est vostre impropère;

Ce poise-moy que ce ne vous appère

A plus grand heur, mais ce fait advertance

Pour y pourvoir par ferme résistance.

Ne vous, ne nous n'avons de propre force. Ne de hras fier, certaineté, ne taille. Car là haut glt la main et tranchant force Qui d'un chascun affoiblit et renforce Le bras armé, de quoy il couppe et taille. Donc, si gloire ist' au vainqueur en bataille, Ne lui vient point de vertu seule humaine. Mais de celui là sus qui Tœuvre maine.

Puissance humaine est une povre chose, Qui est fondée en vanité légère.

Millions gens , et cent fois plus par glose. Là où péché d'orgueQ se contre-opposé,

I lêt (du verbe issir, sortir), arrive. On Ht : Sst dans le ms. de Florence.

Tout n*e6t en pria qu'un vorre* de fougière '• Emprès la main de Dieu avantaigère Qui Tient au faible et à lliumble en aide » Lorsqu'au plus fort baille fraeur et hide.

Quans a-l'on vu de sifaits" hauts mystères, De tels divins hauts jugemens sans nombre , Là où les fiers humains persecutères De leurs grands osts ont rempli cymitères Soubs un petit flayel* tout humble et sombre. Et ont esté esteints, ainsi qu'une ombre Qui passe au vent et jamais ne retourne , Par leur orgueil qui ainsi les atourne !

Ne se confie un roy en ses cohortes,

En ses maintes puissances redoublées

Parce que là où Dieu n'est de ses sortes •,

Toutes fiertés humaines y sont mortes

Et en l'instant ravies et emblées ;

Car veut monstrer en toutes assemblées

Qu'en luy seul gît plus qu'en cinq cens mille âmes

La paix des rois et salut des royames.

Proposemens souffre assez dire et faire, Grans apparaux machiner et esmeuvre ;

« Voirre pour Jbuerre, paille.

s On lit dans le ma. de Florence : Tout n'est en pris qu*un voirre de fiéquière. " 8i faits ou sifaits en un mot, semblables.

♦ Var : Prayel, ms. de Florenoe.

* N'est de ses sortes, n^est de son parti, n^est ayeo lui.

MO Lfe Dit DE VÊttÏTÉ.

Donc, quand éé vient à tm poui^s parfaite , Souvent le fouhie en tlû tout autre affaire. Et au rebourb du prtjpodant chiet Toeuvre. Ainsi sa grâce où tout salut se eœuvre. Souvent tient roide aux rois bride et cheval , Pour le support du monde icy aval.

Besoing fait voir que le frain se retieng^e Des roys souvent ireux et volontaires, £t que une main puissant les contretiengne, Qui malgré eux et par fait les abstiengne De leurs pourpos non toujours salutaires; Car si leurs cœurs et pouvoirs solitaires Avoient francs, comme ea main une fonde \ Jamais n'auroit paix, ne salut au monde*

Exemples-voua, et vous soit à figure Le roy Henry, vostre infesteur si sage» Lequel , après mainte grieve laidure^ Faite en vos yeux, qui trop vuua estoit dure. Fut révoqué du haut de son passage; Mais non veullant croire le vrai message. Qui l'avertit du saint divin remort, Fut prévenu d'ingarissable mort*.

ÏXXY.

Dieu WMt et sçait qui à salut oo&tande&t, Et qui à bien et à mal se disposent.

• Fonde pour fronde.

\ Vouet 1. 1«, p. 337.

LB DIT DE VÉRITÉ. 35t

Sy fiut-il oenx qui à leur propre entendent Et rien qa*à gloire et Tanitô n^attendent , Sur quoy leurs cœurs labeurent et proposent. Mais eux trestous, tout ainsi qu*ils s'exposent, Par plus, par moins, à haut bien qui appère. Tout en ce point les conduit et prospère.

François, François, remitigez vos ires S Bamodérez vos passions non saines Et gouvernez vos haulx nouveaux empires , Si bien qu'enfin vos noms n'en soient pires , Ne vos raisons plus foibles , ne plus vaines. Après avoir acquis ses granges pleines Du fruit de gloire à nullui héiitable, Il y chiet sens pour le garder estable.

Guerre à ce lez ne vous est besoingneuse. Sinon que las foyeas jà de longue aise. Trop a esté de vostre part coûteuse; Sy vous devToit estre chose annuieuse Rentrer arrière en sa grippe mauvaise.

Au fort, s'en vous n'a bouche qui nous baise, Baisez au moins ^stee présent fortune De peur des tours de sa fraude mainte une.

Nous, quant à nous, nous dénroBs à vme; Nous quérons paix et ami voisinage,

Var : St r^flraiffne§ voê ires, ms. de Florence.

232 ï£ DIT DE VÉRITÉ.

Et n^avons riens qui nous meuve ' ou enivre; Car nous voyons par exemple et par livre. Quels sont les fruits de si fait baronnage'. S*amour d'un sang, d'un ventre et d'un linage Peut devers vous ouvrer de sa nature, Jà de nos lez n'en rompra la droiture.

Nous vous voudrions aimer, servir, deffendre, Groistre , exaucier et porter vos querelles, •- Mais qu'il vous plust agréable le prendre. Et bonne amour récompenser et rendre Semblablement par amours naturelles ; Mais en usant de fiertés corporelles.

Disant : c Vilain, tu le dois faire i , adoncques. Nous sommes sourds et ne vous vîmes onoques.

Cœur nous est gros, et avons roide eschine,

Force et pouvoir, et bras pour les conduire.

De quoi japiais ne faudra la racine.

Pour quelque effort que cœur d'homme y machine ,

Ne que vos mains y pourroient produire.

Sy n'y faut point s'esbattre, ne déduire

À l'assayer, pour faim que cœur en aye,

Car la folie en rendroit dure playe.

Gestui point seul notez que je vous touche; Cestui point seul vous cause vostre envie :

* Var : Maine, ms. de Florence.

* Var : Z4àoraffe, ms. de Florence.

Si nous fassions Tun borgne et Fautre louche , Mois et chétifs , bridables en la bouche , Lors nous seroit vostre amour appleuvie ', Et diroit-on: c Dieu vous doint bonne vie! • Gomment vous va? vous plaist-il venir boire? » Mais garde après du coup de la cachoire *.

Mais à Dieu loe! qui de sa bonté large. Et par renvoi de ses grftoes tant maintes. Nous a donné tel champion et targe, Que son haut cœur nous affranchit et targe Contre les mains de vos aigres ' estraintes. Car ne seroit par menaces, ne craintes. Riens tant soit peu, jà-soit-ce qu'on le cuide; Mais périlleux y feroit estre guide.

Il est tout dair, et le congnoit toute ftme» Mais douleur m'est qu'ainsi je l'assaveure: Rien n y a trop qu'un homme en ce royame. Lequel, si Dieu l'avoit mis sous la lame. Vous auriez lors tous vos bras au desseure , Ce vous semble-il, mais sachez de celle heure Bien dure à vous, quand il définera, L'honneur du siècle entier se périra.

Affectez fort sa mort et sa ruine.

Et lui plaindez sa vie bienheurée ;

> AppleuvU, assurée, garantie.

> Dans VBaposiiion sur vMté mal prise, Chaetellain parle aussi : de la eaehoire par laquelle on fait saillir avant les compagnons.

' Var : Larges, ms. de Florence.

Mais onc fiur youb ne chut telle bruyne, Ne si amer» ne dolante pluyne»

Comme en sa mort vous sera préparée.

Laquelle après avoir assez pleurée.

Vous congnoistrez à coup' par yue experte, Com' doubreuse en tournera la perte.

C'est le trésor du haut honneur du monde ; C*est cil en qui oncques n'entra reprise ; C'est le miroir de noblesse parfonde, Là où proesse et vérité abonde Plus qu'en la terre ailleurs n'en est comprise ; C'est celui seul qui l'àme a toute esprise De léauté envers Dieu et tout homme, Et dont la boudie amende, qui le nomme.

C'est le miroir des haulx roys et des princes ; C'est l'outrepas ouvrage de nature; C'est le reclaim des longtaines provinces, Où les faveurs de fortune non minces Passent en don toute autre créature; C'est icelui en qui toute ouverture ' D'amour divine est tournée et perfuse: Qui meilleur sgait, montre que je m'abuse !

C'est des régnans la perle et l'outrepasse, L'aigle et soleil qui tous les bons survole ,

' À €aup^ sar te eoup, immédiatement On lit : ^^Wf dans te ma. de Florence, s Var : Que^ ms. de Florenoe,

LE DIT DE VÉRITÉ. iS$

Voire m Bon tempd. Qui voudra, le me passe ; Mais jà pour tant, pour deuil qu^on y compassé» Je u*eii feindrai ne lettre, ne parole ; Car tant sy est resplendissant son rôle, Là où sa gloire est peinte et engravée, Que riens emprès n*y peut mettre estrirée.

Meure et s*en voist quant il plaira au Sire ' ! Rendre une fois lui convendra ses armes ; Mais tant dis bien : que France et tout Tempire Y perdront tout et en auront du pire, Et en plorront, plus que ne pensent, larmes. CTest le Trai père aux chrestîennes armes. Et qui de tous prend plus soin et chaloir ; Mais ne pouvez l'aimer, ne bien vouloir.

Âins par douleur de sa béatitude Et de ses haulx très^lorieu?: affaires , Vous vous souffres armer d'ingratitude Et parti prendre et puUique habitude Non trop honneste avecques ses contraires. Boutez avant, mais ne soyez ignares Que tache et maille en perle, quelque soit, L'ceil juge tout et papier le reçoit ^

Lui seul vous put', lui seul vous est à hayne ; Lui seul vous est rebout de vos parades ;

' Au Sire, au Seigneur.

> Cette strophe se termine, dans le m», de Flerenee, pu les deux vers suivants, dont le premier pèche contre la mesure :

De ingratitude ne vealUez présumer j HumUité ne fait à dei^primer.

* Put ( du latin pukre ), excite votre répulsion. /

236 LE DIT DE ViRITÉ.

Lui seul vous est vostre amour plus loingtaine Et de vos yeux la douleur plus prochaine » Voyant vers vous ses nobles ambassades.

Or Dieu gart tout et les sains et malades ! Mais quoique cy ^ la diose peu vous monte, La fin ailleurs en lendera' le compte.

CTest en ce monde un empereur en gloire, Et envers vous, le plus humble qui vive. Qui seul essourt Thonneur de vostre histoire Parsus le ciel emprès la sienne noire, Et ne se prise une poire chétive.

Mais seul contend, en vertu pure et vive , De vous gagner le cœur et amollir.

Pour mesmes soy parer et embellir.

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