‹ Œuvres de Georges Chastellain (volume 3)Chapitre 17 sur 54 · LE CHEVALIER · texte numérisé non relu

LE CHEVALIER

Doncques, quant amour n'est pas ferme De pouvoir accomplir ses vœux.

i« L'OULTRE D'AMOUR.

Et que mort par fortune inferme Luy toult pouvoir et le defferme, Donc 8uiB*je là où estre veux, Et tiens plus seur de vivre seulx Atout les maux que j*en ay d*une, Que plus s'en mettre à la fortune.

L*B8CUIBB.

Hélas ! quel perte et quel dommage 61 vostre cœur tient ceste adresse.

Tout se pert en vous, force et eage.

Honneur, bon los, vertu, courage Et renom entre gentillesse; Et ne voy riens qui vous radresse Jamais, ne qui vous liève en hault.

Si le vouloir d'aimer vous fault.

LB CHBVALIBB.

S'a l'un endroit me convient boire Souffraite ' et perdre saison bonne, Ma loyauté me fera gloire* A l'autre lez au moins notoire, Et me donra d'honneur couronne ; Car plus est vertu qui bien sonné De non l'avoir voulu changer.

Que pour autre vivre en danger.

l'B8CUIBI(.

Vous va si près l'honneur du monde, Ne vanité de gloire humaine

* SoHfraitif misère, malheur, souffrance.

LmiLTRÉ D*AHOUR. 435

Que pour los qui sur tous redonde , Aimez mieux voetre cœur qu*il fonde Que luy changez foy prîmeraine, Encore qui est casse et vaine.

Comme d'un corps par mort conquis, Dont nul bien ne peut estre acquis t

LB CHBYALISB.

Hélas et quant mort d'ayenture ITaura payé de paye égale* Que porteray-je en sépulture, Des biens de fortune ou nature.

Fors renommée bonne ou maie?

Au moins par foy garder léale, J'auray gagné gloire assouvie, Selon desserte de ma vie.

l'ssouibb.

Or, je vous prie au nom de Dieu, Croyez conseil s'Q est possible, Et vous rendez en cestui lieu Qui vous peut rendre jeune ou vieu.

Trésor de richesse infaillible.

Riens ne vous sera invincible Devers amour grand, ne petit.

Si vous y prenez appétit.

LB CHBVALIBB*

Quelque appétit , ne plaisant signe Que jamais puisse en amour prendre, Tousjours le bout de la racine.

Qui premiers a conquis la mine, Y demourra jusqu'au cœur fendre.

Et n'en devroit nul m'en reprendre.

124 Lm^LTRE D*AMOl}R.

Ne donner nom de niceté»

Ains loB de plus grand loyaolté.

L^BSGUISB.

Vous parlez tout ainsi au vif, Gomme le cœur le vous desgorge.

Je vous accorde vostre estrif , Beau sire, et vueil d'un cœur naïf Que vous Taimez de par saint George, Mais qu'il en vieng^e un autre en forge Qui vous soit plaisance et lumière Jusqu'à recouvrer la première.

LB CHBVALIBB.

Long parlement qui n'a retraite.

Rend souvent pris les gens en termes. Chasteau qui parlemente et traite, Beçoit volentiers quelque attraite Qui le fait amollir aux armes ; Mais je demeure en propos fermes Affln que nul ne s'y abuse.

Et sy n'accorde, ne refuse.

l'bscxiieb.

Ha ! il faut accord et issue Finablement en ceste chose.

Telle œuvre sy n'est pas tissue Pour en partir sans estre sçue La fin que vostre entente y glose.

Doncques, si vostre cœur propose D'aimer ou d'amour escondire' Je vous requiers : veuillez le dire.

I Bseondire, reftaser.

rOULTRÉ D'AMOUR. 185

LB OHBYALIBB.

Si TOUS avez bien entendu Mes cas, mes dits et mes defifénses, Besponoe assez vous ay rendu Et ne me stiis condescendu A titre où je congpioisse offenses.

Tsy en très-humbles révérences Yostre rapport; mais j'ay discorde Souvent de bouche, ne Taccorde.

L*BSOUIBB.

Honneur est en raison fondée, Et est Tune à Tautre amiable.

Chascune est de sens abondée Et de vertu improfondée ; Ce qu'est raison, est honorable.

Sy croy et tiens à véritable Qulionneur de raison avertie Vous jugera de ma partie.

LB CHBVALIBB.

Xay un honneur, un corps, une âme; Des troys, les deux saulves voudroie.

Le corps s'en aille après ma dame, J'en STiis content; mais tout infâme De perdre mon honneur seroie.

Donc sachent tous que ne pourroie, Pour nulle part m'avantager.

Mon peu d'honneur mettre en danger.

l'bsouibb.

Dieu vous garde de déshonneur, De mal d'infamie et grevance !

426 rOULTRÉ D'AMOUR.

Mais pour youb tirer à bonheur.

Je feray tant qu'autrui honneur ^ Vous donrra de vostre asaearanee; Car n*y aura hostel en France Que je n*enquière à yottre nom Slionneur vous Beuffre aimer ou non.

LB OHBYALniB.

Je fluis d*honneur serf homme et lige, Tant que vie me durera, Et euTers luy mon cœur s'oblige De non comprendre, encor le dis-je, Chose que ne m'ordonnera.

Donc, aussi tost qu'il tous plaira, IkTadTertisBez de son devis Et lors je diraj mon avis.

Ainsi fut pris Fappointement Devers ces deux qui estrivoient.

Et cessa tout leur parlement Jusqu'au savoir le jugement D'honneur sur qui leurs yeux avoient; Mais les dames qui ne savoient De leur débat un mot qui touche, Les ont surpris los en la bouche.

Lors me sembloit que l'escuier, Esmu comme & soy mettre en questa, M'aperçut emprès \m figuier La main fournie de papier Et pleine d'escripture honneste, Et vint par forme de requeste Très-douce et aimable aussi M'arraisonner et dire ainsi ;

L'OULTRÉ D'AMOUR.

Voicy le douloureux traitié.

Frère, que je mets en vos mainst D*un chevalier plein de pitié Et d'un qui par vraie amitié Luy veut bailler resconforts maints; Mais cbascun veut poy plus ou mains Avoir pour soy querelle et droit Sans supplier* en nul endroit.

Or faut-il pour savoir eslire

Qui aura la raison meilleur,

Cause la plus parant ou pire.

Que honneur leur cas retourne et vire

Affin d'en estre vray jugeur.

Sy faut qu'en court de grand seigneur,

Il soit cherché partout et quis

Et justement sur ce requis.

Doncques, s'il vous plaist et aggrée, Vous en irez dès maintenant Monstrer ceste œuvre enregistrée Es plus haulx lieux de la contrée, Là où vous serez survenant; Et lors comme bien souvenant , De tous iceux qui le liront, Vous entendrez qu'ils en diront.

Et au plus près de vray honneur Que jamais cœur pourra penser.

Priez aux dames de valeur Qu'il leur plaise à y mettre cœur.

Sans à nulluy favoriser.

Et puis selon leur deviser

■ SoM supplier, sans céder.

i28 L'OULTRÉ D'AMOUR.

« Venez moy avertir de tout:

< Vous aurez bon loyer à bout, t

A tant de mots me laissa lors , Et tout ainsi je m'esveillay, Et trouvay tout joingnant mon corps Les argumens et les records Dont devisé icy vous ay.

Sy ay promis, et le tiendray, Que je les mettray en avant :

Aussi feray-je, Dieu devant.

Pour tant, seigneurs et nobles dames.

Et entre vous mes demoiselles'.

Qui savez par tous les royames Juger des vertus et des blasmes Et bien débattre des querelles.

Je vous envoie par nouvelles Ce livre dont le titre porte : L'Oultré d'amour pour amour morte *.

> JB ta vous, toutes demoiselles, ms. de T Arsenal.

> Le ms. 5311 de la Bibliothèque izopériale de Paris offre quelques bonnes yariantes :

Page 72, ligne 17, Usez :

Ne parvint à un si haut heur.

Page 89, ligne 26, il faut choisir entre ces deux leçops :

Et le hamas dont la substance Estoit un riche et cher cattel

Ou bien :

Et le harnas dont la présence Valoit un riche et cher chastel

Page 82, ligne 4, variante :

Afin que plus vive à son aise.

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