PHILIPPE, DUO DB BOUBOONGNE
S*amour tenoit la voie de son eure.
Là où bon sang luy monstre son repaire, Un cœur, un corps demourroit une paire, Auquel nul nuîr ne pourroit une meure '.
CHABLBS, BOT DB FBAUCE.
Boute où tu yeux, feu en paille ou en feure.
Bien peu je crains ton fier bras sagittaire.
Mais je vivrai roi régnant solitaire , S'il plaist à Dieu qu'en vain je ne labeure.
HBNBT, BOT D*ANaLETEBBE.
Secrète envie ensemble vous desveure.
Grand gloire à Tun, k l'autre est traversaire : Par quoy, moy neutre, à tous deux adversaire. Toujours m'attends moy ravoir ma demeure.
■ Variante : Auquel un tiers ne pourroit une meure, c'est-à-dire : auquel on ne pourrait ftiire le moindre tort, pas mdme enlever une mûre.
Puisque d'amour» ne de léal racine , Là dont honneur très-humble se présente.
Ne se peut traire aujourd'hui fruit, ne signe En quoi Tamant s'aperçoive ou consigne .
D'aucun espoir d'utilité présente , Bien il faut donc délaisser cette sente Et non en perte humilier sa face , Et qu'au surplus on quière qui le face.
Aimer servir tout humble et léal offre Que noble sang produit de sa nature, Tout désormais faut rebouter au coffre, Là où le cœur qui aime et se paroffre.
Mettra en Dieu sa seule nourriture, Et ne fera plus si large ouverture De sa chierté dont il a plénitude.
Sans fin cognoistre en longue ingratitude.
* Publié d'après le ms. 11101 de la Bibliothèqne de Bourgogne et le ma. 120 de la Bibliothèque Laurentienne de Florence. On en trouva un fragment dans le ms. 783 de La Haye.
Tinms jadis , horribles infidèles, TrouTe-on attraits par humblesse à démence , Et comme cire en Tardeur des chandèles, Estre amollis en leurs fureurs crudèles , Souyent, envers le povre humain semence :
Par quoy » qui aime en haut lieu et sème en ce » Et sert et prie, et faveure et honneure , Si fruit n*en trait, c*est âme de maie heure.
Tig^s, griffons, lyons, dragons horribles, Ours et lupars , leu-cervés et panthères , En leurs manoirs et spélonques terribles, Peut-on , par temps et par douceurs sensibles, Bompter en leurs natures très-austères, Et tirer fruit et vertueux mîstères De leur fierté en douceur convertie, Lorsque loy telle en lliomme est pervertie.
Dieu offensé, piteuz se pacifie Par douceur humble et par ami courage.
Donc, qui d'un doigt le haulce et glorifie , Par cent fois double il sourt et fructifie Le plus povret de tout humain parage '.
Chascun reçoit en prix de son ouvrage ; Chascun il paye en poids * de sa value :
A ce Tastraint sa justice impolue.
^ Var : Linaget ms. de Florence.
' Var : Snpris^ ms. de Florônce.
Un temps transquil, un vent doux et paisible, Fléchit Torgueil de la mer furieuse, Et le chéoîr de la goutte visible Souvent et dru sur le marbre insensible, Y gagne enfin fosse mystérieuse.
Toute rien dure , haute et laborieuse ; Où effort n'a puissance que flaistrie , Douceur d*engin le convaint et maistrie.
Nature et loy traient toute rien née
En amitié aucune à son semblable;
Et ont leur voie en ce point ordonnée
Qu*entr*aimer font par faveur enclinée ,
Le bon le bon , le mauvais le blâmable.
Expérience est preuve véritable
De ce secret en toute créature.
Donc, si loy fault, jamais n*y fault nature.
Des dieux jadis, les nations gentiles Quirent Tamour par humbles sacrifices, Lesquels, posé que ne fussent utiles.
Furent nientmoins rendables et fertiles De maint grant fruit et de haulx bénéfices, Monstrans par fait que d'amour les offices Et d'honneur humble , impartis où qu'ils soient , Pour percer ciel et enfer suffisoient;
Honneur semont toute noble nature D'aimer tout ce qui noble est en son estre.
Noblesse aassi y adjoint sa droiture.
Sy fait Raison en toute créature, Qu'entre un et autre amour doit lien estre; Et si discord aucun y pouvoit naistre , Qu'extirpé soit par vertu triomphant, Ou gloire d'homme est moindre que d'enfant.
Ciel, firmament, toute l'entier fabrique
Des mains de Dieu, dont l'œuvre est excellente,
Thrônes, vertus et puissance angélique.
Tout s'entretient et pardure en publique
Par amitié et union patente.
Et est l'ouvrier qui tout duit et régente,
Si en amour conjoint avec son œuvre
Que riens, fors paix, ne s'y trouve en recœuvreV
Mais là où est le droit milieu et centre De son très-haut et glorieux ouvrage.
Qui est la terre où toute douleur entre , Là est le sacq, le droit gouffre et le ventre De tout discort et d'envieux orage ; Car sont iceux de si pervers courage, Qui en ont pris la haute seigneurie.
Qu'en leurs mains gît félicité périe.
Là où foy une, un fons et un baptême, Unbers, un sang, un lien doit estraindre
Var : Nt t'y tnmve et reeœuvre, ma. de Bmx^les.
Et traire tout ensemble à une remme *, Là vient malheur qui les rôg^ans achemme * Et fait leurs cœurs enfroidir et refraindre', Et sans honneur, ne Dieu, ne autre craindre, S'entre-grongnier\ pour plus gloire assouvie. Par feu maudit de vieil haync ' et d^envie.
xin.
Pardonnez-moy, François, de ce prologue, Dont la sentence, est d*assez loing quérue *; S'il y a riens qui point, ne qui dérogue, Vous avez clercs, mettez-le en dyalogue.
Le clerc se trouve en raison débattue; Mais toutesfois, sans que je desvertue Vostre honneur viel, ne charge de poussière.
Vous et vos faits m*en sont cause foncière.
Vous et nous tous, jadis fûmes ensemble Un corps uni sous un divin gouverne; Mais venue est celle heure, ce nous semble, Qui vous de nous distrait et désassemble Par vieil venin et envie moderne\ En quoy chascun qui entend et discerne • Et du sentier du vrai droit ne desvoie , S'aperçoit clair de vostre oblique voie.
' Memme (flamand : riem)^ courroie, corde.
> Ducange donne au verbe : achesmery la signification de om€r,|)(ire^ qui ne parait pas convenir ici.
' Yar : Eestraindre^ ms. de Fiorence.
♦ Var : S*entre<ourchier, ms. de Florence.
' Var : De hapne auisi^ ms. de Florence,
• Var : Qui de si loing prentsa couleur vestue^ ms. de Florence. ' Var : Par vieil venin d^ennemisié moderne, ms. de Florence.
2iU LE DIT DE VÉRITÉ.
8i dur malheur et fortune ennemie Nous ont jadis entrebrouUlés en guerre/ La souvenance en doit estre endormie Par le reoort que nostre main amie Vous a esté moult joyeuse en Tautre erre.
Et qu'en salut et gloii« reconquerre De tout ce, peu et grant, que y avez , Ingrats ou non , de nous le recevez.
Je souffre en paix les vieilles origines , Ne qui a droit ou tort en ceste essource; Mais par pité de vos propres ruines, Laissans querelle et honnestes racines, ^ Nos mains vous ont pourvéus* de ressource.
Qui veut s*en rie, et & qui plaist s*en cource, La vérité est claire , et sy est telle , Tesmoing tout sang* de bonne parentelle.
Riens toutesvoies , je ne dis par repreuve, Quand tout vostre heur à nous est propre gloire; Mais si par nous aucun bienfait se trouve, N*est pas pourtant* qû*un vain orgueil nous meuve A fol vanter pour le mettre en mémoire.
Non certes , non. Ce fait le répertoire Qui nos bontés et amitiés passées Monstre en vos yeux mortes et effacées.
* Var : Prévenus, ms. de Florence.
* Var : Tesmoing mon sang, ms. de Florence.
* Var ; N'est point pour ce\ ms. de Florence,
Tvni.
Dieu et amour nous furent forme et titre D'entrer o ' vous en paix et en concorde.
Là où jamais n'y eut forain arbitre Qui avisast ne homme, ne chapitre.
D'en riens descendre, à ce que j'en recorde, Sinon d'un cœur seule miséricorde Que Dieu lassus ne souffrira perdue ^ Lorsque par vous ne sera point rendue.
En lieu d'amours tant de fois exhibées.
De tant d'honneurs et d'humbles révérences.
Vous , jà essours en vos hautes montées Vous nous niquez ou nous faites les bées*, Monstrans vos yeux plus agus que sérences ^, Et semble , à bien juger vos apparences , Que sobre y est l'amour qui fructifie.
Sous un tel œil qui rit et mortifie.
Ce ne sont pas bien honnestes rendanges ,
Ne justes fruits tirés d'humble service;
Car quand seriez dieux immortels ou anges ,
Et nous meschans bons-hommeaus en nos granges,
Sy n'en pourroit plus prendre nostre office
Que ce qui est monstre par bénéfice
Et nous redonde en despiteux mespris ,
Là où l'ingrat n'acquiert guères de pris.
I O, avec.
* Var : [Qitê Dieu lassus ne souffre estre perdue /] ms. de Florence.
* Ztf d^(f, la mone.
* Sérences, séraD, instrument de fer avec lequel on peigne le lin.
TOI. fl. io
xa.
Au fort» par nous metiare en nos devoirs jostes
Envers honneur et Ui où il conseille.
Tant plus seront nos fortunes robustes.
Plus clairs nos noms , nos œuvres plus aug^ustes,
Contre un chascun qui mordant nous esveille ;
Et n*y a pas de perte une vermeille *
Qui devoir fait et de vertu se cœuvre :
Si ccBur ingrat ne prend en gré bonne œuvre.
Hommes et Dieu oognoissent bien nos vies.
Bien ne se peut ne celer, ne estordre, . Mais en possès de vos hauteurs pleinries'.
L'on y perçoit si claires vos envies Que tout le monde y peut reprendre et mordre. Donc, s*il vous vient de faute de bon ordre, Ce poise-nous de vos vices extrêmes'; Mais le venin en redonde en vous-mesmes.
XXIU.
Si vous r^ez en triomphe amirable, Et qu'en vos bras gît fortune endormie , Bégnez si bien que ce vous soit durable Et qu'en régnant la fin ne soit plorable, Car quant à nom, ce ne nous grieve mie; Mais d'autre lez, si fortune est amie
I Vermeille, c'est le nom d*ane fleur. ^
* Pleinries, complètes, parfaites. On Ut dans le ma. de Florenee : Ik vos hautes plenies.
* On lit dans le ms. âe Florence : De vos fHeseafrêmee, ce qQÏes^éfvi' dominent une faute.
Vers nova, aussi n'y prenez point rancune, Car point de tous ne nous vient ceste lune '.
Nous avons gloire, hoimeur, resplendissanoe, Qui Fair parvole et les hauts cieux fait fendre ; Mais 06 n*e6t pas dehors de congnoissance.
Ains tenons tout de la haute puissance De Dieu là sus, qui nostre est pour deffendre, Lequel aussi, si vous craigniez Foffendre, Vous vous tiendriez à sa grftce impartie Et souffreriez de la nostre partie.
Bi^n oongnoissons que vous avez un thronne Par dessus nous plein de gloire ancienne, Et qu*en vos mains tenez sceptre et couronne Où tout ITionneur du siècle s'avironne Si cours avoit vertu cotidienne; Mais vanité de gloire terrienne Vous a les cœurs si pus • de son buvrage Que la hantise en est fière et sauvage.
Vostre orgueil grant et hautaines manières.
Vos cœurs essours en nouvelle fortune.
Avec mespris de nos povres tannières Que vous pensez fouler de vos bannières
^ Ceiiê lune, cette influence heureuse. On dit encore anjoard'liui familièrement : une bonne lune,
* Pus (participe passé du Yerhe paistre), nourris. On Ut : Pris^ dans le ms. de Florence.
Si Dieu gardoit pour nous telle infortune:
Tous ces polnts-cy nous sont cause opportune D^entrer droit-çy en ceste parole aigre.
Que plust à Dieu que cause y eust plus maigre!
Orgueil jadis par maintes fois diverses Vous a punis et procuré misère.
Et a fait faire à malheur ses traverses Parmi vos osts piteuses et adverses.
Dont Tautrui gloire en est vostre impropère; Ce poise-moy que ce ne vous appère  plus grand heur, mais ce fait advertance Pour y pourvoir par ferme résistance.
xxvin.
Ne vous, ne nous n'avons de propre force, Ne de bras fier, certaineté, ne taiUe, Car là haut glt la main et tranchant force Qui d'un chascun affoiblit et renforce Le bras armé, de quoy il couppe et taille.
Donc, si gloire ist' au vainqueur en bataille, Ne lui vient point de vertu seule humaine, Mais de celui Ui sus qui l'œuvre maine.
Puissance humaine est une povre chose.
Qui est fondée en vanité légère.
Millions gens , et cent fois plus par glose, Là où péché d'orgueil se contre-opposé,
■ M (du verbe istir, sortir], arrive. On Ut : Ssi dans le ms. de Florence.
Tout n'est en pris qu'un vorre* de fougière ", Emprôs la main de Dieu avantagôre Qui vient au faible et à l'humble en aide , Lorsqu'au plus fort baille fraeur et hide.
Quans a-l'on vu de sifaits" hauts mystères, De tels divins hauts jugemens sans nombre , Là où les fiers humains persécuteras De leurs grands osts ont rempli c^piitôres Soubs un petit flayel* tout humble et sombre. Et ont esté esteints, ainsi qu'une ombre Qui passe au vent et jamais ne retourne , Par leur orgueil qui ainsi les atoume !
Ne se confie un roy en ses cohortes ,
En ses maintes puissances redoublées
Parce que là où Dieu n'est de ses sortes',
Toutes fiertés humaines y sont mortes
Et en l'instant ravies et emblées ;
Car veut monstrer en toutes assemblées
Qu'en luy seul gtt plus qu'en cinq cens mille âmes
La paix des rois et salut des royames.
Proposemens souffre assez dire et faire, Grans apparaux machiner et esmeuvre ;
• Voirre ^jafouerre, palUe.
» On lit dans le ms. de Florence : Toui n*est en prié qu'un voirre de JUquière.
* Sijhits ou sifaits on un mot, semblables.
• Var : Prapeh ms. de Florence.
* H'esi de ses sortes, n^est de son parti, n^eat avec lui.
Donc, quand ce vient à un pourpos parfaire , Souvent le tourne en un tout autre affaire , Et au rebours du proposant chiet Tœuvre.
Ainsi sa grâce où tout salut se cœuvre, Souvent tient roide aux rois bride et cheval , Pour le support du monde icy aval.
Besoing fait voir que le frain se retiengne Des roys souvent ireux et volontaires»
Et que une main puissant les contretiengne, Qui malgré eux et par fait les abstiengne De leurs pourpos non toujours salutaires ; Car si leurs cœurs et pouvoirs solitaires Avoient francs, comme «i main une fonde*, Jamais n'auroit paix, ne salut au monde.