SOUBS FICTION DE SON P10PU MTMDIIMT PARLANT A LUMISII
Comme nouvellement me soye trouvé en pleurs, et en angoisseux soupiremens pour la mort du trèsexcellent prince, l'auguste duc Philippe, le grant lyon, le grant duc de Bourgongne, le pillier de l'honneur de France et la perle des princes chrestiens, et que, avec le propre grant intérest que j'y avoye, je considéroye aussy la perte universelle qui s'en faisoit entre tant de haulx nobles hommes ses serviteurs et auxquels la vie désormais, par semblant, estoit ennuyeuse et desespérable ; à ceste cause, moy vueillaitf donner lieu à ma douleur, et pour icelle tant mieulx pouvoir démener à par moy, fust en pleurs et en regrets, ou fust en mains destordre ou en parolle, me mis seul1 en lieu clos. Doncques, comme mon
1 Publié d'après le ms. 120 de la Bibl. Laurentienne à Florence, collationné sur les Mss. de Paris, Bibl. imp. Dupuy , 724, 1217 (ancien 7419), et 14386 (ancien suppl. fr. 3160). Cet ouvrage est précédé, dans le Ms. de Florence et dans le Ms. 14386 de Paris des lignes suivantes : « Ce qui s'ensieut, est une fiction faite en la personne du duc Charles parlant à luy-mesme soubs fiction de son propre entendement, autre personnage de luy, lequel l'instruit en sa cause. » C'est par erreur que j'ai cité tdlleu r s deux Mss. de la bibl. de l'Arsenal à Paris comme renfermant cette composition de ChasteUain.
2 M'assculay. Ms. de Paris, 1217.
dueil, droit là démené à mon aise en longue espace, me donnoit turbation en l'esperit, et, par la vexation trop longuement continuée, pesanteur en l'entendement et fatigue, me escheit alors de me assommeiller: Et comme non tant seulement la mort de ce -noble duc, mon maistre, me avoit esté impectorée, mais également le grand dueil du très-noble fils son héritier, à cui charges et pesanteurs infinies tournoient sur mains par ceste mort, et lesquelles j'avoye excogitées beaucoup et maniées en mon entendement par amour que j'avoye envers luy, advint lors que j'enchey en vision estrange; et comme si réaiment je véisse alors des yeulx corporels, et non dormant, ce me sembloit, me trouvay en une chambre close, là oùestoit ce josne nouvel duc , le duc Charles , tout seul dedens, sur un banc assis , sans arme nulle et vestu de robe de dueil, un bonnet seulement en teste, pensant et musant durement, ne sçavoye à quoy; mais prestement, comme si ce eust esté fantommerie ou chose d'illusion , me perchus de multitude de personnages d'hommes et femmes qui droit-là naissoient, et sans y estre entrés par huys, par fenestre, ne par toit, ne par soubs terre , en un subit et tout à un flot et à tous lez Tenvironnoient et en prinrent saisine toute estroite. Avoient touttesfois, tant en vis-je, tous et toutes sur eux tiltreg et escripteaulx en divers lieux, par lesquels donnoient à congnoistre leurs noms et leur estre, et desquels aultre que moy en déduysant le mistère fera narration. Tant seulement me loist parler de deux, d'un jouvencel et d'une dame. Donc la dame gisoit devant luy à genoulx atout un miroir en sa main, et le jouvencel se tenoit droit devant luy ',
* • 1 En pieds devant son front. Ms. de Paris, 1217.
vestu de blanc cendal, à chevelure reluisant comme or et la face comme perle,, lequel, comme je le perçus le dernier et le derrain monstrant, et doubtoie bien que l'effet de tout ce mistère, en la plus grant part, devroit tourner sur luy, comme il fit, j'oys alors, et sy le vys à l'oeil, qu'il commença ceste parole en disant :»•
t Charles, nouvellement duc de Bourgongnë, prince* de grant venue et de haute attente, fils d'un père qui n'a pareil et d'un duc dont le nom ternit les couronnes, que siedd'-W droit-cy et te maintiens morne et pensif, et estottt en dedans toy encombré, ce «semble, en l'esprit, et jbxl dehors tout altéré visiblement en tes mœurs et en tes manières?. Droit-cy, à dextre et à senestre, t'avironnent multitude de gens, diversité d'hommes et de femmes, qui te traveillent, festonnent les oreilles, t'encombrent la vue et l'entendement, et te tirent par manteau et par robe, et couché encore en lit, te hochent l'oreillier de ton repos. Les vecy^ Charles, les vecy : je te les monstre. Ce sont personnages de nouvel affaire et de grant note, et les* quels, posé que sembler pourroit qu'ils te dussent inférer passion, sy sont-ils néantmoins de l'essence de ton nouvel estât et de la oongruité aujourd'huy de ta hautesse. Regarde, en moy regarde, ô prince pensif. Reprends vertu et vigueur devers toy, et entends et prends ascout à mon estre. «Tay à nom Glaif Entendement, luminaire et estor le plus précieux de l'homme, qui en la perplexité où je te voy aherset assis, quasi tout entrepris entre faire et non faire, te viens k coâfort, et te vueil monstrer que là où maintenant peut-estre tu te tiens à vexé de cestes diverses gens, non appris, tu tiendras à salut et à grant fruit leur venue, et cy-après la presse qu'ils te livrent, à grant joye te tournera. Sy ne t'esmaye, te prie, en riens, ne de chose
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que tu voyes, ne fay murmure. Toutes ces personnes droit-cy ont leur nom, leur nature et singulière opération à toy servantes; sont de ta nécessité hodierne, et quasi ce mesme que tu es; quièrent ta personne et ton approche; désirent à estre vues et oyes ; et grant part de tes intériores vertus [sont] envers eux tournées. Leurs noms venront cy-après pièce à pièce, là où par singulières narrations je parleray de leurs singulières qualités par doctrine et comme le présent mystère requiert que j'encommence et que je le déclare expositeur, un après autre. Donc et pour ce que une dame entre toutes les autres droit-cy s'est ruée à genoux devant toy, et comme la derraine venue s'est approchée à toy par importun langage voulant avoir le premier ascout, moy argué aucunement en son importunitéetpour ce que l'impression m'en est plusague, feray mon commencement sur elle. Et jà-soit-ce que les autres soient de substance très-grande et de 'grant effet, et plus peut-estre et trop plus que ceste, toutesfois comme il convient avoir entrée eh toutes choses et en toutes matières convenable adresse , ceste-cy , la derraine venue , sera portière et ouverture à toutes les autres : laquelle , comme je la trouve baptisée de propre nom, et atout son miroir qu'elle te monstre, se nomme Congnoissance de toy-mestne, et de ceste congnoissance, telle qu'elle est, et du fruit quelle t'apporte pareillement, et de son aygrier si chaudement ta personne pour avoir le premier ascout, et de la cause pour quoy, je te veul assouifire, siques il te plaise, ô excellent prince, tourner droit-cy bénigne oreille, et là où tu peux avoir diverse ymagination en cestui accès, entends à la sieute du mystère.
t Congnoissance de toy-mesme doncques te vient premier aherdre, voire et par semblant veut estre la
première oye, quant par singulier signe à genoux te fait singulière presse, et en est la singularité du faire, ce semblerait, singularité aussy de singulier mouvement, qui à ce l'amène. Sy convient ainsy entendre qu'elle sent aucune chose estre en elle, par laquelle elle entend te pouvoir donner singulier fruit et avantage aussy en la déduction d'autre chose de singulier effet. Or, comme la derraineté de son venir et de son ostension droit-cy pourroit donner ammiration1 de son importun semblant, ne qui à cela la pourroit mouvoir si aigre, je, en son excuse, la déclare devoir faire ainsy , et devant tous autres personnages de comme haute nature ils soient, devoir obtenir ton audience. Soyes-en juge toy-mesme et regarde que veut dire le mot, et, le mot bien entendu, regarde quel lieu il doit avoir emprès toy premier ou derrain. Le mot t'amonneste que, pour entrée de ton salut et de tout bien, tu congnoisses et prendes congnoissance de toy-mesme : qui tu es en substance ; quel tu es en fortune et en tous accidens. Et certes, quant tu te regarderas et considéreras, et voudras congnoistre et entendre ce que tu es et quoy, et dont tu viens et procèdes et ce que tu es à advenir en temps futur, ne fait autrement à croire que de tout ce présent encombre droit-cy decestes gens que tu ignores, tu ne te saches bien desvelopper, et de tout ce qui tfen peut venir de fruit et de bien, tu n'en saches faire ton preu*.
t A venir doncques à congnoistre qui tu es, ne quoy', tu peux dire et juger toy-mesme que tu es fils du plus haut duc de la terre, le plus illustre et le plus fameux, le plus haut réputé de mille ans en çà , et de qui , en cas de
1 Ar^tniralion, étonnement.
1 Preu, profit.
» Var : Ne dont tu viens et procèdes et ce que tu es.
ton. vu. 19
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fortune etdehaulxet glorieux faits, se devra et pourra pins rescrire. Tu es doncques le fils d'un duc de Bourgongne, dont le nom a esté grant en ton père. Sy estoit-il haut eC redoubtable en ton grant père le duc Jehan, et tkorcement plus avant encore en ton ave, là où rognon du royal lis, dont tu es yssu, prit son essourse1. Quant doncques tureh gardes et considères que tu es eeluy , et que tu fais et e&eom* menées la quarte génération de tek glorieux hommes qui si hautement et si glorieusement ont régné en telle redoubtance, que te doit-il sembler autrement f ors que régner et prospérer sur terre te sièvent et doivent appar> tenir de nature, et aussy naturellement k, fortune de tes pères» comme leur patrimoine ? Raison évidente y a et ho» argument; car de ce dont séparation n'a esté faîte en ton ave en descendant, ains aimexation plus et plus ferme de père en fils (c est de haute fortune k haute maison} ne se fera point, fait & espérer, entoy le quatrième sept, le greigneur des autres. Considère que ce mesmtfr en quoy et par quoy ils ont régné et dominé, c est vertu i ta en as aussy devers toy la possession et abondanee. Ton ave* fils du roy Jehan de France, en la dignité de sa nature s'acquit par commune voix le titre du bon duc; et combien que toutes autres vertus y estaient à comble portion, cestuy nom seulement luy estoit attribué par une prééminence sur les autres de son temps, car sa. bonté vainquoit et pas» soit toutes autres par singulières œuvres. Luy, jo veneur et le derrain des quatre, florissoitetparcrut en sens1, disposa et tourna son entendement à preud'hommie et toutes ses oeuvres et conclusions à l'intégrité de ce royaume et de
1 Philippe le Hardi était le quatrième et le plus jeune ^fllfl du Toi Jean.
* Floriuoit partout m im, Ma. de Florence.
publique salut. Avoit le (xmir à l'honneur de Dieu et du Bien, et en ce regard gouvernoit seul ce royaume dessoubs son frère, et portait le thrône de France, dont il estoit piHier, sus des espaules. En luy se maintenoient léauté et preud'hommie, révérence envers Dieu et envers son tronc; et ett celle qualité il attrahy à luy bénédictioaVnonpasde Dieu tant seulement, mais des hommes, et de quoy les raye encore redondeut et reaplendent sur toy. Vint après luy te noble duc Jehan, son successeur, prince de réputation t*ès*exeelse, non fourlignant, ne soy estôrdant des grâces de son père, ne de ses mœurs ; mais par contraires obliques fortunes, circtiy de tribulations et de divers dangierfc, fut compeiléet coûstrarint de régner tout son temps en armes efforcèrent encontre ses ennemis et en quoy la grigneur part de France, ses contraires, ne pouvaient mettre remède. Tenoît FVançms soubssa verge etEnglds en filière. N'avait en hiy délicativeté nulle, ne mollesse de chair par qaey à tonte heure, jour et nuit, ne fust pnest k belHquetrx encombre. Avott grant sens et peu de vices, véritable et prompt à tout bien faire , dont en fin par envie et par dol il enchey en piteuse mort plus glorieuse pour luy, ainsy perpétrée, que non. De luy sailly, et ainsy le voulut Dieu, le grattt lion, le duc ton père, celuy en qui Dieu a doublé et mis en un les bénédictions de ses deux père» passés, et* de qui, si je vouloye emprendre de réciter et de raéttfrter lee hautes grâces, singulières béatitudes et glorieôsés aventures, que Dieu luy a données et envoyées, luy régnait, et de quoy peuples et longtaines régions , livres et mémoires des homînes sont comblées et pleines, ce me sefroît trop eskmgeance de ma voye et de ma matière ; mais tant s'en souffre bien dire, et moy je l'ose ainsy sans encore le glorifier en ses vertus, et desquelles je laisse
disputer entre Dieu et les hommes : en la terre n'avoit nul plus béat homme que luy, ne mieux doué, ne plus clair, ne plus eslevé en fortune, ne à qui fin*a esté gardée de mesmes à la nature de son règne. Que diront de luy peuples, ne que pourront dire nations voisines, ne foraines? N'est mort iceluy seul qui a esté en la bonté et en la recommandation de tout le monde, et de qui, pour la félicité de sa personne, pour la transquilité de ses terres et pays, pour l'affluence des biens en iceux, pour la grande extension de ses terres , pour ses victoires et batailles et hautes conduites en guerre et en paix , les hommes ont fait ammiration, l'ont déifié quasi entre autres hommes, et l'ont voulu recongnoistre quasi meilleur que homme? Or il est fine comme ses pères et ta laissé en son lieu son successeur. Il avoit glorieux pères et très-fameux par devant luy , et luy n'a point empiré leur titre , dont il te soit moindresse. Il ta laissé seul leurs trois béatitudes, leurs trois bénédictions et grandesses, dont leurs règnes ont esté estorés. Il ta laissé le règne d'un preud'homme, ton ave, le bon et le sage, le bien voulu de tout le monde, le sens, la léauté de France et le parement et l'honneur de toute chrestienté en son temps. Il t'a laissé en ton décorement encore le règne du plus vaillant prince des régnans, celuy à qui fer estoit annexé à sa chair comme par nature, qui oncques ne craingny effort, ne à qui peur oncques ne donna mutation, et lequel, puissant en règne comme son père en sieute de ses mœurs et conditions, ne luy fit point de blasme. Puis est venu ton noble père jà deffunt, que Dieu absoille! et t'a laissé le sien règne avecquesle décorement de ses pères. Quel? Certes le plus haut de tous, celuy qui perce les nues, e\ transvole et circuit les grandes mers, celuy dont il n'est nul pareil, ne.
semblable entre les roys , ne entre les empereurs, qui y approche de long temps. De celuy haultement régnant tu es Tunique fils; de celuy glorieux homme tu as reçu thrône et règne. Tu es doncques ton 'ave le très-clair viellart, de qui tu empruntes splendeur; et tu es le trèsredoubté prince ton grant-père de qui main tu l'augmentes; et tu es ton père le souverain de tous, en qui gloire avecques la tienne tu m'esblouis la vue. En luy tu reçois les trois bénédictions passées, trois claires fortunes de félicités et telle multiplicité de grâces que je ne sçay si mieux en loist le taire que le dire. Le dire en pourroit tourner à excès, et le taire à non reprise. Qui doncques ce vois et te congnois tel homme, tel prince, si glorieusement, ne si clairement dérivé de troncq en troncq, par père du glorieux thrône de France, par mère du royal thrône de Portugal, clair comme estoile, et en as la sieute et les hautes possessions, les honneurs et les aornemens du monde avecque& infinité de biens, et te vois jeune prince florissant et vert, bien doué de nature et excellentement pourvu en dons de grâce, nulle part ayant voisin, ne ton pareil, que dois-tu juger detoy autrement, fors que tu es celuy seul en la terre le plus heureux, et de qui Dieu, par bénéfice reçu, doit avoir plus de grâces? N'y a roy en la terre, tant en dis-je bien, tant de si haut heur1 que tu es, ne de qui la fortune ne semble estre reculée emprès la tienne. Si toutesfois aucuns d'iceux te précèdent en dignité de couronne, tu en précèdes plusieurs et beaucoup en dignité de plus haut titre. Tu as en toy la meule de leur envie et sur laquelle ils aguisent leur convoit : c'est le haut règne de tes pères, duquel, comme ils s'en sont
1 De si haut cœur. Ms. de Paris, 1217.
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glorieusement chevis, tu te cheviras à leur exemple et y mettras peine.
f Comme doncques tu congnois présentement et sens qui tu es en puissance et en gloire, et de qui tu les as tirées, et congnois aussy qu'à un tel et si haut homme et en telle dignité comme tu es, il luy duit et siet avoir pensées et opérations de mesmes avecques saine et bonne volonté en bien : non merveilles certes, si toutes pestes gens droit-cy, qui sont connaturels et une mesme chose avecques toy , te circuisent et avironnent, et te donnent presse et vexation en ton esprit, chacun selon sa nature ; car n'y a nul qui, en sa présentation devant toy et en son office faire, ne te serve et profite. Exemple : velà Soing, ce bon chevalier, homme >très-agu et pressant, ensemble Soucy son frère, avecques leur sœur dame Cure, qui te naissent de l'âme tous trois, et te viennent solliciter le cœur et l'esprit de ton affaire. Certes et ce font-ils duement et bien, comme qui poisent et regardent aujourd'huy que soing et soucy, grant cure et grant sollicitude te doivent estre prochaines, et tenir toutes les veines de ton cœur enserrées en leurs ferremens ; car en accroissement de seignourie sieut volontiers mutation de courage de mesmes à Testât. Qui est en la terre celuy qui ne dit que curieux soing et grant soucy aujourd'huy ne te soient propres et de ta nécessité, et quasi impossibles de les te fortraire, quant tu as le fardeau de l'honneur du monde entre tes mains, la clef pour clore et pour ouvrir humain salut et l'autorité de pouvoir faire ou deffaire ta propre bénédiction et l'au- 'truy? Voirement et non sans cause te duit bien droit-cy avoir cure et grant soing comment tu besongneras en ces trois choses et comment tu tiendras en estât l'ancien édifice que tes nobles pères y ont fondé dessus. 0! non plaise à
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Dieu que ce ne te soit immobilement en l'ail, et que ce glorieux édifice de si longue main fabriqué et parfait, tu n'ayes plus chier que ta vie 1 Tes pères, hélas 1 l'ont cuidié édifier sexnpiterne, et tu, si Dieu plaist, ne frustreras point leur haute expectation l par petit y entendre.
« Vient après ces trois-cy un autre et d'autre présenta-* tion, et se nomme Peur, et te remonstre iceluy que naturellement il doit avoir lieu emprès toy et continuel siège, disant que sans luy tu de légier te pourroyes tordre et tourner à la voye oblique ; et par luy tu tiendras en balance et en longue suspence ton élection de peur de mal conclure, comme déjà il te remonstre. Et me semble que vray dit que peur te sert aujourd'huy merveilleusement et t'est de fruit, et ne fust tant seulement que pour garder en sa netteté le thrône de tes engendreurs, lesquels, par peur qu'ils ont eu de mal faire et de ternir leur nom, l'ont eslevé plus clair que de fin or par curieux entremettre. Peur telle comme droit-cy, en haut homme est une salutaire vertu ; elle a un œil eslevé en Dieu et l'autre en soy-mesme, l'un en la garde d'autruy honneur, et l'autre en son propre, et ne souffre jamais prendre fburvoy à noble homme. Ceste peur n'acompagna mie le roy Boboam au décès de son père Salomon, mais tost et follement la déchassa en arrière de luy, et abandonnant le conseil des vieux et des sages preud'hommes, déclina au conseil des joveneurs à sa dure meschance; car héritier du thrône sur douze lignées pour les pouvoir régir, prestement en perdit les dix par son outrage. Son père les avoit gouvernés soubs verge de jonc; et luy se piésumoit de les conduire soubs verge de fer. Sy faillit à son
1 Exultation. Ms. de Paris, 1217.
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prétendre, et les menaciés s'en rebellèrent et prirent un antre roy à son contraire. 0 1 comme fructueux exemple droit-cy et comme profitable aie bien goustèrl Ce Salomon drôit-cy estoit fils au roy David, léal et féable, à qui Dieu avoit fait sempiterne promission, et en qui faveur il conferma audit Salomon son fils, son règne et son thrône. Le thrône de David avoit esté fait et accru à diverses fois S diverses cures et labeurs de batailles et de grandes chevauchies contre les ennemis de Dieu, et non oncques, fors au derrain de ses jours, tout vieillard, n'avoit eu quiétude. Tout son temps avoit maintenu les guerres encontre les estranges nations; avoit esté plein de cures et de soin toute sa vie, et ce de quoy oncques il n'avoit eu fors sueur et travail pour le mettre en un, il le laissa à son fils tout paisible et transquille. Le fils maintint son règne glorieusement, s'assist au thrône que son père luy avoit préparé, ne luy besongna de prendre lance, ne escu au col. Tout trouvoit transquille et uny, tout sien en paix et en concorde; n'en fit ne chà, ne là deschirement, ne fraction nulle, mais, comme si Dieu l'eust aimé d'une singulière faveur, non jamais vue ailleurs, toute la bénédiction du ciel et de la terre luy affluoit, ce sembloit, et luy félicitait son règne, et tout en l'amour et en la bonté de son père David, lequel avoit pris en grâce. Se desvoya toutesfois ce Salomon en sa félicité atout son grant sens, et en l'ivresse de tant de biens et de gloires, il oublia Dieu. Perdit ceste peur que j'ay droit-cy ramentue et courouça Dieu. N'en prit [Dieu] pas toutesfois la vengeance sur luy en son vivant, et tout pour l'amour de son père; mais en son hoir luy promit décadence et dissipation de son règne. Qui est ce David droit-cy, le prince de traveil et de grandes cures portées, qui à tant de diverses fois et encontre tant
de diverses mains a édifié et construit son thrône en un entier? C'est le noble duc ton père. Et le noble Salomon qui tout trouve paisible, tout refflamboyant d'or et de perles, tout plein de bénédiction et de humain convoit? C'est tu ; c'est ta haute et bienheurée personne, que Dieu a voulu béatifier ainsy en l'amour de ton père, espoir, et pour estre le pilier de son peuple, en quoy £ te trouve ydoine. Dea! si Salomon se oublia et se tordy, ne sensieut pas pour tant et n'est de nécessité que tu ainsy fasses. Mais l'advertence en est fructueuse pour tant qu'en Taffluence de tant de félicités, comme la sienne, la desvoyance y fait fort à craindre. Or es-tu la vraye ymage de ton père David, et Dieu en la sienne promesse et en la vertu qu'il ta donnée, te conformera ton règne en ton thrône, sans le couroucer, et ne seras pas Roboam en cuy mains tout se dissipa et rompit par confusion.
« Emprès ceste peur dont j'ay fait mention, voy-je un personnage, qui se nomme Aigre Désir : et celuy au semblant qu'il monstre, te quiert durement à tenir de près et de t'avoir en main, comme si sa nature portoit forte convénience et semblableté avecq la tienne. Donc, moy qui de ce me perçois et me congnois assez en ton inclination, je luy loue de faire son office et de souvent te poindre et bouter avant, affin que ceste peur qui te tient d'un lez, ne te tienne trop longuement en difficile conclure; car par trop longuement la tenir, et trop ample, la peur te toùrneroit à vice par manière de pusillanimité, et ne te souffreroit produire, ne conclure en effet, en temps et à point. Et par ainsy l'aigre désir que tu as et dois avoir de bien faire et de faire glorieuse et utile œuvre, te vient chaudier et poindre à l'autre lez de la peur, pour emprendre et exécuter ce qui est de ton estât, de ton appartenir
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et de la nécessité des choses, desquelles les unes pendent et peuvent tourner à gloire et à grant honneur pour toy, et les autres à profit et à utilité commune. Ne m'est doubte nulle que le désir ne te soit aigre de vivre et de régner hautement, et d'adjouster encore avecques la gloire du père nouvelle clarté par propres faits. Ce te vient de nature et de paternelle infusion , que tu le dois ainsy , et la grandesse aussy de ta naissance et du noble sang dont ta es, t'en est cause. Touteffois dois bien garder que le désir ne te pende point tant en l'honneur du monde, que le mérite et le fruit de ton œuvre ne te soit plus chier que la gloire qui en ensieut, ou autrement tu déc^nes à vanité, et vanité te payera de vaine paye.
« Je voy après une dame emprès toy, et laquelle, à peu de parole, te guigne de l'œil souvent, et se nomme Vergong ne, non pas vergongne répréhensive, mais instructive. Car, à dire vray, celle qui est répréhensive, elle présuppose aucuns meffaits ou aucuns vices commis, de quoy le commetteur a honte. Et celle qui est instructive, elle baille l'advertence aux hauts et nobles courages d'eux garder, sans riens qui soit de blasme, ne de vice commettre, et est ceste vergongne instructive, celle qui se présente droit-cy, et qui est propre et de grant fruit pour toy, et louable et salutaire pour moult de causes. Ceste vergongne instructive fait considérer à un prince comment vices et méchantes œuvres messiéent en autres de son semblable estât, et comment par la laidure de leurs faits ils s'acquièrent laide grâce et blasme de leurs mésus1. Sy s'en chastie volontiers, qui sage est, et s'en corrige* quant il les voit, et par l'exemple de ce dont il a honte de le voir en autruy ,
1 De leurs msnies. Ms. de Paris, 14886. 1 tiTmcourage. Mt. de Florence.
se contregarde curieux en soy afin de non encheoir en semblée. Tout homme curieux de son honneur doit estre curieux aussy de son gens, par lequel il se conduit; car par sans il se expose à ce qui est de faire, et par sens il délaisse ce qui est à non emprendre. Quelle honte est-ce et vergongne à un prince, quant il délaisse et abandonne le train des nobles mœurs et s encline et adonne à paresse et à lascheté en contraire de sa lignée 1 Certes, après le cas commis, vergongne répréhensive y est toute, et en est l'homme deffait; mais le cas non commis encore, et pendant le temps qu'un prince varie telle fois et est temple de chose non honneete, vergongne instructive droit-çy le eontretient et garde en luy disant : « Que * veux-4u faire, homme? tu en seras deshonnoré. Tu vois c les autres blasmés du blasme mesme de ce que tu veux f faire. Tu ne le feras pas. » Et en ceste advertence l'homme s'apreste et s'avise, et pour fuir blasme, il délaisse ce qui est de mauvais pourpos, et pour mérite acquerra et garder honneur, il observe et se met au train de ce qui est bonnette et de fruit. Benoite et bien doncques louable est ceste vergongne par laquelle les princes se tiennent en paix et en arrest de leur netteté, et corrigent et répriment leurs passions et vicieux pourpos qui les peuvent tempter et tirer à vice.
« De reehief voy-je droit-cy emprès toy tout en un flot ungrantmont de femmes et d'hommes, et lesquelles, quant je bien les regarde, toutes sont de ta prochaineté assez nécessaires et quasi toutes connaturelles, et se nomment Diverses Cogitations, Par/onde Pensée, Convoitise d'honneur* Noblesse de courage, Hautain Propos, Ardeur de lien faire et de glorieusement vivre. Sy me délitte droitcy, ô noble duc, de t'en expoeer un peu grassement ce
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que je comprends de leur nature et de leur office emprès toy. Et me semble voir, que moult sont convenables et séantes à ta noble personne, et, que plus est, non bonnement séparables ; car trop te sont de près et intrinsecques en l'âme. Exemple de Diverses Cogitations : comment te pourroit-elle estre séparée, ne estorse, ne comment pourrois-tu vivre sans elle, quant tu as tant de diverses matières et de diverses causes en quoy tu labeures ententi- , vement et intellectivement, que la multitude en empesche la discrétion pour en distinguer par nombre? Et comment pourrois-tu aussy sans Par/onde Pensée, qui as l'abisme des humains affaires entre mains , qui touchent à l'âme et à l'honneur, et sommièrement à tant de qualités et de conditions d'hommes, comme tu as de pays et de diverses natures? Tu dois à chacun vouloir satisfaire ; traiter chacun en nature de noble prince; gagner cœurs et courages par vertu; les subgets par bonne gouverne, les serviteurs par recongnoissance, les nobles par bon exemple et les villes et cités par justice, en quel affaire, qui tout voudroit bien peser et escrutiner, il y peut seoir de parfonde pensée beaucoup et difficilement comprise souvent, comment on en pourra user; car à tant de difficultés respondre et pourvoir à tout, n'est pas légière chose. Ces deux dames doncques ont grant exercite en toy et continuelle opération, et là où nonchalance ou négligence te pourroit traire à oyseuse qui est grant vice en prince, elles gravient ton jeune boullon1 en multitudes de charges, et par lesquelles te parfont et glorifient. Non moins en fait bon devoir Convoitise <F honneur. Ceste-là, où que tu te tournes ou voises, te sieut à queue et ne te laisse pas,
1 C'est-à-dire : Elles rendent plus grave ton esprit entraîné par la bouillante ardeur de la jeunesse.
ne jambée1, que tu ne l'aies affine2. Certes et non merveilles. Car elle te vient de hoirie, de génération en génération, de longtemps et d'ancienneté de noblesse, qui t'est infuse et dont la loy veut avoir sa nourriçon en toy et son usage. Car tout haut homme, et comme plus est haut, tant plus il convoite haut honneur et solempnel œuvre ; et autrement n'est point l'homme haut, qui ne joyst de haut titre. Ceste convoitise d'honneur en un prince est moult recommandable , car elle fait garder curieusement ce qui est acquis par luy ou par autruy ; et de ce qui reste à pouvoir acquerre par labeur, elle donne soing et attente, et volontiers tous ceux qui sont de cest esgart, coustumièrement sont hauts et esleus courages et nets et honnestes, sans reproche, et peu les voit-on encheoir en mésus. Et pour ce dit-on vulgairement ce : « Qui aime son honneur, il aime son âme. * Et s'ensieut que tout preud'homme doit aimer son honneur, car nul ne peut estre preud'homme sans aimer son âme. Sy y a encore Noblesse de courage, Hautain Propos, Ardeur de lien faire et de glorieusement vivre, qui te donnent de la peine beaucoup et ne te laissent en nul repos, ains te font le cœur envoler l'une fois envers le ciel tout au plus haut, l'autre fois en la rondeur de la terre, par circuition toute large ; te promettent la mer pouvoir subjuguer en ta main, et la terre en ta force ; toutes voyes et manières te font excogiter pour à haut parattaindre et pour en singuliers hauts faits acquerre singulier los. Cestes conditions et natures sont et doivent estre de l'essence de tout noble prince , et tant plus et
1 Ne jambée, pas môme un pas.
1 On Ut dans le ms. 724 Dupuy : « Ne ne te quittera jamais que tu ne parviennes à ton intention. »
30* ADVERTISSEMBNT
plus, comme il est plus haut et d'excellente origine. Ton père glorieux en a eu haute et large portion en son temps de telles hautes et singulières atteintes, et par lesquelles sa tombe reluit et gîtperlisée glorieusement de singuliers tiltres. Sy n'est-ce point hors de ta nature, ne d» ton appartenir, si cestes mesmes dames, qui Font tenu de près tout son temps, te sièvent aussy et se joingnent à toy pm* intention semblable.
c Erramment encore me perçois d'une autre dame qui s'avance et laquelle, affin qu'elle ne soit oubliée pour la presse des autres, crie tout haut et se nomme : Nécessité publique, disant : « 0 très-noble et très-haut duc de c Bburgongne, prince de haute et renommée vertu, « daime-moy, te prie, ton regard. Je suis Publique Né- « cessité, qui dois avoir lieu droit-cy et «scout en ton < siège. Les princes de la terre sont ordonnés à ce et « constitués, que par eux et par leur sens il soit pourvu c en moy à» mon affaire. Je sais celle en qui pend la c conservation1 du monde, l'entretènement des hommes t et la paix des courages, lorsque je suis bien main- « tenue. »
« A tant se tait ceste dame et ne dît plus. Et moy, du surplus, ô noble duc, je feray son office. Sy est vray , ô très-haut prince, que ceste dame Publique Nécessité semble te vouloir persuader que tu la prennes fort en cœur, et que de ton affaire tu pourvoyes par grant sensr, et que du sien affaire tu traites et disposes par saines voyes. Car entends bien : en toy originellement doit estre regardée la nécessité publique , comme pour toy et comme prince ; et es autres les suppos de tes seignouries et divers pays,
1 La conversation. Ms. de Paris, 1217.
AU DUC CHARLES! 3tt
elle doit estre regardée par toy comme par participation universelle. Exemple : il est publique nécessité à toy si tu veux vivre et régner et avoir la bénédiction de ton père, que au mesme point là où il a laissé tout, que tu te formes et réduises à iceluy pour estre son ressemblât^. Et que sera*ce? ne quel sera ce point? Certes, c'est que tu te fasse» armer cordialement comme luy, que tu te fasses prendre en dilection par ta douceur, et craindre et avoir en révérence par ta justice. Ceste nécessité principalement concerne à ta seule personne et non à autre. Tu veux doncques et quiers régner puissamment, et avoir en ta possession et main ce qui est de ton hoirie, et raison le vent. Mais, avecquee ce, convient-il entendre que comme tu appâtes à avoir ee qui est de ton convoit et de ton amour, en semblable et par la mesme raison tu dois appéter ce par quoy ce que tu aimes (ce sont tes pays) puisse demorer en estât ; ou autrement ton amour fauldroit, ne seroroit à mille riens qu'à toy, et ce que tu devroies aimer pou te maintenir grant, iroit à périssance. Ne fait k ignorer que la seule et souveraine félicité des princes pend en la félicité de leurs subjets, et la félicité de leurs suppos en la prudence et vertueux usages des princes. Qui est su monde prudence plus grande en un prince que de soy fttire aimer? Qui est plus vertueux usage en terre, ne de si grant fruit, que de gagner les cœurs de* boannes par révérence? Prince aimé se fait révérender, et peuple qui aime, porte crémeur. De peuple amy vient au prince richesse) et au prince crému vient puissance de peuple. Et qui est-ce qui fait aimer? ce fait bonté tirée dm fons de prince. Et ce qui le fait craindre, ce fait sa vertu et sa justice reidement maintenue. Et quelle provision vient au peuple, ne quel fruit de ceste amour de prince? Certes
très-haute et très-salutaire. Il en vient que toutes choses en sont observées et maintenues en ordre et en règle. En divers estats sont mises diverses ordonnances, et à diversité de causes et d'accidens cotidiens sont mis divers remèdes, et tout au salut et à la paix et à l'entretènement du monde, et à quoy les princes sont constitués d'avoir l'œil et d'y mettre attente et cure à chacune personne et à chacune cause à l'exigence et nécessité de l'affaire. Là gît la publique nécessité que le prince doit avoir en l'oeil, et en quoy par amour et pour l'honneur de Dieu qui à ce l'a commis, il doit labourer et veiller. Et par ce faire, il gagne les cœurs des hommes et se fait aimer; et par amour gagné, il se fait doubter et craindre en son dedens et dehors, et en tire la substance. Il est doncques nécessité que le peuple soit bien traité , qu'il soit gardé d'inconvénient, qu'il soit pourvu de ce qui est de salut , et administré de ce qui est de proufit. En ces quatre points, et lesquels viennent de bénéfice de prince, est conservée et comprise toute humaine félicité, et entièrement paraccompli aussy le devoir de princiale vocation.
« De rechief en vois-je trois nouvelles, lesquelles au semblant qu'elles portent, te devront donner du pensement beaucoup et de grant entouellement de cœur. Et se nomme la première : Considération des humains affaires, la seconde : Saute pesanteur de tes pays, et la tierce: Diverse condition et qualité de tes divers peuples. Desquelles trois, n'y a celle qui ne se répute bien valoir d'avoir ascout et d'estre avec toy disputée et maniée, chacune en sa nature. Venons doncques à la première qui se dit Considération des humains cff aires, et avisons en quoy et combien elle te compète de l'avoir en tes yeux. Certes et à mon vray jugement elle te compète à beaucoup, cerne semble;
car sans tourner ton entendement là envers, tu ne peux duement parvenir à titre de bon prince, et de qui le droit et le devoir sy est d'entendre au bien des hommes et de leurs affaires , comme commis à ce et establi de Dieu par remède. Or sont les humains affaires comme les ondes de la mer, infinies, fluctuans et mouvans à tous vents. Huy tempesteux et furibondes braient etfontunefrienteespoentable. Demain reseront paisibles et accoisiées, et se remettront en nature. Ainsy sont les humains affaires. Ils sont infinis et outre toute compréhension. Ils s'essourdent et s'esmeuvent à tous vents de fortune, ne jamais ne sont sans mutation en un endroit de la terre d'une manière en une, et d'une autre en autre. Huy sont en guerre, demain sont en paix, huy conduisables, demain désespérables. N'y a stabilité nulle, ne ferme arrest, sinon autant que les gouverneurs des peuples et les hauts princes y mettent de leur sens et de leur provision par bonnes règles et par bonnes lois, tel fois à l'estroit et bien serréement, tel fois aussy un peu mollement et en moyenne douceur, selon l'exigence des diverses natures et causes, lesquelles toutes font à considérer à prince de haut règne. La mer se seuffre naviguer par art et par sens et par industrie d'homme, et conduit-on parmy les impétueuses et espoentables ondes la navire à port de salut. Le patron qui ce gouverne , a tout en main ; il a la vie et la mort de mille hommes en sa disposition. Il pourvoit à ses offices dessoubsluy et à chacun baille son entremise, etluy-mesme pour le salut de tous il veille et traveille ; il soingne et sollicite chacun à faire son devoir, et ne donne repos à nulluy jusques l'on soit hors de péril. Tout autretel est et doit estre d'un prince , qui par les diverses tribulations et variations de ce monde a peuples et diverses nations à
306 ADVERTISSEMERT
conduire* et desquels il doit avoir le soing pou* tes mener à sauf. Luy premièrement et sur tous en doit avoir le BOtivèr&in regard, et pour plus aysééméiit en venir h boime fin, il doit mettre en pratique sa conduite par diverses nlains, par diverses offices [en] gens utiles et laborieux* et luy toujours veillant et entendant sur eux par le moyen de sa sollicitude, il mènera à sauf et à port ce qu'il a en garde.
« L'autre dame, qui se noihme Pesanteur de tes puyss se fanlentoit maihtenant droit-cy. Sy fait Diverse condition et qualité de tes divers peuples; et désirent fort que tu entendes à elles et que tu les congnoisses* Quaàt à la première* qui se nomme Pesanteur de tes pays, n'est de merveilles si elle se présente à toy et se ramentoit; car je te dis bien sans faute que la pesanteur dé tes payB est grande» et non pas grande, mais admirablement grande, et de grànt estime et de grande importance. Elle est grande en nature de situation où ils sont. Elle est grande en la nature de l'habitation ' qui y est. Elle est grande en la qualité et condition des habitans, qui y sont sans nombre. Elle est grande en considération de leur ancien tout viel ploy et usage, dont ne se souffreroient frustrer, ne rompre; Elle est grande en considération de leurs richesses et grandes puissances, de leurs usages et privilèges, et de leurs lois lesquelles veullent avoir observées. Elle est grande encore en considération de ce que depuis mil tas, et avant que premièrement furent hiabités1, ce ont esté les pays des parties d'Occident, les plus populeux, les mieux édiffiés de forts et de villes, les mieux
1 Habitation (anglais : haàif), coutume, système de gouvernement. 1 Domptés. Mb. de Paris 14386. Habités signifie ici : soumis au gouvernement qui existe aujourd'hui.
N5 DUC CHAAUS. »7
stabilités et pourvus de lois, les mieux et les plus submis à justice» les mien* usans et habitués de marchandiez ks plus certains pour toutes nations recevoir, les plus sages et les plus expers en toutes notions subtiles, les plus riches et les plus abondans en biens, les mieu* et les plus hautement gouvernés de hauts princes, et les plus tenus tu franchise et en grant police, qui fussent en la terre» Par quoy # tout ce considéré et quelle est la nature de tel peuple et de tels pays, quelle est la ptémine&oe des hauts titres et des hautes gr&ces qui y sont et qui se Voie** à l'œil» et que la duration en a esté si ancienne et si glorieuse» et que leur transqUiUité et paix a esté si curieuse ment observée toujours et défend*© par tant de nobtes et hauts princes, sans que oneques Ton mordist en eux» ne qu'on les violast» pitié seroit et amère douleur si os toy» ne partoy caste félicité glorieuse presist fin, ne amen*» drissement» qui es le greigneur encore et de pins griot attente qu oneques nuls de tes pères» et qui plus y dois mettre peine et eoing pour la conserver en estre»
« 0 1 et comme te doivent donner à penser profondément dnq ou six autres dames, que je voy icy devant toy» d'une felle manière et hideuse » et desquelles la première se nomme : VSnnemistié des r*is et des primée* tes hay>neuti, ÏEnïieetMaintdet François etdeswi$in6S*ritons> Murmure, Machination , Fraude et Déception s offt*tir> et desquelles toutes ensemble les menaces et les évidente . périls apparent, et les voit-on à l'oeil. Sy convient eûoofe à toute la charge que tu as de toy conduire et gouverner avecques tes subgets» qu'en ces dames^iey» qui touchent à la vie et à l'honneur de ta personne» tu souverainement regardes et entendes ; car du lez, dont plus tost te peut venir le hasart, se doit plus tost mettre et adviser le
remède. Ennemistiés sont dures, et font à craindre, et souverainement en ceux qui portent injure non vengée. Tu sçais à qui tu as pointé, ne à quelle cause, et es assez expert des courages de ceux qui ne te sont pas amis. Si aujourd'hui ils diffèrent d'exécuter leur hayneux propos, demain s'en mettront en peine et s'assaieront en ta personne, s'ils peuvent ; s'ils ne peuvent, ils s'en vengeront sur les tiens, et là où ils ne pourront aller par effet et par main mise soubs couverte et longue machination , feront venir et envoyeront dame Fraude en jeu pour te vaincre. C'est celle seule soubs qui se feindront vouloir entendre à ton amistié reconciliée ; mais ce sera pour te deffaire. La hayne y %st congréée trop ancienne et l'envie trop multiforment redoublée. Envie et hayne sont nées avecques François encontre ta maison. Les mères en respandent le lait en la bouche de leurs enfants au bers, et est chose si connaturelle à eux qu'il convient ou que France produise une nouvelle génération toute autre que ceste ou que ta maison de Bourgongne soit foulée l aux pieds et toute démolie. Jamais autrement n'y aura concorde. Entends bien : ce sont les deux extrémités bien difficiles touteffois, et pour ce que je les voy difficiles, je juge difficilement' y pouvoir trouver bon amour. -Là où doncques l'amour ne se peut trouver fors soubs doubteuses et scrupuleuses voies, il se convient pourvoir encontre l'ennemistié par convenables remèdes. Ennemy veille tousjours et ne cesse de songer mal. Tu as, tu le sçais bien, de malicieux songeurs contre toy, et lesquels sont nés de ceste heure que jamais bien ne te feront. Toutefois ils sont créatures et œuvre de Dieu, et leur
1 Gcutée. Mb. de Paris, 1217.
preste Dieu règne et vie ! Mais ce peut estre au bien et à la gloire d'autruy, qui par ce moyen exercent leurs vertus et s'en font après louer et recommander. Les aspres-et les dures fortunes , souvent en jeune eage , font croistre et' devenir glorieux vieillard. Le fer s'aiguise et se polit sur la dure pierre, et le vertueux homme sur les dures affaires. Ton père a eu de durs passages beaucoup, et de bien estroits, et lesquels après les avoir passés, les a trouvés larges et délitables. Ne fut oncques jusques à son tout viel eage sans avoir des escuremens1 contre la dure pierre. Toutefois n'y est oncques succombé : aussy ne seras, espoir m'ert. Il a eu ]#s ennemistiés les non pareilles du monde ; il les a glorieusement vaincues toutes : et tu aussy tu les vaincras si à toy ne tient. Comment à toy ? C'est que tu y pourvoyes par sens et par obéyr au conseil des sages preud'hommes et expers de eage , que tu te fies en ceux dont tu congnois les bonnes mœurs, les vertus et les recommandations, et que tu ne mettes pas ton cœur* en mainô- de légière sorte, ne ton secret en bouche de flatteur. Tu en as vu des meschiéfs et de grans griefs avenir. Pense si je dy vray. Ton grant-père en fut murdry et toy presque. Ton père en a esté menacé, mais son heur ne l'a point souffert. Tu vis encore en semblable menace; mais Dieu, qui est ta garde et ton meneur, t'en préservera de tout. Tu es à luy. La foy sauve l'hcftnme et sa bonne vie; mais Dieu veut que l'on s'aide, et que l'on s'ordonne et arme de nobles œuvres et de vertueux faits v et que l'on mette son fait et son estât en nobles et sages mains et en pondéreux conseil , et que l'on se fortifie de l'amour et
1 Des asseurements. Ms. de Paris, 1217.
'* Ton corps, Mss. de Paris, 1217 et 14386 et Dupuy, 724.
510 ADVBftTISSRMENT
béuivolence de son peuple et de ses nobles, par lesquels on eaetoiève les grands faite et les dures impulsions des enne« mis, Prinoe qui est bien aimé de ses nobles, ne peut suecomber« II est riche de précieuse chair et a de sang à OQisiiomdement, comme d'eau en mer. O noble amour et bien employée, qui là ae tourne! Et comme est grande pitié et plo&ble, quant prince à ce ne regarde! Ton père avoit ocfturs, foies1 et poumons ; il avoit les vies et leesub» staneoa de ses sutyeta, et leur estoit son aspect abandonuement Ua nwrt
€ Tout à ce derrain, et comme en queue, 707-je Tenir avant encore un personnage d'homme froidement, emmaniéfl&et dehouuemode; et comme je mepercoy deson estre, il porte quatre noms. Le premier sy est et s appelle : JRegard èam devoir. Le second se nomme : Regard à m weêtitn. Le tiers s& dit ; ftegwd à 4a glorieux fortune; le quart : Jttgwd à multitude dé dvws grtns exemple*. O très-haut et trèe-ezcellent duc, iey te plaise h entendre, te prie, à Imposition de ces quatre, et par lesquels je veul conolure et foire fin en ceste matière; car n'y voy mais chose nulle, ne mystère, qui me donne plus loy de parler. Et me semble qu'en tant qu'il touche, ne compéter peut h ton noble et principal estât, à ta haute et excellente personne, ne aux préseus affaires de tes subjets, pays et seigneuries» tout y sera à suffisance compris, touchié et remonstré dedans pour autant que l'effet de la vision et du mystère présent porte, et là où je veul couper. Or donoques Rtftrd à ton devoir te vient amonnester droit-cy en son premier titre et fait bien. Mais tu peux demander de quoy, ne de quelle chose te veut-il donner lenhort. Et je
1 Batte, Mb. Dupuy, 724.
AU DUC CHARLES, 31 i
responds que de moult grant chose et moult convenable *, car il te veut faire muser et penser à ce que tu dois et à ca à quoy tu es obligié; par contraire de ce qui te pourroit mal seoir et que tu dois laisser, Qu'est-ce doncques qui te pourroit bien seoir ou mal, ne en quoy tu pourras acquitter ton devoir ou non? Ce sont i^rtiis ou vices. Vertus et bonnes œuvres te sont1 copnaturelles , et les vicieuses moeurs anienties. Quelle chosq doncques appellerons-nous devoir en toy , ne à quoy tu es obligé, nç de quelles vertus dirons-nous qu'il te coqvient user en aiquitant ta nature? Je responds certes que non d'une vertu, ne de deux, 4e de trois, ne de telles, paajs de toutes les plus hautes et les plus dignes et les plus glo~ rieusep, dont aviser te pourra^, neymaginer, et desquelles les plus hauts rois du monde du temps de jadis, et les plu? parfaite , les mieux adrechiés et les plus renommée as sont en leur temps, sicomme on trouve d'eux, décoré» et parés, et qui ont en leur manière de faire et dû vaincre*', et par leur haut sens et par magnifiques courages, empris et conduit les hauts dangereux faits, conquis et submis royames et diverses nations, édiffié peuples en police et en bonnes lois et plus gagné leurs eourages par engin que par force, tant que la renommée leur en dure et durera par tous les siècles. Donc , comme tji es aujoipdlmy l'un des hauts princes de la terre, et des plus eatevés, et auçquas près le second ou le tiers du monde, il est convenable que tu «ussy à l'avenantdç ta baufe eslevée fortune tu acquières par singuliers faite la renommée de manne, et que tu fasses resplendir par vertu , ce que fortune te donne par faveur. N'entends-tu pas que possession dçhaute
1 Te doivent estre. Mb. de Paris, 1217.
2 De vivre. Ms. de Paris, 14386.
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seignourie, soit de sceptre ou de couronne, est commune aux bons et aux mauvais? Un tyran tel fois possède et règne au dur et à l'ennuy d'autrui; mais sy nVt-il titre pour tant, fors de régner, et que Ton dit de luy : un tel est roy. Mais le bon qui règne en sa bonté, en son noble et vertueux courage et en considération de son estât, celuy clarifie sa fortune par sa glorieuse renommée, et fait resplendir son nom parla singularité de ses faits. Porter nom de prince tant seulement, c'est povre titre. Sots et povres personnages le portent; bochus et contrefaits et aucuns de par verse vie s'en parent. Ils ont les possessions ou les noms sur quoy ils se grandissent; et posé qu'ils soient de tronc et de nom, sy n'y a-il sieute * nulle autre que de vanité , ne bonnes mœurs, ne bon exemple. Mais porter nom de prince princiant est un haut titre. Iceluy titre tant seulement compète à glorieux bommes, à princes de baute renommée1, qui excersent et exposent tous leurs engins en honneur, en bien faire et en bien régir. Ceux-là sont princes, princes à droit et tout à bon. Dignes sont de porter sceptre et d'avoir règne et possession , car le fait y est. Et vaut mieux un povre bomme que vertu acompagne, venir à titre de roy, que que fils de roy parvienne à couronne, non doué de vertu \ Rien ne fait digne l'homme, que ses bonnes mœurs, et riens pe le fait clair, que son bien faire et son louablement exposer4 de soy acquitter en son devoir. Où? certes envers. Dieu, envers soy-mesme , envers son propre honneur, envers propre salut, envers ses subjets par équité maintenir, envers ses nobles par les recongnoistre, envers
1 Fiance. Mb. de Paris, 14386.
' De haute vertu. Ms. de Paris, 14386. ' Non doué de nature. Ms. de Florence. 4 Proposer. Ms. de Paris, 14386.
-ses serviteurs par les rémunérer, envers les bons et les dignes par Jes avanchier, envers les sages parles attraire, et [envers] les vaillans [par les] honnourer et tenir en amour par singulier bénéfice. Ne doit avoir un noble prince riens frustre en luy, riens cassé, ne riens vain. Tout doit avoir lieu et note ce qu'il fait. Tout doit estre ajusté et compassé l'effet à la cause ; et là où le fait ne peut estre toudis, que la volonté s'y monstre au moins. Belles paroles, douces responces, amiables promesses de princes contentent les hommes ; belles paroles mènent à mort. Sy cuide que plus est de fruit un prince doux et fort tenant, que un rude, bien large et de parvers affaire. Ne faut autre chose à un prince fors qu'il entende à son nom, qu'il entende que veut dire : prince, ne qu'il signifie, et lors après l'entendre il en prenne l'pffet, s'il luy plaist , devers luy ou le délaisse. S'il le prent après bien l'entendre, il s'estore bien, et s'il le délaisse, il vit obscur, et il se monstre homme commun et de bas affaire, qui se doit faire regarder comme le ciel. « Or doy-je parler maintenant de Regard à sa vocation, et de ce à quoy il prétend envers toy. Certes il te veut donner à entendre que ta vocation est d'estre le refuge du peuple, le centre et le comble de leur ressort, et à qui ils doivent prendre chief et production et avance de toute leur salut. Donc, potir ce que infinie multitude d'hommes ne se peut unir, ne concorder h soy sans chief, Dieu t'a commis estre chief. de telle infinité affin de les maintenir en règle. Donc, comme ceste règle sortist à diverses fins et effets, comment doncques qu'elle se contourne en diverses vertus , et lesquelles sont de ta vocation , disons doncques quelles sont les règles, ne les vertus de ta vocation ; et je dis primièrement que ce sont justice, raison, équité, droiture en tous cas, parfond regard, fréquente
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sollicitude, diligence en commun bien, attente à salut et providence de paix, nourrir peuples en erémeur, et aussy pareillement les nobles hommes en bonne amour, les pays en transquillité et bon ordre, et iceux préserver et deffendre d'ennemis , laisser ce que Ton trouve bon en son estât, et ce qui va crombe ' de le réduire selon le faisable, user de sens et de raison, non de volonté, régner sur toy premier que sur autre, et sur ton peuple par douceur et en ton dehors par erémeur, avoir Dieu en révérence et Sainte Église, propos de tout bien faire, d'astre exemple de bien au monde2 et de dresser toutes tes voyes et contendémens à bonne fin. Cestes sont, avecques plusieurs autres, les conditions et les vertus qui duisent à ta vocation, et qui sont de l'appartenance de ton estât et de ta personne, et en quelles il est apparence et espoir grant que tu floriras, et florissant en feras haut et louable acquit, que Dieu doint!
c Que dirons-nous du Regard à ta glorieuse fortune *f Y siet-il droit-cy ramentevance, ne qu'on en fasse répétition? Raison méjuge que ouy , et que c'est chose convenable d'en tenir parole, et plus encore d'en assapier bien ce qui en est de l'effet. L'on dit volontiers que ce qui est acquis chièrement et en longs travaux et dangiers, il doit estre de chiàre garde , et en doit-Ion avoir tant plus de soing, comme il est haut et de chier acquest. Chose obtenue et acquise ne vaut qu'au poids de ce que l'acquérant en fait pris. Et pour ce que le regard que l'homme y met, il l'y met à l'équivalent de ce que la chose luy monte, si elle luy est grande, il y met grant regard, et si elle luy semble pe-
. x Crombe, de travers.
2 Aux autres. Ms. de Paris, 1217.
1 A U glorieuse personne. MB.de Parte, 1217.
tite, il en fait aussy moins de poids. Venons doncques à ceste fortune, et sur laquelle tu dois asseoir ton regard, et voyons de quelle estime elle te peut estre, ne de quelle réputation. Quant est à ce qu'il en semble aux hommes, elle est merveilleusement haute ; mais si l'estime en est semblable à toy, cela pend en doubte. Et pour ce que la doubte y est, et que la faute de la condigne réputation y pourroit cheohy ce regard droitrcy te vient ammonnester d'entendre à ta fortune, laquelle, et adfin que tu entendes quelle elle est et de quel nom, il te la baptise glorieuse* Et voirment en bonne équité bien l'a baptisée ainsy, car certes glorieuse elle est et très-excelse sur toute commune condition ailleurs parammirable. Donc et pour en parler au vray, en toutes qualités et donnisons qui sont du pouvoir de fortune, à ton noble père et à toy elle a donné tout l'extrême, n'a riens recouppé en l'un, ne retaillé en l'autre. Ce de quoy elle peut enrichir tout homme, tout a converti en toy seul. A toy seul a ouvert son trésor, là où nulle part n'en distribue que par portion, cy d'une manière, là d'une autre. Véons doncques quelles sont cestes largesses de fortune envers toy, ne les dons si extrêmes dont elle te sert. Ne sont-ce les richesses si grandes que le fons n'en peut estre compris? Ne sont-oe honneurs et exaltations parégales avec les rois? Ne sont-ce puissances et anciennes possessions de seignouries, non moindres que royaumes? Ne sont-oe révérences et faveur» de subjets Huile part trouvées semblables? Ne sont-ce aspirations des cieux et des dieux, si ainsy parler loysoit , qui te donnent et ont envoyé à ton feu noble père et à toy gloires et victoires les plus ammirables et les plus redoubtables de la terre, avec toutes autres félicités, bénédictions, béatitudes et toutes gratuités et comptai-
316 ÀDVERTISSEMENT
sances , si avant et tout ainsy que souhait et convoit de cœur pourroit appéter, ne demander à Dieu, et dont l'approbation te reffiert au front et te fait congnoistre que nulle part du monde, ne loings, ne près, Ton ne trouve ainsy? C'est bien une glorieuse fortune doncques et bien resplendissante, qui ainsy passe toutes autres, et bien fait à regarder et à tenir à chière, qui Ta sifaite. César prépara le triumphal empire et l'édifia sur l'univers monde. L'Auguste son nepveu, clair en la vertu de son oncle , le possessa paysible , et en Tibère se déclina la gloire de l'impérial acquest. Doleur doncques et reproche à Tibère de perdre l'intégrité de si hautes gens comme les deux , et] faut dire ou que la vertu luy fut moindre que des autres ou son heur. Si vertu luy faillit, ce luy fut reproche ; et s'il tenoit à heur, sy luy tourne-il à charge, car n'estoit pas bien voulu des dieux. Le noble duc mort a esté César. Tu es et seras, si Dieu plaist, le vray Auguste. Tu auras le tout, si Dieu plaist, en ta paix et fruition. Tu appaiseras les rebellions et seras produiseur d'union et de paix partout. Tu seras en tes mœurs et beaux exemple%comme déifié des hommes, entreteneur de ton thrône, non dissipeur, non élat, ne enfiéry en ton exaltation, corrigeur des mauvais et exalteur des bons ; et rendant grâces à Dieu de tant de biens , tu recongnoistras ta glorieuse fortune et toy-mesme, comme fit iceluy que Dieu tant béatifia qu'il voulut naistresoubs luy en son règne , comme j'espoire soubs toy il pourra renaistre en^ core tout nouvel au cœur des hommes, et sy se corrigeront les vices et les mauvaisetés qui courent aujourd'huy, et se relèvera la foy de Dieu et l'honneur de l'Église en vigueur. Soubs les preud'hommes princes et de léal cœur fait Dieu uaistre coustumièrement toute félicité, abondance de paix
et d'amour, et par contraire soubs prince tyran 'dérision en tous estats. Les hommes sièvent leur prince en exemple; c'est chose experte et congnue. Léal homme doncques et vray en cœur, il congnoit les biens que Dieu luy fait ; il congnoit sa gloire et sa haute félicité ; il congnoit sa glorieuse fortune et la pourpense souvent. Et selon ce, il se dispose et ordonne de luy en rendre grâce et d'en estre curieux gardeur sans décadence, laquelle jamais ne se fait fors par couroucier Dieu et abandonner vertus. Congnoistre ce qu'on a, fait aimer; amour faitchièreuçient garder, et garder donne fruition et joyeux possès de ce qui est de garde.
« Reste doncques le derrain regard, celuy qui se nomme Regard à divers hauts faits et grans exemples, et duquel, pour se parassagir du présent mystère, il convient que j'en expose ce qui y fait à entendre. Regardons doncques quel fruit il y a en avoir son regard assis en divers exemples, ne d'avoir son œil rué en dehors de soy bien loin, pour le retirer de près arrière en dedens soy à rapport et à gaigne. Certes, là où le rapport se fait de fruit et de lucre, il semble que le ruage y a esté fait à bon preu et à cause honneste. Les philosophes démonstrent que nostre humaine congnoissance nous procède et naist des choses extériores sensibles et capables par sens ; et puis par un retour endevers nous, qui les comprenons telles et telles, nous les boutons en nostre entendement et en réservons l'image, et par ainsy la vertu sensitive esmeut et met en œuvre la vertu intellective. Comme doncques cecy est vray , et que par toutes les choses qui en terre sont, et jusques au mouvement du ciel, cecy se prouve, utile chose est doncques et très-nécessaire que pour soy assaigir et faire clair par dedens, que l'on rue doncques
318 ADVERT1SSEMENT
les yeux dehors de soy et là envers dont on peut retirer clarté.
c Question est ; Pourquoy l'aveugle ne peut juger de couleurs? Besponce est : Four be qu'il n'en vit oncques nulles, et qu'il n'a point en luy la sensitive qui luy en fait le rapport. Il ignore la différence du blanc au noir. Appert doncques que la vertu sensitive du corps informe et embesongne la puissance intériore qui est en l'ftnie. Ramenons doncques au pourpos cest argument* L'aveugle qui onoques ne vit blanc, ne sçait comprendre aussy que c'est de noir, et qui oncques ne vit clarté, ne sçait que c'est de ténèbres. En luy ne peut avoir nulle impression de nulle riens* par carence de la vertu visive qui fait les présentations. A qui acomparerons-nous l'aveugle? A un prince ignorant. A quoy le blanc et le noir? A vertu et à vice. A quoy clarté et ténèbres? A glorieusement ou obscurément vivre, à vivre en prudence et en grant agaet, on à vivre en noncbaillance, inutile à soy-mesme. Comme doncques prince ignorant est de grant grief au peuple* et, que pis est ', à luy-mesme en âme et en corps, est comme un homme despect et imparfait, demy-homme, demy-riens. Ne vise ne à clarté, ne à ténèbres. N'aconte ne à blanc ne à noir, car ne les congnoit. Ne vise qu'à mettre jour après jour en brutal usage» Par contraire, prince prudent et enluminé d'entendement, tout premier, il pourvoit à luy~mesme, et par ce moyen il pourvoit à son peuple ; et est la charité de luy à luy plus nécessaire que de luy à autre» En sa prudence doncques , et parce qu'il a la con» gnoissance du blanc et du noir, il se adhère par élection au blanc ; il préfère clarté devant ténèbres et sapience
1 Qmpluiest. Ms.de Paris, 1217.
devant ignorance. Il préfère glorieusement vivre devant vie obscure* et bien voyager et bien faire devant Vanité et folie, Il a doncques son élection au blanc , qui luy représente leg vertus \ il a son amour en clarté figurée de glorieuse vie, et par contraire il contempne1 le noir pont sa laide représentation, et les ténèbres il les fuit pour ce qu'à l'âme il les voit contraires ; laquelle âme est claire et resplendissante en soy, et par ce elle aime ce qui est son semblable. Que dirons-nous doncques de ces exemples dont parlé est dessus et à cause de quoy nous avons fait ces prémisses? Exemples, vray est, sont de la nature de ces couleurs. Les uns sont blancs et les autres sont noirs ; les uns obscurs et les autres bien clairs. Et tous deux néantmoins, et les blancs et les noirs* et les clairs et les obscurs» servent à un sage prince* en l'un endroit pour luy eslever le cout&ge en leur bonne démonstrance, en l'autre pour luy réprimer son desvoy parleur congnu reproche*. Ceste discrétion ne se trouve point en prince ignorant. Prince ignorant tt'àséiet nulle élection. Et si d'aventure il en assiet aucune, s'y 1 aasiet-il en de qui est de sa nature, en chose vile et basse ; car n'a clarté en luy par quoy luy soit de réputation. Tels sont les princes qui sont pleins de lascivité et d'ordures, tous enveloppés de charnelle volupté» qui mettent leur trésor en fange puant, et le trésor' de lettr plaisir en Volupté desbridée. Sages princes et de haut courage le mettent bien en lieu plus noble; et non obstant que la chair tire et vainct tel fois, sy le mettent-ils en précieux estuy tout haut, là où le soleil Sert dessus et en fait tourner la réverbération en terre, tant que les yeux
1 H condempne. Mb. de Paris, 1217.
1 Pour luy reprocher son courage. Ms. de Paris, 1217.
* Le trône. Mes. 1217 et 14396 de Paris.
des hommes et les mémoires s'en remplissent et s en clarifient. Iceux et sifaits princes, au temps qu'ils régnent, sont exemples et miroirs, par ainsy faire, à leurs contemporains et à ceux qui après eux viennent. Ils laissent en mémoire leur vie par exemple de les ensievir. S'ensieut doncquesque les bien vi vans clairs hommes sont et doivent estre exemple à autres de claire vocation et de clair courage, et par la congnoissance et dilection que Ton a à celle clarté, nécessairement aussy Ton se doit tourner à la congnoissance d'exemple obscur, parce que l'élection pend entre choses contraires.
c Venons doncques à alléguer nos exemples, soit en personnes, soit en cas advenus , par quoy nous puissions tirer fruit et parattaindre à nos démonstrances. Histoires et Saintes Escriptures sont pleines des uns et des autres, de vertueux princes et de grant los , et d'autres de povre recommandation. Les hommes vont en comparation avecques les arbres. Aucuns arbres sont fertiles et rendent bon fruit; autres stériles et ne servent à rien, et si d'aventure ils produisent fruit, sy est-il sur ! et mauvais. Tout tel estil des hommes. Il est de beaux hommes et de haute extraction assez et desquels le fruit est de petit prix. Et sy en est d'autres de mendre apparence et dont le fruit est excellent et noble. La beauté ne fait riens à la vertu , ne la haute extraction, à la noble vie ; mais la noble racine du cœur produit le noble fruit. Souvent voit-on les fleurs champestres médicinales devant les cultivées en jardin royal, et les moins belles devant les spécieuses. Cecy je ramaine à exemple par deuil que j'ay des choses vues, et que nobles hommes de haut royal lit et autres souvent de singulière
1 Sur, amer. Cf. t. VI, pp. 240, 249, 365.
AU DUC CHARLES. 3*i
beauté et de forme, portent fruit et le produisent tout contraire à leur beau semblant, et, que pis vaut, tout contraire à leur racine originale dont ils naissent. Soubs le nom de noble arbre, ils portent vilain fruit, et soubs beauté de figure et de couleur, portent fleur sans fruit de vertu. Jugeons s'il est vray et advisons quans ' il en est. Jedisque laplus'part des grans du monde sont tieux % et eux qui devroient monstrer et bouter avant les fleurs de perfection et de bon exemple, ce sont ceux qui sont les plus forlignans et les plus bastars en bien faire. Se desnaturent sans honte et n'ont vergongne de porter reproche et d'estre autres en effet qu'en appartenir. Se confient et se présument en leurs hautesses. N'acoutent à nulles paroles de gens. Dient et concluent que tout ce qui leur vient à gré, leur est loisible. S'ils l'osent penser, ils le peuvent faire. Subjets ne sont à nulle loy, ne au chastoy denulluy. Ne leur chaut quel fruit porte leur vie, mais qu'elle plaise à eux-mesmes. La vie est leur. Ils sont grans et haulx en dignité ; sy en veulent user comme pour eux, dont en effet largement et en grant nombre s'en part4 tous les jours, et s'esvanouissent et meurent, Dieu sçait comment. Us vivent sensuellement, non en raison. Ils vivent de vie en volupté et en délectation de la chair. Purement obéissent à leur inclination; n'ont riens démonstré en eux fors orgueil et haulx apparaux; yestent le dehors précieusement, dont le dedens n'est que fien ; et de la sueur des povres et de leurs dures labeurs se grandissent par les rues. N'y a sieute de fruit nul, fors d'ignorance et de vanité, et contempnent sçavoir et d'estre
1 Quans, combien.
2 La plus grand part. Ma. de Paris, 14386. * Tieuœ, tels. * S'enpert. Mss. de Paris, 1217, 14386 et Dupuy TS4.
322 ADVERTISSfeMENT
remonàtrés. De Dieu font petit poids, l'oublient le jfltis du temps, et du derrain et dû plus Crôid du cœur ils le servent. Tout leur temps ils le passent en vanité, en ignorance et en ingratitude. Sy Font brieffre tënfiihatfoti souvent et fort doubteuse, et vivent coiSàihe béfctès et meurent sifaîts\
< Quant doncquès entre sifaitsgtatiB^tîiaukhô&lmes, rois et princes de là terre, et desquels je dontaye* bien AôïnUiéénïèht les exemptes, il eschiet que un fyï debx entré tous autres s'adressent à bien et rendent et portent fruit de perfection 'et de Vertu, ceux-là aè fixât rtgaïder J>âr etfeïnple; cètix-là se fofct préférer en hoùnéùr et en lôs. Et comme Testoile du ftfotih se fait coiigioîstre ten Taubé dû jour, tout ainây se fait congnofétré te prîàce en Isa vertu sto les autres. Entré cent nlilliôn* d'ëstoileslrti ciel n'y a qlte sept planètes; et on la rondeur de fa terre souvent n'y à qu'un prinôe clair. 0 bîenhettré cèluy! Et un séful Soleil enluminé tout le ciel; lutté et planètes 'ée refont en Tûy seul. Tout ainsy jteutun grince serai êû aàrècbâei tin grant noiùbre d'autres et lèi parfaire; et font l'ëxem^ïe et patron Vun à l'autre par un chief . UU prîftce Ôè vertu eu sa vie, il réprime et corrige sessUbjéts ; il leur reéoUp'pe ce qui y est 'de vice et leur démontre ce qui y est ie sàlut. Hproufite à luyerfc àautrùy. H tient la terre et là ïnèr sans vent d'orale. Il tient Dieu béniVolerit envete son peuple, et le 'peuple ïefeongûoisfcffût de & grâce. Ne tient qu'à un prince de vertu, que le ciel et la terre et lès anges et les hoitfmes ne soient en un compact non divisibles, et qtiô Un vdtûoir ne soit commun à eux tous.
« Or, devisons des planètes non divisibles en tout le
1 Stfaits, semblables aux bêtes. Cf. t. VI, p. 229. ' Je devront bien dire. Mb. de Paris, 14386.
grant cercle du ciel, qui sont iceux, et de l'estoile Journal1 qui est seule au monde, qui est celle quant au ciel le soleil s'y préfère ; et combien que les autres se monstrent claires, sy est-ce en sa vertu. Aiosy est-il en la terre. En la terre n'a que un soleil de qui tous les autres princiaux estats prennent refulgence. Le pape l'un, l'empereur l'autre. Et ce qu'il faut d'aventure en tous les deux, ce se remet et se recoeuvre en la très-chrestienne maison : au moins se doit ainsy entendre. L'estoile Journal, qui est-ce? C'est celuy qui réellement et par effet se fait grandir et congnoistre en ses claires œuvres et en ses clairs exemples, et devant tous ceux de son semblable estât, princes et rois, se faitapparoir en sa claire vie. Iceluy , quant moindre seroit d'un roy» sy est-il radressé de royal estât; et en ce qu'il se préfère en clarté d'exemple, en tant se préfère-t-il en dignité de personne. Le soleil souffre éclipse tel fois, et en temps aussy il souffre ténèbres ou rougeur comme sang, et en est le ciel tout altéré et de jugement estrange. Si par semblable empereurs ou rois aucuns les superéminens se desvoyent ou desnaturent, ne s'ensieut pas que toute la girarchie des princes en dessous eux se fine pour tant avecques eux, ne se desmeuvent de naturel ordre. Gela ne se fait qu'à temps et à terme ; et vertu en cœur d'homme, où que ce soit, demeure perpétuelle. Qui doncques en temps que clarté fault, relève clarté et la monstre? C'est cduy qui se fait congnoistre et voir en temps d'éclipsé. L'on voit l'homme en ses faits, et en ses mœurs on le juge. Si rempereurfault,letrès-chrestienroylerecoeuvre,etsifaute y a en celuy, autre deson sang ou de son thrône le restore. Le royal sphère ne peut périr pour un corps rétrograde.
1 L'étoile du matin ?
324 ÀDVERT1SSEMENT
Souvent le moindre exerce l'office du plus grant , et est toute la maison sauvée en la fermeté d'un pilier.
« Laissons donc les empereurs, n'y quérons riens, ne faisons mention de leur clarté, ne de leur exemple1. Ce qui
1 Chastellain composa ce traité dans les premiers jours de l'avènement de Charles le Hardi, au moment où le duc de Bourgogne écrivaijt au roi de France pour lui annoncer en termes fiers mais respectueux la mort de son père. Plus tard, lorsque la rupture de ces deux princes devint manifeste, Chastellain modifia ce passage, et nous insérerons ici comme variante cette nouvelle rédaction sur laquelle nous appelons toute l'attention du lecteur :
« Que prendrons-nous doncques en ce roy près de nous? Ne nous besongne Charlemaine, ne Pépin, ne saint Loys, ne le roy Jehan. * Prenons tant seulement le roy Charles derrain mort : et combien que lethrône de France soit plein de glorieux princes et dont les exemples sont pleins de saveur, cestui, pour la frescheur de son règne n'a guaire et qui nous pend encore en l'œil, nous sert et profite. Cestuy roy Charles, en son double règne, advers et prospère, t'est exemple de hautes perfections. Luy povreet environné de tribulations, par nécessité de sa fortune, veillant en vertu, excita aussi les vertus de ton père par tribulation semblable ; se glorifia soy-mesme en porter constant son adversité; et glorifia ton père par luy donner occasion de craindre la sienne. Puissant à puissant glorifloient l'un l'autre, l'un, par nécessité de son malheur pour le vaincre, Tautre par felleté de courage pour venir à vengeance ; ne perdirent riens de los l'un ne l'autre, mais tous deux estaient exemples d'honneur à autrui. Fortune mua depuis avecques ce roy ; et vertu qui l'avoit accompaigné en adversité, luy tint pied ferme, et luy a elle, en fortune amie. Ton père et luy montaient et creissoient en recommandation égale; estaient lune et soleil en un ciel. N'y avoit celuy des deux qui n'eust l'œil en son compaignon, et qui ne visaèt à mieux faire et au plus haut atteindre; furent grans tous deux; occupèrent la terre toute en leur renommée ; n'y avoit famé que de eux deux, ne fait que de leurs mains. Tous yeux se baissoient en leur nom, et tous règnes d'ailleurs s'humilioient envers leur gloire. Luisoient tousjours néanmoins en vertus l'un contre l'autre pour plus avoir ou plus savoir ; mettaient en œuvre ce que nature pouvoit ; et tout ce que vertu leur donna part» ils le monstroient : adresse, sens, puissance, vaillance, engin, pourvision, rigueur tellefois, tellefois pitié, tellefojs felle pourpos, telle d'exortance, tousjours froideur toutesfois soubs crémeur de Dieu et soubs compassion du chrestien peuple ; enfin , ne vaincus, ne vainqueurs, se pacifièrent. Que fit ce roy Charles après, en-
AU DDC CHARLES. 325
est de eux , il est vu. Venons aux empereurs du thrône de France , et voyons droit-là qui nous est exemple ; et délaissant Charlemaine et Pépin, prenons-nous à nostre plus près, là où il nous duit. Prenons-nous au roy Charles V%
tandis que ton père glorifloit son règne en antres divers lieux ailleurs? Luy de son royaume tout désolé, tanné et deschiré comme un désemparé et démoli à tous les costés, miné en ses fondemens, et en toutes ses beautés et magnificences mis à ruine, sans labeur, sans peuple habitant, sans marchandise et sans justice, sans règle et sans ordre, plein de larrons et de brigans, plein de povreté et de mésaise, plein de violence et d'exaction, plein de tirannie et d'inhumanité, et qui mesmes avoit son royal thrône et siège gisant par terre, tombé et enversé ce dessus dessoubs, scabeau des pieds des hommes, foulure des Ânglois, et le torche-pied des sacquemans , il, en grand sens et labeur, en toute fréquente pourvision nécessaire, par vertu, par diligence, par conseil et par remède, le remit en justice et en paix; le remit en ordre et en règle; le repeupla d'hommes et de labeur ; le ramena à franchise- et à richesse ; et tout ce qu'il y avoit de mal, il l'extirpoit et le déchassoit dehors; et tout ce qui es toit de profit, de gloire et de salut, tout y faisoit recroistre et renaistre par abondance; et tellement qu'en recouvrant son royaume tout à luy par 6ens et par armes, ce qu'oncques n'avoitestévu en autre, il en fit le royaume de bénédiction, le royaume de justice et de seurté, le royaume de crémeur et du souverain honneur du monde. Et luy, cause et procureur de tous ces hauts biens, s'acquit triumphale gloire et louenge sur tous les roys de la terre : , lequel, comme il avoit édifié son thrône et ramené à ceste glorieuse perfection, tout uni et rejoint en ses membres et tout en un rond entier, payant son dû de nature, n'a guaires le laissa tel à son fils par succession.
« 0 1 comme à dur et à grand annuy je me vois oppressé maintenant de faire un doloureux conte et d'entrer en matière. Hélas I qu'il m'est de regret et d'espargne volentiers et de déport si je pouvois, quand, pour donner fruit du glorieux conte cy-dessus, constraint suys que ramène en exemple autrui confusion, et dont l'œuvre m'est dangereuse et plus encore la personne. Mais, comme patente vérité de soy-mesme se manifeste et se découvre aux hommes, et non veuiUant estre muchée mesmes s'accuse en commun, je, soubs fiance de son aveu, oseray ramener à propos ceste ma prémisse du roy Charles, et tourner ma parole à son fils, qui aujourd'hui est en règne.
« J'ai conté les malédictions premièrement de ce noble royaume, ses povretés et ses ruynes dessoubs son patient roy, et puis les bénédictions et les béatitudes d'iceluy et en quelles le père le laissa au fils ;
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lequel trouvant son père prisonnier et les nobles du royaume tous chus en bataille, et le royaume espuisé en finance-jusquea à faire monnoye de cuir et foulé et soubmis d'ennemie main , régna seize ans sans plus, et en sa
dont, au tour d'une main et en l'Instant, par changement et mutation de roy , mutation aussi s'y trouva subite, et tout retourné au contraire. La félicité qui y avoit esté procurée en vertu par roy de sens et de prudence, par longue veille et à grant peine, et mise en estât de toute perfection et intégrité, fut remaniée de nouvel, de nouvelle main et de nouvel sens ; et oomme si amendement fausiat en ce qui estoit en haut) degré de bien, fût mis en assay causé pour l'amiendrer en nouvelle guise. Sy en advint que oonjonction y devint séparation, rassemble* ment tourna en dispersion, et concorde et paix se muèrent en division ; et ce qui estoit d'ordre, de règle et d'ordonnance, d'union et de sûreté, devint confusion, desconfortance et désespérance à tout homme, tout ainsi que au resvell d'un songe, Ton se trouve dechaulde eaueen froide, de joie en deuil, et de repos en angoisse, comme si, ne me samble autrement, fors qu'en procurant ce, quelqu'un se fust tanné de propre honneur et béatitude, et veuillent mieux avoir que ce que Dieu avoit fait, vouleit avoir honneur devers luy de mieux faire, en oontemnant la divine grâce. Sy en perdit la bénédiction de ses subgets, l'amour de ses princes, et tous les courages des prud'hommes ; il enfroidit tous les cœurs des hommes envers luy, et les suscita à murmure desseure ce qui estoit joint et uni; et mit sus sédition, là où l'amour estoit • renée; se pourpensa de nouvelletés dammageàbles ; et d'anciennes salutaires ooustumes fit abaissement volontaire ; ne cessa tant que tout fust en rumeur et que tous les debous de son royaume ne portassent cornes pour hurter autrui. Luy-mesme en dedens soy se fltennemy de chacun, nulluy aimant et aimé de peu. De son bienfaiteur, ton père, devint ingrat mescongnoisseur de grans biens reçus, tempteur de sa vieillesse et ravallenr de ses glorieux vieux jours, s'il eust pu. Et de toy, qu'a-il fait? Il t'a rendu mal pour bien ; il t'a rendu haine pour amour, pour service menace, et pour parentage mortel courage.
« Que dirons doncques de ces deux contes du père et du fils de si contraire effet? Ne besongne point que tu les quières en livre ; tu en as l'expérience tous jour s, et la frescheur cotidienne à ton oreille. Ne te sont-oe exemples de grand fruit et avertissement de grand salut pour toute ta vie? Le père t'est exemple de grand espoir et haute future bénédiction pour l'ensievir, pour te mirer en sa vie. Ne faut riens doncques, fors que ta raison te gouverne et que tu portes empire sur ta volonté pour la tourner à bien, que tousjours tu tournes tes yeux envers le haut par honneur, et par devers terre, en pitié et en salut de
vertu et en son sens et en sa royale clarté le remit plus haut que jamais ne fit homme, et avecques toute abondance d'humaine félicité et de population et de richesse, le mit en telle justice que mesmes les Safraçips y sont venus prendre jugement 4e leu^s débets. Qi^e diras-tu de cest
ton peuple. Tu es de la plus noble race des chrestiens de père et de mère, du plus noble sang de la terre, et lequel jusques en toi samble estre et est réaiment bénit et aspiré de divine amour. Tesmoing ton grand! pore le roy de Portingal, champion de la chrestienne foi et l'envahisseur des infidèles; tesmoing ces nobles enfans tous que Dieu a tous conduits et béatifiés en glorieuses emprises ; tesmoing ta noble mère, la vertueuse princesse, source de charité et d'aumosuçs et de dévotes prières, et de laquelle, avecques ton propre bon zèle et les bontés et charités qui en toy sont, il ne peut que tu ne tires fruit de bénédiction et de salut, et que la main de Dieu ne te conduise et gouverne, et dispose et arègle en tout bien, et te préserve de mal et de ruyne et de confusion comme tous les tiens. Contourne-toy en son amour et te dispose a recevoir sa grâce; et les humains affaires qui pendent„en povreté, en misère et en diverse tribulation, porte-les et les dispense en ta prudence et sens et en la grâce et hautesse que Dieu t'a donnée, et laquelle, comme plus est grande et haute par desseur les tiens subgects, tant plus doit estre humble et bénigne envers leur petitesse. Tu vois les royaumes et diverses régions souffrir soubs princes défectueux; tu vois les royales lignies terminer et faillir à règne par punition divine; tu vois les viUes et cités périr par vicieux gouverne et de quoy les princes portent le fardeau. Tu vois que peu aujourd'hui les grands de la terre, tes paraux, entendent au fait de Dieu ; passent leur temps en vanité et en désordre, et Dieu aussi les oublie et ignore à leur besoin g; meurent bien dolentement, tels en est, en déclinement d'honneur et de chevance, et ne se relèvent jamais leurs hoirs. Pense en Angleterre et en France s'il en y a nombre. Les péchés mènent à nient les maisons, et les vertus les eslèyent : des faillies trouve-on .exemples assez , mais peu d'eslevées en vertu. Seulement d'une je me ramembre, d'un povre bas homme qui, en sa glorieuse vertu et splendeur 4e courage, s'est fiait duc de Mifan , s'est foif honorer et réputer avecques les rois et juger digne d'impérial sceptre. 0 haut exemple icy et de grand fruit, et bien digne d'estre eslevé et de l'avoir à patron 1 Non les sceptres et les couronnes dignifient les roy s, ne leur robe de pourpre ; mais leurs vertus et leurs nobles mœurs les glorifient et les font dignes de couronne. Par nature est et par vraie équité que vertu grandit l'homme ; et est force, qui en vertu labe&re, qu'il parattaigne à haut titre. (Ms. 8349, Bibl. imp. de paris.)
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exemple? Est-il de compte? Hélas! en son fils ne se continua mie ceste bénédiction. Le soleil y souffiry éclipse durement et de quoy tout le thrône tourna en trouble. Y avoit des releveurs toutefois puis-cy, puis-là, et lesquels par envie l'un de l'autre se discordoient pour l'avance. Ton grant-père y monstra sa clarté mieux que nul; mais fortune l'en paya du dur, et ne parrégna point. Vint Charles le VIP après et de qui , si parler en loist par recommandation , n'a son pair en terre. Luy en seule vertu et aigre bataille encontre fortune surpasse tous roys. Et par le contraire en quoy autres se réputent malheureux (c'est povreté) , là s'est monstre benoit ; là s'est monstre riche du trésor de vertu et de tout ce qu'il faut pour devenir grant homme. Tousjours son œil luy béoit droit-là, et au point où ill'avoit fichié, là parvint-il. Il vainquit povreté au bras, et toute adversité soubmit à la lutte. Il déchassa ténèbres et orage à sueur de corps, et tout le désirement de son royaume il intérina par diligence. Il ramena le laid en bel, l'obscur en clarté, et désolation en joye. Il refit d'un thrône foulé, marchepied des sacquemans , le plus excellent de tous les royaumes, et là où justice et révérence et crémeur et toute intégrité de salut régnoient et tenoient siège. Et comme vertu l'avoit mené jusques à là par divers temps et degrés, celle mesme vertu il observa devers luy pour sa durée. La considéroit aussy nécessaire en son haut vol comme en son contendre pour monter haut. Son royaume mit en seureté en un entier et en un rond, tout espurgié d'ennemis et de tous opprobres ; et tant fit que je ne sçay si sa vertu prit clarté de luy ou luy d elle. En ceste gloire trespassa du monde, et en ceste benoite clarté laissa son royaume, duquel comme il est aujourd'huy se peut fairele jugement tel qu'on le voit. J'en laisse l'exemple
à ceux à qui U sert , et la comparison de l'un à l'autre là où il besongne de le faire. Mais quant au père, il estoit de glorieux exemple et de haut miroir; et quant au fils, si Dieu plaist, il se trouvera pareil. La fin juge l'œuvre. Souvent les moyens, ne les commencemens ne sont du mesme à la fin. L'un dément l'autre souvent; mais, quoy que soit, l'effet demeure toudis et de l'effet procède le titre. Quant l'homme fault, jamais titre ne fault pour tant. Et aprième, quant l'homme est failly, là se trouve sa famé, et en fait-on exemple et allégation de bien ou de mal selon le cas. '
« Le roy de Portugal , ton grant-père , t'est une claire estoile et bel miroir. Sy est le roy d'Arragon Alphonse, qui de science et d'armes fit une mistion peu vue. Sy est le roy Henry d'Angleterre d'aussy peu qu'il régna, mais plus peut-estre en grant gloire du monde qu'à salut d'âme. Un conte Francisque, de bas et humble sang, en sa vertu et splendeur de courage , se fit duc de Milan, se fit réputer avecques les roys, et digne d'impérial sceptre, et non oncques pour tant, pour élévation de sa fortune, n'oublia l'humilité de sa vocation primitive et attribua sa dignité non à sa personne mais à sa vertu, et d'icelle fit son manteau de parement. 0 haut exemple droit-cy et de grant fruit à tout noble prince !
« Or, as oy plusieurs exemples et plusieurs hautes recommandations de princes par un abrégié, et lesquels te sont et doivent estre en miroir pour les ensievir. Car aux bons sieut loenge, et à ceux qui clochent, sombre grâce. L'on doit tourner l'œil envers le blanc par contraire du noir, et envers la clarté par contraire aux ténèbres, qui hideuses sont et espoentables. Et qu'est-ce de mal vivre et de mal régner qu'espoentise et hideur? Et de bien faire et
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de régner glorieusement, fors blancheur et clarté, sipquoy claires paroles et louables escripts se fondent? Tu os et entens ce que Ton dit en divers lieux et congnois par le rapport des hommes les estats dep royaumep; et les hommes ot les royaumes portent leurs titres tels ou tels, et ne s'en peut muchier la vérité. Mais grant chose est de prendre chastoy en autruy desvoyance. Si ne fussent les loys, n'y auroit révérenoe nulle, ne erémeur en terre; et si ne fussent les doulereux et divers accidens, n'y auroit nul exemple de correction. 0 Charles, Charles, entends droit-cy t Poise, te prie, les divers exemples contraires et t'en ramembre souvent. Ne deviens pas de ceux, hélas t qui pervertissent le bien en mal, ne qui muent paix et Salut des hommes en turbation de courages. Tu as reçu un climat de terre situé en paix et que le ciel a longuement regardé par faveur. Mets peine de l'entretenir et de non le muer en pis que tu le trouves. Le faire ainsy te donra los et bénédiction, et h Dieu contentement; et le non faire te donra reproche et inréparable meschief . Dieu t'a hautement pourvu en biens de nature. Des biens de fortune tu en as toute la sommité ; et des dons de grâce, tu en as ce qu'il faut à homme. Ne faut riens doncques fors que raison te gouverne et que tu portes empire sur ta volonté, pour la tourner à bien, que tousjours tu tournes les yeux envers le haut par honneur et par devers terre en amour et dilection à ton peuple. A l'exemple de ton père, il te loist estre doux et familier, estre homme tout homme, seigneur sur tous et serf à tous, et à l'exemple de César, impérer tellement sur tes subjects, comme tes subjects te voudraient avoir à empereur. Tu es de la plus noble race des chrestiens par père et mère, du plus noble sang de la terre et lequel jusques en toy semble estre benoît et aspiré de Dieu.
Ail DUC CHARLES. 331
Tesmoing ton grant-père, le roy Jehan de Portugal, champion de la chrestienne foy. Tesmoing tous ses nobles enfans, que Dieu a tous conduits. Tesmoing ta noble mère, la vertueuse princesse, coffre de charité et de dévotes prières, et de laquelle, avecques ton propre bon zèle et le» bontés qui en toy sont, il ne peut que tu ne tires fruit et béatitude, et que la main de Dieu ne te conduise et gouverne, et ne te préserve de mal et de confusion et de ruyne comme tous les tiens1. Vraye équité est et naturelle, que le bien faire grandit l'homme, et est force que qui en vertu labeure, qu'il parattaingne à haut honneur. Vertu prend son mouvement de Dieu, et envers le lieu dont elle meut, elle contourne sa fin. Dieu doncques la guide et la gouverne, et Dieu a l'oeil toudis sur celuy qui de vertu use. Aymé doncques vertu, et ensieus les clairs exemples et te contourne envers Celuy qui a l'œil sur les clairs hommes. Bequiers~luy de son amour et te dispose à sa grâce. Les humains affaires qui pendent en diverses tribulations et povretés, dispense-les, je te prie, et les supporte en ton sens. Mets ta hautesse et ta haute fortune en comparaison à leur faculté povre ; car comme plus est haute et glorieuse la tienne, tant plus doit estre humble et bénigne envers la leur.
c Tu vois les royaumes et divers pays souffrir soubs prince défectueux. Tu vois les royales lignées terminer et faillir à règne par punition de Dieu. Tu vois villes et cités périr par vicieux gouverne et de quoy les princes portent le fardeau. Tu vois que peu aujourd'huy les grans de la terre entendent au fait de Dieu. Passent leur temps en vanité et en désordre, et Dieu aussy souyent les oublie et
1 Ici s'arrête le texte modifié dans la variante que f ai empruntée au ms. 8949 de Paris.
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ignore ; meurent dolentement ou déclinent d'honneur et de chevance, et ne se relièvent jamais leurs hoirs. Les péchés mènent à néant les maisons; et les vertus et les bonnes œuvres les eslièvent : expérience le te monstre par effect. Or, as la congnoissance de toy-mesme, et sçais qui tu es et dont tu viens. Et par une chose et par autre tu entens et congnois ce qui est de ton appartenir et de toi* laisser, et quel fruit tu en peux prendre en contraires exemples. Reste tout le plus fort à ce derrain : c'est que tu congnoisses que tu es mortel homme et mourras comme ton père, sieuvras ton grant-père et ton ave, laisseras à autruy ce qu'ils ont laissé à toy, n'emporteras riens du tien, ne du leur. Eux, ils t'ont laissé gloire et félicité. Reporte leur bénédiction de leurs biensfaits. Prie pour eux : autruy priera pour toy. Eux, ils ont emporté le chapeau1 de leur gloire; fay le tien à ta posté* : il sera tel que ta vie. Du leur ils sont certains, et tu pends en doubte du tien. Par cy-devant ils ont gouverné les hommes, et maintenant ils en sont au compte rendre. Là tu venras comme eux et autres te sieuvront. Eux sont allés devant et tu les sieuvras après. Eux ont rendu leur compte, et tu venras à rendre le tien. Labeure doncques en ton chapeau et Testore de belles fleurs. Celuy de tes pères est plein de précieuses jacintes; le leur reluit très-clair. Fay resplendir le tien. Tu n'emporteras autre chose; ton compte sera du mesme à ton chapeau. Tel l'un, tel l'autre, et tout tel Dieu. Tu trouveras à compter là-haut, comme tu auras usé de ta recepte en sa commission çà-bas. »
A ce mot prestement s esvanouy le parlant. Ensemble tous les autres personnages, ainsy que subitement s'es-
1 Chapeau, couronne.
J Posté, poste, pouvoir. Cf. t. V, p. 39.
toient apparus, se perdirent; et le noble prince demoura tout seul, lors où en subit j'ouvry les yeux, et regardant entour de moy me donnay merveille de ce que vu avoye et oy. Donc, comme si j'en eusse eu la vive impression en moy ou comme ce fust ma propre œuvre, j'en allay mettre par escrit mon retenir, lequel par humilité et grant amour et en grant révérence, pour ce que l'ay trouvé compétent à vous, ô mon très-redoubté seigneur, je le vous présente et envoyé1. Plaise à vostre haute noblesse et bonté le recepvoir agréable, et l'envoyeur escripvain en vostre noble et bénigne grâce !
1 Voyez tome Ier, introduction, p. xxxm.
LE NOBLE
Je luy souhaite ses franchises, Ses contendences "bien assises Venir à fruit et à effect, Et qu'en ce n'ait jamais deffect Jusque en la an de ses emprises.
l'homme d'église.
Je luy souhaite amour divine, Honneur en l'œil qui l'enlumine, Crémeur de soy faire blasmer Et désir de soy faire amer De tout bon coeur de noble mine.
LE CLBBO.
Je luy souhaite à son devoir Non or, richesse ou avoir Dont il face compte, ne pois, Mais cœur vaillant sur tous les rois En toute vertu et savoir.
Publié d'après le tifs. 1717 (ancien 7686) de la Bibl. imp. de Paris.