CŒUR ET BOUCHE
(Les% deux personnages dessusdits dient en chantant ee qui s'eusieut.)
Vous, seigneurs du monde univers, Rois, princes des pays divers
Et toute baronnie, Vous tous aussy prélats et clercs, Bourgeois, marchans, peuples et serfs,
Cy prestez vostre oye ; Venez, venez oyr nos vers ; Tournez vos cœurs, vos yeux ouvers
Sur nostre mélodie; Diligens soyez et appers D'oyr nos mots floris et vers :
Il y a fruit et vie.
Vous avez lu de par Jhésus D'Ercules et de Théséus
Hommes de haut courage, D'Hector, aussy de Troylus,
D'Achilles et du roy Pirus, Pleins de haut vasselage,
D'Allixandre et du roy Porrus
Et du roy Dayre rué jus A grant foule et dommage,
Mais tout n'est riens : c'est un abus,
C'est un racontement confus Emprès nostre langage.
César sy fut prince vaillans,
Le meilleur qui fust en son temps
Et un très-haut cler homme :
Àussy fut Pompée li grans Qui d'Orient les rois puissans
Submist au nom de Romme, Et Scipion li Affricquans Atout ses vertus florissans :
Cil vaut bien qu'on le nomme ; Mais n'y a ne Grecs, ne Persans, Qui emprès ceux dont voy chantans
S'appèrent d'une pomme.
N'y a ne David, ne Ogier, Ne Bolant, le fier chevalier,
Ne le grant Charlemaine, Ne Do de Mayence le fier, Ne de Mongleive l'héritier
Dont yssy noble graine, Ne roy Arthus, ne Olivier, Ne Eossillon, ne Charbonnier,
En victoire à douzaine, Qui droit-cy se puist approchier, Ne mettre pié, ne doit touchier
A l'œuvre que je maine.
Il n'est vertu de Gédéon, Ne grant heur du roy fialomon
Qui cy puist avoir place.
Ne la grant force de Sanson, Ne gloire du bel Absalon,
Qui droit-cy ne s'ef&ce Par cause de mainte raison Et d'honneur et de Aeurison
Qui nous resplent en face , Et que divine donispn Nous baille par esbluisog De merveilleuse gr$pe»
Charles dgffunt1 fit de gratis faite, Qui tout «on thrôae, borsniisCallais,
Remit en sa franchise ; Sy fit le derrain dua parfais, Le plus clair qui f ust woatti» flaais
En fait de vajUandise; Mais deux nouveaux que j'ay pourrais Et qui sont de Leur paix extrais,
Princes de haute emprise, Ceux-là du haut de leur palais Ont tramis à France les rais
De salut non apprise.
Loys et Charles, par pité, Se sont conjoins en unité
Par amour difficille; Ils ont France ressuscité Et cent mille hommes respité,
Voire dix fois cent mille ; Ils Font mise en prospérité,
« Charles vn.
DE PÉROMNK. . 4i7
Relevée d'adversité
Par leur vertu virile :
Sy en ensieut transquilité A toute la cristienté :
Vray est comme éwangiie.
Leur vieille rtupeur, leurs fWbaj Ont tourfté py çle l*aut en ba*
Cestuy noble royale, Et dont lp poyiq peuple, -MJ V !
A reçu maint dur hauredas \
Y perdant corps et âme.
Or, ont-ils recongnu leur cas, Et pensans au derrain trèspas,
Ont pourvu à leur famé, Et rendans à Dieu gratias Se sont accolés bras à bras :
Benoit soit qui les ame !
Dieu a ouvré en ambedeux, Et sur propre orgueil vicieux
Chacun a pris victoire.
Humilité s'est mise en eux, Et ont pris chemin vertueux
De salut et de gloire.
De bien faire sont désireux Et sont joins en cœur mnojreux
Par regard méritoire.
Sy en sont vivans glorieu* Et en seront mis curieux
En sempiterne histoire.
Onoques la christienne foy Que de leur annuyeux desroy
Hauredas (des mots anglais over et tel ?), coup violent.
Ne rechut telle playe, Mais, Dieu mercy, le haultain roy, Quant ils se sont remis en ploy.
Bon espoir nous repaye; Grant sens y a en ambedoy, Et sy a bien en eux pour quoy
Pour y planter 6a haye ; Mais oncques France n'eut en moy Si apparant béat arroy
Que de leur amour vraye.
Tel vainct d'hommes un milion Et se baigne en effusion
De sang du fruit des femmes, Qui n'a point par conclusion Tel gloire, ne laudation,
Comme en vaincre soy-mesmes.
Cy pend glorification Et dont de l'opération
Un chief reluit de gemmes, Et en est l'exaltation De plus clère approbation
Qu'en porter dyademmes.
Le meilleur s'est aminoré, Et le moindre s'est honnoré
De sa recongnoissance.
L'un s'est de l'autre énamouré, Et chascun a son cœur ploré
D'avoir quis sa grevance.
Leur cœur s'est tout délibéré, Après tout cas considéré,
De vivre en aliance, Et ont ferment à Dieu juré
De veillier en cœur assuré
Au commun bien de France.
Qui peut, par soy humilier, Son adversaire amollier
Et vers soy le retraire, Point ne le tiens à follier, Mais l'œuvre s'en doit publier,
Car c'est un noble affaire.
Corone et sceptre posséder Ne fait point tant à. regarder
Que soy en vertu faire.
La vertu fait loings précéder Et est grant los sçavoir céder
Pour à Dieu sattisfaire.
Par seule la division De leur haute possession,
France a pris sa ruyne ; Mais ore à leur occasion Elle aura sa rédemption
De passée bruyne ; Elle aura restitution De toute sa privation,
Glorieuse roïne, Et verra toute nation Sa gloire et jubilation
Par ceste œuvre divine.
Le ciel, me semble, s'est ouvert, Et Dieu vers nous s'est descouvert
Son povre peuple en terre, Et lequel entre secq et vert A porté maint annuy couvert
De peur de ravoir guerre.
__ Or ne Ta Dieu piteux, souffert,
Mais nous a tnlmis et offert
Ce qui fait à requerra Et a mis d'accdrd, il y pert1, Deux cœurs, dont li un l'autre sert
Far amoureux enserre.
Le monde estoit perdu, fini, Tout deffroyé, tout parhonni,
Sinon par ce remide ; Ne oncques monde tant pugni îTeust esté par mal infini
Comme à ce coup, je cuide.
Tout eust esté d'espoir banni, Tout désolé, tout desgarni
À clameur et à hide.
Or nous a Dieu sauvé, muni, Et a Bourgorigne a France uni Par sa main qui tout guide.
Chantez, dansez, petits enffans; Joingnez vos mains, vous les gens grans ;
Ployez dos et eschine, Povres laboureux par les champs.
Revivez-vous en ce bon temps
De nouvelle racine.
Soyez chantans et karolans, Joyeux convives assemblant
A grant feu en cuisine, Pour ces deux nobles pellicans Qui pour vous estre nourrissans
Se fièrent en poitrine*
1 II f pert, comme cela est évident, comme taras le voyons.
France et Bourgongnè, vous jomgniez ; En pleurs de joye tous baigniez
De la sainte advenue.
Venez tost, et tous abrégiez, Conjolr tos cœurs deschargiés
De mainte horreur menue.
Les deux sont tous eabesongniée Pour Vous veillier où Vous voeulliez,
Par grâce revenue, Et vos deux fronts sont enseigniés De Dienqui veut que le craigniei
Par ceste retenue.
0 noble roy bien deètiné,
De sainte et de bonne heure né,
Bénit soit vostre ouvrage; Et vous, Charle, un droit Dieu-donné, Sur tous princes bien ordonné
En vertu et courage, Bénit soit vostre heur foisonné Et qui vous a tout encline
A prendre cest ancrage.
Si Loys estoit terminé, Yousauriez durement fine,
Ce ïné doubte, au changage.
Le roy Loys a un servant
De tout le monde le plus grant*
Hors mis le franobois thrône, Et qui de sa main triomphant Peut tirer de service autant
Que d'un roy à couronne.
Dieu leur doinst honneur florissant Et tousjoura amour accroissant
Comme Tire «ne en Bonne;
Et quant ils yront unissant.
Que Dieu les soit bénéissant Et qu'au ciel les eouronne.
BOUCHE
Or, messeigneurs, pour an bien faire *
Vous pourroît-îl gréer et plaire
D oïr soubs une fiction
Une briefre collation
Des deux princes parvins ensemble.
Lesquels diront, comme il me semble,
Pluseurs mots en oe présent lien ?
Et premers à l'honneur de Dieu Et au grant los de leurs personnes Dont les cieux font joye et les thronnes,
Se à gré tous vient, tous les orex ; Leur bien dit tous l'agousterez; Le mal assis, lorsqu il faudra, Volentiers on amendera.
A Dieu en faisons nos présens :
Or çà, monstrez-TOUs cy présens.
yCy parlent le rvf et le
LE SOT
Charles, beau-frère et bon parent, Or sommes hors de différent :
Loé soit Dieu de l'aventure!
LE duc.
Lots, mon seigneur réTérent, (Test ce dont mon cœur grâces rent.
Tant qu'il en pend en créature.
LE BOT
Or, Charles, que nous direz-vous?
Comment vous va de vous à nous? 4 Le cœur vous est-il bien à paix?
LB duc.
Loys, j'ay tout mis au dessoubs; Mon amer m'est tourné en doux :
Sy n'ay plus soing de riens mauvaix.
LB BOT
Charles, vous estes prince grant Et estes clair homme et puissant :
Bon se fait à vous adhérer.
LB DUC
Loys, vous m'estes surpassant,
Mais quanques j'ay, fust dis foix tant,
Sy est-ce pour vous honnorer.
LE BOT
Grant mercis, plus de mille fois :
Quant j'ay tel prince entre mon dois \ J'ay bien un noble parement.
LB DUC
Vous avez peu, mais touteffois D'autant qu'en moy a riens de poix, Vous avez vray estorement.
LB BOT
L'estor m'est bel, Dieu le me gart, 1 Dois, dais; entre mon dois, près de mon trône.
i54 LA PAIX
Mais que ainsy soit de vostre part . Que je m'y puisse parfier.
LE duo.
C'est à moy que duit oe regart De moy fier ou tost ou tart :
Sur moy fait bon édifier.
LE BOT
Charles, je suy vray vostre amy Et par l'ampoule saint Rémy, Jamais autre ne vous seray.
LB duc.
Loys, c'est un grant mot pour my ; Je me passe bien du demy ; Nientmoins je le desserviray.
LB BOY
Charles, au prime ay-je horreur De ma folle passée erreur De vous quérir par rude voye.
LB DUO
Que voulez? Souvent l'endureur , En souffrant, il est procureur De son propre grant bien et joye.
lbboy.
Charles, pour parler clairement, Il y a grant aveuglement Souvent en nos humains estas.
lb duc.
Pour ce va-il piteusement
Souvent et contre entendement, Quant prince n'y regarde pas.
LE BOT
Charles, couvertes passions,
Avecques les mutations
Du temps, infèrent maint dangier.
LE DUC
Les humaines discrétions Passent maintes turbations, Dont ne se meuvent de légier.
LE BOY
Charles, on vient souvent à dur A congnoistre le vray et pur, Et restive-on à son salut.
LE DUO
Qui bon vin laisse et boit le sur1 Et tout de gré se hurte au mur, Pert* bien que sens luy est tollu.
LE BOT
Je croy, sens tourné à douceur Prévaut sens bouté en rigueur, Et est de sens la voye estroite.
LE DUC
C'est le bon sens et le meilleur,
LE bot.
Par qui on vient à son bonheur :
C'est bien sensé, qui bien exploite.
1 Le sur, ce qui est amer. Voyez plus haut, p. 320.
1 Ici le mot pert a de nouveau le sens indiqué h la page 480.
LE BOT
Voiraient par sens et par engin Vient-on souvent à haute fin, Et n'a pas force lieu partout.
le duc.
Il est des gens de tel convin On n'auroit d'eux un poitevin " Par les quérir d'un mauvais bout.
le boy.
0 bénit sens en sages gens,
Qui diligens
Et par assens Contournent leurs entendemens En ce qui est de mieux à, faire!
le duo.
Là où sont sifais pensemens Et réyérens Proposemens, Là vient-on à haux finemens, Et n'en peut sievir nul desplaire.
LE BOT
En sens pend la salut humaine ; 6y fait la graine De vertu saine.
Qui a donc sens en son demaine, Il est bien fol qui en abuse.
Un poitevin, petite pièce de monnaie.
LB DUC
Sans sens, se chevit-on à paine
De chose hautaine,
Ne subitaine.
Sy est sens, grâce souveraine, Et l'homme, riche qui en use.
LE BOY
Je treuve par les Escriptures
Et par lectures
Des aventures, Comment maints rois en leurs masures Par sens failly sont déclinés,
LE DUC
Qui aux yeux voit telles figures,
Telles laidures
A porter dures, Bel a penser à ses mesures, Dont le pareil luy pend au nez.
LE BOT
Sens souvent se tourne à l'envers,
Et ceux divers,
Nobles et clercs, Du vray tel fois vont au travers, Coulans le plus expédient.
LE DUC
Par sifais hurs et coups couvers
De cœurs parvers
Et non convers, Voit-on chanter maints piteux vers Et de grant inconvénient.
LB BOT
Où sens vaiopt, riens ne peut grever,
Ne desriver,
Ne vaciller.
Sens fait vray amour observer Et loy d'honneur et de droiture.
LB DUC
Là où l'entendement est cler,
En baceler,
Soit roy ou per, Là treuvfron l'œuvre à paraller Du mesmes à noble nature.
LB BOT
Quiconques ait de sens usé
Ou abusé
Ou mésusé, Au moins nous a Dieu avisé D'amour et d'union ensemble.
LB DUC
Cil qui premiers y a visé
Et devisé,
Sera prisé Et jusqu'au ciel solempnisé, Car il le vaut bien, ce me semble.
LB BOT
0 Charles, en nostre amour prise,
Par paix promise,
Au ciel tramise, Voudrez- vous maintenir franchise Et vous monstrer vray et entier?
LE DUC
Je suis enfant de Sainte-Eglise, Qui honneur prise, Et & Dieu vise ; Sy tous seray tel en devise, Comme au père fil héritier.
LE BOT
Benoit soit Dieu omnipotent, D'un tel parent En qui resplent Tel vertu, tel entendement, Àvecques tant de cler honneur !
LE DUC
En moy ne mettez différent,
Car léaument
Et fermement Vous serviray durablement, Ne jamais n'en fauldra teneur.
LE BOY
Charles, il vient tant de contens1, Tant d'incidens Et d'accidens Es nos divers maniemens, Que l'enfrainte y fait bon doubter.
LE DUO
Ceux qui ont foibles tenemens Et branlemens En pensemens , Pensent à leurs gôuvernemens :
En moy n'a riens à raboter.
Content (du latin : contmtio), débats.
LE BOT
Charles, vous estes jeusne et fier,
Bon chevalier,
Grant héritier, L'un des puissans du monde entier, Par quoy le cœur, voy , est plus gros .
le duo.
Atout cela, ne m'est mestier
De me cuidier,
Ne fourvoyer.
Plus suis à vous qu'à souhaidier : Jamais n'en mueray pourpos.
LE BOT
Charles, c'est dit de noble cœur,
De grant honneur
Et de valeur.
Jà ne me soit Dieu pardonneur Si jamais donc je vous oublie.
le duc.
Deà, je vous congnoy mon seigneur, Mon trop greigneur Et mon meilleur, Et dont mon front prend sa sueur :
Sy siet bien que je me humilie.
LE BOT
Nulluy ne monstre humilité,
Ne la bonté
De léauté, S'il ne vient de la dignité De sa vertu qui le semont.
LB DUC
Ce poise-moy en vérité,
Et m'est pité
De dueil porté, Que mieux ne m'y suy acquité ; Car tous mes bons désirs y sont.
LB BOY
Charles, tant et si longuement Que vous vous tiendrez léaument
Et fermement, Visant au reconfortement De mon honneur, de ma hautesse , JPauray la chierté, la riches&e, Celle dessoubs le firmament
Certainement Dont je fay plus de parement Et pour moy tenir fièrement.
le duo.
Et moy tant que je vous auray Entier, certain et à cœur vray,
Sifait quej'ay Sans gard-arrière et sans hahay1, Pour ferme moy fonder dessus, Du monde n'aconte au surplus ; Soubs et emprès vous je vivray
Et régneray; Vostre et mien honneur garderay Et jusqu'à mort vous serviray.
LB BOY
Charles, vos jeunes excellences, Hahay, clameur exprimant le trouble ou la confusion.
Vos vertus, vos magnificence»,
Vos diligences, Vos aigreurs, vos intelligences, Et vos haulx glorieux explois M'ont fait viser par maints endrois Que de vous et de vos prudences,
Et refulgences Mieux me duisent les assistencea Que moy tourner en vos offenses.
LB DUC
C'est povre chose que de moy, Mais d'autant que je m'y congnoy
Et que je voy, Il vaut mieux retenir à soy, Son amy serviteur amy Qu'envers luy tournant ennemy Soy mettre en dangier de la loy
Et de l'envoy De fortune qui ne tient foy A grant ost, ne à grant arroy.
LB BOT
Charles, je suy à repentance De ma tardive congnoissance
Et que d'enfance D'honneur, d'amour et de puissance Ne vous ay gaignié et attrait, Vous traittié comme amy parfait.
Ce m'eust esté ma florissance,
Ma chevissance, Ma gloire et ma resplendissance Et mon bien souverain de France.
LE DUC
En moy n'a tenu, bien y pert, Car de tous temps m'y suis offert
De cœur ouvert, En vous monstrant au descouvert Ma vraye noble entière foy ; Mais onc ne m'avez grant, ne poy ' Daignié prisier, ne secq, ne vert,
J'en suy expert :
Par quoy cœur qui d'amour s'affert Et qu'on n'adaigne, à tost se pert.
LB ROY
Erreur qui maint cœur abeuvre, C'est celle qui a fait cest œuvre,
Je le vous œuvre ; Mais j'en venray à mon recœuvre, Si Dieu plaist, et à vostre amour, Et vous auray par le droit tour Que un homme, un bon ami recœuvre,
Dont il se cœuvre Et dont point ne se veut desmeuvre :
Cecy vous dy et vous descoeuvre.
LB duo.
Cœur de prince doit estre fier Et se veut doucement traittier
Et acointier.
Par vous vous en pouvez jugier En tesmoignant d'autruy courage.
Noble sang et de haut parage
Poy pour peu.
A envis se seuffre asségier D'autruy dangier, Mais qui en doulx le veut touchier Il s'humilie de légier.
LE bot.
Charles, n'entrons en doléance, Mais parlons de nostre alliance
Faite en fiance :
Quant à moy, je n'ay rechéance Aujourd'huy soubs le ciel qu'à vous Que j'ayme et prise devant tous Qui sont de mon appartenance
Et congnoissance.
A ce m'astraint vraye amour france, Fondée en certaine espérance.
LE duc.
Ne sçay que Dieu en souffrira, Ne cy-après qu'en avenra,
Ne qu'en sera; Mais tant que Loys se tenra Envers son Charles en bien user, Dieu me puist son ciel reffuser Si Loys ne me trouvera,
Quant il voudra Et par tous lieux où il faudra, Qui après Dieu le servira.
LE bot.
Charles, soyez en tout asseur ; Loys sera restablisseur Et furnisseur De tout ce qui touche & honneur
jkl/^
Et à paix entre vous et luy ; Et à tousjours sera celuy Qui vous sera recongnoisseur
Et avancheur, De joye et d'amour nourrisseur, En réparant mon anchisseur1.
LE duc.
Et Charles qui son honneur ame Tout autretel comme son âme,
Celuy ne clame Fors servir vous et ce royame Et extoller vostre maison ; Car je congnoy que c'est raison Et que de là j'ay gloire et famé
Et clère lame.
Donc, s'il plaist Dieu et Nostre-Dame, Mon corps se gardera de blâme.
LE bot.
Or fasse France feste et joie !
Tout bon cœur soit criant : monjoye!
Et se resjoye De ceste salutaire voye Qui est de nostre advinction.
Dieu m'a donné réduction De celluy seul que je quéroye
Pour salut moye, Et m'a donné son cœur et foye, Et moy le mien en l'amour soye.
1 En réparant mon anchisseur, en eflkçant les torts du prince qui m'a précédé.
LB DUO
J'en baille au ciel seau et lettre De mon voer, de mon promettre ;
Qui mien veut estre, Je seray sien sans m'en desmettre.
Sien entier, sien de corps, d'avoir, Gardant mon honneur et devoir Sans jamais enfreinte y commettre,
Tesmoing ma destre Que j'en présente au roy célestre Et à vous, mon seigneur et maistre.
(Ici le roy et h dm cenaU 4$ parU
BOUCHE
Cœur, vous avez beau méditer,
Beau cogiter, Beau vos esperis susciter Et en pensant vous déliter D'avoir oy ces mots présens.
CŒUB.
Mais vous, vous avez beau chanter,
Beau voix bouter, Beau vos vertus excerciter Par publier et réciter Ce qui m'esbluist tous mes sens.
BOUCHE
Si leur amour, leur acointance.
Si la substance De leur parler se maintient franee, D'entière et saine concordance»
Oncques si noble œuvre ne fut.