‹ Œuvres de Georges Chastellain (volume 5)Chapitre 28 sur 43 · PHILIPPE, DUO DB BOURGONGNE · texte numérisé non relu

PHILIPPE, DUO DB BOURGONGNE

S*amour tenoit la voie de son eure, Là où bon sang luy monstre son repaire, Un cœur, un corps demourroit une paire, Auquel nul nuir ne pourroit une meure *.

CHABLBS, BOT DB FBANCB.

Boute où tu veux, feu en paille ou en feure.

Bien peu je crains ton fier bras sagittaire.

Mais je vivrai roi régnant solitaire , S'il plaist à Dieu qu'en vain je ne labeure.

HBNBT, BOY D*ANGLETBBBB.

Secrète envie ensemble vous desveure.

Grand gloire h l'un, à Vautre est traversaire : Par quoy, moy neutre, à tous deux adversaire, Toujours m'attends moy ravoir ma demeure.

» Variante : Auquel un tiers ne pourroit une meure, c'est-à-dire : auquel on ne pourrait faire le moindre tort, pas mémo enlever une mûre.

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Puisque d'amour, ne de léal racine , Là dont honneur très-humble se présente « Ne se peut traire aujourd'hui fruit, ne sig^e En quoi Famant s'aperçoive ou consigne D'aucun espoir d'utilité présente , Bien il faut donc délaisser icette sente Et non en perte humilier sa face , Et qu'au surplus on quière qui le face.

Aimer servir tout humble et léal offre Que noble sang produit de sa nature.

Tout désormais faut rebouter au coffre , Là où le cœur qui aime et se paroffre.

Mettra en Dieu sa seule nourriture, Et ne fera plus si large ouverture De sa chierté dont il a plénitude. Sans fin cognoistre en longue ingratitude.

> Publié d'après le ms. 11101 de la Bibliothèque de Bourgogne et le ms. 120 de la Bibliothèque Laurentienne de Florence. On en trouve un fragment dans le ms. iSQ de La Haye.

Tirana jadis , horribles infidèles, Trouye-K>n attraits par humblesse à clémence , Et comme cire en Fardeur des chandèles, Estre amollis en leurs fureurs crudèles , Souvent, envers le povre humain semence :

Par quoy, qui aime en haut heu et sème en ce, Et sert et prie, ef faveure et honneure , Si fruit n'en trait, c'est âme de maie heure.

Tigres, griffons, lyons, dragons horribles.

Ours et lupars , leu-cervés et panthères , En leurs manoirs et spélonques terribles.

Peut-on , par temps et par douceurs sensibles , Dompter en leurs natures très-austères.

Et tirer fruit et vertueux mistères De leur fierté en douceur convertie, Lorsque loy telle en l'homme est pervertie.

Dieu offensé, piteux se pacifie . Par douceur humble et par ami courage.

Donc, qui d'un doigt le haulce et glorifie, Par cent fois double il sourt et fructifie Le plus povret de tout humain parage * .

Chascun reçoit en prix do son ouvrage ; Chascun il paye en poids * de sa value :

A ce l'astraint sa justice irapolue.

» Var : Linage, ms. de Florence. * Var : EnprU^ ms. de Florence.

Un temps transquil, un vent doux et paisible, Fléchit l'orgueil de la mer furieuse, Et le chéoir de la goutte visible Souvent et dru sur le marbre insensible, Y gagne enfin fosse mystérieuse.

Toute rien dure, haute et laborieuse ; Où effort n'a puissance que flaistrie , Douceur d'engin le convaint et maistrie.

Nature et loy traient toute rien née

En amitié aucune à son semblable;

Et ont leur voie en ce point ordonnée

Qu'entr'aimer font par faveur enclinée.

Le bon le bon , le mauvais le blâmable.

Expérience est preuve véritable

De ce secret en toute créature.

Donc, si loy fault, jamais n'y fault nature.

Des dieux jadis, les nations gentiles Quirent l'amour par humbles sacrifices.

Lesquels, posé que ne fussent utiles.

Furent nientmoins rendables et fertiles De maint grant fruit et de haulx bénéfices, Monstrans par fait que d'amour les offices Et d'honneur humble , impartis où qu'ils soient , Pour percer ciel et enfer suffisoient.

Honneur semont toute noble nature D'aimer tout ce qui noble est en son estre.

Noblesse aussi y adjoint sa droiture.

Sy fait Raison en toute créature , Qu*entre un et autre amour doit lien estre; Et si discord aucun y pouvoit naistre , Qu'extirpé soit par vertu triomphant, Ou gloire dliomme est moindre que d* enfant.

Ciel, firmament, toute l'entier fabrique

Des mains de Dieu, dont Foeuvre est excellente,

Thrônes, vertus et puissance angéiique.

Tout s'entretient et pardure en publique

Par amitié et union patente.

Et est l'ouvrier qui tout duit et régente.

Si en amour conjoint avec son œuvre

Que riens, fors paix, ne s'y trouve en recœuvre*.

Mais là où est le droit milieu et centre De son très-haut et glorieux ouvrage.

Qui est la terre où toute douleur entre , Là est le sacq, le droit gouffre et le ventre De tout discort et d'envieux orage ; Car sont iceux de si pervers courage, Qui en ont pris la haute seignourie.

Qu'en leurs mains gît félicité périe.

Là où foy une, un fons et un baptême, Un bers , un sang , un lien doit estraindre

» Vap : Ne s'y trouve et recœuvre, ms. de Bruxelles.

LE DIT DE VÉEITÉ. 9i3

Et traire tout ensemble h une remme *, Là vient malheur qui les régnans achemme ' Et fait leurs cœurs enfroidir et refraindre\ Et sans honneur^ ne Dieu, ne autre craindre, S'entre-grongnier*, pour plus gloire assouvie, Par feu maudit de vieil haync * et d'envie.

Pardonnez-moy, François, de ce prologue, Dont la sentence est d'assez loing quérue •; S'il y a riens qui point, ne qui dérogue.

Vous avez clercs, mettez-le en dyalogue.

Le clerc se trouve en raison débattue; Mais toutesfois, sans que je desvertue Vostre honneur viel, ne charge de poussière.

Vous et vos faits m'en sont cause foncière.

Vous et nous tous, jadis fûmes ensemble Un corps uni sous un divin gouverne ; Mais venue est celle heure, ce nous semble, Qui vous de nous distrait et désassemble Par vieil venin et envie moderne', En quoy chascun qui entend et discerne Et du sentier du vrai droit ne desvoie , S'aperçoit clair de vostre oblique voie.

* Remme (flamand : riem)^ courroie, corde.

* Dacange donne au verbe : achesmer, la aîgniflcation de orner, parer, qui ne paratt pas convenir ioi.

' Var : Restraindre^ ms. de Florence.

* Var : S'entre<ourchier, ms. de Florence.

* Var : De hayne aussi, ms. de Florence.

* Var : Qui de si loing prentsa couleur vesiue, ms. de Florence. ' Var : Par vieil venin d'ennemisté moderne, ms. de Florence.

Si dur malheur et fortune ennemie Nous ont jadis entrebrouillés en guerre, La souvenance en doit estre endormie Par le recort que nostre main amie Vous a esté moult joyeuse en l'autre erre, Et qu'en salut et gloire reconquerre v De tout ce, peu et grant, que y avez , Ingrats ou non , de nous le recevez.

Je souffre en paix les vieilles origines , Ne qui a droit ou tort en ceste essource; Mais par pité de vos propres ruines, Laissans querelle et honnestes racines.

Nos mains vous ont pourvéus' de ressource.

Qui veut s'en rie, et à qui plaist s'en cource, La vérité est claire, et sy est telle , Tesmoing tout sang* de bonne parentelle.

Riens toutesvoies, je ne dis par repreuve, Quand tout vostre heur h nous est propre gloire; Mais si par nous aucun bienfait se treuve, N'est pas pourtant * qu'un vain orgueil nous meuve A fol vanter pour le mettre en mémoire.

Non certes , non. Ce fait le répertoire Qui nos bontés et amitiés passées Monstre en vos yeux mortes et effacées.

* Var : Prévenus, ms. de Florence.

* Var : Tesmoing mon sang, ms. de Florence.

* Var ; If'esf point pour ce, ms. de Florence.

Dieu et amour nous furent forme et titre D'entrer o * vous en paix et en concorde, Là où jamais n'y eut forain arbitre Qui ayisast ne homme, ne chapitre, D'en riens descendre , à ce que j'en recorde. Sinon d'un cœur seule miséricorde Que Dieu lassus ne souffrira perdue ^ Lorsque par vous ne sera point rendue.

En lieu d'amours tant de fois exhibées.

De tant d'honneurs et d'humbles révérences.

Vous , jà essours en vos hautes montées Vous nous niquez ou nous faites les bées*, Monstrans vos yeux plus agus que sérences ^, Et semble , à bien juger vos apparences , Que sobre y est l'amour qui fructifie.

Sous un tel œil qui rit et mortifie.

Ce no sont pas bien honnestes rendanges ,

Ne justes fruits tirés d'humble service;

Car quand seriez dieux immortels ou anges ,

Et nous meschans bons-honmieaus en nos granges,

Sy n'en pourroit plus prendre nostre office

Que ce qui est monstre par bénéfice

Et nous redonde en despiteux mespris.

Là où l'ingrat n'acquiert guères de pris.

• 0, avec.

« Vap : [Que Dieu lassus ne souffreestre perdue /) ma. de Florence.

* La bée, la moue.

^ Sérences, séran, instrunient de fer avec lequel on peigne le lin.

TOX. VI. \o

iS6 LE DIT DB YÉRITi.

Au fort, par nous mettre en nos devoirs justes

Envers honneur et là où il conseille ,

Tant plus seront nos fortunes robustes»

Plus clairs nos noms , nos œuvres plus aug^ustes.

Contre un chascun qui mordant nous esveille ;

Et n'y a pas de perte une vermeille '

Qui devoir fait et de vertu se cœuvre :

Si cœur ingrat ne prend en gré bonne œuvre.

Hommes et Dieu cognoissent bien nos vies, Rien ne se peut ne celer, ne estordre.

Mais en possès de vos hauteurs pleinries', L*on y perçoit si claires vos envies Que tout le monde y peut reprendre et mordre. Donc, 8*il vous vient de faute de bon ordre.

Ce poise-nous de vos vices extrêmes'; Mais le venin en redonde en vous-mesmes.

Si vous régnez en triomphe amirable, Et qu'en vos bras gît fortune endormie , Régnez si bien que ce vous soit durable Et qu'en régnant la fin ne soit plorable, Car quant à nous, ce ne nous grieve mie; Mais d'autre lez, si fortune est amie

* Vermeille, c'est le nom d'une fleur.

* Pleinries^ complètes, parfaites. On lit dans le ms. de Florence : De vos hautes plenies.

' On lit dans le ms. de Florence : De vos vies extrêmes, ce qui est évidemment une faute.

LE IHT DE VÉRITÉ. m

Vers nouSt aussi n'y prenez point rancune.

Car point de vous ne nous vient ceste lune '.

Nous avons gloire, honneur, resplendissance.

Qui Tair parvole et les hauts cieux fait fendre; Mais ce n'est pas dehors de congnoissance.

Ains tenons tout de la haute jouissance De Dieu là sus, qui nostre est pour deffendre. Lequel aussi, si vous craigniez Toffèndre, Vous vous tiendriez à sa grÀce impartie Et souffreriez de la nostre partie.

Bien congnoissons que vous avez un thronne Par dessus nous plein de gloire ancienne, Et qu*en vos mains tenez sceptre et couronne Où tout l'honneur du siècle s'avironne Si cours avoit vertu cotidienne; Mais vanité de gloire terrienne Vous a les cceurs si pus * de son buvrage Que la hantise en est fière et sauvage.

Vostre orgueil grant et hautaines manières.

Vos cœurs essours en nouvelle fortune, Avec mespris de nos povres tannières Que vous pensez fouler de vos baimières

* Ceste lune, cette infloenoe henreose. On dit enoor; aajoard*Lai familièrement : une bonne lune.

> Pus (participe passé du veihe paistre), nourrie. On lit : PrU^ dans le ms. de Florence.

Si Dieu gardoit pour nous telle infortune:

Tous ces points-cy nous sont cause opportune D'entrer droit-cy en ceste parole aigre.

Que plust à Dieu que cause y eust plus maigre!

Orgueil jadis par maintes fois diverses

Vous a punis et procuré misôre,

Et a fait faire à malheur ses traverses

Parmi vos osts piteuses et adverses.

Dont Tautrui gloire en est vostre impropère;

Ce poise-moy que ce ne vous appère

A plus grand heur, mais ce fait advertance

Pour y pourvoir par ferme résistance.

Ne vous, ne nous n'avons de propre force, Ne de bras fier, certaineté, ne taille, Car là haut gît la main et tranchant force Qui d'un chascun afFoiblit et renforce Le bras armé, de quoy il couppe et taille.

Donc, si gloire ist* au vainqueur en bataille, Ne lui vient point de vertu seule humaine , Mais de celui là sus qui l'œuvre maine.

Puissance humaine est une povre chose , Qui est fondée en vanité légère.

Millions gens , et cent fois plus par glose, Là où péché d'orgueil se contre-opposé,

> Jst (du verbe issir, sortir), arrive. On lit ; Ssf dans le ms. de Florence.

LE mT DE VÉRITÉ. 229

Tout n'est en pris qu'un yorre' de foug^ôré ', Emprès la main de Dieu avantagère Qui vient au faible et à lliumble en aide , Lorsqu'au plus fort b^le fraeur et hide.

Quans a-l'on vu de sifaits' hauts mystères, De tels divins hauts jugemens sans nombre, Là où les fiers humains persecutères De leurs grands osts ont rempli cymitères Soubs un petit flayel * tout humble et sombre, Et ont esté esteints, ainsi qu'une ombre Qui passe au vent et jamais ne retourne , Par leur orgueil qui ainsi les atoume !

Ne se confie un roy en ses cohortes,

En ses maintes puissances redoublées

Parce que là où Dieu n'est de ses sortes*,

Toutes fiertés humaines y sont mortes

Et en l'instant ravies et emblées ;

Car veut monstrer en toutes assemblées

Qu'en luy seul gît plus qu'en cinq cens mille âmes

La paix des rois et salut des royames.

Proposemens souffre assez dire et faire, Grans apparaux machiner et esmeuvre ;

« Voirre pont foverre, paille.

> On lit dans le ms. de Florence : Tout n'est en pris qu'un voirre de Acquière,

* Si faits ou sifaits en an mot, semblables.

* YwriPrayel, ms. de Florence.

* N'est de ses sortes, n'est de son parti, n'est avec loi.

«50 LE DIT Iffi YÉRITÉ.

Donc» quand oe vient à un pourpoe parfUre , Souvent le tourne en un tout autre aflhire, Et au rebours du proposant chiet Foeuvre.

Ainsi sa gr&ce où tout salut se cœuvre, Souvent tient roide aux rois bride et cheval , Pour le support du monde icy aval.

Besoing fait vx)ir que le frain se retieng^e Des roys souvent ireux et volontaires, Et que une main puissant les contretieng^e, Qui malgré eux et par fait les abstiengne De leurs pourpos non toujours salutaires ; Car si leurs cœurs et pouvoirs solitaires Avoient francs, comme en main une fonde', Jamais n*auroit paix ,' ne salut au monde.

Exemplez-vous, et vous soit à figure Le roy Henry, vostre infesteur si sage, Lequel , après mainte grieve laidure, Faite en vos yeux, qui trop vous estoit dure, Fut révoqué du haut de son passage; Mais non veullant croire le vrai message , Qui l'avertit du saint divin remort, Fut prévenu d'ingarissable mort*.

Dieu voit et sçait qui à salut contendent.

Et qui à bien et à mal se disposent.

« Fonde ^UT fronde, * Voyez 1. 1«', p. 337.

Sy &it-il ceux qui à leur propre entendent Et rien qu*à gloire et yanité n'attendent, Sur quoy leurs cœurs labourent et proposent, Mais eux trestous, tout ainsi qu'ils s'exposent, Par plus 9 par moins , à haut bien qui appère , Tout en ce point les conduit et prospère.

François, François, remitigez vos iïes\ Ramodôrez vos passions non saines Et gouvernez vos haulx nouveaux empires , Si bien qu'enfin vos noms n'en soient pires , Ne vos raisons plus foibles , ne plus vaines. Après avoir acquis ses granges pleines Du fruit de gloire à nullui héritable.

Il y cbiet sens pour le garder estable.

Guerre à ce lez ne vous est besoingneuse, Sinon que las soyez jà de longue aise.

Trop a esté de vostre part coûteuse; Sy vous devroit estre chose annuieuse Rentrer arrière en sa grippe mauvaise.

Au fort, s'en vous n'a bouche qui nous baise, Baisez au moins vostre présent fortune De peur des tours de sa fraude mainte une.

Nous, quant à nous, nous désirons à vivre ; Nous quérons paix et ami voisinage,

Var : Et r^fl^igne% va ire$, ms. de Flot^oe.

â32 LE DIT DE VÉRITÉ.

Et n*avons riens qui nous meuve * ou enivre; Car nous voyons par exemple et par livre.

Quels sont les fruits de si fait biu*onnage '. S*amour d*un sang, d*un ventre et d*un linage Peut devers vous ouvrer de sa nature, Jà de nos lez n*en rompra la droiture.

Nous vous voudrions aimer, servir, deflfendre, -Croistre , exaucier et porter vos querelles. Mais qu'il vous plust agréable le prendre.

Et bonne amour récompenser et rendre Semblablement par amours naturelles ; Mais en usant de fiertés corporelles, Disant: i Vilain, tu le dois faire t , adoncques. Nous sommes sourds et ne vous vîmes oncques.

Cœur nous est gros, et avons roide eschine,

Force et pouvoir, et bras pour les conduire,

De quoi jamais ne faudra la racine.

Pour quelque effort que cœur d'homme y machine ,

Ne que vos mains y pourroient produire.

Sy n'y faut point s'esbattre, ne déduire

A lassayer, pour faim que cœur en aye,

Car la folie en rendroit dure playe.

Cestui point seul notez que je vous touche; Cestui point seul vous cause vostre envie :

* Var : Maine, ms. de Florence.

^ Var : Làborage, ms. de Florence.

Si nous fussions Tun borgne et Tautre louche , Mois et chétifs , bridables en la bouche , Lors nous seroit vostre amour appleuvie*, Et diroit-on: i Dieu vous doint bonne vie!

i Comment vous va? vous plaist-il venir boire? » Mais garde après du coup de la càdioire *.

Mais à Dieu los! qui de sa bonté lai^, Et par renvoi de ses grâces tant maintes, Nous a donné tel champion et targe, Que son haut cœur nous affranchit et targe Contre les mains de vos aigres * estraintes.

Car ne seroit par menaces, ne craintes.

Riens tant soit peu, jà-soit-ce qu'on le cuide; Mais périlleux y feroit estre guide.

Il est tout clair, et le congnoit toute àme, Mais douleur m'est qu'ainsi je l'assaveure:

Rien n'y a trop qu'un homme en ce royame.

Lequel, si Dieu Tavoit mis sous la lame, Vous auriez lors tous vos bras au desseure , Ce vous semble-il, mais sachez de celle heure Bien dure à vous, quand il définera, L'honneur du siècle entier se périra.

Affectez fort sa mort et sa ruine, Et lui plaindez sa vie bienheurée ;

• Âppleuvie, assurée, garantie.

» Dans XBwposition sur vérité mal prUe, Chastellain parle aussi : de la caehoire par laquelle on fait saillir avant les compagnons, » Var : Larges^ ms. de Florence.

Mais onc sur vous ne chut telle bruyne,

Ne si amer, ne dolante pluyne.

Gomme en sa mort vous sera préparée.

Laquelle après avoir assez pleurée.

Vous cong^oistrez à coup^ par vue experte,

Gom' douloreuse en tournera la perte.

C'est le trésor du haut honneur du monde ;

C'est cil en qui oncques n'entra reprise ;

C'est le miroir de noblesse parfonde, t

Là où proesse et vérité abonde

Plus qu'en la terre ailleurs n'en est comprise ;

C'est celui seul qui l'âme a toute esprise

De léauté envers Dieu et tout homme,

Et dont la bouche amende, qui le nomme.

C'est le miroir des haûlx roys et des princes ; C'est Toutrepas ouvrage de nature; C est le reclaim des longtaines provinces, Où les faveurs de fortune non minces Passent en don toute autre créature; C'est icelui en qui toute ouverture D'amour divine est tournée et perfuse:

Qui meilleur sçait, montre que je m'abuse !

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