‹ uvres de GilbertChapitre 12 sur 43 · ODE · texte numérisé non relu

ODE

Ce soleil qui nous luit, le monde entier l'appelle Roi des astres nombreux dont l'Olympe étincelle,

Et chef-d'œuvre du Tout-Puissant.

Est-il donc le plus grand des flambeaux de la terre, Ou le plus élevé dans les champs du tonnerre?

Non , non ; mais il est bienfaisant.

Tel on distingue Salm dans la foule des princes : Qu'un autre sous ses lois compte plus de provinces,

Qu'il ait plus de rois pour aïeux ; Eh quoi ! de la grandeur sont-ce donc là les marques? S'il fait le moins d heureux, le premier des monarques

Est le dernier devant mes yeux.

Le hasard, des hauts rangs dispensateur suprême, Rarement aux héros qu'il ceint du diadème

Asservit cent peuples divers ; Sur des trônes obscurs il cache leur naissance : S'il avait aux vertus égalé la puissance ,

Salm eût régné sur l'univers.

Oh! que d'infortunés partagent ses richesses! Tout parle , tout est plein de ses vastes largesses ;

Son peuple en instruit l'étranger; La mère à ses enfants se plaît à les redire ; Et, vaincus par ses dons, les cœurs, sous son empire,

Gourent en foule se ranger.

Rois, vous foulez aux pieds les droits de la nature : Seraient-ils donc pour vous un vain son, une injure.

Ces noms et de frère et de sœur ?

Savez-vous honorer et chérir une mère ? Jamais, sans défiance, avez vous pu d'un frère

Presser le sein sur votre cœur?

Ces paisibles vertus, >au peuple abandonnées,

A mon héros aussi le ciel les a données;

Pour embellir ses jours heureux ; C'est elles qui d'un prince annoncent la sagesse : Comment un fils ingrat, un frère sans tendresse

Serait-il un roi généreux?

J'ai vu, j'ai vu les arts toujours sûrs de lui plaire, Ainsi que des enfants auprès d'un tendre père,

Se rassembler autour de lui :

Déjà les Muses même, à sa cour honorées, Célèbrent leurs beaux jours sur des lyres dorées,

Présents de leur plus cher appui.

Tant de vertus , ô Salm ! auront leur récompense. Nous payons tous les biens qu'un maître nous dispense

De dons égaux, mais différents :

Les grands sont les auteurs du bonheur du vulgaire ; Le vulgaire, à son tour, est le dépositaire

De la célébrité des grands.

Je sais qu'à de faux dieux un vulgaire stupide A prodigué souvent un renom plus rapide

Qu'aux vrais dieux, ses appuis constants. Mais qu' est-il ce renom? C'est le bruit du tonnerre, Qui, volant tout à coup aux deux bouts de la terre,

Dure à peine quelques instants.

Ceux qui par des bienfaits assurent leur mémoire, Seuls vainqueurs de l'oubli , verront fleurir leur gloire

Jusque chez nos derniers neveux :

Le peuple , en la voyant , baisera leur image ; Et les Muses jamais ne loueront un roi sage

Sans lui donner leur nom fameux.

Mais (fui pourrait prétendre à ce tribut d'estime, Quand ces Muses n'ont point, dans leur langue sublime,

Immortalisé ses hauts faits?

Leur voix commande au monde , en règle les suffrages , Et la postérité ne porte ses hommages

Qu'aux pieds des dieux qu'elles ont faits.

Oh! si tu dois un jour, protecteur populaire, Me prêter un abri sous l'ombre tutélaire Dont tu couvres tant de mortels ;

Oui, je veux à ton char lier la Renommée, Et que la main du Temps, par mes chants désarmée, Ne puisse briser tes autels.

Le génie est semblable à la vigne fertile : Est-elle sans soutien , Ton voit sa tige utile

Ramper en étendant ses bras ; D'un raisin égaré que son front se couronne, De poussière souillé , vert encore en automne ,

On le bannit de nos repas.

D'un orme généreux est-elle soutenue , Elle s'élève alors, suspend près de la nue

Ses fruits qu'ont mûris les beaux jours, Enivre les humains de sa douce ambroisie , Et, quand l'ormeau vieilli n'est plus qu'un tronc sans vie,

Fleurit et l'embellit toujours.

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