REFLEXIONS SUR LA SATIRE
trait de générosité qu'ils ont loué avec enthousiasme dans une souveraine *?
Pour nous, qui faisons gloire de cultiver après lui le seul genre de poésie dont l'utilité serait vainement désavouée, malgré le respect que nous devons aux oracles des novateurs du temps, appuyé de l'autorité d'un écrivain si judicieux, nous soutenons au contraire que quiconque blâme la satire est un homme dupe des opinions d'autrui, un sot à prétention, ou une âme corrompue. Les citoyens vertueux, les esprits sains et vraiment éclairés ne la redoutant pas, l'ont toujours approuvée. Leurs entretiens sont la censure continuelle des mœurs dépravées et du mauvais goût : le satirique n'est en un mot que l'interprète de leurs plaintes ou de leurs jugements.
Ce sont ces hommes, dont le suffrage seul peut nous flatter, qui défendirent le Tableau du dix -huitième siècle du mépris dans lequel la cabale philosophique prétendait l'ensevelir. Leur indulgence encouragea nos faibles talents, et nous avons recueilli leurs voix pour corriger cet ouvrage, que nous venons de soumettre une seconde fois à leurs lumières. Malheur à nous si jamais nous désirions les applaudissements des so-
I. On sait que Boileau acheta la bibliothèque de Patru, célèbre avocat, réduit à l'indigence sur la tin de ses jours, et lui en paya le prix, qui était assez considérable, à condition que ce dernier la garderait toute sa vie.
C'est ainsi que l'impératrice de Russie avait acheté la bibliothèque de M. Diderot.
phistes modernes! Attaqués dans nos vers, ils doivent armer contre notre vie la persécution et le mensonge : l'intolérance et Je fanatisme se sont réfugiés dans leur secte. Mais nous opposerons à leurs calomnies une constance éprouvée. Le génie peut nous manquer, et non le courage. Pensent -ils d'ailleurs que la honte ou l'honneur des gens de lettres soient dans leurs mains? Leurs impostures ont-elles diffamé le critique célèbre1 à qui la première de ces satires est adressée? Tant qu'il a vécu, les âmes intègres, que la contagion des mauvais principes n'a point infectées, ont payé ses travaux d'une considération flatteuse. Maintenant que la mort vient de l'enlever à la littérature, leurs regrets ne craignent pas d'éclater; et nous, qu'il plaçait au rang de ses amis, inconsolable de sa perte, en voyant une foule de gens de bien mêler hardiment leurs pleurs aux nôtres, nous disons aux soidisant philosophes : Calomniateurs ennemis de la satire, apprenez par cet exemple que vos cris et vos libelles ne déshonorent que vous-mêmes.