‹ uvres de GressetChapitre 18 sur 215 · ACTE II, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I

Victime da devoir, de l'amour, du malheur, Osois-je me connoitre et lire daus mon cœur? De lui-même jamais ce cœur fut-il le maître ? Jointe à Salislmry sans presque le connoitre, L'amour n'éclaira point un hymen malheureux , Dont le sort sans mon choix avait formé les nœuds. J'estimai d'un époux la tendre complaisance; Mais il n'obtint de moi que la reconnoissance, Et, malgré mes efforts, mon cœur indépendant Réservoit pour un autre un pins doux sentiment. De la cour à jamais que ne fus-je exilée ! Par mon nouveau destin en ces lieux appelée, Je vis... Fiere vertu , pardonne ce soupir; J'en adore à la fois et crains le souvenir. Dans ce jeune héros je sentis plus qu'un maître : Mon ame à son aspect reçut un nouvel être ; Je crus que jusqu'alors ne lavant point connu, Ne l'ayant point aimé, je n'avois point vécu. Que te dirai-je eniin? heureuse et désolée, Maîtresse à peine encor de mon ame accablée, Trouvant le désespoir dans mes plus doux transports, Au sein delà vertu j éprocvois des remords. C'en est fait ; libre enfin je dois fuir et me craindre. J'ai su cacher ma honte et j'ai pu me contraindre Tandis que le devoir de/endoit ma vertu ; Mais aujourd'hui mon cœur est trop mal défendu. Te dirai-je encorplus l'on croit tout quand on aime. Oui, depuis le moment que je suis à moi-même, Cet amour malheureux , et nourri de mes pleurs , Ose écouter l'espoir et chérir ses erreurs ; Quand je vois ce héros, interdite, éperdue, .•e crois voir ses regards s'attendrir à ma vue; Je crois. . . Mais où m'emporte un aveugle transport ? Le ciel n'a fait pour moi qu'un désert et la mort. Ne puis-je cependant entretenir mon père? Pourquoi m'arrète-t-i) où tout me désespère?

■i\ EDOUARD III.

\ nus l'allez voir ici. Mais pourquoi fuir la cour., Et rejeter l'espoir qui s'offre à votre amour? Le trône à vos attraits...

EUGÉNIE

Que dis-tu, malheureuse!

Quel fantôme brillant, quelle image flatteuse A mes sens égarés as-tu fait entrevoir? Garde-toi de nourrir un dangereux espoir: Tu me rendrois heureuse en llaitant ma tendresse ; Mais je crains un bonheur qui conte une foiblesse. Allons; c'eal trop tarder, abandonnons des lieux Où j'ose m peine encor Lever mes tristes veux. Je n «- veux point aimer; je luis ce que j'adore. l'implore le trépas, et je soupire encore ! I.i mon seule éteindra mon déplorable amour; Mais du moins, en fuyant ce dangereux séjour, Cruelle à nus désirs, à mes devoirs fidèle , .1 aurai fait ce que peut une foible mortelle: Si le irste est un crime, il est celni des cieux, Et j'aurai la douceur d'être juste à mes yeux. Tu n'auras pas long-temps à souffrir de ma peine ; La mort est dans mon cœur: suis-moi, ma chère Is-

mene ; 'l'on zèle en a voulu partager le fardeau, Ne m'abandonne pas sur le bord du tombeau. Fuyons. Là, pour briser le trait qui m'a blessée, Pour bannir ce héros de ma triste pejisée, Souvent tu me diras qu'il n'est pas fait pour moi. Cache un mortel charmant, ne me montre qu'un roi. Dis-moi que les attraits de quelque amante heureuse Ont sans doute enchaîné cette amc généreuse : Dis-moi que, nés tous deux sous des astres divers. Il ignore et ma peine et mes vœux les plus chers , Et qu'il n'existe plus que [tour celle qu'il aime. Je t'aide, tu le vois, à me tromper moi-même :

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