‹ uvres de GressetChapitre 200 sur 215 · o REQUETE · texte numérisé non relu

o REQUETE

Et non moins de prolixité,

C'est la très mince lieutenance

D'un fort d'assez peu d'importance ,

Qui ne sera jamais bloqué , Mais dont le grenadier qui s'offre à sa défense Rendroit bon compte un jour si , contre l'apparence

Il pouvoit se voir attaqué

Sur cette chétive éminence.

Encor voulons-nous moins que cette jouissance

Par ce mémoire présenté ; Ce n'est pour le moment qu'un titre sans séance.

Un bien qui n'aura d'existence,

D'actuelle réalité ,

Que daus notre reconnoissance , Jusqu'à l'instant qu'il plaise an maître souveraiu De rappeler à lui l'ame du cbàtelain

Dont nous briguons la survivance.

Mais comme ce vieux paladin ,

Quoique goutteux , octogénaire , S'aime beaucoup dans ce bas hémisphère,

Et n'aima jamais son prochain ;

Que sait-on? hélas ! le vieux reître, Très choyé , très soigneux des restes de son être ,

Eternel dans ses bastions , Empaqueté , fourré . le nez sur ses tisons ,

Entre son major et son prêtre ,

Ses histoires de garnisons ,

Et ses pipes, et ses marrons,

Hélas! enterrera peut-être

Celui pour qui nous demandons.

Dieu lui fasse toute autre grâce ,

Si dans ce jour nous obtenons

Un coadjuteur de sa place !

Et quand il aura tout conté

Sur Hochstet et sur Ramillies , Comment on eût mieux fait, ce qu'oueùt emporté

AU ROI. z},

De gloire, d'immortalité,

Et de moustaches ennemies,

S'il avoit été consulté ;

Quand il aura bien exalté

Les antique; chevaleries, Des maréchaux défunts dépeint les effigies,

La perruque et l'austérité,

Bietï rabâché , bien regretté

Ses campagnes et ses orgies, Des sieg"s où peut-être il n'a jamais été , IVs belles dont sans doute il n'a jamais tâté, F.nlîn quand le lion-homme aura bien répété

Les enuyeuses litanies Du temps passé , seul temps par lui toujours vante ; Après qu'il aura joint à cette kyrielle Ce que dans sa baraque il compte faire un jour, \es projets assez, longs pour la vie éternelle , Les mémoires qu'il doit pr. senter à la cour, Et qu'à son ordinaire il aura dit sans cesse,

« Ma courtine , mon tenaillon .

« Mon pont-levis, ma forteresse,

« Mon aumônier, ma garnison ,

« Le roi mon maître , mon canon :

Tout cela dit et fait, et deux ans qu'on lui laisse .

Par bienséance ou par tendresse , Dieu veuille rappeler dans l'éternel dortoir

Le peu d'esprit qu'il peut lui voir, Et , moitié marmottant sa courte pateuôtre,

Moitié sur sa goutte jurant,

Nous l'endormir chrétiennement ,

Et le clore hermétiquement

Pour son bonheur et pour le nôtie !

Si la rage du bruit et d'un frivole honneur, Chimère des vivants, dans les demeures sombres , Tient aussi des vieux preux les séi ieuses ombres, 11 peut être atsuré que sou cher successeur,

i\i REQ l E i'E AU R OL

Plus jaloux (ju'un parent d'orner ses fanérailles .

Lui fera dresser de grand co ai

Toute la pompe des batailles :

Que, pour mieux décoi er son convoi ,son tombeau

Ou emprunter;) de la \ille

Ce qui peut manquer an château .

Prêtres, soldats, poudre, bedeau ,

Et tout le funèbre ustcnsib ;

Que vers son dernier domicile

Toutes le> croix de Saint-Louis

Qui végètent ùans le pays

L'accompagneront à la file :

Que tous les vieux fusils ce jour-là .«-ortiront

De leur rouille et de leur poussière,

Et, s'ils le peuvent , tireront.

Pour annoncer au loin sa marche funéraire ; Que son large écnsson , sa croix , son cimeterre .

Le catafalque honoreront ;

Et qu'enfin au sein de la terre

Ses reliques ne descendront

Qu'avec les honneurs de la guerre.

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