‹ uvres de GressetChapitre 21 sur 215 · ACTE II, SCENE II. a · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II. a

Il fant, du peuple anglois tutélaire génie, l'aire plus qu'affermir, plus qu'immortaliser, Plus qu'obtenir le trône; il faut le refuser. Oui , c'est toi qu'au mépris d'une loi souveraine , Au mépris île l'état, Edouard nomme reine; Et pour un rang déplus , si tu démens tes mœurs. Tu l'épouses demain , tu règnes , et je meurs.

Tu frémis! le t'entends : tu prévois les disgrâces

Que ce fatal amour entraine sur ses traces ;

.Te reconnois ma fille à ce noble refus ,

Et mon cœur paternel renaît dans tes vertus.

Qu'espéroit Edouard ? comment a-*-il pu croire

Qu'instruit par des aïeux d'immortelle mémoire,

Blanchi dans la droiture et la fidélité,

Dans le zèle des lois et de la liberté ,

.T'irois , d'un lâche orgueil méprisable victime ,

Avilir ma vieillesse et finir par un crime?

Non , j'ai su respecter la terre où je suis né ;

Je t'en devois l'exemple , et je te l'ai donné :

Bien loin qu'à ton départ je sois contraire encore ,

Je vais fuir sur tes pas un palais que j'abhorre ;

A moi-même rendu , je retourne au repos.

Je ne demande point le prix de mes travaux ;

Quel prix plus doux pourroit flatter mon espérance?

Le ciel dans tes vertus a mis ma récompense ;

Je vais tout disposer. Edouard amoureux

Doit lui-même bientôt t'instruire de ses vœux:

Je m'en remets à toi du soin de les confondre ,

Et je veux te laisser la gloire de répondre.

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