‹ uvres de GressetChapitre 77 sur 215 · ACTE II, SCENE II. Sy · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II. Sy

Il faut savoir nous faire au pays où nous sommes, Au siècle où nous vivons.

si Dit El.

.1 e ne hais point les hommes , Ami ; je ne suis point de ces esprits outrés De leurs contemporains ennemis déclarés, Qui, ne trouvant ni vrai, ni raison, ni droiture, Meurent en médisant de toute la nature ; Les hommes ne sont point dignes de ce mépris : Il en est de pervers ; mais dans tous les pays Où l'ardeur de m'instruire a conduit ma jeunesse .l'ai connu des vertus , j'ai trouvé la sagesse , .l'ai trouvé des raisons d'aimer l'humanité, De respecter les nœuds de la société , Et n'ai jamais connu ces plaisirs détestables D'offenser, d'affliger, de haïr mes semblables.

HAMILTOIf.

Pourquoi donc à les fuir ètes-vous obstiné?

SIDÏTEI.

Qu'anriez-vous fait vous-même? aux ennuis condamné, Accablé du fardeau d'une tristesse extrême, Réduit au sort affreux d'être à chargea moi-même, J'épargne aux yeux d'autrui l'objet fastidieux D'homme ennuyé par-tout, et par-tout ennuyeux ; C'est un état qu'en vain vous voudriez combattre : Insensible aux plaisirs dont j'étois idolâtre , Je ne les connois plus, je ne trouve aujourd'hui Dans ces mêmes plaisirs que le vuide et L'ennui : Cette uniformité des scènes de la vie Ne peut plus réveiller mon ame appesantie ; Ce cercle d'embarras, d'intrigues, de projets, Ne doit nous ramener que les mêmes objets ; Et par l'expérience instruit à les connoitre , Je reste sans désirs sur tout ce qui doit être : Dans le brillant fracas où j'ai long-temps vécu

yo SIDNEI.

.l'ai tout vu, tout goûté, tout revu, tout connu;

J'ai rempli pour ma part ce théâtre frivole:

Si chacun n'y restoit que le temps de son rôle

Tout seroit à sa place, et l'on ne verroit pas

Tant de gens éternels dont le public est las.

Le monde , usé pour moi , n'a plus rien qui me touche;

Et c'est pour lui sauver uu rêveur si farouche,

Qu'étranger désormais à la société

Je viens de mes déserts chercher l'obscurité.

HilILTO».

Quelle fausse raison , cher ami , vous égare Jusqu'à croire défendre uu projet si bizarre? Si vous avez goûté tous les biens des humains, S i vous les connoissez , le choix est dans vos mains : Tïornez-vous aux plus vrais , et laissez les chimères Dont le repentir suit les lueurs passagères. Quel fut votre bonheur? A présent sans désirs, Vous avez, dites-vous , connu tous les plaisirs ; Eh quoi ! n'en est-il point au-dessus de l'ivresse Où le monde a plongé notre aveugle jeunesse? i'c tourbillon brillant de folles passions, Citte scène d'erreurs, d'excès , d'illusions, J)u bonheur des mortels bornent-ils donc la sphère La raison à nos vœux ouvre une autre carrière : Croyez-moi, cher ami, nous n'avons pas vécu; Employer ses talents, son temps, et sa vertu, Servir au bien public, illustrer sa patrie , Penser enfin, c'est là que commence la vie ; A'oilà les vrais plaisirs dignes de tous nos voeux, La volupté par qui l'honnête homme est heureux : Notre aine pour ces biens est toute neuve encore... Vous ne m'écoutez pas ! Quel chagrin vous dévore

SI ON El.

Je connois la raison ; votre voix me l'apprend ; Mais que peut-elle enfin contre le sentiment ? Marchez dans la carrière où j'aurois dû vous suivre

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