‹ uvres de GressetChapitre 86 sur 215 · ACTE II, SCENE VIII. gg · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VIII. gg

N'est point fait pour les pleurs, il est fait pour l'amour.

ROSALIE

Que dites-vous? ô ciel! ma surprise m'accable...

HAMUTOS.

Sidnei dans les remords...

R OSALIE.

Quel songe favorable!

Il m'aimeroit encore !

HAMILTOS.

Il est digne de vous ; Vous finirez ses maux , il sera votre époux.

R os ALI E.

Laissez-moi respirer, vous me rendez la vie : Quel heureux changement dans mon ame ravie ! Tous mes jours ressembloientau moment de la mort! Mais ue llattez-vous point un crédule transport?

H AMI LT ON

Non; croyez votre cœur, vous êtes adorée. JYlais par quel heureux sort en ces lieux retirée...

Je n'ai point à rougir aux yeux de l'amitié ; Vous connoissezmon cceur, il est justifié. Oui, je l'ainiois encor, même sans espérance; C'est un bien que n'a pu muter son inconstance ; Et si , malgré l'excès de mon accablement , J'ai vécu jusqu'ici, c'est par ce sentiment : victime du malheur, quand Sidnei m'eut trahie, Privée an même temps d'une mère chérie, Je vins cacher mes pleurs et fixer mon destiu Auprès d'une parente en Ce château voisin ; Biais, loin de voir calmer ma vive inquiétude, Je retrouvai l'amour dans cette solitude: Voisine de ces lieux soumis a mon amant, J'v venois malgré moi rêver incessamment ; Tout me parloit de lui , tout m'offroit sou image ;

ioo ACTE II, SCENE VIII.

.T'avais tout l'univers dans ce séjour sauvage : Mille fois j'ai voulu fuir dans d'autres déserts, Mais un charme secret m'attachoit à mes fers. Après quatre ans entiers d'une vie inconnue , Quel trouble me saisit quand j'appris sa venue! Pour la dernière fois je voulois lui parler ; Des adieux de l'amour je venois l'accabler; Je succombois saus doute à ma douleur mortelle Si je ne l'eusse vu que toujours infidèle. Mais pourquoi retarder le bonheur de nous voir? Venez, guidez mes pas, et comblez mon espoir.

HiMIITOIf.

Commandez an moment à votre impatience.

Je conçois pour vos vœux la plus sûre espérance ; Mais il me faut d'abord disposer votre amant Au charme inespéré de cet heureux moment. Il est dans la douleur, égaré, solitaire... Je vous éclaiicirai ce funeste mystère ; Qu'il vous suffise ici de savoir qu'en ce jour Fidèle , heureux par vous, il vivra pour l'amour. Je diffère à regret l'instant de votre joie ; Mais enfin avant vous il faut que je le voie.

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