LES ŒUVRES
Ce n'est ici ni le lieu ni le moment de juger dans son ensemble l'œuvre de Machaut et de déterminer la place qui lui revient dans Thistoire littéraire. Les œuvres de Guillaume de Machaut que nous nous proposons de publier, à l'exception du Voir Dit et de la Prise d'Alexandrie qui ont fait l'objet de publications séparées facilement abordables, occupent dans la littérature française du moyen âge une place considérable; elles se partagent nettement en deux catégories différentes : les poésies lyriques, comprenant les ballades, rondeaux, virelais^ lais, complaintes et motets, et les poésies narratives et didactiques, c'est-à-dire les dits. C'est par ceux-ci- que doit commencer l'édition des œuvres de Machaut d'après « Tordenance que Guillaume de Machaut vuet qu'il ait en son livre » '. Nous nous bornons en tête de ce premier tome à faire figurer les notices des poèmes qui y sont publiés. On retrouvera de même dans chacun des volumes suivants les observations nécessaires relatives aux pièces qu'ils contiendront.
/. — Le Prologue.
Dans les meilleurs manuscrits, qui sont en même temps les plus complets, les manuscrits A etF-G% le
1 . Termes de la rubrique qui précède la Table de notre manuscrit A,
2 . Les manuscrits £ et // ne contiennent du Prologue que les l^allades, et non la partie en rimes plates*
INTRODUCTION UII
recueil des poésies de Macbaut est précédé de plusieurs pièces en vers, dont l'ensemble forme comme la préface, le Prologue^ des œuvres complètes du poète ' . Ce Prologue comprend quatre ballades et une courte pièce de 184 vers octosyllabiques 6n rimes plates. Les^ ballades forment deux groupes : dans le premier; Nature offre à Guillaume ses enfants Scens^ Retorique txMusique^ afin de lui faciliter son œuvre de poète, et Machaut répond en la remerciant; dans l'autre, il mo«r^ / ^^f lui présente Dous Penser^ Plaisance et Espérance qui lui fourniront la matière de ses chants, et Guillaume remercie encore de cet autre don. Dans la partie en rimes ^. plates, le poète, s'étendant sur la valeur des dons de Nature et ô! Amours ^ en profite pour exposer ses théories littéraires : il énumère les différents genres poétiques qu'il cultive (v. 11- 18); il prouve que la pratique de la poésie rend l'homme bon et joyeux (v. 26-84); î' vante les mérites de Musique^ citant à Tappui des exemples bibliques et mythologiques (v. 85-146); il dénombre les variétés de rimes que lui ttistigtit Rhétorique [^ . 147-158); et finalement, pour obéir à Nature txk Amours^ et pour plaire aux dames, il annonce qu'il va commencer le Dit dou Vergier. Ces derniers vers paraissent rattacher le Prologue au Dit dou Vergier qui est, comme nous le ferons voir ailleurs, le premier et le plus ancien des dits de Machaut. Dans ce cas, cette introduction aurait été écrite, avant
I. Tarbé avait déjà donné ce titre de Prologue à rensemble de ces premières poésies qui ouvrent Tœuvre de Machaut. Le mot ne se trouve que dans la Table du manuscrit E : Çy fine le pro- Togue, C*est là que nous nous sommes permis de prendre cette désignation aussi exacte que commode qui n'a qu'un défaut celui de ne pas provenir de Machaut lui-même. '