INTRODUCTION LXIII
bien leur proposer l'arbitrage de son maître, mais il ne sait comment les aborder, un peu honteux de son indiscrétion. Or, voilà qu'un petit chien qui accompagnait la dame Taperçoit et se précipite vers lui en aboyant. Aussitôt, le poète s'en empare et va le rendre à sa maîtresse ; c'est l'occasion cherchée pour se mêler à l'entretien. Le chevalier, alors, à voix basse, exprime à la dame sa crainte que ce clerc n'ait tout entendu, et Guillaume confirme en effet ses soupçons. Il peut donc tout de suite leur conseiller de soumettre leur différend au roi de BohémeTiLe nombre de traits analogues est considérable ; et tous, ils contribuent à donner au poème le caractère d'une aventure vraie et vécue.
Une autre qualité qui distingue encore à son avantage Machautde la plupart de ses confrères du moyen âge, c'est l'unité de composition dans la plupart de ses poèmes. Les longues digressions intercalées par Jean ^ de Meun dans le Roman de la Rose avaient précisément été l'une des causes du succès prodigieux de cette œuvre, et cet exemple a nécessairement dû exercer une influence considérable sur les auteurs des générations suivantes. D'autant plus grand est le mérite de Machau | d'avoir su résister, quelquefois du moins, à cette habi-| tude si commune aux poètes de son temps et d'avoir! observé dans quelques-uns de ses dits une parfaite unité d'action et de pensée, qui n'apparaît que rarement dans les productions littéraires du moyen âge. Le Juge^ ment dou Roy deBehaingne est du nombre. La thèse une fois énoncée, la discussion se poursuit continue, serrée, sans jamais perdre de vue son objet et sans s'égarer en d'inutiles détours ; tout est naturellement motivé et un enchaînement logique réunît entre elles les différentes parties du débat. Seules, quelques des-