‹ Œuvres de Guillaume de MachautChapitre 87 sur 116 · INTRODUCTION LXXXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION LXXXVII

connu et inédit pour le public du poète, ce qui ne peut que confirmer la supposition qu'il a été inventé par Guillaume. On a vu déjà et on verra dans la suite combien Machaut cherchait précisément à donner aux récits qu'il inventait un air de vérité et de réalité.

Enfin, fun dernier récit est relatif à l'action folle et chevaleresque du seigneur qui, prié par sa dame de lui rendre une bague qu'elle lui avait donnée, lui envoie avec Tanneau le doigt qui le portait, afin de ne pas manquer à la promesse faite que jamais la bague ne quitterait son doigt (v.285i-98)rpette fois-ci encore, Machaut s'étend longuement et complaisamment sur tous les détails du conte. C'est donc de nouveau un récit neuf et inédit qu'il offre à ses lecteurs. S'il se fût agi de quelque aventure connue et répandue, Guillaume l'aurait traitée tout aussi brièvement et succinctement que celle par exemple de la Chastelaine de Vergy, Si par conséquent, ce n'est pas là une nouvelle que quelque poème antérieur avait fait déjà connaître, il est probable que nous avons de nouveau devant nous une histoire inventée de toutes pièces par Guillaume lui-même.

Le Jugement dou Roy de Navarre mérite donc d'attirer l'attention à un plus haut degré que les pièces précédentes, non seulement pour ses qualités littéraires, mais encore pour l'intérêt tout particulier qu'il offre en nous permettant d'entrevoir en quoi consistait le bagage littéraire d'un poète savant vers le milieu du xiv* siècle et quelles pouvaient être lesconnaissances littéraires des cercles courtois et cultivés de cette même époque. Les dits suivants permettront de compléter le tableau.

Par jugement du roi de Navarre, Guillaume de Ma-

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chiaut a été cdndAmAé àutie triple amende ;'elle coiidiëte èh un lait tine chanson et une ballade qu'il doit compo^ sen Pour payer ton amende, le poète va commencer sans délai « un amoureus lay » ; c'est le poème qu'il intitule Le Lai dêPlour. Cette poésie, en effet, se rattache étroitement au dit qui la précède: elle contient léS plaintes d'une dame à qui la mort vient d'arracher son ami. Le sujet répond exactement à l'une des données du débat précédent. Nous pouvons donc ajouter foi au dire du poète^ quand, dans les derniers vers du Jugement dou Roy de Navarre^ il nous fait savoir que le lai a été composé immédiatement à la suite de ce dit. Il a été fait en 1349 ou i35o, si vraiment, d'après les renseignements de Froîssart, la confection d'un poème de ce genre était lin travail de quelques mois. Nous aurons à examiner les lais de Machaut, quand nous publierons ses poésies lyriques. Ici nous voulons nous borner à faire remarquer que cette pièce répond tout-à-fait aux règles du genre, telles que Deschamps les énoncera plus tard dans VArt de dictier. Elle se compose de douze strophes dont chacune diffère des autres daris le choix et la succession des rimes et dans la forme des vers, sauf la dernière strophe qui doit être exactement pareille à la première. Chaque strophe par contre est formée de deux parties identiques.

Le rapport intime qui relie le Lai de Plour au Juge* ment dou Roy de Navarre justifie suffisamment la place que nous lui donnons dans cette publication. C'est à ce môme endroit, à la Suite du Jugement dou Roy de Na^ varre, que le lai est placé dans les manuscrits B, E et M; et dans KetJ^ qui ne possèdent pas le débat en question, il suit le dit précédent, le Jugement dou Roy de Behaingne. Sauf M, ce sont là, les manuscrits de

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