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uvres de Henri Regnault

Regnault (Alexandre-Georges -Henri) naquit au Collège de France le 30 octobre 1843, et mourut frappé d'une balle ennemie le 19 janvier 1871. On voit par le rapprochement de ces deux dates combien le destin avait laissé peu d'années à sa disposition; mais ce temps si court lui a suffi pour montrer la puissance de son talent et conquérir un nom à jamais glorieux, même lorsque la main de la patrie éplorée n'aurait pas eu à poser sur son urne funèbre la couronne de laurier militaire. Il a commencé en génie et fini en héros ! Quelle existence de cen-

tenaire a été mieux remplie que celle de ce jeune homme moissonné en sa fleur?

Ce qui explique un si rapide développement, c'est le don qui, chez Regnault, dépassa en précocité tous les exemples connus. Il se manifesta dès Tâge de trois ans. Dans sa première enfance, il était faible, maladif et souffreteux; pour l'amuser, on le posait à terre sur un tapis, avec un crayon et un morceau de papier, et, couché sur le ventre, il dessinait de la main gauche des personnages et surtout des animaux où se voyait déjà un sentiment remarquable de la forme. On peut dire de lui sans exagération qu'il a dessiné avant de parler. Cette habitude de se servir de la main gauche, il ne l'a jamais quittée, même pour la peinture, ce qui fait que ses palettes, façonnées exprès, ne peuvent s'adapter à aucun pouce; mais il écrivait de la main droite.

Il fit des études littéraires complètes, comme externe, au lycée Napoléon. — Comment s'appelle-t-il aujourd'hui } — Son père lui avait dit qu'il ne lui laisserait pas suivre ses études d'art qu'il n'eût fini ses études littéraires. Le jeune Henri Regnault se conforma docilement à la volonté paternelle, reconnaissant qu'un peintre ne se composait pas seulement d'un œil et d'une main, mais aussi d'un cerveau, et que pour repré-

senter des hommes on devait avoir fait ses humanités, comme on disait dans la belle langue d'autrefois.

Il ne prit jamais aucune leçon de dessin et ne lit aucune copie d'après un dessin avant l'âge de dix-sept ans, où il entra dans l'atelier de M. Lamothe, élève de MM. Ingres et Flandrin; mais il passait toutes ses vacances à faire des études d'animaux et de paysage d'après nature aux environs de Sèvres et de Dieppe.

Tout enfant, il demandait surtout à être promené au Jardin des Plantes, et il occupait ses soirées à dessiner de mémoire les animaux qu'il avait vus. C'est dans ses premiers essais qu'on put reconnaître sa merveilleuse aptitude pour reproduire, même sans l'avoir devant les yeux, la physionomie des choses.

Jeune homme , il fut impossible de le faire tenir longtemps ni à l'atelier de M. Lamothe ni à l'Ecole des beaux-arts. Le spleen le prenait bien vite; il lui fallait avant tout sa liberté d'action, pouvoir changer d'idée artistique selon ses impressions du moment. Son père lui installa successivement un atelier bien modeste d'abord à Sèvres, puis à la rue d'Enfer, enfin à la rue Lafayette. Il travaillait avec ardeur quand il n'avait plus de maître. — Entre l'artiste et

la nature il ne fallait aucun intermédiaire.

Il n'allait à l'École des beaux-arts que pour les concours, et chaque fois on avait beaucoup de peine à le faire se présenter, un flot toujours débordant d'inspiration le soulevait, qu'il ne cherchait pas d'ailleurs à maîtriser. Il sentait Le don en lui et l'écoutait. D'autres conseils auraient pu le troubler, même il n'en demanda pas beaucoup aux anciens maîtres , aux olympiens de la peinture qu'il admirait sans doute, mais dont son originalité l' éloignait de plus en plus ; il communiait sans prêtre avec la nature, et prenait l'art comme s'il était né d'hier.

La musique lui servait de délassement, il y occupait ses soirées et même ses nuits, car il ne faisait rien que par fougue et par enthousiasme ; il était non moins doué sous ce rapport que sous l'autre, et il eût été aussi grand musicien qu'il est grand peintre.

Le prix de Rome lui fut décerné en 1866. Le sujet était Thétis apportant à çAckille les armes forgées par Vulcain. — La toile de Regnault fit sensation, le torse d'Achille, courbé sur le corps de Patrocle, était d'une vigueur superbe, et la figure de Thétis, moitié archaïque par le dessin, moitié surnaturelle par la couleur, avait une audace d'originalité peu ordinaire. Les orne-

ments de l'armure témoignaient déjà de ce goût rare et singulier qui distingue Regnault. — On comprit qu'un peintre était né. N'oublions pas à un concours antérieur un Corioian avee sa mère Véturie, tableau d'un plus sage aspect, qui lui obtint une mention favorable.

Le premier envoi de Rome de Regnault fut e4utomédon domptant les coinsiers d'Q,ichille. C'est une peinture d'une énergie et d'un emportement sauvages qui rappelle la fougue de brosse et aussi la science anatomique de Géricault. Les chevaux divins se cabrent , échevelés , écumanîs, contenus à pleins poings par le robuste écuyer dont tous les muscles se tendent sous l'effort.

Mentionnons aussi un Orphée aux enfers éclairé par les étranges lueurs des régions souterraines ; les monstres infernaux arrivent des noires profondeurs, attirés par la douceur du chant. Pluton, l'inexorable, s'attendrit, et Proserpine a une beauté grandiose et farouche qui fait penser à la Proserpine de Cornélius dans la glyptothèque de Munich.

Notre sympathie de critique s'est éveillée l'une des premières pour Henri Regnault, et nous avons rendu compte, une à une. de ses œuvres, à mesure qu'elles ont paru. Nous ne le con-

naissions pas, il était encore vivant. Ces appréciations, il a pu les lire. Nous les avons réunies dans cette notice comme les plus exactes et les plus sincères. Les louanges sont bien données à l'artiste et non au héros.

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