‹ Œuvres de J. Bentham, jurisconsulte anglaisChapitre 490 sur 524 · ROLES DIVERS PAR RAPPORT AUX SOPBI8MBS · texte numérisé non relu

ROLES DIVERS PAR RAPPORT AUX SOPBI8MBS

qu'il faut attribuer nécessairement à ceux qui avancent ou qui adoptent des sophismes.

Jusque-là ces distiiiciions sont claires et palpables. Mais en y regardant de plus près, on trouve un état mitoyen entre la mauvaise foi et la teuiéritc, un état qui participe de l'un et de l’autre.

(Test ce qui peut avoir lieu dans tous les cas où la force <le raqpiment admet différents de- (p'és de persuasion. Je ne trouve dans mon opinion qu'un certain de^é de probabilité ; je m’énonce comme si j'y trouvais la certitude. La persuasion que je d(k;lare n'est pas absolument fausse, mais elle est cxa(;érée, et cette exa^véralion est fausseté.

Plus ou s'accoutume à employer un faux aripiment, plus on est sujet à passer de l'état de mauvaise fui à celai d’imbécillité, je veux dire d’imbécillité relative au sujet. On a dit du jeu , qu'on commence par être dupe, et qu'on hnit par être fripon. Mais, en ceci , on commence par un certain de^p'c de fourberie, et l’on finit par s'en imposer à soi-méme.

(Test ntl phénomène bien connu , qu'un mentenr d'utic ima{pnation un peu vive, à force de répéter une histoire inventée à plaisir et de la particulariser, parvient enfin à se tromper lui-même cl à la croire vraie.

Mais si cela peut arriver par rapport h des faits fictifs toujours en contradiction avec des faits réels, combien cette illusion ne sera-t-elle pas plus facile et par conséquent plus fréquente par rapport à ces impressions internes si délicates et si fines, à ces dc{p*és de persuasion si variés, qui n’ont point de si(pie extérieur, et pas même des mots correspondants pour en exprimer les nuances?

Si de niauv'ais ar(piments sont un indice de mauvaise foi, cet indice devient bien plus fort lorsqu'au lieu de s’adressera Y entendement y on s'adresse à la i^lonté de ceux qu'on veut persuatler, c'est-à-dire lorsqu'on substitue à des ar{pimcnts les peines et les récompenses.

De faux ar^piments adressés à l'entendement peuvent être réfutés ; mais ces amnments adressés à la volonté (si on peut leur donner ce nom) ne peuvent pas l’être : les raisons les plus fortes seraient sans effet, il faudrait, pour les combalU'c, avoir des moyens supérieurs de subornation ou de contrainte.

Conclusion.

La force intrinsèque d'un ar{pimcnt, dirat-on, ne «Icpcnd en aucune manière du caractère moral de ceux qui l'emploient. Vn sophisme n'en vaut pas mieux pour être dans la bouche d'un homme de hicn ; il n'acquiert pas un de- ^é de fausseté de plus pour être dans celle n'iin fripon. Le motif, bon ou mauvais, n’affecte en aucun de{jrc l’arçumcnt lui-même. Il

paraît donc que ces considérations morales sont étran(;ères au snjet.

Je conviens que l’essentiel est de démontrer la fausseté du sophisme, saus éf^rd aux causes qui le produisent et aux intentions de ceux qui le défendent; l’œuvre de la lo^qiic sc home à cela : mais sous un autre point de vue, il m’a paru utile de mettre en évidence la liaison naturelle et intime qui existe entre l'intérêt personnel , la mauvaise foi et les sophismes. Si on a vu des hommes attacher une idée de supériorité d'esprit à l’emploi subtil de ces moyens d'im|K)sture, U serait déjà bon , sous ce rapport, d'humiücr leur vanité en leur montrant UC ce succès tient uniquement à l’intérêt privé e ceux qui leur applaudissent, et qu'il n’est

fias besoin d'un talent pour entraioar

es hommes dans le sens de leurs préju{|és, de leur profit ou de leurs passions. 14*8 succès vraiment honorables dans une assemblée sont ceux qu’on obtient, avec la raison seule, contre les intérêts séducteurs. Les succès du sophiste ne sont que comme la conquête d'une place dont la (varnison était secrètement vendue.

Mais , de plus , si l'on conçoit tnnt ce qn’il y a de méprisable dans cette disposition sophistique, combien elle prouve de dédain pour la vérité, de perversité dans la plus noble faculté de l'homme, d'indifférence nu même d'aversion pour le bien public, il en résultera que dans une assemblée politique , l’orateur qui emploiera son talent à faire valoir un sophisme reconnu, perdra son crédit auprès de tous les amis de fa probité et de ta sincérité. On ne le verra plus que comme un homme astucieux contre lequef il faut être sur ses nardes; et à la peur de ne pas réussir, se joindra celle d'être sévèrement juçé.

L'efficacité de cette censure morale peut sc prouver par un exemple familier. Pour ne pas sortir de mon sujet, je leprendrai dans l'assemblée lé(*islativc la plus nombreuse qui existe; et je crois pouvoir supposer que sur sept ou huit cents membres qui la composent, if n'en est aucun qui, dansnne rompa(piic de femmes honnête.s, ait oublié le devoir d’un (galant homme, au point de prononcer un mot qui les fit rouvrir. Or, si la crainte d'un rcp,.ard d'indi(piation suffit pour faire respecter cette loi de bienséance, peut-nn croire qu’une trans{jression des lois de la sincérité ne fût aussi fortement réprimée dans lin sénat, si elle y éprouvait aussi pen d’Indiilpcnce?

Cet exemple, il eslvTai, prouve un peu trop; car, dans ce cas, c’est l’évidence du délit e|ui lui sert de frein ; etla mauvaise foi du sophisme le nlus frauduleux n'est jamais aussi manifeste qu une viol.itiondes lois delà bienséance. Mais ce serait déjà beaucoup que de parvenir à décrier quelques sophismes, au point qu’ils n’osassent plus se montrer , ou, qu’en se montrant, ils ne produisissent d’autres sentiments

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que ceux de rindi/^ation ou du ridicule *.

Quand les tours cl un charlatan sont dcmas> qués , il est oblige de le dépayser.

Qturre perv^NiuN ^ vicinia roMoa réclamai

Prenons seulement un siècle on deux pour la sûreté de la prophétie , et soyons sûrs que le temps viendra où cette ébauche des schismes, achevée et polie par une main plus abile, leur ser\'ira de sq'pialement dans les assemblées politiques* Tandis qu*un orateur, satisfait de lui-même, croira éblouir et tromper par quelque argument de celte nature, vingt voix s’élèveront de concert, non pour le ré-

* Ccos qui ont lu le Curé fie f^akefieUi «e nppeileroot l'af^réable epUodc d‘on filou, Ephratm Jenktns, son traité de Cosmogonie, ion SanclionUion, et la manière dont il kut en imposer dans sa prison au bon coré et à scs coma-

futer ennuyeusement, mais pour le renvoyer à l’école ou au théâtre , et en faire bonne et prompte justice.

Il est possible toutefois que cet ouvrage ne serve qu a redoubler, pour un temps , la dextérité des sophistes. Ils l’étudieront comme un livre de rhétorique , pour apprendre à manier les armes de leur état , à se mettre en défense, à parer les coups , à devenir des joûteurs plus habiles et pins exercés. C’est ainst qu’un traité sur les stratagèmes des filous peut contribuer an raffinement do l'art qu'on cherche à détruire ; mais il sera plus utile encore à la police qui les poursuit, et au public qui apprend enfin à les connaître.

ndea; tnait le pied fourcha m trahit lui.néne : quand on entendit répéter i de xtoaTcaut venu* ce beau morceau d'érudition, U priion relenlit d'éclats de rire, et c'était à qui »o ouxjaenit le plue d'i^pâmim Jenkins.

SOPHISMES ANARCHIQUES

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