PRINCIPE DE LA<U:LTIRME
paraissent faire h la sévi^rité de leurs majiimcs. Les dévots ascétiques sont des insensés, tourmentés de vaines terreurs. L'hointne n’est à leurs yeux qu'un être dé{;énéré qui doit se punir sans cesse du crime de sa naissance , et ne distraire jamais sa pensée de ce (»otifiVe é(er> nel de misères ouvert sous ses pas. Cependant les martyrs de ces opinions folles ont aussi un fonds d'espérances. Indépendamment des plaisirs mondains attachés à la réputation de sainteté , ces pieux atrabilaires se flattent bien que chaque iiistaiit de peine volontaire ici bas leur vaudra un siècle debonheur dans nne autre vie. Ainsi le principe ascétiaue repose sur quelque idée fausse d’utilité. Il n acquiert de l'ascendant qti'à la faveur d’une méprise
Les dévots ont poussé l’IlsCétisnie plus loin que les philosophes. 1^ parti philosophique t est borné à censurer les plaisirs : les sectes relifpeuses ont fait un devoir de s'inflicer des peines. Les stoïciens ont dit que la douleur D*était point un mal : les jansénistes ont avancé qu’elle était un bien. Le parti philosophi(pie n*a jamais réprouvé les plaisirs en masse, mais seulement ceux qu’il appelait (p*ossiers et sen-
suels, tandis qu’il exaltait ceux du sentiment et de l'esprit : c’était plutôt préférauce pour les uns, qu'cxctiision totale des autres. Toujours dédaip^né ou avili sous son nom propre, Je plaisir était reçu et applaudi sous ceux dVtonnêletif dcÿ/oïre, de réputation, d'es/tme t/e soiméme , et de bienséance.
Pour n’etre pas accusé d’outrer l’absurdité des ascétiques, je chercherai l’orifrine la moins déraisonnable qu’on puisse ussimier à leur système. On a reconnu de bonne heure que l'attrait des plaisirs pouvait être .séducteur dans certaines circonstances, c’est-à-dire porter à des actes pernicieux, à des actes dont le bien n’était pas 'équivalent au mal. Défendre CCS plaisirs en considération de ces mauvais effets, c’est l’objet de la saine morale et des bonnes lois ; mais les ascétiques ont fait une méprise, iU se sont attaqués au plaisir luimême, ils l’ont condamné en fjcnéral, ils en ont fait l'objet d’une prohibition universelle, le simple d'une nature réprouvée, et ce n’est qtie par é(*ard pour la faiblesse humaine qu'ils ont en I'indu1(îencc d’accorder des exemptions particulières *.
• Cette méprise coiuUte k rcpréMOicrDieu co paroles, eomme an être d'une bientetlUiicc infinie . tandis que lUns WM défenses et ses menaces , ils supposent tout ce au'oa peut atlendre d'nn être implacable qui ne sc sert oc sa UMite-puuMnccque pour satüfrfîre sa ntalveilUm'c.
On peut demander aui ihcologiciis sMétiques à quoi la vie ser<iit bonne, siren'étuit pour les plaisir» qu'elle non» procure, et quels nous poorrioas avoir de la bonté
de Dieu dan» une autre vie , s'il nous avait defendu le» plaisirs <Lnu celle-ci.
s 11 n>st p«s besoin de citer des exemple» ira»céiisme ivliipeai; mais pour faire mieux comprendre ce qu'on entend par oKctiSine pltilofophiqtu , je transcrirai quelques pnsiMfc» de Pline le natunsliate et île Sénèque. — PIme, qui Q aurait dA chercher dans Tetude de ta nature qne des nsoyeus d'éieodre le» joaisaaners des hommes, semble pcftscr au contraire que tout u»a('e agréable de se» production» est on abus et même uti crime. En parlant de» parfums, il déclame contre l'emploi qu on en fait; resl un plaisir horrible, un goAc monstrueux. Il racoute qu'un Plo* titts, proacrit par les triumvirs, fut décelé dans sa retraite par l'Meur de »e» parfums, et il ainute ces niot» extravagants : " Une telle infamie absout la proscriplino entière; M de tels hommes ne méritaienl-tls pa» de périr? » daittore toUi abtoluta proscripUa. Çuii enim non menlù fuJiert penVssetrifes? 1. il il, c. 3.)
Voici une autre pensée digne de lui : /VtsiniMin viùt scrluj freét eut murum primtis indiul diqitis, I. xutii, e. t. a Cidui qui a m'u le premier une bague d'or a son a doigt a commis le plus affreux de. tou» les crime», a
Il s'iTfile aüleun ne rr que les ÉgTpiiciu ont inventé fart de oompoier de» liqueurs forte» avec un extrait de frain». ■ Etrange rafTineiucnt du v'ice! on a trouvé te secret » d’enivrer même avec i'uu. a Beu! mira vitiorum soler-
tia! inventum est quemadmodiim aipuiqttoqueinehriaret.
Sénèque n'est pas toujours asiciique, mais il l'est souvent. U est rempli de pensées puériles et fausses. Oui croirait que sous le règne de Néron il kti restait te loisir de s'indigner contre l'inventiou récente de coaservcrla «lace et ta neige jusqu'au milieu de Tcté? Vorrt dans ses Oursrions naturWfcs, liv. iv, c. t3. quelle profusion d'éloqaenoe amère sur U perversité de boire à la glace dans les ardeurs de U cauicule. m L'eau que la ualurr donnait gra- » tuitcnient à tout le monde , est drvenur un objet de luxe, » elle B un prix qui varie comme relui du blé; il f a drt n enlrcprriirur» qui la vendent en gros comme le» autres a dcurie»! 0 honte I à pudeur ! — Non , ce n'est pas une soif, » c'est une fièvre, une fièvre qui n'est luu dans le sang, » mais dans nos désirs. — Le luxe a détruit tout ce qu'il » ▼ avait de tendre dans nos omts, et les a readus plus a dur» que la |;Uce tuêiiie. a
Diderot avait ui»i cette liaiwn entre Tascétisme relisent et rasrétisme phib>sophiqae : • D'ofi vient, dit-il, ] ioiolérencr de» stoïciens? de la meme source que celle des dévot» outré». 11» ont de rhumeor, parce qu'il» luttent contre La nature, qu'il» sc privent cl qu'il» soulfrent. S'il» vonhiieot s'interroger de bonne foi sur la haine qu'ils portent B ceux qui prnfeuent une morale moin» austère, ils s'avoueraient qu'elle naît de la jalousie secrète d'un bouheur qu’ib eovimt , cl qu'il» sc sont iivlrrdit san» croire aux récompenses qui les dédommageraient de leur sacrifice, a — yiedeSén^ta, p. 44^-
« Le stmeien était valrludinaire toute sa vie. Sa pbiloaopliie était trop forte. C'était une espèce de profession rclifiruse qu'on n'embrassait qnr par enthonsiaame, un état aapatbte auquel on tendait de toutes ses forces, et sous le noviciat duquel ou mourait sans être profos. Séoèqne sc désespère de rester bomme. a Ih. p. 4*4-
PRINCIPE DE STUPATHIE ET D^NTIPATIIIE.