OPÉRATION DE CES PRINCIPES EN MATIÈRE DE LÉGISLATION
Le principe de Tutilitc n’a jamais été ni bien développé ni bien suivi par aucun législateur: ruais, comme nous l’avons drj.ï dit, U a pénétré dans les lois par son alliance or<'asionnellc avec h‘ principe de sympathie et d'antipathie. Les Mb*es générales de vice et de vertu, fun«lécs sur «les sentiiiu'uts confus de bien et de mal, ont rtc asscx tinifonnes pour l'essentiel. I.CS législateurs, en consultant ces idées populaires , ont fait les premières lois , sans les<|uelles les sociétés n’auraient pas pu subsister.
Le principe de TasTétisme, quoique embrassé avec chaleur par scs partisans dans leur conduite privée , n'a jamais eu beaucoup d’in-
fluenre directe sur les operations du gouvernement. Chaque gouvernement au contraire a eu pour système et pour objet Je travailler à ac«mérir «le la force et de la prospérité. Iæ mal qu’ont fait les princes, ils l'ont fait par de fausses vues de grandtmr et de puissance, ou ar des passions particulières dont les malenrs publics étaient le r«'su!tat, mais non pas le but. Le régime de Sparte, «pi’on a si bien appelée un couvent guerrier , était relatif aux circonstances de cette cité, nécessaire pour sa conservation, ou du moins juge tel par son législatcor, et conforme sous cet aspect au principe de l’utilité. Les états chrétiens ont permis l’établissement des ordres monasû-
l6 REPONSE AVX OBJECTIONS.
qaes, maU les vrenx étaient censés volontaires. tourmenter soi-méme était nne œuvre meViloirc ; tuunnenterun autre indivitlu contre flon ^é était un crime. Saint Louis portait le cilice, et n*obli(^a pas ses sujets à le porter.
Le principe qui a exercé la plus {p*andc influence sur le (p>nvemement , c'est celui de sjmpalhicet d'antipathie. En cfFet, il faut rapporter à ce principe tout > ce qu'on poursuit sons les noms les plus spécieux, sans avoir le bonheur pour objet unique et indépendant , bonnes mœnrs, é(*alité, liberté, justice, puissance, commerce, religion même : objets respectables, objets qui doivent entrer dans les vues du lé^slateur, mais qui l'égarent trop souvent, parce qu'il les considère comme but, et non pas comme moyen. Il les substitue au lien de les subordonner à la recherche du bonheur.
Ainsi, dans l'écoDomic politique, un gouvernement tout occupé de commerce et de richesse, ne voit plus la société que comme un atelier, n'envisage plus les hommes qtæ comme des machines productives, et s'embarrasse peu de les tourmenter, pourvu qu'il les enrichisse. Les douanes, les changes, les fonds publics absorbent toutes ses pensées. Il reste uidifférent sur une foule de maux qu'il pourrait guérir. Tout ce qu'il veut, c'est cp'on produise beaucoup d'instruments de jouissance, tandis qu'il met sans cesse de nouveaux obstacles aux moyens de jouir.
D'autres ne savent cbcrcher le bonheur public que dans la puissance et la gloire. Pleins de dédain pour ecs états qui ne savent qu'être heureux dans une paisible obscurité, il leur faut à eux des intrigues , des négociations , des
guerres , des conquêtes. Ils ne considèrent pas de quelles infortunes cette gloire se compose, et combien de victimes préparent ses san^ants triomphes. L'éclat de la victoire, l'acquisition de quelque province, leur cachent la désolation de leur pays, et leur font méconnaître le vrai but du gouvernement.
Plusieurs ne considèrent point si un état est bien administre, si les lois protègent lesbiens et les personnes , si le peuple enfin est heureux. Ce qu'ils veulent par-dessus tout , c*est la liberté politique, c'est-à-dire la distribution la pins égale qu’on puisse imaginer du
fiouvoir politique. Partout où ils ne voient pas a forme de gouvernement à laquelle ils sont attachés, ils ne voient que des esclaves; et si ces prétendus esclaves se trouvent bien de leur état, s’ils ne désirent pas de le changer, ils les méprisent et les insultent. Ils seraient toujours rets, dans leur fanatisme, à jouer tout le onheur d’une nation dans une guerre civile, pour transporter les pouvoirs dans les mains de ceux qui , par l'ignorance invincible de leur état, ne sauraient jamais s'en servir que pour se détruire eux-mêmes.
Voilà quelques exemples des fantaisies qu'on substitue dans la politique à la véritable recherche du bonlieur. Ce n’est pas par opposition au bonheur même, mais par inadvertance et par méprise. On ne saisit qu'une petite portion du plan de rutilité : on s'attache exclusivement à cette partie ; on travaille contre le bonheur, en poursuivant quelque branche particulière de bien public : on ne songe pas que tous ces objeLs ri ont qu'une valeur relative, et que le bonheur seul possède une valeur intrinsèque.