‹ Œuvres de J. D. Lanjuinais (volume 4)Chapitre 35 sur 101 · EUVRE · texte numérisé non relu

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la vérité, quand elle est faite sans motif d'intérêt pour gagner une protection auprès des grands , mais en vue d'accomplir un devoir, selon le tems et le lieu et suivant les mérites des donataires'.

» Elle est passionnée, si elle est faite pour obtenir quelque faveur ou quelque autre profit , ou avec un sentiment de répugnance.

» Et c'est une libéralité de ténèbres, si elle est faite hors du tems et du lieu convenables y h des gens indignes, d'une manière messéante et dédaigneuse.

» Aum, tôt, saty sont trois noms de Dieu. Dien établit anciennement les Brahmanes; il a donné les Vedas et institué les sacrifices. Voilà pourquoi ceux qui connaissent Brahma, les adorateurs de Dieu, prononcent le mot aum avant de commencer un sacrifice , un acte de libéralité ou d'auslé- - rite (religieuse). Ceux qui désirent être délivrés pour toujours des liens de la vie mortelle , prononcent le mot tat avant de faire aucun acte de sacrifice, de libéralité, ou d'austérité (religieuse), et ils font ces actes sans aucune vue de récompense. Satj ce nom désigne la vérité , la bonté , et toute œuvre digne de louange; il signifie de même et 3a persévérance a faire des sacrifices , des libéralités , des austérités (religieuses), et tous les actes qui sont faits pour préparer l'accomplissement de l'une ou de l'autre de ces trois bonnes œuvres. Enfin totit acte des sacrifices ou de libéralité ou d'austérité ( religieuse ) qui n'est point accompagné de la foi ,

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est appelé asat, ou sans vérité (sans bonté), et ne vaut ni pour cette vie ni pour le téms qui suivra la mort. »

I^ECON DIX-HUITIÈME.

Argument. Du renoncement aux œuvres , et du finit des œuvres pour être exempta de reprendre la vie mortelle.

ARJOÔNA'.

(( Grand héros, maître de la science qui apprend k dompter les sens , vainqueur du démon Kési ' , je désire connaître là nature du sannyâsa et dû tydga (du renoncement aux œuvres et du renoncement au fruit des œuvres) . »

DIEU répondit •

« Les poètes appellent sannyâsa le renoncement aux oeuvres licites , et les doctes appellent tydga le renoncement k la récompense des œuvres. Quelques sages ont enseigné que c'est une faute de ne pas renoncer à toutes les œuvres sans exception j d'autres ont, prétendu qu'il ne faut pas. renoncer aux œuvres de religion i e'est-k-dire aux sacrifices , aux austérités. Sur le renoncement , voici quelle est mon immuable doctrine > ô excellent fils de Bharata; il y a trois sortes de renoncemens : il ne faut pas renoncer aux œuvres concernant les sacrifices , les libéralités ; les austérités , au contraire, il faut les accomplir ; ce sont elles qui produisent

1 Crichna , dans son enfance , avait vaincu nn mauvais esprit nomme* Kési.

la purification des sages. De même il faut qu'on guerrier combatte , c'est ma volonté suprême et certaine. 11 ne convient pas de renoncer aux œuvres que la morale prescrit , ce serait une folie , un renoncement de ténèbres. Si quelqu'un trouvant une œuvre difficile , y renonce pour éviter les fatigues, c'est un renoncement de passion y il n'en sera pas récompensé. 11 faut agir, ô Arjouna; toute œuvre qui est un devoir, et qui est faite sans passion , sans espoir de récompense , est un renoncement de vérité. Après un tel renoncement, il ne se refuse pas h l'œuvre, parce qu'elle est affligeante; il ne s'y livre pas avec joie , parce qu'elle est un plaisir ; uni à la vérité, il est sage , il se détermine sans hésitation ( à faire l'œuvre qu'il doit faire , \ omettre celle dont il doit s'abstenir). Le renoncement absolu aux œuvres excède les pouvoirs de l'amc incorporée. Le vrai renoncement consiste k renoncer au fruit des œuvres. Ce fruit est désiré ou non désiré , ou bien il n'est ni l'un ni l'autre. On peut obtenir ces trois fruits, si l'on b'a pas absolument renoncé aux œuvres, mais les sarinrdsis, c'est-à-dire ceux qui ont renoncé à toutes les œuvres, ne peuvent jamais obtenir aucun des trois fruits.

» Le Sunkhya enseigne qu'il y a cinq principes qui ont part à l'accomplissement de chaque oeuvre juste ou injuste , savoir : la direction ', l'agent, les

1 Le mot sanscrit est adhichthdnam. C'est probablement Famé.

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mstrumens divers, les moyens d'exécution et la fatalité. A l'œuvre juste ou injuste qu'un homme exécute avec son corps , sa voix ou son esprit , concourent ces cinq principes. Celui qui s'imagine êtreseul agent dans son œuvre, en juge ains^par faiblesse d'esprit; il voit mal , il est insensé. Celui qui n'est pas enflé de présomption , et dont l'ame est pure, s'il combat dans une bataille où des hommes sont tués, ce n'est pas lui qui les tue , il n'est pas lié par ces meurtres f .

» Quand on examine la nature d'une œuvre , il faut distinguer la chose k connaître , la connaissance de la chose et celui qui a cette connaissance ; et dans l'œuvre même il faut distinguer l'instrument, l'œuvre et l'agent. La connaissance, l'œuvre et l'agent, sont de trois sortes, selon que chacune provient de Tune des trois qualités (gouna).

» Ainsi la connaissance de vérité est celle de l'homme qui, dans tout ce qui existe, ne voit qu'un, seul principe d'existence , principe incorruptible , se trouvant indivisible dans des. choses divisibles. La connaissance de passion est celle de l'homme qui, dans tout ce qui existe , aperçoit autant d'êtres singuliers qu'il voit de modes particuliers d'existence. Enfin, la connaissance de ténèbres est celle qui considère chaque objet à part , comme s'il était le tout, comme si l'univers était sans principe; c'est là 4une connaissance fausse , trop étroite.

1 11 n'est pas sujet à renaître a cause de ces meurtre**

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)> De même l'œuvre accomplie par devoir y sans désirs, sans vue (de récompense), sans passion, sans colère , est une œuvre de vérité; celle qui a pour but de satisfaire les passions , qui provient d'orgueil et de présomption , qui s'accomplit avec efforts , est une œuvre de passion; (et) celle qiri se fait sottement, sans considérer la justice, ni les moyens de réussir, ni les pernicieuses conséquences^ est une œuvre de ténèbres.

» De même l'agent sans désirs, sans présomption, courageux et persévérant , qui demeure inaltérable dans le bon et le mauvais succès , c'est un agent de vérité; celui qui est agité par des passions , qui aspire aux fruits de ses œuvres, qui est avide, prompt èi commettre l'injustice , impur, qui s'abandonne à la joie ou a la tristesse , est un agent de passion; et l'homme téméraire, vil, obstine, malicieux , oisif, paresseux , qui se décourage et temporise, est un agent de passion.

» Il y a aussi, suivant les trois qualités, trois sortes d'esprit et trois sortes de constance; écoutes-eu L'explication détaillée et complète , ô MsdePrùha, et contempteur des richesses.

» L'esprit de l'homme qui sait à propos attaquer et faire sa retraite , qui connaît quand il convient d'agir ou de ne pas agir, ce qui est à craindre , et ce qui n'est pas redoutable, ce qui met en péril, et ce qui donne la sécurité, (enfin) le nœud ( de l'affaire) et son dénoûincnt , c'est l'esprit de vérité; l'esprit qui ne discerne pas ce qui est juste, de ce

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qui. est injuste, ce, qu'il faut faire, de ce qu'il faut éviter, c'est l'esprit .de passions (et) l'esprit aveugle qui prend l'injustice pour la justice, et voit dans toutes choses le contraire de la vérité i c'est l'esprit de ténèbres.

» De même cette constance , ô fils de Prithà, qui dirige toujours suivant la religion l'ame et l'esprit vital, les sens et la conduite, est la constance de vérité \ la constance avec laquelle on recherche avec passion et en vue des avantages qui en résultent, ce qui est honorable , utile et agréable , est la constance de passion; et l'opiniâtreté avec laquelle un insensé se livre à la paresse , à la peur, aux soucis, à la tristesse, k la lâcheté, ô fils de Prithâ, c'est la constance de ténèbres.

» Apprends de moi , ô prince de la maison de Bharata, qu'il y a ( semblablement ) trois sortes de plaisirs; plaisir de vérité, celui qui ne s'use point par l'habitude , et qui fait cesser la peine ; qui, au commencement, est amer comme un poison, et doux à la fin comme la liqueur d'immortalité. Il naît de la tranquillité de l'ame. Plaisir de passion : il provient de l'union des organes avec leurs objets. Au commencement il est doux comme la liqueur d'immortalité; k la fin il est amer comme le poison. (Enfin), plaisir de ténèbres j au bord du vase et au fond ce n'efet qu'illusion* d'esprit ; il augmente la torpeur, la paresse et la témérité.

» Parmi les intelligences créées, aucun être §w

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la terre , ni au ciel parmi les Devas y n'est exempt de ces trois qualités naturelles.

» Les devoirs respectifs des Brahmanes > des kchatnyas , des vaishyas et des shoûdras , ô vainqueur de tes ennemis , leur ont été imputés d'après les qualités propres naturellement à chacune des castes. Selon le caractère naturel des Brahmanes , leurs devoirs respectifs sont la tranquillité (de l'âme), la répression des sens, l'austérité -de vie, la pureté (du cœur et de l'esprit) , la patience , la droiture, la science sacrée et la science mondaine % et la foi religieuse. La valeur guerrière, la magnificence , la libéralité , la fermeté, l'habileté à combattre , à faire retraite , à gouverner, enfin le commandement, sont les devoirs et les qualités naturelles des kchatnyas. L'agriculture, le soin des bestiaux et le trafic, sont les devoirs et lés .qualités naturelles des vaishyas; enfin, le devoir des shoûdras, et leur disposition naturelle, c'est le service manuel et domestique.

» Celui qui est content de son état , parvient h la perfection ; et voici comment : il offre le sacrifice des oeuvres de son état au créateur de l'univers, et de tout ce qui respire ; c'est ainsi qu'il atteint la

1 Qu'est-ce que vijndna ? Est-ce la privation, le mépris de la science qui n'est (ms celle de Dieu , le mépris de la science qui détourne de l'union urec Dieu ? Est-ce la science particulière de l'homme , scientia de mutuio , opposée a jndnnm , science de Dieu , ou science universelle ? J'ai exposé mes scrupules sur ce mot difficile. Wilson le rend par instruction mondaine.

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perfection. Il vaut mieux s'acquitter malgré sa faiblesse, comme on peut, des devoirs propres de son état , que d'accomplir exactement les devoirs d'uiï autre état. On ne pèche point, quand on ne fait que remplir un devoir prescrit par le caractère naturel : il m faut pas, ô fils de Countî, abandonner un pareil devoir, quoiqu'on ne puisse l'accomplir sans y commettre des fautes. Il n'est point d'action humaine sans défauts , comme il n'y a point de feu sans fumée. Un homme sans attachement , qui se réprime ' en toute chose , qui ne cède point à ses pcnchans , s'avance par ce genre de renoncement vers l'entière perfection; comment, après y être parvenu , il obtient le créateur, je vais te le dire en peu de paroles, ô fils de Countî; c'est le suprême degré de la science , l'homme qui a religieusement purifié son ame , qui a renoncé au son et aux autres objets des sens, libre d'amour et de haine, cherchant la solitude, légèrement nourri, réprimant sa langue, son corps et son esprit, appliqué à la contemplation, et toujours occupé à dompter ses passions , sans présomption , sans violence ni orgueil , sans cupidité , sans colère et sans avarice, insouciant de ses avantages, et entièrement calme, il devient conforme à la nature de Brahma; et dans cet état, participant a la lumière divine, il est exempt de peine et de désir, indifférent envers tous les êtres animés , et parvient à la plus haute dévotion envers moi. Par cette dévotion , il me connaît tel que je suis , et m'ayant

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connu ainsi, il entre aussitôt dans içqi-méinç. Celui-là qui fait continuellement toutes çç$ 4pi)vreg jen mettant en moi sa confiance, entrera par ma bqiué dans la voie éternelle qui ne finira point. Par zèle envers moi , dans ta pensée, abandonne-moi tpitfps tes œuvres , et te confiant dans cette dévoçiop de l'esprit, demeure toujours par la méditation mû à moi. Dans cette union spirituelle , tu échapperas par ma laveur à tous les dangers ; mais si , par présomption de toi-même, tu ne m'écoute* point, tu périras. Appuyé suf ta présomption, tu as le dessein de ne point combattre ; c'est en vain , tu combattras, emporté par ta propre nature. Enchaîné par ce devoir naturel de combattre, que par méprise tu ne veux pas remplir, tu l'accompliras , fils de Countîy malgré toi.

)> Le seigneur suprême est présent dans le cœur de tous les êtres animés; son pouvoir surnaturel et magique est comme une roue qui les entraîne * rapidement ; aie recours à lui avec le plus grand respect , ô fils de Bharata ! Par sa faveur tu obtiendras la suprême quiétude et la demeure éternelle* Ainsi je viens de l'apprendre une science plus secrète que le secret même; médite-la profondément, et puis tu feras ce qui te plaira. '

» Écoute encore la meilleure de mes paroles, et la plus mystérieuse. Tu m'es cher, que ta confiaqce

1 Ou qui les fait mouvoir. Car yanti-a est aussi une machine en général. Ainsi jalayantra est une machine hydraulique.

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donc soit inébranlable ; je vais te déclarer ce qui te sera utile. Donne-toi h moi en esppit , sois mon adorateur; offre-pioi tes sacrifices ; adresse?moi tes adorations ; oui ,. tu viendras en moi; je t'en donqe la . promesse , . je t'aime; abandonne toutp autre pratique religieuse; aie reepurs kmoi, comme à ton seul asile ; je te remettrai tous tes péchés. Sois dqnc consolé.

» Ne révèle jamais ceci à qui ne pratique pas les austérités religieuses , qui ne mène pas une vie dévote , qui me méprise ou me rejette. Celui qui communiquera cette mystérieuse «t suprême doctrine a mes adorateurs, et qui m'adorera lui-même, viendra certainement en moi . Il ne peut pas faire une œuvre qui me soit plus agréable, et personne sur la terre ne me sera plus cher que lui. Celui qui étudiera ce pieux colloque tenu entre nous deux , me cherchera avec le sacrifice de la science. Je le veux ainsi.

» As-tu écouté ce que j'ai dit, ô (ils de Prithâ, avec attention? O contempteur des richesses, la science a-t-elle dissipé en toi l'illusion de l'ignorance ? »

ARJOUNA dit:

« L'illusion est dissipée, j'ai recouvré la mémoire par ta faveur : rassuré , délivré de mes doutes , je suivrai tes conseils. »

SÀNJAYA dit :

Ainsi j'écoutais l'admirable entretien du fils de

Vasoudeva et du magnanime fils de Prùhd/ j'en éprouvais la plus terrible émotion , et après avoir, par une faveur spéciale de Vyusa, entendu le grand mystère, cette doctrine de l'union avec Dieu, que le maître de Crichna lui-même a expliquée devant moi, repassant et repassant encore dans mon esprit le saint dialogue du Dieu et d'jérjouna y je ressens une joie continuelle; je me rappelle , ô grand roi, et je me représente de nouveau la miraculeuse figure de ffari, j'en demeure stupéfié , et m'en réjouis de nouveau. Du côté où se trouve le maître de V union , du côté où se trouve' armé de son arc le fils de Prithâ; là , je le pense > est le bonheur, la victoire , l'heureux succès et la puissance perpétuelle.

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