‹ Œuvres de J. de La FontaineChapitre 374 sur 379 · XXV. — Page · texte numérisé non relu

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(Livre V, fable xx.)

Pour lors aaoit le Roy * deuers PEmp^vnr* Jeban TieroeUn 1 de Brotee» pour tmiuuller qu'il ne te appoinctut anee le duc de Boorgongne*, et pour foire excuse de ce qu'il n'auoit enoojé ses fSBS d'aimesy oomme il auoit promis, assenrant touioars le fiùre, et fidsant les exploictz et dommaiges qu'il faisoit audict duc bien gnas, tant es marches de Bourgongne que de Picardie. Et onltre luj ovurit nngpartj nouttean, qui estoit qu'ils s'assenrassent bien l'ong de Tavltre de ne fiaire paix, ny trefoes l'nng sans Taultre; et que TEopereur prinst toutes les seigneuries que ledict due tenoit de l'Empire^ et qui par raison en ddmoient estre tenues» et qu'il les leîst descbrcr confisquées à luy ; et que le Roy prendroit celles qui eatoîenl tenoes

t. Loais XI. — a. Frédéric Ut. — 3. GbarlM le Tkœétûf.

de la oonronne de France, comme Flandres, ArthoU , Bonrgongne, et plosienn anitres. Combien que ceat empereur ait esté tonte sa yie homme de très peu de rertu, si estoit il bien entendu, et pour le long temps qu*il a vescn a Ten beaucoup d'expérience. Et puis ce partis, entre nous, luy auoient beaucoup duré; et il estoit las de la guerre, combien qn*elle ne luy coustast riens; car tous ses seigneurs d'Allemaigne y estoient à leurs despens, comme il est de constume quand il touche le £iict de TEmpire.

Ledict Empereur respondit que empres d*une Tille d*Allemaigne y auoit ung grant ours, qui faisoit beaucoup de mal. Trois compaignons de ladicte yille, qui hantoîent les tauemes, Tindrent à ung tauemier, à qui ils debuoient, prier qu'il leur acrenst eneores nng escot, et que auant deux iours le payeroient du tout ; car ils prendroient cest ours, qui faisoit tant de mal, dont la peau Talloit beaucoup d'argent, sans les presens qui leur seroient £iictz des bonnes gens. Ledict hoste acomplit leur demande; et quand i\% eurent disné, ilz allèrent au lieu où hantoit cest ours ; et comme ils approchèrent de la caueme, ilz le trouuerent plus près d*eulx qu'ils ne pensoient. Hz eurent paonr, et se misrent en fuyte. L'ung gaigna ung arbre ; Paultre fuyt vers la rille ; le tiers, l'ours le print, et le foulla fort soubz luy, en luy approchant le museau fort près de l*oreille. Le poure homme estoit couché tout plat contre teire, et fai« soit le mort. Or ceste beste est de telle nature que quant ce qu'elle tient, soit homme on beste, des ce qu'il ne se remue plus, elle le laisse là, cuydant qu'il soit mort. Et ainsi cedict ours laissa ce poure homme, sans luy auoir £dct gueres de mal ; et se retira en sa caneme. Des que le poure homme se Tcit desliuré, il se leua, tirant yers la -ville. Son compaignon qui estoit sur l'arbre, lequel auoit yen ce mystère, descent, court et crye après l'aultre, qui alloit deuant, qu'il l'attendist; lequel se tourna, et l'attendit. Quant ilz furent ioinctz, cellny qui auoit esté dessus l'arbre demanda à son compaignon, par serment, ce que l'ours luy auoit dict en conseil, qui si long temps luy auoit tenu le museau contre l'oreille. A quoy son oompaign<m lu/ respondit : < Il me disoit que iamais ie ne marchandasse de la peau de l'ours, iusques à ce que la beste fîist morte. • Et auec ceste iàhle paya l'Empereur nostre homme , sans ùârt anltre responoe, sinon ^ conseil, comme s'il rouloit dire : a Venez tous en icy, comme tous auez promis, et tuons cest homme, si nous pouuons ; et puis despartons ses biens. »

{Mémoires de PhiUppe de Commfnes^ Paris, Jules Renonard, 18409 Uttc IVy dupitre m, année 1475, tome I, p. 3a8-33o.)

J. DB lA FoHTAm. I 3o

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