‹ Œuvres de J. de La FontaineChapitre 59 sur 379 · I. Béfiemions sur la poésie^ chapitre t, article n · texte numérisé non relu

I. Béfiemions sur la poésie^ chapitre t, article n

txxxTi NOTICE BIOGRAPHIQUE

simptichë jusqu'à croire que de pareils écrits n'avoient rien de dangereux. » Une faiblesse d'auteur pouvait aider beaucoup à l'illusion de la Fontaine. Il tenait fort à ses Qmtes et n'ignorait pas leur mérite, comme œuvre littéraire. Nous savons, par un intéressant passage d'une lettre de Maucroix^, quelle opinion il en avait : a Je puis.... vous assurer en général qu'il regardoit ses FaUes comme le meilleur de ses ouvrages. VL disoit pourtant qu'il y avoit quelquefois plus d'esprit dans les poésies qui lui ont fait verser des larmes sur la fin de ses jours. » Perrault, admirateur du style des Contes^ qui sont « de la même forcé, » disait-il, que les Fables^ en regrettait la licence, mais savait gré au poète du voile dont il Fa couverte : « Les images de l'amour y sont si vives qu'il y a peu de lectures plus dangereuses pour la jeunesse, quoique personne n'ait jamais parlé plus honnêtement des choses déshonnêtes^. 3» Qui pourrait trouver trop compromettant de se ranger à l'avis de Louis Racine et de Perrault? Il faut seulement n'en rien retrancher et maintemr les distinctions et réserves, que leurs justes scrupules ne pouvaient manquer de faire.

Qu'on le juge plus ou moins coupable, la Fontaine était en vràne de contes. A la première partie une seconde succéda rapidement, publiée ches Barbin, en 1666*, imprimée dès le ai janvier. Dans une nouvelle préface, le poète se proposa de justifier ses hardiesses et ses licences : lesquelles? des licences de rimes et d'hiatus, permises, pensait-il, dans ce genre de poésies, qu'une affectation de beauté plus régulière aurait rendues moins attrayantes et piquantes. Il défendait, en même temps, la liberté qu'il avait prise de tailler dans le bien d'autrui, retranchant, amplifiant. De la légèreté de ses nouvelles il ne s'excusait plus; et cependant il annonçait que c'étaient les derniers ouvrages de cette nature qui partiraient de ses mains. Rien n'indique

I. Maueroixy OEuwrês tHversês^ tome II, p. i33. — Cette lettre du 3o mars 1704 est adressée au Père de la compagnie de Jésus que nous ayons dit (p. xti, note 5) être probablement d*01iTet.

a. Les Hommes illustres^ tome I, p. 84.

3. Elle porte, par erreur, le millésime de 1646. Une réimpression en fut publiée ches Billaine (1667).

SUR LA FONTAINE. lxxxvii

qa'il hd fttt vetm aacane inquiétude de conscience; mais il aTÛt Yu ime antre ronte à suivre; il est certain même qu'il avait commence dès lors à s'y engager.

Cette ronte paraissait toute voisine : elle ëtait réellement trèf-différente et bien meiDenre. Cest elle qui l'a conduit à une gloire impérissable. Elle ne défendait pas. comme l'autre, à rbonnète pudeur d'approcher; et de plus elle appart^iait à m art bien supérieur. Sans être fermée aux gr^kes négligées, elle était ouverte à une poésie plus riche, où brilleraient les coolenrs les plus variées de l'imagination. La pensée que la Fontaine avait conçue était celle de son ample comédie à cemi actes dipers*^. Un privilège lui (ut donné pour ses Fables^ le 6 juin 1G67. Il devait donc y travailler dès le temps où furent imprimés ses premiers contes, peut-être même plus tôt. Les six premiers livres des Fables^ furent publiés en 1668; Tacbevé d'imprimer est du 3 1 mars.

Mais avant d'aller au delà de cette époque décisive dans la vie littéraire de notre poète, revenons un peu en arrière; car, en nous arrêtant sur les œuvres des années qui ont suivi son voyage avec Jannart, nous avons différé de dire quels faits de sa vie^ en dehors de ces publicaticms, ont, à notre connaisaanœ^ rempli les mêmes années.

Noos avions laissé la Fontaine de retour à Châtean-Tliierry, pms bientôt à Paris, où la duchesse de Bouillon, nous a-t-on dit, l'avait ramené. De quelque manière qu'il y fût revenu, ce fut là certainement, non en Champagne, qu'il fit les plus longs s^^oors, de 1664 à 1668 : le soin de l'impression de ses ouvrages, dont nous avons donné les dates, y exigeait sa présence. U y était le 14 juillet 1664, lorsqu'il prêta serment coomie gentilbomme servant de la duchesse douairière d'Orléans. Son brevet, signé de cette princesse, est daté du 8 juillet précédent.

Il n'y avait pas à confondre ici la veuve de Gaston avec cette plus jeune Madame du même temps, cette Henriette d'Angleterre, que la Fontaine avait chantée dans une de ses

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