I. Voyez la fin du lirre
1. Nous ravons dît nous- même dans la Notice biographique qui est en tête des Œuvres de Racine^ tome I, p. 63 et 64* L*opinion contraire paraît assez fondée pour que nous ne fassions pas difficulté de nous y ranger.
3. Voyez les QKupret complètes Je la Fontaine (édition de M. Moland), tome VII, p. xxxix, et tome VI, dans V Introduction^ p. x-3un.
SUR LA FONTAINE. xciii
des qofttre interiocnteors des Amours de Pixekél Et comme, maigre sa verve spiritoeUe, Chapelle est loin d'y figurer aussi bien! Si lie que fût la Foataine avec Raoîney il n'eût certes pas, pour lui complaire, raye Molière du nombre de ses amis. La sei^ explication de ce qui embarrasse serait que, le grand poêle comique ne pouvant plus alors se trouver avec l'auteur ^Jmdromaque^ la Fontaine, en historien exact, n'aurait pa vQuki le Caire assbter à la lecture de son ouvrage, à Tëpoque ou il fiit terminié. Nous aimerions à conjecturer que les amis présentés au lecteur, dès le début de Psyché^ sous des traits qui les mettent de pair, étaient bien tout d'abord la Fontaine, Molière, Racine et Boileau, et que, dans la première rédaction, c'était Molière qui, avec une éloquence digne de hn, défeiidait la Comédie; mais qu'achevant l'ouvrage plus tard, l'auteur, pour ne pas mettre en présence ceux qui avaient cessé de se voir, changea les beaux et solides discours du premier Gélaste en frivoles badineries, convenables au second. Si cela est, nous y avons beaucoup perdu.
Racine et Boileau sont peints en traits qui les font merveilleosement revivre sous nos yeux; et, ce qui n'est pas le m<nns intéressant, la Fontaine, sous le nom Inen justifié de Pdyphîle, a Ittssé de lui-même une frappante image. Aussi bien que Ra* ctne, il aimait les fleurs, les ombrages ; mais ce qui était son caractère particulier, « il aiment toutes choses. » 11 avait encore cette ressemblance avec Racine, qu'il penchait vers le lyrique ; mais son ami avait quelque chose de plus touchant, Im de plus fleuri. Il mêlait toujours de la gaieté aux choses les pfais sérieuses, même aux plus tristes; de ce défaut il ne par- Tenait pas à se corriger, en dépit de tous ses efforts. Il achève son propre portrait dans ce passage de Thyorne à la Volupté, qâ est à la fin de son récit :
Volupté, Volupté, qui fus jadis maîtresse
Du plus bel esprit de U Grèce, Ne me dédaigne pas, Tiens-t'en loger chez moi;
Tn n'y seras pas sans emploi.
J'aime le jeu, l'amour, les lirres, la musîqne, La Tille et la campagne, enfin tout : il n'est rien
Qui ne me soit souverain bien, Jusqu'au aombre plaisir d'un cœur mélancolique.
SGiY NOTICE BIOGRAPHIQUE
Si Toa cherche où il iKms a donne ses Mémoires^ c'est id. Januiis ^gicorisme ne fiit phis aimablenent poëdqne» Lorsque toot charmait ainsi sok ânie, il n'est pas étonnant que sa Ijre ait en toutes les cordes.
La publication de ces dmoun de Psyché^ où nous aTons recueilli de précieux sonveoira d'un temps antérieur, avait été précédée de celle deslivresl àVI des Fithiesyqot nous n'avons encore fait que mentionner. Ces six premiers hyres furent même entièrement achevés avant le petit roman. La Fontaine dit, en effet, dans l'épilogue placé à la fia du livre VI des FMet : « Retournons à Psyché. » Et nous maintenant retournons aux FaUes : nous en avons trop sonunairement parlé.
C'est depuis cette première partie de la plus belle de ses couvres qu'il a donné la véritable mesure de son génie. Pour la postérité, il est surtout le grand £Ed>ufiste.
On n'est jamais entré dans la gloire moins ambitieusement qu'il ne l'a foit. Ces six admirables tivres, il les annonce comne a quelques essais », qu'il présente à un prince enfant, le l>anphin de France, a Cest, lui dit41 dans son épttre dédicatoire, un entretien convenable à vos premières années.... L'apparence en est puérile, je le confesse. » Puérile? non pas; quoique toiqours ces fables, n'en déplaise à Rousseau*, aient été, d^ nous, le livre incomparable à donner au jeune âge. « Nos enfants l'apprennent par coour, a très4»en dit M. Taine*, comme jadis ceux d'Athènes récitaient Homère.... Ce sont de petits contes d'enfents, oomme VlUitde et YOdytsée^ qui sont de grands contes de nourrice. » Ce n'est pas nous qui accuserons le critique d'être ici paradoxal, lorsqu'il voit l'épopée de la France dans cet enseniî)le de petits poèmes, dont l'en&nce est charmée, mais qui font, en même temps, les défioes des esprits les plus formés par l'expérience de la vie et les plus s^isibles aux beautés poétiques de premier ordre. Quand on leur contesterait le titre d'épopée, qu'on a pourtant donné au Bonum de Renartj il faudrait leur laisser celui d'œuvre française par excellence : aucune autre n'a mieux reçu l'empreinte de notre génie national, tel que les siècles précédents l'avaient formé.
I. Vojes Émiie^ lÎTre II (Amsterdam, 1768), tome I, p. 187-197. 1. La Fomtame et ses faÙes (6* édition, 1875), p. 47*
SUR LA FONTAINE. xcv
Maïs OQ n'attend pas de nous, simple biographe, que nous oonnentkms ces chefs-^'œavre. Ce serait d'ailleurs porter da bois à la forêt après tant d'analyses excellentes qui en ont été £utes an siècle dernier, et, avec nn sens plus profond, dans cetni'ci, par les Saint-Marc Girardin et les Taine. U nous paraîtrait superflu aussi de disserter, à cette place, sur l'apologue dans rinde, en Grèce, à Rome et chez nous avant la Fontaine. U suffit de dire à ce sujet que Pilpây, Ésope, Phèdre, beaucoup d'antres, et les fabliaux de notre moyen âge, comme on le Terra dans les notes de notre édition, ont îomtâ des sujets à la Fontaine, mais que, resunt original, il a ëlevë un genre secondaire à une hauteur où il ne craint la comparaison avec anoone antre poësie. Devant nous renfermer dans l'histoire proprement dite de ses fables, nous n'avons que peu de mots à ajouter sur celles du premier Recueil.
U pamt avec une prë&ce aussi modeste que l'ëpttre Ju Dathpkim; nous y apprenons que quelques fables ëtaîtnt déjà connues et avaient été jugées avec a indulgence ». Où et quand avaient-elles été publiées? On ne Ta pas encore découvert. Peut-être n'avaient-elles été répandues que par des copies.
a Un des maîtres de notre éloquence », nous dit la Fontaine^ avait désapprouvé le dessein de mettre en vers les vieux apologoes, auxquels la poésie ferait perdre, selon lui, la brièveté nécessaire. Le conseiller mal avisé était Patru. C'était le cas de dire à celui-ci, comme Boileau, jouant sur son nom, très-voimok du mot latin patruusy « un oncle, » personnage parfois sévère et gênant : Ne sis Patru mihi^. Si ce Quintiiien français, c^ oracle infaillible du goAt (on le tenait pour tel) avait été écouté, nous n'aurions ni VArt poétique de Boileau, ni les Fables de la Fontaine '• Voilà, s'il en fut jamais, une « serpe, instrument de dommage' »•
La paresse de la Fontaine est un Keu commun des mieux étaUis. U l'a lui-même fort accrédité, se plaisant à confesser ion goût pour « ce pays où l'on dort, » où l'on fait plus, « on n'y fait nulle chose *. » Rêveur cependant bien plutôt que
I. Lettre de Boileau à Brotsette^ 3 août 1703I. a. D'Oliret, Histoire de P Académie^ p. 178.